I.K8 POUTIQUES VEULENT LA PAIX, BT LEUR ROI LËOmm
Il n*ya ni rodomontade d'Espagpae, ni bravacherie Napolitaine^ ni mutinerie Walonne, ni fort d'Anthonia S ny Temple, ni citadelle dont on nous menace, qui nous puisse empescher de désirer et de demander la paix. Nous n'aurons plus peur que nos femmes et nos filles soient violées, ni débauchées par les gens de guerre, et celles que la nécessité a détournées de l'honneur se remettront au droit chemin. Nous n'aurons plus ces sangsues d'ezacteurs et maltotiers; on ostera ces lourds imposts qu'on a inventés à Thostel de ville sur les meubles et marchandises libres et sur les vivres qui entrent aux bonnes villes, où il se commet mille abus et concussions, dont le profit ne revient pas au public, mais à ceux qui manient les deniers, et s'en donnent par les joues. Nous n'aurons plus ces chenilles, qui sucoent et rongent les belles fleurs des jardins de France, et s'en peignent de diversas couleurs, et en un moment de petits vers rampants contre terre deviennent grands papillons volants, peinturez d'or et d'azur. Nous n'aurons plus tant de gouverneurs qui font les Royteiets, et ne serons plus subjets aux gardes et sentinelles, où nous perdons la moitié de notre temps, consommons nostre meilleur âge, et acquérons des catarreS| et maladies qui ruinent nostre santé. Nous aurons un Roy qui donnera ordre à tout, et retiendra tous ces tyranneaux en crainte et en devoir; qui chastiera les violents, punira les réfractaires, exterminera les vo« leurs et pillards, retranchera les aisles aux ambiteux, fera rendre gorge à ces esponges et larrons des deniers publics, fera contenir un chacun aux limites de sa charge, et conservera tout le monde en repos^et tranquillité. Enfin nous voulons un Roy pour avoir la paix. Mais nous ne voulons pas faire comme les grenouilles, qui s'ennuyants de leur Roy paisible, esieurent la Cicogne, qui les dévora toutes. Nous demandons un Roy et chef naturel, non artificiel, un Roy déjà i!ait| et non à faire, et n'en voulons point prendre le conseil des Espagnols, nos ennemis invétérez, et qui veulent estre nos tuteurs par force. Nous ne voulons pour conseillers et médecins ceux de Lorraine , qui
1. « Jérusalem avoit le fort d'Anthonia, le temple et le fort de Sion, qui bridoient le peuple. » {Discours de d*Aubray, suprà.)
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de longtemps béent* après nostre mort. Le Roy que nous demandons est déjà fait par la nature, né au vray parterre des fleurs de Lis de France rejetton droit et verdoyant de la tige de saintLoûys. Ceux qui parlent d'en faire un autre se trompent, et ne sçauroient en venir à bout. On peut faire des sceptres et des couronnes, mais non pas des roys pour les porter; on peut faire une maison, mais non pas un arbre, ou un rameau yerd ; il faut que la nature le produise par espace de temps, du suc et de la moelle de la terre, qui entretient la tige en sa sève et vigueur. On peut faire une jambe de bois, un bras de fer, un nez d'argent; mais non pas une teste. Aussi pouvons- nous faire des Mares* chaux à la douzaine , des Pairs , des AdmiraUx, et des Secrétaires et Conseillers d'Estat, mais de Roy point; il faut que celuy seul naisM d$ luy-mesme , pour avoir vie et \^eur.
Allons, allons donc, mes amis, tous d'une voix luy demander la paix : il n*y a paix si inique qui ne vaille mieux qu'une très-juste guerre. 0 quam Bpeciosi pedes nurUiantium pacemf nuntiantium hona et xaluteml dit Isaye. 0 que ceux ont les pieds beaux, qui portent la paix et annoncent le sisdut et la sauveté du peuple 1 Que tardons-nous à chasser ces fâcheux hostes, maupiteux bourgeois, insolens animaux, qui dévorent nostre substance, et nos biens comme sauterelles? Ne sommesnous point las de fournir à la luxure et aux voluptez de ces harpies? Allons, Monsieur le légat, retournez à Rome. Allons, Messieurs les Agents et Ambassadeurs d'Espagne, nous sommes las de vous servir de gladiateurs à outrance, et nous entretuer pour vous donner du plaisir. Allons, Messieurs de lorraine, nous vous tenons pour fantosmes de protection^ sangsues du sang des Princes de France ; et que Monsieur le Lieutenant ne pense pas nous empescher ou retardir par ses menaces : nous luy disons haut et clair, et à vous tous, Messieurs ses cousins et alliez, que nous sommes François, et allons avec les François exposer nostre vie, et ce qui nous reste de bien pour assister nostre roy, nostre bon Roy, nostre vray Roy, qui vous rangera aussi bientost à la mesme reconnoissanoe, par force, ou par un bon conseil^ que Dieu vous inspirera, si en estes dignes.
