Salluste, Catilina, chap. ix
Romain!! ont apprit de leun voisina et 4o leurs ennemis mêmes. Qui
ne sait qu'ils ont appris des Carthagjapis Tinvention des galères, par lesquelles ils le% ont battus^ et enfin qu'ils ont tiré de toutes ^s nations qu'ils ont connues de quoi les surmonter toutes?
En effet, il est certain^ de leur aveu propre, que les Gaulois les surpassoient en force de corps, et ne leur cédoient pas en courage. Polybe nous fait voir qu'en une rencontre décisive, les Gaulois, d'ailleurs, plus forts en nombre, montrèrent plus de hardiesse que les Romains, quelque déterminés qu'Us fussent'; et nous voyons toutefois, en cette même rencontre, ces Romains, inférieurs en tout le reste, l'emporter sur les Gaulois, parce qu'ils savoient choisir de meilleures armes, se ranger dans un meilleur ordre, et mieux profiter du temps dans |a mêlée. C'est ce que vous pourrez voir quelque jour plus e?[aotement dans Polybe; et vous avez souvent remarqué vous-même, d^ns les Commentaires de César, que les Romains commandés par oe grand homme, ont subjugué les Gaulois, plus encore par les adresses de l'art militaire que par leur valeur.
Les Macédoniens, si jalou]( de conserver l'ancien ordre de leur i^^ lice formée par Philippe et par Alexandre, croyoient leur phalange invincible, et ne pouvoient se persuader que l'esprit humain fût capable de trouver quelque chose de plus ferme. Cependant le môme Polybe, et Tite Live après lui, ont démontré qu'à considérer seulement la nature des armées romaines et de celles des Macédoniens, les dernières ne pouvoient manquer d'être battues h la longue, paroe que la phalange macédonienne, qui n'étolt qu'un gros bataillon carré, fort épais de toutes parts, ne pouvoit se mouvoir que tout d'une pièce, au lieu que l'armée romaine, distinguée en petits corps, étoit plus prompte et plus disposée à toute sorte de mouvements.
Les Romains ont donc «trouvé, ou ils ont bientôt fippris, l'art de diviser les armées en plusieurs bataillons et escadrons, et de former les corps de réserve, dont le mouvement est si propre à pousser ou à soutenir ce qui s'ébranle de part et d'autre. Faites marcher contre des troupes ainsi disposées la phalange macédonienne : cette grosse et lourde machine sera terrible, à la yérité, à une a^mée sur laquelle elle tombera de tout son poids ; mais, comme parle Polybe, pUe ne peut conserver longtemps sa propriété naturelle, c'est-à-dire sa solidité et sa consistance, parce qu'il lui faut des lieux propres, et pour ainsi dire faits exprès, et qu'à faute de les trouver, elle s'embarrasse elle-même, ou plutôt elle se rompt par son propre mouvement; joint qu'étant une fois enfoncée, elle ne sait plus se rallier : au lieu que l'armée romaine, divisée en ses petits corps, profite de tous les lieux, et s'y accommode: on l'unit et on la sépare comme on veut; elle défile aisément et se rassemble sans peine; elle est propre aux détachements » aux ralliements, à toutes sortes de ecayersions et d'évolutions, qu'çll^ fait ou