Dcnys d'Halicamasse, liyre VIU, tiup. ?B
bossui:t. 483
Tesprit des peuples^ quils dfiyinrent çagal)l69 àe 90ut§iûr les demicres extrémités pour le salut de leur patriç.
Mais quand le peuple méritoit d'être blÂmé, le sénat le f^isoit aussi avec une gravité et une vigueur digne de cette sage compagnie. Je n'entreprends pas ici de vous dire combien le sénat a livré aux ennemis de citoyens parjures qui ne vouloient pas leur tenir parole, ou qui chicanoient sur leurs serments; combien il a condamné de mauvais conseils qui avoient eu d'heureux succès : je vous dirai seulement que cette auguste compagnie n'inspiroit rien que de grand au peuple ro^ main, et donnoit en toutes rencontres une haute idée de ses conseils, persuadée qu'elle étoit que la réputation étoit le plus ferme appui des États.
On peut croire que, dans un peuple si sacrement dirigé, les récomr penses et les châtiments étoient ordonnés avec grande considération. Outre que le service et le zèle au bien de TÊtat étoient le moyen le plus sûr pour s'avancer dans les charges, les actions militaires avoient mille récompenses qui ne coûtoient rien au public, et qui étoient infiniment précieuses aux particuliers, parce qu'on y avoit attaché la gloire, si chère à ce peuple belliqueux. Une couronne d'or très-mince» et le plus souvent une couronne de feuille de chône, ou de laurier, o« de quelque herbage plus vil encore, devenoit inestimable parmi les soldats, qui ne connoissoient pqint d9 plus belles marques que celles de la vertu, ni de plus noble distinction que celle qui venoit des actions glorieuses.
Le sénat, dont Uapprobatk)a tsnoit lieu de i^écompense, tâv<^ louer et blâmer quand il fsUloijt. InconUoyeot après le combatj, 1^ consuls et les autres généraux donnoient puJbliquement aux spld^tg et aux ofôciers la louange ou le blâme qu'ils méritoient ; mais eux-mêmes il^ attendoient en suspens le jugement du sénat, qui jugeoit de la sagesse des conseils sans se laisser éblouie par 1« bonheur des ésrénemenjs. Les louanges étoient précieuses, parce qu'elles se donnoient avec connoissance : le blâme piquoit au vif les coeurs généreux, et retenoit le« plus foibles dans le devoir. Les châtiments qui suivoient les mauvaiseg actions tenoient les soldats en crainte, pendant que les récompenses' et la gloire bien di^ensée les^ élevoient au-dessus d'eux-onêxaies.
Qui peut mettre d^ns l'esprit^ des peuples la gloire, la patience dans les travaux, la grandeur de la nation, et l'amour d,e la patrie, peut se vanter d'avoir trouvé la constitution d'État la plus propre à produire de grands hommes. C'est sans doute les grands hommes qui font la force d'un empire. La nature ne manque pas de faire naître dans tous les pays des esprits et des courages éliQTés, m^h U f^Ult, U^i ^idçr à les former. Ce qui les forme, ce qui le^ achève, ce sont des sentiment^ forts et de nobles impressions qui se répandent dans tous les esprits, et passent insensiblement de l'un à l'autre. Qu'est-ce qui rend notre noblesse si fière dans les combats, et si hardie dans les entreprises? c'est l'opinion reçue dès l'enfance, et étaMie parle sentiment unanijne
^Sa DÎX-SEPTIÉME SIÈCLE.
maîtres de la campagne et da pays, ils menaçoient de tout penlre si on n'accordoit leur demande. Rome, n'avoit ni armée ni chefs ; et néanmoins dans ce triste, état, et pendant qu'elle avolt toulà craindre, on vit sortir tout à coup ce hardi décret du sénat : qu'on périroit plutôt que de rien céder à Tennemi armé, et qu'on lui accorderoit des conditions équitables après qu'il auroit retiré ses armes*
La mère de Coriolan, qui fut envoyée pour le fléchir, lui diaoit entre autres raisons ' : « Ne connoissez-vous pas les Romains? ne savezvous pas, mon fils, que vous n'en aurez rien que par les prières, et que vous n'en obtiendrez ni grande ni petite chose par la force I » Le sévèrç Coriolan se laissa vaincce : il lui en coula la Yie, et les Vols* ques choisirent d'autres généraux : mais le sénat demeura ferme dans ses maximes ; et le décret qu'il donna, de ne rien accorder par force, passa pour une loi fondamentale de la politique romaine, dont il n'y a pas un seul exemple que les Romains se soient départis dans tous leâ temps de .la république. Parmi eux, dans les états les plus tristes, jamais les foibles conseils n'ont été seulement écoutés. Ils étaient toujours plus traitablesi victorieux que vaincus : tant le sénat savoit maintenir les anciennes maximea de la république, et tant il y savoit confirmer le reste des citoyens !
De ce même esprit sont sorties les résolutions prises tant de Ma dans le sénat, de vaincre les ennenus par la force ouverte, sans y employer les ruses ou les artifices, même ceux qui sont permia à la guerre : ce que le sénat ne fiaisoit ni par un faux point d'honneur, ni pour siv.oir ignoré les lois de la guerre, mais parce qu'il ne jugeoit rien de plus erficace pour abattre un ennemi orgueilleux, que de lui ôter toute l'opinion qu'il pourroit avoir de ses forces , afin que, vaincu jusque dans le cœur, il ne vît plus de salut que dans la clémence du vainqueur.
C'est ainsi que s'établit par toute la terre cette haute opinion des ac^ mes romaines. La créance répandue partout que rien ne leur résistoit, faisoit tomber les armes dea mains à leurs ennemia, et donnoit à leurs alliés un invincible secours.
La conduite du sénat romain, si forte contre lea ennemie, n'étoit pas moins admirable dana la conduite du dedaus. Ces sages Sénateurs avoient quelquefois pour le peuple une juste condescendance; comme lorsque, dans une extrême nécessité, non-seulement ils se tazôient eux-mêmea plus haut que les autres, ce qui leur étoit oïdinake, mais encore qu'ils déchargèrent le menu- peuple de tout impdt, ijoutant « que les pauvres payoient un assez grand tribut à la république en nourrissant leurs enfants. »
Le sénat montra, par cette ordonuauce, qu'il lavoît en quoi oonsistoient les vraies richesses d'un État; et vu ai beau sentimeot, joint aux témoignages d'une boqté patçsMlle, ai tas^ d?impresaioB daae