Michel, seigneur de Montaigne en Périgord, naquit en 1533 et mourut en 1592. Il avait été conseiller au Parlement et maire de Bordeaux. Ses ouvrages sont les Essais
t. Aspirent. (Bayer, béer, inhiare,)
et un Voyage en Italie, recueil de lettres qui n'offre que fort peu d'intérêt.
La première édition des Essais, qui ne contenait qw deux livres, est de 1580. La meilleure est celle de Y. Lechre^ 1826-27, 5 vol. in-8% avec d'excellentes notes *.
Les Essais sont le premier et peut-être le meilleur firnit qu'ait produit en France la philosophie morale. C'est le premier appel adressé à la société laïque et mondaine sur les graves matières que les savants de profession avaient jusqu'alors prétendu juger à huis clos. Le principal channe de cet ouvrage, c'est qu'on y sent à chaque Ugne l'homme sous l'auteur. Ce n'est point un traité, encore moins un discours ; c'est la libre fantaisie d'un causeur aimable et prodigieusement instruit, qui se déroule capricieusement sous vos yeux. L'idée y prend un corps, l'abstraction devient vivante. Le livre et Téerivain ne sont qu'une même chose. Montaigne a pour ainsi dire vécu son ouvrage au lieu de le composer.
Cet homme d'une raison si droite semble, dans la succession de ses idées, n'obéir qu'à cette faculté que lui-même appelle la folle du logis. Il choisit un sujet, le quitte, le reprend, promet une matière dans le titre, en traite une antre dans le chapitre, c Je n'ai point, dit-il, d'autre sergent de bande à arranger mes pièces que la fortune. A mesure que mes rêveries se présentent, je les entasse : tantôt elles se présentent en foule, tantôt elles se traînent à la file. Je veux qu'on voie mon pas naturel et ordinaire» ainsi détraqué qu'il est; je me laisse aller comme je me trouve, je prends de la fortune le premier argument, pensant ici un mot, ici un autre, échantillons dépris de leurs pièces, écartés sans dessein ni promesses. »
Toutefois sous cette allure fortuite se cache un intérêt sérieux et puissant. Malgré toutes ses excursions, Montaigne a constamment en vue un seul objet, qu'il nous peint, qu'il
1. Voir VÉloge de Montaigne, par H. Villemain, dans ses Diseonn et Mélanges litléraires, tome I*'.
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nous montre^ qu'il nous explîcpie sans cesse, c'est lui-même, ou plutôt c'est nous, c'est l'homme tel qu'il fut, tel qu'il sera toujours : et c'est là le secret de l'immortalité de son ouvrage. Il a toute la grâce d'une fantaisie et toute la profondeur d'une étude, tout le charme d'une conversation et toute la valeur d'un traité scientifique. \ Voltaire a dit avec raison : « Ce n'est pas le langage de Montaigne, c'est son imagination qu'il faut regretter. » Chez lui, plus que chez personne, le style c'est l'homme. Il maîtrise, il assouplit l'idiome rebelle encore qui lui est donné, et, comme un habile versificateur, il tire de la diffi* culte même cent combinaisons inattendues et charmantes. « C'est aux paroles, dit-il, à servir et à suivre, et que le gascon y arrive si le français n'y peut aller. Je veux que les choses surmontent, et qu'elles remplissent l'imagination de celui qui écoute, de façon qu'il n'ait aucune souvenance des mots. » Aussi le langage de Montaigne est-il « un parler simple et na!f, tel sur le papier qu'à la bouche, un parler succulent et nerveux, court et serré, non tant délicat et peigné que véhément et bmsque, plus difficile qu'ennuyeux, éloigné de l'affectation, déréglé, décousu et hardi. » On ne pourrait compter toutes les images, les expressions neuves, les alliances de mots qu'il a créées. Si l'on se plaît au fran* çais (fAmyoty on étudie la langue de Montaigney et ses écrits sont encore aujourd'hui un trésor, où notre prose, appauvrie par les dédains philosophiques du dix-huitième siècle, est heureuse d'aller rechercher ses anciennes richesses.
