Nec quemquam jam ferre potest, GfiBsarve pnqr9n
Pompeiusve parem.
(Lucain, ^l^rsaU , livre II, vers 125.)
2. « Il semble que le malheur des temps ne nous eût pas Sstit voir César et Pompée. La phrase est louche et obscure. Il veut dire : L$ malkewr des tempt ne nou$ tût poi fM$ voir h ckamp ouvert à César et à Pompée. » {YoUaire,)
GORNSILLB. 137
Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide , Qui n'eussent pas détruit Rome par les Romains^ Si César eût laissé l'empire entre vos mains? Vous la replongerez, en quittant cet empire, Dans les maux dont à peine encore elle respire; Et de ce peu, seigneur, qui lui reste de saag, Une guerre nouvelle épuisera son flanc.
Que l'amour du pays, que la pitié vous touche; .Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche. Considérez le prix que vous avez coûté, Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté, Des maux qu'elle a soufferts elle est trop bien payée; Mais une juste peur tient son ftme effrayée : Si, jaloux de son heur et las de commander, Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder, S'il lui faut à ce prix en acheter un autre, Si vous ne préférez son intérêt au vdtre, Si ce funeste don la' met au désespoir, Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir. Conservez-vous, seigneur, en lui laissant un mattre Sous qui son vrai bonheur commence de renaître; Et pour mieux assurer le bien commun de tous. Donnez un successeur qui soit digne de vous.
AnOUSTB.
N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte.
Mon repos m*est bien cher, mais Rome estJa plus forte:
Et quelque grand malheur qui m'en puisse arriver,
Je consens à me perdre afin de la sauver.
Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire :
Cinna, par vos conseils je retiendrai Tempirè^
Mais je le retiendrai pour vous en faire part.
Je vois trop que vos cœurs n'ont point pour njol de fertjy
Et que chacun de vous, dans l'avis qu'il me donne.
Regarde seulement l'État et ma personne :
Votre amour en tous deux lait ce combat d'esprits,
Et vous allez tous deux en recevoir le prix.
Maxime, je vous (àls gouverneur de Sicile \
Allez donner mes lois à ce terroir fertile :
Songez que c'est pour moi qae vous gouvernerez^
Et que je répondrai de ce que vous ferez.
Pour épouse, Cinna, Je vous donne ^milie:
Tous savez qu'elle tient la place de Julie,
Et que si nos malheurs et la nécessité
M'ont fait traiter son père avec sévérité.
Mon épargne depuis <m sa faveur ouverte
Doit avoir adouci l'aigreur de cette perte.
4fÀXIME.
Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Quand il a combattu pour notre liberté ?
- CINNA
Si le ciel n'eût voulu que Rome Peut perdue, Par les mains de Pompée il l'auroit défendue : n a choisi sa mort pour servir dignement D'une marque étemelle à ce grand changement, Et devoit cette gloire aux mânes d'un tel homme, D'emporter avec .eux la liberté de Rome.
Ce nom depuis longtemps ne sert qu'à l'éblouir, Et sa propre grandeur l'empêche d'en jouir. Depuis qu'elle se voit la maîtresse du monde, Depuis que la richesse entre ses murs abonde, Et que son sein, fécond en glorieux exploits, Produit des citoyens plus puissants que des rois, Les grands^ pour s'affermir achetant des suffrages, Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs gageq, Qui, par des fers dorés se laissant enchaîner, Reçoivent d'eux les lois qu'ils pensent leur donner. Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par brigues. Que leur ambition tourne en sanglantes ligues. Ainsi de Marins Sylla devint jaloux ; César, de mon aïeul ; Marc- Antoine, de vous: Ainsi la liberté ne peut plus être utile Qu'à former les fureurs d'une guerre civile, Lorsque, par un désordre à l'univers fatal. L'un ne veut point de maître, et Pautre point d'égal *•
Seigneur, pour sauver Rome, il faut qu'elle s'unisse En la main d'un bon chef à qui tout obéisse. Si vous aimez encore à la favoriser, Otez-lui les moyens de se plus diviser. Sylla, quittant la place enfin bien usurpée. N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée, Que le malheur des temps ne nous eût pas fî^t voir', |
S'il eût dans sa famille assuré son pouvoir. Qu'a fait du grand César le cruel parricide,
1. Nec quemquam jam ferre potest, Cssarve piriprin^ Pompeiusve parem.
(Lucain, ^Iwrsale , livre II, vers 125.)
