‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 55 sur 347 · RABELAIS · texte numérisé non relu

RABELAIS

ne peut estre que meschant, si par grâce divine n'est continuellement guidé : et, pour le contenir en office et réduire à cognoissance, me l'a icy envoyé à molestes * enseignes.

Pourtant', mon filz bien aimé^ le plus tost que faire pourras, ces lettres veues, retourne à diligence secourir, non tant moy (ce que toutes fois par pitié naturellement tu doibs) que les tiens, lesquelz par raison tu peux sauver et garder. L'exploijt sera fait à moindre effusion de sang qu'il sera possible. Et, si possible est, par engins* plus expédions *, cauteles *, et ruses de guerre, nous sauverons toutes les âmes, et les envoyerons joyeux à leurs domiciles.

Très cher filz, la paix de Christ nostre rédempteur soit avec toy. S^ue Ponocrates , Gymnaste et Eudemon, de par moy. Du vingtiesmo de septembre.

Ton père, Grandgousier.

ZJVRE I. CHAPITRE XXXTTT.

COHKENT CERTAINS GOUVERNEURS DE PICROCHOLE, PAR CONSEIL PRÉCIPITÉ, LE BURENT AU DERNIER PÉRIL.

Ck)mparurent devant Picrocbole les ducs de Menuail et comte Spadassin, et lui dirent : Sire, aujourd'huy nous vous rendons le plus heureux, plus chevaleureux prince qui onques fust dépuis la mort d'Alexandre Macedo. — Couvrez , couvrez-vous , dist Picrocbole. — Grand mercy, dirent-ilz, Sire; nous sommes à nostre devoir. Le moyen est tel. Vous laisserez icy quelque capitaine en garnison, avec petite bande de gens, pour garder la place*, laquelle nous semble assez forte, tant par nature que par les remparts faits à vostre invention. Vostre armée partirez' en deux, comme trop mieulx l'entendez. L'une partie ira ruer sus ce Grandgousier et ses gens. Par icelle sera de prime abordée facilement desconfit. Là recouvrerez argent à tas, car le vilain en a du content. Vilain , disons nous, parce qu'un noble prince n'a jamais un sou. Thesaurizer est fait de vilain.

L'autre partie cependant tirera vers Onys, Sanctonge, Angomois, et Gascoigne : ensemble Perigot% Medoc, etElanes». Sans resistcnce prendront villes, chasteaux, et forteresses. A Bayonne, à Saint Jean de Luc, et Fontarabie, saisirez toutes les naufs'<*, et, costoyant vers Galice et Portugal, pillerez tous les lieux maritimes, jusques à Ulisbone", où aurez renfort de tout équipage requis à un conquerent.

1. Fâcheuses. — 2. Pour cela, c'est pourquoi. — 3. Stratagèmes. 4. Plus avantageux, plus profitables (que les armes). — 5. Finesses.

6. Le château de la Roche Ciermaud, a cinq kilomètres de Chinoa

7. Partagerez. — • 8. Le Périgord. — 9. Les Landes. 10. Les navi*^ ' U. Lisbonne.

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Par le corbieu Espagne se rendra, car ce ne seront que madourrés^ Vous passerez par Testroict de Sibyle, et là érigerez deux colomi^ei plus magnifiques que celles d'Hercules^ à perpétuelle mémoire de rostre nom. St sera nommé cestuy destroict la mer Picrocholine.

Passée la mer Picrocholine , voicy Barbe rousse qui se rend vostre esclave. — Je, dist Picrochole, le prendray à mercy. — Voire, dirent* ilz, pourreu qu'il se face baptiser, fit oppugnerez les royaumes de Tunis, d'Hippes, Argiere, Bone, Ck)rone, hardiment toute Barbarie. Passant oultre, retiendrez en vostre main Maiorque, Minorque, Sardaine, Gorsicque, et autres isles de la mer Ligusticque et Baleare. Gostoyant à gauche, dominerez toute la Gaule Narbonique, Provence,' et Allobroges, Gènes, Florence, Lucques, et à Dieu seas Rome'. Le pauvre monsieur du Pape meurt desja de peur. — Par ma foy, dist Picrochole, je ne luy baiseray ja sa pantoufle.

Prise Italie, voyla Naples, Calabre, Apoulle, et Sicile toutes à sac, et Malthes avec. Je voudrois bien que les plaisants chevaliers jadis Rhodiens vous résistassent. — J'irois, dist Picrochole, voluntiers à Lorette*. — Rien, rien, dirent-ilz; ce sera au retour. De là prendrons Candie, Cypre, Rhodes, et les isles Cyclades, et donnerons sui la Morée. Nous la tenons. Saint Treignan, Dieu gard Hierusalem! car le Soudan n*est pas comparable à vostre puissance. — Je, dist-il, feray donc bastir le temple de Salomon? — Non , dirent-ils, «ncores : attendez un peu. Ne soyez jamais tant soudain à vos entreprises.

Savez-vous que disoit Qotavian Auguste? Festina lente. Il vousooa» vient premièrement avoir l'Asie minor, Garie, Lycie, Pamphylie^ Cilicie, Lydie, Phrygie, Mysie, Beiune^, Charazie*, Satalie^, Samagarie, Gastamena, Luga, Savasta, jusques & fiuphrates. — >yemna* nous, dist Picrochole, Babylone et le mont Sinay? — Il n'eat, direntilz, ja besoing pour ceste heure. N'est-ce pas assez tracassé de a?oix transfreté^ la mer Hircane, chevauché les -deux Armenies, et les trois Arables?

— Par ma foy, dit-il, nous sommes affollés. Ha, pauvres gens! Quoy? dirent-ilz.— Que boirons-nous par ces déserts? Gar Julian Au* guste et tout son ost y moururent de soif, comme Ton dist. -^ Noua, dirent il2, avons ja donné ordre à tout. Par la mer Siriace, vous avez neuf mille quatorze grandes naufs, chargées des meilleurs vint du monde; elles arrivèrent à Japhes*. Là se sont trouvés vingt et deux cens mille chameaux» et seize cens elepbans, lesquels avez pris à une chasse environ Sigeilmes , lorsque entrastes en Libye, et d'abondant*

1. Sots, barbares, mal polis (mate doîati). — 2. C'en est fait de Rom?.

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