‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 315 sur 347 · Dialogues sur V Éloquence. '-' 2, Séviimé · texte numérisé non relu

Dialogues sur V Éloquence. '-' 2, Séviimé

ver k cet état, il faut s'exposer à devenir la proie de toute* les passions; car y en a-t-il une en nous que rambitionne suscite contre nous?

Et n'est-ce pas elle qui^ selon les différentes conjonctures et les divers sentimens dont elle est émue, tantôt nous aigrit des dépits les plus amers, tantôt nous envenime des plus mortelles inimitiés, tantôt nous enflainme des plus violentes colères, tantôt nous accable des plus profondes tristesses, tantôt nous dessèche des mélancolies les plus noires, tantôt nous dévore des plus cruelles jalousies; qui fait souffrir à une âme comme une espbce d*enfer, et qui la déchire par mille bourreaux intérieurs et domestiques ? C'est ^e , pour se pousse^ à cet état, et pour se faire jour au travers de tous les obstacles qui en ferment les avenues, il faut entrer en guerre avec des compétiteurs qui y prétendent aussi bien que nous, qui nous éclairent ' dans nos intri gués, qui nous dérangent dans nos projets, qui nous arrêtent dans nos voles ; qu'il faut opposer crédit à crédit, patron à patron, et pour cela s'assujettir aux plus ennuyeuses assiduités, essuyer mille rebuts, digérer mille dégoûts, se doimer mille mouvemens, n'être plus à soi^ et vivre dans le tumulte et la confusion. C'est que^ dans l'attente de cet état, où l'on n'arrive pas tout d'un coup, il faut supporter des retardemens capables non-seulement d'exercer, mais d'épuiser toutd la patience ; que, durant de longues années, il faut languir dans l'incer* titude du succès, toujours flottant entre l'espérance et la crainte, et souvent, apr^s des délais presque iniiiiis, ayant encore raffreùx déboire de voir toutes ses prétentions échouer, et ne remportant, pour récompense de tant de pas malheureusement perdus^ que la rage dans le cœur et la honte devant les hommes.

Je dis plus : c'est que cet état^ si l'on est enfin assez heureux pour s'y ingérer, bien loin de mettre des bornes à l'ambition et d'en éteindre le feu, ne sert au contrsdre qu'à la piquer davantage et qu'à l'allumer ; que d'un degré Où tend bientôt à un autre, télletnént qu'il nV a rien où l'on ne se porté, ni i^en où Ton se fixe; rien que l'on ne veuille avoir, ni rien dont on jouisse ; que ce n'est qu'une perpétuelle succession de vues, de désirs, d'entreprises, et, par une Buite nécessaire^ qu'un perpétuel tourment. C'est que, pour troubler toute la douceur de cet état, il ne faut souvent que la moindre circonstanœ et le sujet le plus léger, qu'un esprit ambitieux grossit, et doni il tb ftdt uà monstre.

FBAOMENT D'UN SERMON SUR LA BËSUBBSGTIOai

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