‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 82 sur 347 · Que e'e|(, pour ce qfue ^esl, eet un }a^nisme {quid f|t · texte numérisé non relu

Que e'e|(, pour ce qfue ^esl, eet un }a^nisme {quid f|t

La vertu tous inspira en tous vos mouTements,

Et combien vou0 montrez d'ardeur pour son serfiee.

LB YIBIL HOBÀCB.

Je vous devrai beaucoup pour un si bon office.

Scène V. — HORACE, CAMILLE; PROCULE^ portant en main les trois épées ^es Curiaçes,

HORACE

Ma sœur, voici le bras qui venge nos deux frères. Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires, Qui nous rend maîtres d'Albe ; enfin voici le bras Qui seul fait aujourd'hui le sort de deux Étais. Vois ces marques d'honneur^ ces témoins de ina|g;loire| Et rends ce que tu dois à Thei^r de ma victoijre,

CAMILLE

Recevez donc mes pleurs^ c'est ce que je lui dois.

Rome n'en veut point voir après de tels exploits, Et nos deux frères morts dans le malheur des annes Sont trop payés de sang pour exiger des larmes : Quand la perte est vengée, on n'a plus rien pe]r4u«

CAMILI.E.

Puisqu'ils sont satisfaits p^.r le sang épandif , Je cesserai pour eux de paroltre affligée, Et j'oublierai leur mort que vous avez vengée. Mais qui me vengera de celle d'un amant, Pour me faire publier sa perte en un moment?

HORACE

Que dis-tu, malheureuse?

CAMILLE

0 mon cher Cupiace

HORACE

0 d'une indigne sœur insupportable audace ! D'un ennemi public dont je reviens vainqueur, Le nom est d^s ta bouche, et l'amour dans ton eœùr« Ton ardeur criminelle à li^ vengeance aspire, Ta bouche la demande, et ton cœur la respire I Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs, Ne me fais plus rougir d'entendre tes soupirs : Tes flammes désormais doivent être étouflfôes» Bannisrles de ton âme, et songe à mes trophées i Qu'ils soient dorénavant ton uniquf entretien.

QAMILLB.

Donne-moi donc, bacbare, un cœur comme le ticD ;

tu DIX-S^TIÈMË SIÈCLE.

Et, comme une victime aux marches de rautel, n sembloit prése^^er sa gorge au coup mortel : Aussi le veçoit-ilj peu s'en faut, sans défense; Et son trépas de Rome établit la puissance.

LE YIEIX. H0BAC6.

0 mon fils ! ô ma joie ! 6 Tbonneur d^ ;^p^ jouffl 0 d'un État penchant l'inespéré secours! Vertu digne de Rome, et sang digne d'Horace! Appui de ton pays, et gloire de ta race! Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L'erreur dont j'ai formé de si faux sentifnents? Quand pourra mon amour baigner avec tendre^ Ton front victorieux de larmes d'allégreçsQ?

VÀLÈBV.

Vos caresses bientôt pourront se déployer;

Le roi dans un moment vous le va renvoyer.

Et remet à demain la pompe <iu'il prépare

D'un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare ;

Aujourd'hui seulement on s'acquitte vers eux

Par des chants de victoire et par de simples vceux.

C'est où le roi le mène, et tandis \ il pi'enyoie

Faire office vers vous de douleur et de joie ?;

Hais cet office encor n'est pas assez pour lui ;

Il y viendra lui-même et peut-être aujourd'hui t

n croit mal reconnoltre une vertu si pure

Si de sa propre bouche il ne vous en assure,

S'il ne vous dit chez vous combien ?ou8 doit VtXfA,

LB VIEIL HORAGB.

Oetels remerdments ont pour moi trop d^éelat; Et je me tiens déjà trop payé par les vôtres Du service d'un fils et du sang des deux autres.

YALtBB.

Le roi ne sait que c^est d'honorer à demi*;

Et son sceptre arraché des mains de l'ennemi

Fait qu'il tient cet honneur quUl lui plaît de voua ftdre

Au-dessous du mérite, et du fils, et du père.

Je vais lui témoigner quels nobles sentiments

1. Cependant f pendant ce tempe, TandU ne s'emploie plus adver» bialement. ' '

2. Faire office de dùuUur n'est plus français , et je ne laie sMl l'a jamais été : on dit familièrement , faite office d'ami, office de serci" teur, office (fliommf i9^ei$4$ mais noQ offi^ de dtiuleur e| çfe joie. {Voltaire.)