2. « Il semble que le malheur des temps ne nous eût pas £sdt voir César et Pompée. La phrase est louche et obscure. Il veut dire : L$ malkeur des tempt ne nou$ tût poi fM$ voir h champ ouvert à César et à Pompée, » [VoUaire.)
# Qu'élever contre voua Antoine avec Lépide ,
Qui n'eussent pas détniit Rome par les Romains^
Si César eût laissé l'empire entre vos mains?
Vous la replongerez, en quittant cet empire,
Dans les maux dont à peine encore elle respire;
Et de ce peu, seigneur, qui lui reste de sang,
Une guerre nouvelle épuisera son flanc.
Que l'amour du pays, que la pitié vous touche;
.Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche.
Considérez le prix que vous avez coûté,
Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté ,
Des maux qu'elle a soufferts elle est trop bien payée;;
Mais une juste peur tient son âme effrayée :
Si, jaloux de son heur et las de commander,
Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder,
S'il lui faut à ce prix en acheter un autre,
Si vous ne préférez son intérêt au vôtre.
Si ce funeste don la' met au désespoir,
Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir.
Conservez-vous, seigneur, en lui laissant un mattre
Sous qui son vrai bonheur commence de renaître;
Et pour mieux assurer le bien commun de tous,
Donnez un successeur qui soit digne de vous.
ÀnausTB.
N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte.
Mon repos m'est bien cher, mais Rome estJa plus fbrte:
Et quelque grand malheur qui m'en puisse arriver,
Je consens k me perdre afin de la sauver.
Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire :
Cinna, par vos conseils je retiendrai Pempiré^
Mais je le retiendrai pour vous en faire part.
Je vois trop que vos Cœurs n'ont point pour moi de Ux^f
Et que chacun de vous, dans Tayis qu'il me donne.
Regarde seulement l'État et ma personne:
Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits,
Et vous allez tous deux en recevoir le prix.
Maxime, je vous f&is gouverneur de Sicile |
Allez donner mes lois à ce terroir fertile :
Songez que c'est pour moi que vous gouvernerez^
Et que je répondrai de ce que vous ferez.
Pour épouse, Cinna, je vous donne ^milie;
Vous savez qu'elle tient la place de'Juîie,
Et que si nos malheurs et la nécessité '
M'ont fait traiter son père avec sévérité.
Mon épargne depuis en sa faveur ouverte
Doit avoir adouci Vaigreur de cette perte.
Voyez-la de ma paît, tâchez de la gagner : Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner; De l'offre de vos vœux elle sera ravie. ^
Adieu : j'en veux porter la nouvelle à Uvie.
ACTB IV. Scène II. — AUGUSTE.
Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie
Les secrets de mon âme et le soin de ma vie?
Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis,
Si donnant des sujets il ôte des amis.
Si tel est le destin des grandeurs souveraines
Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des haines,
Et si votre rigueur les condamne à chérir
Ceux que vous animez à les faire périr.
Pour elles rien n'est sûr ; qui peut tout doit tout craindre.
Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre. Quoil tu veux qu'on f épargne, et n'as rien épargné I Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est irâdgné^ De combien ont rougi les champs de Macédoine ^ Combien en a versé la défaite d'Antoine, Combien celle de Sexté, et revois tout d'un temps Pérouse au sien noyée, et tous ses habitants; Remets dans ton esprit, après tant de carnages. De tes proscriptions les sanglantes images. Où toi-même, des tiens devenu le bourreau, Au sein de ton tuteur enfonças le couteau, Et puis ose accuser le destin d'injustice Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice. Et que par ton exemple à ta perte guidés, Us violent des droits que tu n'as pas gardés I Leur trahison est juste, et le ciel l'autorise ; Quitte ta dignité comme tu l'as acquise ; Rends un sang infidèle à l'infidélité.
