‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 312 sur 347 · Denys d'Halicamasse, livre VIU, tiup. ?B · texte numérisé non relu

Denys d'Halicamasse, livre VIU, tiup. ?B

Tesprit des peuples^ qu'ils deyinrent çaç(U)lcs àe soutj^iûr les dernières extrémités pour le salut de leur patrlQ,

Mais quand le peuple méritoit d'être blÂmé, le séii^t le f^isoit aussi avec une gravité et une vigueur digne de cette sage compagnie. Je n'entreprends pas ici de vous dire combien le sénat a livré aux ennemis de citoyens parjures qui ne vouloient pas leur tenir parole, ou qui chicanoient sur leurs serments ; combien il a condamné de mauvais conseils qui avoienteu d'heureux succès : je vous dirai seulement que cette auguste compagnie n'inspiroit rien que de grand au peuple ro-^ maîn^ et donnoit en toutes rencontres une haute idée de ses conseils, persuadée qu'elle étoit que la réputation étoit le plus ferme s^pui des États.

On peut croire que, dans un peuple si sacrement dirigé, les récompenses et les châtiments étoient ordonnés avec grande considération. Outre que le service et le zèle au bien de TÊtat et oient le moyen Ip plus sûr pour s'avancer dans les charges, les actions militaires avoient mille récompenses qui ne coûtoient rien au public, et qui étoient infiniment précieuses aux particuliers, parce qu'on y avoit attaché la gloire, si chère à ce peuple belliqueux. Une couronne d'or très-mince» et le plus souvent une couronne de feuille de chône, ou de laurier, o« de quelque herbage plus vil encore, devenoit inestimable parmi les soldats, qui ne connoissoient pqint d9 plus belles marques que celles de la vertu, ni déplus noble distinction que celle qui venoit des actions glorieuses.

Le sénat, dont Uapprobattoa tsnoit lieu de i^écompense) tâv<^ louer et blâmer quand il fsUloit Incontiiyeot après le combatj, 1^ consuls et les autres généraux donnoîent publiquement aux sp}44^ 6t aux of^ciers la louange ou le blâme qu'ils méritoient ; mais eux-mêmes ilaattendoient en suspens le jugement du sénat, qui jugeoit de la sagessa^ des conseils sans se laisser éblouir par U bonheur des ésrénemenjd. Les louanges étoient précieuses, parce qu'elles se donnqient avec connoissance : le blâme piquoit au vif les cœurs généreux, et retenoit le« plus foibles dans le devoir. Les châtiments qui sui voient les mauvaiseg actions tenoient les soldats en crainte, pendant que les récompenses^ et la gloire bien di^ensée le» élevoient au-dessus d'eax-jnêx&es.

Qui peut mettre d^ns l'esprit des peuples la gloire, la patience dans les travaux, la grandeur de la nation, et l'amour d.e la patrie^ peut se vanter d'avoir trouvé la constitution d'État la plus propre à produire de grands hommes. C'est sans doute les grands hommes qui font la force d'un empire. La nature ne manque pas de faire naître dans tous les pays des esprits et des courages élj^Tés, m^h '^. f^^j^ U^i aidçr à les former. Ce qui les forme, ce qui les achève, ce sont des senti ment^ forts et de nobles impressions qui se répandent dans tous les esprits, et passent insensiblement de l'un à l'autre. Qu'est-ce qui rend notre noblesse si fière dans les combats, et si hardie dans les entreprises? c'est l'opinion reçue dès l'enfance, et étaMie par le sentiment unanîjne

•de la nation, qu'un gentilhomme sans cœur se dégrade lui-môme, et n'est plus digne de voir le jour. Tous les Romains étoient nourris dans ces sentiments, et le peuple disputoit avec la noblesse à qui agiroit le plus par ces vigoureuses maximes. Durant les bons temps de Rome, Tenfance même étoit exercée par les travaux : on n*y entendoit parler d'autre chose que de la grandeur du nom romain. Il falloit aller à la guerre quand la république î'ordonnoit, et là travailler sans cesse, camper hiver et été, obéir sans résistance, mourir ou vaincre. Les pères qui n'élevoient pas leurs enfants dans ces maximes, et comme il falloit pour les rendre capables de servir TÉtat, étoient appelés en justice par les magistrats, et jugés coupables d'un attentat envers le public. Quand on a commencé à prendre ce train, les grands hommes se font les uns les autres : et si Rome en a plus porté qu'aucune autre ville qui eût été avant elle, ce n'a point été par hasard ; mais c'est que r£tat romain, constitué de la manière que nous avons vu, étoit, pour ainsi parler^ du tempérament qui devoit être le plus fécond en hérce.

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