‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 46 sur 347 · RONSARD · texte numérisé non relu

RONSARD

Plus l»iiQ))le8 devenus^ plus doux ni gracieux, De paillards continens, dft menteurs veritaUes, D'effrontés vergongneux, de cruels charitables, De larrons aumosniers, et pas un n'a changé Le Yice dont il fut auparavant chargé.

/ {IHiiBùufê des misèrei du temps,)

flÉGMIER.

Mathurin Régnier, né h Gbart^QÇ^ en li^TS, fut chanoine de la cathédrale de cette ville; il moumt à Rouen en 1613. Ses œuvres se composent de seize Satires, trois Épitres, cinq Élégies et quelques autres poèmes.

Les meUkures éditions de Régnier soni celles d'Elzemer^ Leyde^ 1652; de Lequien, Paris, 1822 ; de YiolleU-Leduc, Paris^ 1823.

Il était évident que la réforme de Ronsard et de la Pléiade n'était pas définitive. G'étajt un effort violent qui succédait à une torpeur extrême :ia révolution avait passé le but sans l'atteindre. Régnier, par inspiration vraie, par nonchaloir, par insouciance, par abandon à la bonne loi natu^ relie, revint au ample, au ^vraii et rentra sans le savoir dans la vieille écQle gauloise, qu'il enrichit toutefois d'heureuses imitations, il suivit par j^nie rexcellént précepte de du Bellay; « it transforma eh soi les meillôurs a>uteurs, et, après les avoir digérés, les convertit en sang et nourriture.» Il fut le premier en France qpi (Scrivit de véritables satires à l'imitation d'Horace. Mais son imitation n'^était plus le calque servile imaginé par la Plâade, c'était la féconde émulation, la puissante rivalité du talent.

Le pinceau de Régitier el'arrtte volontiers à la snr&u^ ^^ choses. C'est, de lui. qu'on peut. rdîi^e qa^il se Joue autour du cœur humain^ Sa poé^ n'^ riéâ de bien pj^foi;^^^ de bien philosophique ; ^çe sont. ]|çs, je]^ umocM^n^'ii^.îla satire : ses contemporains Favaieiat jti§p$-flinsi> Geprédéceè*

seur de Boile^i^ était poi;r em fê kw BrigHifirf et luimémé nous explique^ quoique avec trop de modestie, cette qualification:

Et ce surnom de 6afi me ▼art-ea teproehaat S'a)itf|n{ SDeje p'i^i pM Tesprit d'estre méchant,

Ge n'est certes pas l'esprit qui nuinque à Régnier, ni Tenjouement, ni la vervô. Mais il esf artiste bien plus que moraliste; il s'occupe plus de la peinture que de la leçon. Sa plus belle création, c'g^ gop.. ftyle; on en a fait un bel et juste éloge en le rapprochant de celui de Montaigne ^

j)ont le rabat est sale^ p\ 1^ çbauss^ ropipQfl,

Ses gregues aux genoux, au coude so^ PQurpointh

Qxd soit de ^uvre mine, et qui soit mu en point:

§a|)i| fi<)ii|ai^er son Hftm^ sa le peut n^oBncâstreî

Car si ce n'est un poète, au moins il le veut estre.

Çapend^l s^ns squ^^Tp, ceintuf^, 4 cgr^pn,

L'œil ferouche ettrôul4e, resprit ^ r^bandon|

"WûOB vieuiêlit accoster obmme personnes yrres,

|[t 4U«ii PQHB ]»0B^JQii9, 9 Monsieur, je hî9 de^f liripfy

Qi| )es f^ ai^ PfkljHS % §{ 1« 4oç^ f|i| tompt

A lis lire §mHsez, n'oij} ^ftlrç Dftssertçffip^. «

be'îà/îeuis y'oas'laisser, importuns il§ vous suiyepL

Vous'tleurdent^ de vers^ d*atégrèsse tous prif^t/ '

Vovs pavleot da foitane, et qu'il faut aâguérir

p^ aréditi ^ V^PiR^i^Fi %?^^l W ^ ^wnT;

kais <me pour Igçr resneet» rjflgr^t sieçje où nfpa if^fMI^

JLu pnz de la vertu n estime point les hoxnmesf:

Que Ronsard, du Bellay, vivants oiit eu du bien.

fit que 6^wt bonté au Roy de ne iMitioaner riw*

Eui^ fllLs^ qu*f){i les Gonyig, aii^fû que n»uMtûm^

l^ljl^t p|L l^rélats lefi i^f miors I i|os ;j|l4^

8. c48^!-d|rty doat Ips fllaments sont percés, les grètfues aux genoHz, et te pott^^t &^ 9^u<|6|, Mlgnuif» w griituiB «ftteMoS qm couvrait liét jambes.

