‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 316 sur 347 · DE JÉ8UB-GHRI8T · texte numérisé non relu

DE JÉ8UB-GHRI8T

S'il y avoit parmi mes auditeurs quelqu'un de oes libertins' [qui n i croient pas à la résurrection des morts], voici' ce que je lui dirois avec toute la sincérité et toute l'ardeur de mon zèle. Il faut, mon cher

l. C'est-à-dire qui led découvrent et les pénètrent. — 9. liM:réduie&

BOURDALOUB. 487

Frère, que le ddsordre soit bien grand danl^ tous, et que le Ticè y ait pénétré bien avant, pour vous réduire à ne plus croire une des vérités fondamentales de la religion. Il faut que votre cœur ait bien corrompu votre esprit, pour l'aveugler et le pervertir de là sorte. Car, dites-moi, je vous prie (si vous êtes encore capable de vous rendre à ce raisonnement), qui de nous deux est mieux fondé, vous qui ne croyez pas ce que l'on vous annonce touchant une autre vie que celle-ci et la résurrection des morts , et moi qui le crois d'une foi ferme et avec tme entière soumission ? Sur quoi vous appuyez-vous pour ne le pas croire, du moins pour en douter ? Sur votre jugement, sur votre prudence', ou plutôt sur votre ptôsomption. Vous ne croyez pas ces mystères, parce que vous ne les concevez pas, parce que vous Voulez mesurer toutes choses par vos sens; parce que vous ne voulez déférer ni vous en rapporter qu'à voâ yeux ; parce que vous dites, comme cet aptytte incrédule, Nisi videfo, non credani^ Si je ne vois, je ne croirai riéh : conduite pleine d'ignorance et d'erreur : voilà le fondement de votre incrédulité. Mais moi dans ma créance et dans la fol que j'ai embrassée et pour laquelle je âeirois prêt à verser mon sang, je me fonde sur le témoignage de Dieu même, sur lôS principes de sa providence et de sa sagesse, sur la vérité de mille prophéties, sur un nombre presque infini de miracles, sur l'autorité des plus grands hommes de tous les siècles, des hommes les plus sensés, les plus éclairés, les plus irréprochables et les plus saints. Je me trouve en possession d'une foi qui à opéré tant de merveilles dans l'univers, qui à triomphé de tant de rois et de tant de peuples, qui a détruit et aboli tant de superstitions, qui a produit et fait pratiquer tant de vertus, qui a eu tant de témoins, qui a été signée par le àâng de talit de martyre, qui s'est accrue par les persécutions mêmes, et contre laquelle toutes les puissances de l'enfer et de la terre n'ont pu jamais pl*élraloîr et jamais ne prévaudront : telles sont les raisons qui m'y attachent. Oi: de ces faisons et des vôtres, jugez encore une fois quelles sont les plus Solides, et'les plus capables de détermiher ùû esprit droit et de le fixer.

Mais, me direz-vous. Comment èomprèndre cette résurrection des morts? Il ne s'agit pas, mon cher auditeur, de la comprendre polir la croire ; mais de la croire, quand même elle Vous sèroit absolument incompréhensible. Car que vous la compreniez ou que vous ne la compreniez pas, ce n*est pas ce qui là rend plus ou nàoins vraie, plus ou moins certaine, ni par conséquent plus ou moins croyable. Cependant j'ai bien lieu d'être surpris, mon cher Frère, due vous qui vous piquez d'une prétendue force d'esprit, vous formiez là-dessus tant de difficultés. Comme si cette nSsawectiôn û'ét'oit pas évidemment possible à Dieu, notre créateur : car, dit saint Augustin, il a pu créer de rien nos corps, ne pourra-t-il pas le5 former une seconde fois de leur propre matière ; et qui l'empêchera de rétablir cô qui étoit déjà, puisqu'il a pu faire ce qui u'avoit jamais été? Comme si cette résurrection n'étoit pas môme aisée et facile à Dieu, puisqu'il est tout-puissant, et que rien ne résiste

ver & cet état, il faut s'exposer à devenir la proie de toute* les pas^dons; car y en a-t-il une en nous que rambitionne suscite contre nous?

Et n'est-ce pas elle qui; selon les différentes conjonctures et les divers sentimens dont elle est émue, tantôt nous aigrit des dépits les plus amers, tantôt nous envenime des plus mortelles inimitiés, tantôt nous enflainme des plus violentes colères, tantôt nous accable des plus profondes tristesses, tantôt nous dessèche des mélancolies les plus noires, tantôt nous dévore des plus cruelles jalousies; qui fait souffrir à une âme comme une espèce d*enfer, et qui la déchire par mille bour> reaux intérieurs et domestiques ? C*est que , pour se pousse* à cet état, et pour se faire jour au travers de tous les obstacles qui en ferment les avenues, il faut entrer en guerre avec des compétiteurs qui y prétendent aussi bien que nous, qui nous éclairent ' dans nos intri gués, qui nous dérangent dans nos projets, qui nous arrêtent dans nos voies ; qu'il faut opposer crédit à crédit, patron à patron, et pour cela s'assujettir aux plus ennuyeuses assiduités, essuyer mille rebuts, digérer mille dégoûts, se donner mille mouvemens, n'être plus à soi, et vivre dans le tumulte et la confusion. C'est que, dans l'attente de cet état, où l'on n'arrive pas tout d'un coup, il faut supporter des retardemens capables non-seulement d'exercer, mais d'épuiser toutft la patience ; que, durant de longues années, il faut languir dans l'incer* titude du succès, toujours flottant entre l'espérance et la crainte, et souvent, apr^s des délais presque iniinis, ayant encore raffreûx déboire de voir toutes ses prétentions échouer, et ne remportant, pour récompense de tant de pas malheureusement perdus, que la rage dans le cœur et la honte devant les hommes.

Je dis plus : c'est que cet état, si l'on est enfin assez heureux pour s'y ingérer, bien loin de mettfe des bornes à l'ambition et d'en éteindre le feu, ne sert au contrsdre qu'à la piquer davantage et qu'à l'allumer ; que d'un degré Où tend bientôt à un autre, telletnent qu'il nV a rien où l'on ne se porté, ni i^en où l'on se fixe; rien que l'on ne veuille avoir, ni rien dont on jouisse ; q^ue ce n'est qu'une perpétuelle succession de vues, de désirs, d'entreprises, et, par une duite nécessaire, qu'un perpétuel tourment. C'est que, pour troubler toute la douceur de cet état, il ne faut souvent que la moindre circonstance et lé sujet le plus léger, qu'un esprit ambitieux grossit, et doni il S6 ftdt uà monstre.

FBAOMENT D'UN SERMON SUR LA BËSUBBSGTIOai

Page 1