Tite-Live, livre XLII, cbap. »v
^8 a DÎX-SEPTIÉME SIÈCLE.
maîtres de la campagne et da pays, ils menaiçoieiit de tout peaire si on n'accordoit leur demande. Rome, n'avoit ni armée ni chefs ; et néanmoins dans ce triste, état, et pendant qu'elle avoit tqulà craindre, on vit sortir tout à coup ce hardi décret du sénat : qu'on périroit plutôt que de rien céder à Tennemi armé, et qu'on lui accorderoit des conditions équitables après qu'il auroit retiré ses armes*
La mère de Coriolan, qui fut envoyée pour le fléchir, lui diaoit entre autres raisons > : <!c Ne connoissez-vous pas les Romains? ne savezvous pas, mun fils, que vous n'en aurez rien que par les prières^ et que vous n'en obtiendrez ni grande ni petite chose par la force I » Le sévèrç Coriolan se laissa vaincre : il lui en coûta la vie, et les Vols* ques. choisirent d'autres généraux : mais le sénat demeura ferme daiu ses maximes ; et le décret qu'il donna, de ne rien accorder par force, passa pour une loi fondamentale de la politique romaine, dont il n'y a pas un seul exemple que les Romains se soient départis dans tous les temps de .la république. Parmi eux, dans les états les plus, tristes, jamais les foibles conseils n'ont été seulement écoutés. Ils étaient toujours plus traitablesi victorieux que vaincus : tant le sénat savoit maintenir les anciennes maximes de la république, et tant il y savoit confirmer le reste des citoyens !
De ce même esprit sont sorties les résolutions prises tant de fois dans le sénat, de vaincre les ennenus par la force ouverte, s^ns y employer les ruses ou les artifices, même ceux qui sont permis à la guerre : ce que le sénat ne faisoit ni par im faux point d'honneur, ni pour StYOir ignoré les lois de la guerre, mais parce qu'il ne jugeoit rien de plus, erficace pour abattre un ennemi orgueilleux, que de lui ôter toute l'opinion qu'il pourroit avoir de ses forces, afin que, vaincu jusque dans le cœur, il ne vît plus de salut que dans la clémence du vainqueur.
C'est ainsi que s'établit par toute la terre cette haute opinion des ac^ mes romaines. La créance répandue partout que rien ne leur zésistoit, faisoit tomber les armes des mains à leurs ennemia, et donnoit à leurs alliés un invincible secours.
La conduite du sénat romain, si forte contre lea ennemie, n'étoit pas moins admirable dans la conduite du dedans. Ces sages siènateurs avoient quelquefois pour le peuple une juste condescendance; comme lorsque, dans une extrême nécessité, non-seulement ils se tazôient eux-mêmea plus haut que les autres, ce qui leur étoit oïdinaira, mais encore qu'ils déchargèrent le menu, peuple de tout impôt, ijoutant « que les pauvres payoient un assez grand tribut à la répu]>lique en nourrissant leurs enfants. »
Le sénat montra, par cette ordonnance, qu'il lavoit en quoi oonsistoient les vraies richesses d'un État; et un si be^iu sentiment, joint aux témoignages d'une bo^^ patçinelle, fit tuu{. d^impresaioa daaf