S. Au Mliff'de }u8tfet.où il 7 avait des boutiques de libraires.

Où le caqu§t,l^ manque, e\ çfatf f(^l» ({ifgQi^Eaati ;

Sembl^I|t àVQlr desi yeu^ F9gre1; pxi d^meura|it.

Si quelqu'un, çpmi^e moy, )eurs Quvsagef n'98tfm0,

Il est lourd, l^orant/il n'ayiae pqlptli r[i]^^;

Difficile, hargneux, de lei|r yejrtu jalou^,

C!ontraire en jjigex^en^ au commis bn|i| de (qui.

Juste postérité, itei^mûin je fappeUi;, Toy ^^.^a^ pw8ipn/maiiitipji»)*(BVv^^ Wffiqrt#ll8, Et qui selôa Vesprj|;, 1^ grac^ et ï^ $sayo|^ De race en race au peuple un ouyrag§ m§ ^c s Venge ceste qupwUa, §t justeme^jl sépara . Du Gj^pfi ^'^pollpn J4 çprneilie bar^fg, Qui croasdaiit pa^lQut d'un Qfguei} eiïsoniéf Ne couche de r)e)) nÏQixui q^ l'imiiapftaïit^ U

{SoHrsn.)

LA XJONHB. S.B LOUP BT LE IfOLCT'.

Ayecque ^a science il faut un bon esprit. Or entends à ce point ce qu'un Grec en escrit : Jadis un Loup, dit-il, aue la fajm.çsipoinçonne, Sortant hors de son fbrt rencontre une Lionne, Rugissante à. Vabqrt^ et qui n|Qq§trpi| aux 4ê^ L'insatiable faim ([u'eU^ ^voit ^u dedans. Furieuse elle ij^pprqc^e, ^i le Loup q^j ra4vi|a, D'un langage fjatteur \w piirle ^( la çi^ftisie : Car ce fut de tout t@fpp8, que, ployaul f fl^s (>f|p|f|« Le petit cède a)f gi^iidi ^i le hïhl^ au plp fprjt.

Luy, di-je, qui .ra|gQpii qijf«fa^te d'auûâ j^yef La beste l'atf^qu^t, ses v\k^ il eioplqye. Mais enfin le 4%za^ si bien la secourut , Qu'un Mujei gros et ^w à ^eucii yeux app«ra|# Ilf cheminent 4ispp8, prqyant }a table pre8t0, Et s'approcheat tous deux ass^u: près dé la biBste. Le Loup mii |i^ fîog^pist, TOlJu fit 4§fS^j ' I^y reg^pdfnt au^ pied|| , Iqi p^r(pi| en ^ao^ ; « D'où e»;tu9 Q^i ^f-tu f Qqelle est H ||0||f rUuxf i^ . Ta race, ta i«f i^U, m Wistf e i tft »ature? 9 Le piulet e^tpQii^ ^axe npuveau {l^ppursy J^ mff f pgénitwï, »»* mm m\ wç^uw ; .

Et comme les Normands, sans luy respondre Toire^: <c Compère, ce dit-il, je n'ay point de meqiqire^

1. N'aspire à rien moins, ne vise à rien moins qu'à l'imniorlalit^K^

2. La Fontaine, livre V, Fable 8; livre PJ, Fftbl» il, : a. Où as-tu été élevé? rm 4* Yraîviepl, 6aQ(^QW4»ti :

52 RENAISSANGB.

Et comme sans esprit ma grand mère me yiti Sans m'en dire autre chose^ au pied me rescrivit. »

Lors il levé la jambe, au jarret ramassée; Et d'un œil innocent il couvroit sa pensée, Se tenant suspendu sur ses pieds en avant. Le Loup qui Tapperçoit, se lève de devant, S'ezcusant de ne lire, avecqu' ceste paroUe, Que les loups de son temps n*alloient point à l'écidle. Quand la chaude Lionne, à qui Tardente faim Alloit précipitant la rage et le dessein, S'approche, plus savante , en volonté de lire. Le Mulet prend son temps, et du grand coup qall tirt^ Luy enfonce la teste, et d'une autre façon, Qu'elle ne sçavoit point, lui apprit sa leçon.

Alors le Loup s'enfuit, voyant la beste morte; Et de son ignorance ainsi se réconforte : c N'en déplaise aux Docteurs, Cordeliers, Jacobins, Pardieu, les plus grands clercs ne sont pas les plus fins. »

{Satin lii.)

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