Et souff^re des ingrats après l'avoir été.
Mais que mon jugement au besoin m^abandonne | Quelle fureur, Ginna, m'accuse et te pardonne? Toi, dont la trahison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont tu me veux punir, Me traite en criminel, et lait seule mon crime Relève pour l'abattre Un trône illégitime, Et d'un zèle effronté couvrant son attentat, S'oppose, pour me perdre, au bonheur de l'Ëtatt Donc jusqu'à l'oublier je pourrois me contraindre I Tu vivrois en repos avoir m'avoir lait craindre I Non, non, je me trahis moi-môme d'y penser :
Qui pardonne aisément invite à l'offenser; Punissons l'assassin , proscrivons les complices. Mais quoi I toujours du sang, et toujours des supplices Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter ; Je veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter. Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile, Une tête coupée en fait renaître mille, Et le sang répandu de mille conjurés Rend mes jours plus maudits, et non plus assurés. Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Brute; Meurs, et dérobe-lui la gloire de ta chute, Meurs, tu ferois pour vivre un lâche et vain effort, Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta mort. Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse Pour te faire périr tour à tour s'intéresse : Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peux guérir, Meurs enfin puisqu'il faut, ou tout perdre, ou mourir, La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste K Meurs. Mais quitte du moins la vie avec éclat , Ëteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat, A toi-même en mourant immole ce perfide, Contentant ses désirs, punis son parricide, Fais un tourment pour lui de ton propre trépas, Kn faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas. Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine ; Et si Rome nous hait, triomphons de sa haine. 0 Romains! 0 vengeance! 0 pouvoir absolu I 0 rigoureux Combat d'un cœur irrésolu Qui fuit en même temps tout ce quUl se propose ! D'un prince malheureux ordonnez quelque chose. Qui des deux dois-je suivre, et duquel m'éloigner? Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.
ÀGT8 V. ScÂNB I. — AUGUSTE, CINNA.
AUGUSTE
t^rends un siège, Ginna, prends, et sur toute chose*
1. i< Ne vaut pas Vacheter par un prix si funeste. G'est ici le tour de phrase italien. On dirait bien non vale il eomprar; c'est un trope dont Corneille enrichissait notre langue. » {Voltaire,) Ne vaut pas Vacheter signifie ne vaut pas que tu l'achètes. Le mot le qui précède le verbe acheter n'est pas un article , mais un pronom régime du verbe. •
2. « Sede, inquit, Cinna; hoc primum a te peto, ne loquentem in-
Voyez-la de ma pa^t, tâchez de la gagner : Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner; De l'offre de vos ?œux elle sera ravie. ^
Adieu : j'en veux porter la nouvelle à Uvie.
ÀCTB IV. ScftNE II. — AUGUSTE.
Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie
Les secrets de mon âme et le soin de ma vie?
Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis,
Si donnant des sujets il ôte des amis.
Si tel est le destin des grandeurs souveraines
Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des haines,
Et si votre rigueur les condamne à chérir
Ceux que vous animez à les faire périr.
Pour elles rien n'est sûr ; qui peut tout doit tout craindre.
Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre. Quoil tu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné I Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est irâùgné^ De combien ont rougi les champs de Macédoine ^ Combien en a versé la défaite d'Antoine, Combien celle de Sexte, et revois tout d'un temps Pérouse au sien noyée, et tous ses habitants; Remets dans ton esprit, après tant de carnages. De tes proscriptions les sanglantes images. Où toi-même, des tiens devenu le bourreau, Au sein de ton tuteur enfonças le couteau. Et puis ose accuser le destin d'injustice Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice» Et que par ton exemple à ta perte guidés, Us violent des droits que tu n'as pas gardés I Leur trahison est juste, et le ciel l'autorise ; Quitte ta dignité comme tu l'as acquise ; Rends un sang infidèle à l'infidélité, Et souffre des ingrats après l'avoir été.
