RABELAIS
eustes toute la carayane de Lamecha *• Ne tous fournirent ilz de via à suffisance? — Voire', mais, dist-il, nous ne beumes point frais. — Par la vertu, dirent-ilz, non pas d'un petit poisson, un preux, un con« querent, un prétendant et aspirant à Pempire univers* ne peut toujours avoir ses aises. Dieu soit loué qu'estes venu vous et vos gens, saufz et entiers, jusques au fleuve du Tigre.
— Mais', dist-il, que fait ce pendant la part de nostre armée qui desoonfit ce vilain humeux^ Grandgousier? ^ Ils nt cbomment pas^ dirent»iU; nous les rencontrerons tantost* III vous ont pris Bretaigne, Normandie, Flandres, Haynault, Brabant, Artoys, Hollande, Selande: ilz ont passé le Hhein par sus le ventre des Suisses et Lansquenets, et part d'entre eux ont dompté Luxembourg, Lorraine, la Ghampaîgne, Savoye, jusques à Lyon : auquel lieu ont trouvé vos garnisons t«tournans des conquestes navales de la mer Mediterrannée. Et se sont reassemblés enBobeme, après avoir mis à sacSoueve, Wuitemberg, Bavieres, Austricbe, Moravie, et Stirie. Puis ont donné fièrement ensemble sus Lubek, Norwege, Sweden, Ricb, Dace, Gotthie, Engronelând*, les Estrelinst, jusques à la mer Glaoiato. Ce fkit, conquesterent les iales Ofchadeai et subjuguèrent Esoosse, Angleterre, et Irlande. De là, navigans par la mer sabuleuse, et par lesSarmates, ontvmcu et dompté Prussie. PoloniOi Litbuanie, Russie^ Yalacbie, la Transsilvane, Hongrie, Bulgarie, Turquie, et sont à Constantinoble. — Allons nous, dist Picrochole, rendre à eux le plus tost, car je veux estre aussi empereur de Trebizonde.
Ne tuerons nous pas tous ces çbiens Turs et Mahumetistes? ^ Que diable, dirent-ilz, ferons-nous donc? Et donnerez leurs biens et terres à ceux qui vous auront seryy honnestement. — La raison, dist-il, le veult, c'est équité. Je vous donne la Garmaigne , Surie, et toute Pa* lestûa«. «^ Ha, dirent-iii, Sire, c'est du bien de vous, grand meioy. Dieu vous face bien tou^gours prospérer.
Là présent estoit un vieux gentil homme^ esprouvé en divers bazars, et vray routier de guerre, nommé Echepbron^; lequel oyant ces propos, dist : J'ay grand peur que toute ceste entreprise sera semblable à la ftiroe du pot au lait ; duquel un cordouanier' se foisoit riche par resverie ; puis le pot cassé, n'eut de quoy disnér. Que pretei^de^ vous par ces belles conquestes ? Quelle sera la fin cle tant de travaux et traverses? ~ Ce sera, dist Picrochole, que nous, retournés, reposerons à nos aises. — Dont, dist Echephron, et si par cas jamais n'en retournez? Car le voyage est long et périlleux. N'est-ce mieux que des maintenant nous reposons, sans nous mettre en ces bazars*?