3. Que e'e|f(, pour ce q^el t^eel, pst un }at|nisme {quids^t)^

La vertu tous inspira en tous tos mQuvtmeats,

Et combien vous montres d'ardeur pour son service.

LB VIBIL HOBÀGB.

Je vous devrai beaucoup pour un si bon office.

ScÈNB V. — HORACE, CAMILLE j PROCULE^ portant en main les trois épées ^es Curiaçes,

HORACE

Ma sœur, voici le bras qui venge nos deux frères, Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires, Qui nous rend maîtres d'Albe ; enfin voici le bras Qui seul fait aujourd'hui le sort de deux Ëtats. Vois ces marques d'honneur, ces témoins de ipa gloire, Et rends ce que tu dois à Theur de ma victoire,

CAUILLB.

Recevez donc mes pleurs j; c'est ce que je lui dois.

Rome n'en veut point voir après de tels exploits, Et nos deux frôres morts dans le malheur des annes Sont trop payés de sang pour exiger des larmes : Quand la perte est vengée, on n'a plus rien pe^cju*

CAUILLB.

Puisqu'ils sont satisfaits par le sang épand^. Je cesserai pour eux de paroltre affligée, Et j'oublierai leur mort que vous avez vengée. Mais qui me vengera de celle d'un amant, Pour me faire publier sa perte en un moment?

HORACE

Que dis-tu, malheureuse?

ÇAVILLE,

0 mon cher Curiace

HOBACB,

0 d'une indigne sœur insupportable audace ! D'un ennemi public dont je reviens vainqueur, Le nom est d^s ta bouche, et l'amour dans ton em\ïr$ Ton ardeur criminelle à U^ vengeance aspire, Ta bouche la demande, et ton cœur la respire I Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs. Ne me fais plus rougir d'entendre tes soupirs : Tes flammes désormais doivent être étouflfôes» Bannisrles de ton âme, et songe à mes trophées i Qu'ils soient dorénavant ton uniquf entretien.

CAMILLE

Donne-moi donc, barbare, ub cœur comme le ticD ;

Et, si tu yeux enfin que je t'ouvre mon âme, Rends-moi mon Curiace ou laisse agir ma flamme. Ma joie et mes douleurs dépendoient de son sort, Je Tadorois vivant, et je le pleure mort.

Ne cherche plus ta sœur où tu l'avois laissée, Tu ne revois en moi qu'une amante offensée, Qui comme une furie attachée à tes pas Te veut incessamment reprocher son trépas. Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes, Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes. Et que jusques au ciel élevant tes exploits Moi-même je le tue une seconde fois I Puissent tant de malheurs accompagner ta vie, Que tu tombes au point de me porter envie I Et toi bientôt souiller par quelque lâcheté Cette gloire si chère à ta brutalité !

HORACE

0 ciell qui vit jamais une pareille ragel Crois-tu donc que je sois insensible à l'outrage, Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur T Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur; Et préfère du moins au souvenir d'un homme Ce que doit ta naissance aux intéiêts de Rome»

CAMILLE

Rome, Tunique objet de mon ressentiment! Rome, â qui vient ton bras d'immoler mon amant t Rome qui t*a vu naître et que ton cœur adore I Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore I Puissent tous ses voisins ensemble conjurés Saper ses fondements encor mal assurés ! Et, si ce n'est assez de toute l'Italie, Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie ; Que cent peuples unis des bouts de l'univers Passent pour la détruire et les monts et les mers. Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles, Et de ses propres mains déchire ses entrailles; Que le courroux du ciel allumé par mes vœux Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux I Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre. Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre, Voir le dernier Romain à son dernier soupir. Moi seule en être cause, et mourir de plaisir I HORACE, ffiettant Vépée à la matn, et poursuivant sa sœwr

qui s^enfuit.

C'est trop, ma patience à la raison fait place. Ta dedans les enfers plaindre ton Curiace I

CAMiLLB, blessée, derrière le théâtre.

Ah ! traître !

HORACE; revenant sur le théâtre.

Ainsi reçoive ud châtiment soudain Quiconque ose pleurer un ennemi romain t

CZNNA.

