‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 328 sur 347 · MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

MADAME DE SÉVIGNÉ

donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche^ au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle, mademoiselle de... mademoiselle; devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi I par ma foi I ma foi jurée! Mâdebioiselle , la grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d'Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi. Mademoiselle, destinée au trône. Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer; si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous.

A M. DE C0ULAN6BS.

A Paris, mercredi Si décembre 1670.

J'ai reçu vos réponses à mes lettres. Je comprends Tétonnement où vous avez été de tout ce qui s'est passé depuis le 15 jusqu'au 20 de ce mois : le sujet le méritoitbien. J'admire aussi votre bon esprit, et combien vous avez jugé droit, en croyant que cette grande machine ne pourroit pas aller depuis le limdi jusqu'au dimanche. La modestie m'empêche de vous louer à bride abattue là-dessus, parce j'ai dit et pensé toutes les mêmes choses que vous. Je dis à ma fille le lundi ; Jamais ceci n'ira à bon port jusqu'à dimanche ; et je voulus parier, quoique tout respirât la noce, qu'elle ne s'achèveroit point. En effet, lo jeudi le temps se brouilla, et la nuée creva le soir à dix heures, comme je vous l'ai mandé. Ce même jeudi, j'allai dès neuf heures du matin chez Mademoiselle, ayant avis qu'elle alloit se marier à la campagne, et que le coadjuteur de Reims ' faisoit la cérémonie : cela étoit ainsi résolu le mercredi au soir ; car, pour le Louvre, cela fut changé dès le mardi^. Mademoiselle écrivait: elle me fit entrer, elle acheva sa lettre, et puis comme elle étoit au lit, .elle me fit mettre à genoux dans sa ruelle; elle me dit à qui elle écrivoit, et pourquoi, et les beaux présents qu'elle avoit faits la veille, et le nom qu'elle avoit donné 3; qu'il n'y avoit point de parti pour elle en Europe, et qu'elle vouloit se marier. Elle me conta une conversation mot à mot qu'elle avoit eue avec le roi ; elle me parut transportée de la joie de faire un homme bien heureux ; elle me parla avec tendresse du mérite et de la reconnoissance de M. de Lauzun: et sur tout cela je lui dis: <c Mon Dieu, Mademoiselle,

1 . Charles-Maurice Le Tellier, fils du chancelier Michel Le Tellier, et frère de Louvois.

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