Mais que mon jugement au besoin m'abandonne | Quelle fureur, Ginna, m'accuse et te pardonne? Toi, dont la trahison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont tu me veux punir, Me traite en criminel, et lait seule mon crime Relève pour l'abattre Un trône illégitime, Et d'un zèle effronté couvrant son attentat, S'oppose, pour me perdre, au bonheur de l'Ëtatt Donc jusqu'à l'oublier je pourrois me contraindre I Tu vivrois en repos avoir m'avoir fait craindre I Non, non, je me trahis moi-môme d'y penser s
Qui pardonne aisément invite à Foffenser; Punissons l'assassin , proscrivons les complices. Mais quoi I toujours du sang, et toujours des supplices Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter ; Je veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter. Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile, Une tête coupée en fait renaître mille, Et le sang répandu de mille conjurés Rend mes jours plus maudits, et non plus assurés. Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Brute; Meurs, et dérobe-lui la gloire de ta chute, Meurs, tu ferois pour vivre un lâche et vain effort, Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta mort. Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse Pour te faire périr tour à tour s'intéresse : Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peux guérir. Meurs enfin puisqu'il faut, ou tout perdre, ou mourir, La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste ^ Meurs. Mais quitte du moins la vie avec éclat, Ëteins^n le flambeau dans le sang de l'ingrat, A toi-même en mourant immole ce perfide. Contentant ses désirs, punis son parricide. Fais un tourment pour lui de ton propre trépas, Kn faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas. Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine ; Et si Rome nous hait, triomphons de sa haine. 0 Romains I 0 vengeance! 0 pouvoir absolu I 0 rigoureux combat d'un cœur irrésolu Qui fuit en môme temps tout ce qu'il se propose t D'un prince malheureux ordonnez quelque chose. Qui des deux dois~je suivre, et duquel m'éloigner? Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.
ÀGT8 V. ScÂNB I. — AUGUSTE, CINNA.
AUGUSTE
t^rends un siège, Ginna, prends, et sur toute chose*
1. i< Ne vaut pas Vacheter par un prix si funeste. G'est ici le tour de phrase italien. On dirait bien non vole it eomprar; c'est un trope dont Corneille enrichissait notre langue. » {Voltaire,) Ne vaut pas Vacketer signifie ne vaut pas que tu l'achètes. Le mot le qui précède le verbe acheter n'est pas un article , mais un pronom régime du verbe. •
2. « Sede, inquit, Cinna; hoc primum a te peto, ne loquentem in-
ISÛ DIX-SJSPTIÊMË SIÈGLB.
Observe exactement la loi que je l'iiopose. Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours ; D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le CQur% Tiens ta langue captive, et si ce grand silence A ton émotion fait quelque violence, Tu pourras me répondre 9près tout à loisir ; Sur ce point seuleinçnt contente mon désir,
CINNA
Je TOUS obéirai, seigneyr.
AUOUgTE,
Qu'il te souYie^qe.
De garder ta parole, et je te tiendrai la mienne.