Ginna, petit-fils du grand Pompée, aime Emilie, fille de Toranius, tuteur d'Octave proscrit par son pupille. Emilie, quoiqu'elle aime également Ginna, ne veut consentir à Tépouser que s'il la venge du meurtrier.de son père. Ginna, pour lui obéir, a formé une conspiration où sont entrés les principaux citoyens de Rome ; il vient, au premier acte, apprendre à Emilie les résolutions des conjurés. A peine at-il terminé son récit qu'un message de l'empereur l'appelle au palais avec Maxime, son complice. Tous deux se croient découverts et s'apprêtent à mourir; mais Auguste, qui ignore le complot, a voulu seulement les consulter, comme ses meilleurs amis, pour savoir s'il doit abdiquer ou conserver Tempire. Maxime lui conseille le premier parti, Ginna le second; et son avis entraîne la résolution du prince.

Gependant Maxime, apprenant que la main d'Emilie^ qu'il aimé aussi, doit être la récompense de la mort d'Auguste, va, par jalousie, révéler la conspiration. L'empereur, docile au conseil de Livie, sa femme, se détermine à user de clémence : il fait venir Ginna, l'accable des preuves du complot et du souvenir de ses bienfaits; et quand Ginna confondu n'attend que le supplice, Auguste lui pardonne ainsi qu'à ses complices, et l'unit à Emilie, dont la haine vaincue cède enfin à cette royale clémence ^

1. L'aventure de Ginna est rapportée par Sénèque, de la Clémence, yre l, ch. ix. Suétone dans sa biographie d'Auguste n'en dit pas un seul mot. Il est donc possible que Sénèque Tait inventée. <c Mais, vraie ou fausse, dit Voltaire^ cette clémence d'Auguste est un des plus nobles sujets de tragàiies, une des plus beUes instructions pour les priDces. C'est une grande leçon de mœurs ; c'est, à mon avis, le chefd'œuvre de Corneille, malgré quelques défauts. «

ACTB I. Scène m. — CINNA, EMILIE, FULVIEi

Cinna, votre assemblée Par l'effroi du péril n'est-elle point troublée? Et reconnoissez-YOus au front de vos amis Qu'ils soient prêts à tenir te quMls vous ont promisT

CINNA

Jamais contre un tyran entreprise conçue Ne permit d'espérer une si belle issue : Jamais de telle ardeur on n'en jura la mort, Et jamais conjurés ne furent mieux d'accord; Tous s'y montrent portés avec tant d'allégresse , Qu'ils semblent; comme moi^ servir une maîtresse; Et tous font éclater un si puissant courroux^ Qu'ils semblent tous venger un père, comme iùwa

iEMILIE.

Je l'avais bien prévu, que pour un tel ouvrage Cinna sauroit choisir des hommes de courage, Et ne remettroit pas en de mauvaises maint L'intérêt d'Emilie et celui des Romains.

CINNA

Plût aux dieux que vous-même eussiez vu de quel zèle

Cette troupe entreprend une action si belle!

Au seul nom de César, d'Auguste, et d'empereur.

Vous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur^

Et dans un même instant, par im effet contraire.

Leur front p&lir d'horreur et rougir de colère.

« Amis, leur ai-je dit, voici le jour heureux

Qui doit conclure enfin nos desseins généreux' ;

Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome,

Et son salut dépend de la perte d'un homme,

Si l'on doit le nom d'homme à qui n'a rien d'humain,

A Ce tigre altéré de tout le sang romain.

Goinbièn pour le répandre a-t-il formé de brigues I

Combien de fois changé de partis et de ligues,

Tantôt ami d'Antoine, et tantôt ennemi,

Et jamais insolent ni cruel à demi! »

Là, par un long récit de toutes les misères

Que durant notre enfance ont enduré nos pèreSi

Renouvelant leur haine avec leur souvenir,

Je redouble en leurs cœurs l'ardeur de le punir.

