Caverne, du latin fpeît(nctt
SATIRE MÉNIPPÉÇ. 71
naire, si facile, si fiimillier, qui s^stoit rendu comttie condtoyeo, et bourgeois de ta ville, qu'il a enrichie, qu'il a embellie de somptueux bastiments, accreûe de forts et superbes remparts, ornée de privilèges et exemptions honorables. Que dis-je? Peu supporter? C'est bien pis : tu l'as chassé de sa ville, de sa maison, de son lict. Quoy chassé ? Tu l'as poursuivy . Quoi poursuivy ? Tu l'as assassiné , canonizé l'assassinateur et fait des feux de joye de sa mort. Et tu vois maintenant combien cette mort t*a profité, car elle est cause qu'un autre est monté en sa place, bien plus vigilant, bien plus laborieux, bien plus guerrier, et qui sçaura bien te serrer de plus près, comme tu as à ton dam * déjà expérimenté. Je vous prie, Messieurs, s'il est permis de jetter ces derniers abois en liberté, considérons un peu, quel bien et quel profit nous est venu de cette détestable mort que nos Prescheurs nous faisoient croire estre le seul et unique moyen pour nous rendre heureux. Mais je ne puis en discourir qu'avec trop de regret de voir les choses en l'estat qu'elles sont, au prix qu'elles estoient lors. Chacun avoit encore en ce tems-là du bled en son grenier, et du vin en sa cave ; chacun avoit sa vaisselle d'argent, et sa tapisserie et ses meubles; les Reliques estoient entières; on n'avoit point touché aux joyaux de la Couronne. Mais maintenant, qui se peut vanter d'avoir de quoy vivre pour trois semaines si ce ne sont les voleurs, qui se sont engraissez de la substance du peuple, et qui ont pillé à toutes mains les meubles des présens et des absens. Avons-nous pas consommé peu à peu toutes nos provisions, vendu nos meubles, fondu nostre vaisselle, engagé jusques à nos habits pour vivoter bien chétivement? Où sont nos sales et nos chambres tant bien garnies, tant diaprées et tapissées T Où sont nos festins et nos tables friandes? Nous voilà réduits aulaict et au fromage blanc^ comme les Suisses; nos banquets sont d'un morceau de vache pour tout metz ; bienheureux qui n'a point mangé de chair de cheval et de chien, et bienheureux qui a toujours eu du pain d'avoine, et s'est passé de bouillie de son, vendue au coing des rues, aux lieux qu'on vendoit jadis les friandises de langues , caillettes et pieds de mouton ] et n'a pas tenu à Monsieur le Légat > et à l'Ambassadeur Mendosse'^ que n'ayons mangé les os de nos pères, comme font les sauvages de U nouvelle Espagne. Peut-on se souvenir de toutes ces choses sans larmes et sans horreur? Et ceux qui en leur conscience sçavent bien qu'ils en sont cause, peuvent-ils en ouïr parler sans rougir, et sans appréhender la punition que Dieu leur reserve pour tant de maux, dont ils