Xii vois le jour, Cinna ; mais ceux dont tu le tien^ Furent les ennemis de mon pèK«, et les miens : Au milieu de leur camp, tu reçus la naissance, Et lorsque après leur mort tu. vins en ma p^i^na^i Leur haine enracinée au mi^en de ton aeû;^ Tavoit mis contre moi les annes k la maiA< Tu fus mon ennemi môme avant que d^ m^t^t Et tu le fus encor quand tu me pus connaltf^^ Et l'inclination jamais n'a démenti^ Ce sang qui t*avoit fait du cpntraire parti.. Autant que tu Tas pu les ef^ts l'ont suivlQ. Je ne m'w wis vengé qu'on tP donnant la ^; Je te fis prisKHiniei goiir t|B combler de lû^| Ha cour fut ta prison, xpea tkveurs ^e^ U^ i^ Je te restituai d'abord tQQ pa^trimoine, Je t'enricl^a après ^ dépouilles d'Antoin^^ Et tu sais que depuis, k cbaque Qccasion, Je suis ton^bé pour tgi dans la profusion. Toutes les dignités que tu m'as demandées Je te les ai sur l'heure et sans peine accordéieij^ Je t'ai préféré même à ceux dont les parei^t^ Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire, Et qui ra*ont conservé le jour que ]« réspire; De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu. Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu. Quand le e!el me voulut, en rappelant Mécène, Après tant de faveur montrer un peu de haine. Je te donnai sa place ei^ ee triste accident,
terpeîles. "Toute cette scène est de Sénèque le Philosophe. Par quel prodige de l'art Corneille a-t-il surpassé Sénèque, comme dans hs Horaees il a èt6 plus, nerveux que Tite-Liye? (7est là le priviléM de la belle poésie. » {VolMire.) Montaigne, au chapitre vin du livrer I des *'****'7 a imHé le récit de Sénèque.
Et te fis, après lui, mon plus cher coDÔdent ; Aujourd'liui même encor, mon kme irrésolue Me pressant de quitter ma puissance absolue, De Maxime et de toi j*ai pris les seuls avis, Et ce sont; malgré lui, les tiens que j'ai suivis; Bien plus, ce même jour je te donne ^Emilie, Le digne objet des vœux de toute l'Italie, Et qu'ont mise si baut mon amour^et mes soins, Qu'en te couronnant roi je t'aurois donné moins. Tu t'en souviens, Ginna, tant d'heur et tant de gloire Ne peuvent pas si tôt sortir de ta mémoire; Mais ce qu'on ne pourroit jamais s'imaginer, Cinna, tu t'en souviens, et veux m'assassiner I
CINNA
Moi, seigneur l moi, que j'eusse une âme si trattresseJ Qu'un si lâche dessein....
AUGUSTE
Tu tiens mal ta promesse :
Sieds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux ; Ta te justifieras après, si tu le peux. Écoute cependant, et tiens mieux ta parole.
Tu yeux m'assassiner, demain, au Gapitole, Pendant le sacrifice, et ta main pour signal Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal ; La moitié de tes gens doit occmper la porte, L'autre moitié te suivre et te prêter main*forte. Ai-je de bons avis, ou de mauvais soupçons? De tous ces meurtriers te dirai-je les noms? Procule, Glabrion, Virginian, Rutile, Marcel, Plante, Lénas, Pompone, Albin, Icile, Maxime, qu'après toi j'avois le plus aimé : Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ; Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes, Que pressent de mes lois les ordres légitimes, Et qui, désespérant de les plus éviter. Si tout n'est renversé, ne sauroient subsister.
Tu te tais, maintenant, et gardes le silence» Plus par confusion que par obéissance.
Quel étoit ton dessein, et que prétendois«tu Après m'ayoir au temple à tes pieds abattu? Affranchir ton pays d'un pouvoir monarchique t Si j'ai bien entendu tantôt ta politique. Son salut désormais dépend d'un souverain, Qui pour tout eonserver tienne tout &ï sa main; Et si sa liberté te faisoit entrepsraâfe, . Tu ne m'eusses jamais empôehi de la readre;
ISÛ DIX-Si£PTl|:M£ SIÈGLB.
Observe exactement Id, bvque je VixQpose, Prête, sans me troubler, ror^ille à mes discours ; D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le CQur% Tiens ta langue captive, et si ce grand silence A ton émotion fait quelque violence, Tu pourras me répoi^dre après tout à loisir : Sur ce point seuleiAe^t contente mon désir.
Je TOUS obéira, seigneyr.
AUOUgTE,
Qu'il te sQuvie^iie De garder ta parole, et je te tiendrai 1^ mienne.