1. Conclure^ que Voltaire trouve impropre, est pris ici dans Pi ception du latm eoncludere . achever.

Je leur fais des tableaui de cet tristes batailles Où Borne par ses mains dAehirolt ses entrailles^ Où l'aigle abattoit Vaigle, et de chaque côté Nos légions s'armoient contre leur liberté ; Où les meilleurs soldats et les chefs les plus brayes Mettoient tonte leur gloire à devenir esclaves; Oûj pour mieux assurer la honte de leurs fers^ Tous youloient à leur chaine attacher l'univers, Et Texécrabie honneur de lui donner un maître Faisant aimer à tous Tinfâme nom de traître, Romains contre Romains, parents contre parents^ Ck)xnbattoient seulement pout- le choit des tyrans.

J'ajoute à ces tableaux la peinture efrroysd)le De leur concorde impie, affreuse, inexorable, Funeste aux gens de. bien, aux riches, au sénat, Et, pour tout dire enfln^ de leur triumvirat ; Mais je ne trouve point de couleurs assez noires Pour en représenter les tragiques histoireSj Je les peins dans 10 meurtre à l'envi triomphants, Rome entière noyée au sang de ses enfants : Les uns assassinée dans les places publiques. Les autres dans le èëiti de leurs dieux domestiquôft; Le méchant par lé prix au crime encouragé^ Le mari par sa femme éû son lit égorgé; Le fils tout dégouttant du meurtre de son phtêj Et, sa tête à la main^ demandant son salaire^ Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles tl^ts Qu'un crayon imparfait de leur sanglahte paix.

Vous dirai-je les noms dé ces grands personnages Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir lès coùragéS^ De ces fameux ^bàsériié, ceî demi-dieux mortels^ Qu'on a sacrifiés jus(tiie sUr les autels? Mais pourrois-jc vous dire â quelle impatience, A quels frémissemëhts, à quelle Violence, Ces indignes trépas, quoique mal flgUrés> Ont porté les esprits de tous nos conjurés? Je n'ai point perdu temps, et yoyant leur cblère Au point de ne rien braindre, en état de tout faire. J'ajoute en peu de mots : « Toutes ces cruautés , La perte de hoS biëni^ et dé nds libertés. Le ravage des champs, le pillage des villes, Et les proscriptions, et les guerres civiles, Sont les degrés sanglants doiit Aiiguste a fait choix Pour monter éuT l6 trône et &ous donner deil Ibis. Mais nous tk>uvoiià changer ud destin si funeste. Puisque de trois tyrans c'est lô seul qui nous reste.

Et que^ juste une fois, il s'est privé d'appui ,

Perdant y pour régner seul, deux méchants comme lui :

Lui mort, nous n'avons point de vengeur ni de maître;

Avec la liberté Rome s'en va renaître;

Et nous mériterons le nom de vrais Romains,

Si le joug qui l'accable est brisé par nos mains.

Prenons l'occasion tandis qu'elle est propice ;

Demain au Gapitole il fait un sacrifice;

Qu'il en soit la victime, et faisons en ces lieux

Justice à tout le monde, à la face des dieux :

Là; presque pour sa suite il n'a que notre troupe;

C'est de ma main qu'il prend et l'encens et la coupe; '

Et je veux pour signal que cette même main

Lui donne, au lieu d'encens^ d'un poignard dans le sein.

Ainsi d'un coup mortel la victime frappée

Fera voir si je suis du sang du grand Pompée ;

Faites voir, après moi , si vous vous souvenez

Des illustres aïeux de qui vous 6tes nés. »

A peine ai-je achevé que chacun renouvelle,

Par un noble serment , le vœu d'ôtre fidèle.

L'occasion leur plaît, mais chacun veut pour soi

L'honneur du premier coup que j'ai choisi pour mol.

La raison règle enfin l'ardeur qui les emporte :

Maxime et la moitié s'assurent de la porte;

L'autre moitié me suit et doit l'environner ,

Prête au premier signal que je voudrai donner.

Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes. Demain, j'attends la haine jou la faveur des hommes, Le nom de parricide, ou de libérateur, César celui de prince, ou d'un usurpateur. Du succès qu'on obtient contre la tyrannie Dépend ou notre gloire ou notre ignominie; îlt le peuple, inégal à l'endroit des tyrans. S'il les déteste morts, les adore vivants. Pour moi, soit que le ciel me soit dur ou propice, Qu'il m'élève à la gloire, ou me livre au supplice. Que Rome se déclare ou pour ou contre nous. Mourant pour vous servir tout me semblera doux.

ACTB II. Scène I. — AUGUSTE, CINNA, MAXIME,

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