▲MITIÊ DS MONTAIGNE ET BS Ca BOÉTIE '.
Considérant la conduicte de la besongne d'un peintre que i'ay, il m'a prins envie de Tensuyvre. Il choisit le plus bel endroict et milieu de chasque paroy pour y loger un tableau eslaboré de toute sa suffisance : et le vuide tout autour, ti le remplit de Grotesques , qui sont
1. Etienne de La Boétie, né à Sarlat en 1530, mort en 1563. conseiller au parlement de Bordeaux à l'âge de vingt ans, avait écrit à dix-huit ans son Ditcours sur la sen^tud» vohniaire^ éloquente invective contre la tyrannie, dans le goût des déclamations antiques.
peinctures fiintasques, n'ayants grâce qu'en la variété et estrangeté. Que sont ce icy aussi, à la vérité^ que Grotesques et corps monstrueux, rappiecez de divers membres^ sans certaine figure, n'ayants ordiei suitte, ny proportion que fortuite?
Desinit in pisoem mulier formosa supeme*.
le vay bien iusques à ce second poinct avecques mon peintre : mais ie demeure court en l'auitre et meilleure partie; car ma suffisance ne va pas » avant que d'oser entreprendre un tableau ricbOi polj, et. formé selon l'art. le me suis advisé d'en emprunter un d'Estienne de la Boêtie» qui honorera tout le reste de cette besongne : c*est un discours auquel il donna nom l\ Servitude volontaire : mais ceulx qui l'ont ignoré l'ont bien proprement depuis rebaptisé, lk Contre ^ UN. 11 Tescrivit par manière d'essay en sa première ieunesse, à Thon* neur de la liberté contre les tyrans. Il court j)ieça ez mains des gents d'entendement, non sans bien grande et méritée recommendation; car il est gentil et plein ce qu'il est possible. Si y a 11 bien à dire, que ce ne soit le mieulx qu'il peust faire : et si en l'aage que ie 1^ oof» neu plus avancé, il eust prins un tel desseing que le mien de mettre par escript ses fantasies, nous verrions plusieurs choses rares, et qui approcheroient bien prez de l'honneur de l'antiquité; car notamment** en cette partie des dons de nature, ie n'en cognoy point qui luy soit comparable. Mais il n'est demeuré de luy que ce discours, inoNet par rencontre, et croy qu'il ne le voit oncques depuis qu'il luyeschappa; et quelques mémoires sur cet edict de ianvier ^ fameux par nos guerres civiles, qui trouveront encores ailleurs peut estre leuf place. Cett tout ce que i'ay peu recouvrer de ses reliques, moy qu'il laissa^ d'une si amoureuse recommendation, la mort entre les dents, par son testament, héritier de sa bibliothèque et de ses papiers, oultre le liTvet de ses œuvres que iay faict mettre en lumière. Et si suis obligé particulièrement à cette pièce, d'autant qu'elle a servy de moyenànostie première accointance ; car elle me feut montrée longue espace avant que ie l'eusse veu, et me donna la première cognoissanoe de Bon nom, acheminant ainsi cette amitié que nous avons nourrie, tant que Dieu a voulu, entre nous, si entière et si parfaicte, que certainement il ne s'en lit gueres de pareilles, et entre nos hommes il ne s'en veoid âulcune trace en usage. Il fault tant de rencontres à la bastir, que c'est beaucoup si la fortune y arrive une fois en trois siècles.
Des enfants aux pères, c'est plustost respect. L'amitié se nourrit de communication, qui ne peult se trouver entre eulx pour la trop grande disparité, et offenseroit à l'adventure les debvoirs de nature : car ny toutes les secrettes pensées des pères ne se peuvent communiquer aux enfants, pour n'y engendrer une messeante privante; ny les ad»