Xii vois le jour, Cinna ; mais ceux dont tu le tien^ Furent les ennemis de mon pèi^e, et les xni^ns : Au milieu de leur camp, tu reçus la naissance, Et lorsque après leur mort tu. vins en ma, pu|i^na|| Leur haine enracinée au milieu de ton $ei^ Tavoit mis contre moi les s^rmes à la maÎA* Tu fus mon ennemi môme avant que d^ Q%ttT^y Et tu le fus encor quand tu me pus connalti^^ Et rinclination jamais n'a démenti Ce sang qui tVoit fait du ÇQntr^ parti.. Autant que tu l'as pu les of^ts l'ont suiviQ^ Je ne m'en 4Uis veng^ qu'^n tP donnant U^ vij9 ; Je te fis pris^nlei Kpur t|B combler de lû^i Ha cour fut t9i prison, X|[iea tkveurs ^^ U^ ^ Je te restituai d'^ord tQU jj^trimoine, Je t'enricl^ après ôf^ dépouilles d'Antoin^ Et tu sais que depuis, k cb^que occasion. Je suis ton^bé pour tçi d^s U profusion. Toutes les dignités que tu m'as demandées Je te les ai sur l'heure et sans peine accord^ |^ Je t'ai préféré même à ceux dont les parei^ti^ Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire. Et qui m'ont conservé lé jour que je respire > De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu. Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu. Quand le elel me voulut, en rappelant Ifôctoe, Après tant de faveur montrer un peu de haine, Je te donnai se place eu ee triste aooident,
terpeîles, "Toute cette scène est de Sénèque te Philosophe. Par quel
Erodige de l'art Corneille a-t-il surpassé Sénèque, comme dans hs !orac9s il a été plus, nerveux que Tite-Live? Cest là le j^iviléM de la belle poésie. » ( roMitre.) Montaigne, au chapitre vni du livre I des itmif; « imité le rédt de Sénèque.
Et te fis, après lui, mon plus cher coofident ; Aujourd'hui même eucor, mon kme irrésolue Me pressant de quitter ma puissance absolue, De Maxime et de toi j*ai pris les seuls avis, Et ce sont; malgré lui, les tiens que j'ai suivi»; Bien plus, ce même jour je te donne iËmilie, Le digne objet des vœux de toute l'Italie, Et qu'ont mise si haut mon amour^et mes soins. Qu'en te couronnant roi je t'aurois donné moins. Tu t'en souviens, Ginna, tant d'heur et tant de gloire Ne peuvent pas si tôt sortir de ta mémoire; Mais ce qu^on ne pourroit jamais s'imaginer, Cinna, tu t'en souviens, et veux m'assassiner I
CINNA
Moi, seigneur l moi, que j'eusse une âme si trattresseJ Qu'un si lâche dessein....
AUGUSTE
Tu tiens mal ta promesse :
Sieds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux ; Ta te justifieras après, si tu le peux. Écoute cependant, et tiens mieux ta parole.
Tu veux m'assassiner, demain, au Gapitole, Pendant le sacrifice, et ta main pour signal Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal ; La moitié de tes gens doit occmper la porte, L'autre moitié te suivre et te prêter main*forte. Ai-je de bons avis, ou de mauvais soupçons? De tous ces meurtriers te dirai-je les noms? Procule, Glabrion» Virginian, Rutile, Marcel, Plante, Lénas, Pompone, Albin, Icile, Maxime, qu'apiès toi j'avois le plus aimé : Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ; Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes, Que pressent de mes lois les ordres légitimes, Et qui, désespérant de les plus éviter, Si tout n'est renversé, ne sauroient subsister.
Tu te tais, maintenant, et gardes le silence^ Plus par confusion que par obéissance.
Quel étoit ton dessein, et que prétendois«tu Après m'avoir au temple à tes pieds abattu? Affranchir ton pays d'un pouvoir monarohique? Si j'ai bien entendu tantôt ta politique. Son salut désormais dépend d'un souverain, Qui pour tout eonserver tienne tout en sa maki; Et si sa liberté te faisoit entreprradre, . Tu ne m'eusses jamais empôehi de la readre;
ISO DIX-aEPTiliME SIÈCLE.
Observe ezactemeDiU biqueje Viiip^posey Prête, sans me troubler, Por^ille à mes discours; D'aucun mot, d'aucun cri, n*ei) interromps le CQur% Tiens ta langue captive, et si ce grand silence A ton émotion fait quelque violence, Tu pourras me répondre 9près tout à loisir : Sur ce point seuleiAQi^t contente mon désir,
CINNA
Je TOUS Ql^éir^, seigneur.
AUGUSTE
Qu'il te sQuvie^iie De garder ta parole, et je te tiendrai h mienne.
Xu vois le jour, Ginna ; mais ceux dont tu le tien^9 Furent les ennemis de mon pèi^e, et les mia.9a : Au milieu de leur camp, tu reçus la naissance, Et lorsque après leur mort tu. vins en ma pu)Sisana|| Leur haine enracinée au xfôMexi de ton $eû[^ Tavoit mis contre moi les armes k la mali\< Tu fus mon ennemi môme avai^t que d^ natti^y Et tu le fus encor quand tu me pus connalti;^ ^ Et rinclination jamais n'a démenti Ce sang qui tVoit fait du contraire parti* Autant que tu Tas pu les effets l'ont suivie^ Je ne m'en 9Uis ve^gé qu'en te dûunan.t ^ vjue ; Je te fis pris^niei KQur té combler de ¥^1 Ha cour fjmt t^ prisoii, xpea tkveurs te^ U^ y Je te restituai d'abord tQQ patrimoine, Je Venricl^ après df^ dépouilles d'Antoin^ Et tu sais que depuis, k cbaque occasion^, Je suis toi^bé pour tçi dans la profusion. Toutes les dignités que tu Qi'as demandées Je te les ai sur Theure et sans peine accord^ |^ Je t'ai préféré môme à ceux dont les parei^ti^ Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire, Et qui m'ont conservé lé jour que je respire^ De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu. Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu. Quand le elel me voulut, en rappelant Ifôctoe, Après tant de faveur montrer un peu de haine. Je te donnai sa place ei^ ee triste accident,
terpelles. "Toute cette scène est de Sénèque le Philosophe. Par quel prodige de l'art Corneille a-t-il surpassé Sénèque, comme dans hs Horaces il a été plus, nerveux que Tite-Live? Cest là le j^iviléfl^ de la belle poésie. » (volMire.) Montaigne, au chapitre vm du livre I des foaif; « imité le rédt de Sénèque.
CORNEILLE. , |ai
Et te fis, après lui, mon plus cher coofident ; Aujourd'hui même encor, mon kme irrésolue Me pressant de quitter ma puissance absolue, De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis. Et ce sont; malgré lui, les tiens que j'ai suivis; Bien plus, ce même jour je te donne ^Emilie, Le digne objet des vœux de toute l'Italie, Et qu'ont mise si haut mon amour^et mes soins, Qu'en te couronnant roi je t'aurois donné moins. Tu t'en souviens, Ginna, tant d'heur et tant de gloire Ne peuvent pas si tôt sortir de ta mémoire; Mais ce qu'on ne pourroit jamais s'imaginer, Cinna, tu t'en souviens, et veux m'assassiner I
CINNA
Moi, seigneur l moi, que j'euss» une &me si traîtresse J Qu'un si lâche dessein....
AUGUSTE
Tu tiens mal ta promesse :
Sieds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux ; Ta te justifieras après, si tu le peux. Scoute cependant, et tiens mieux ta parole.
Tu yeux m'assassiner, demain, au Gapitole, Pendant le sacrifice, et ta main pour signal Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal ; La moitié de tes gens doit occmper la porte, L'autre moitié te suivre et te prêter main*forte. Ai-je de bons avis, ou de mauvais soupçons? De tous ces meurtriers te dirai-je les noms? Procule, Glabrion, Virginian, Rutile, Marcel, Plante, Lénas, Pompone, Albin, Icile, Maxime, qu'après toi j'avois le plus aimé : Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ; Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes, Que pressent de mes lois les ordres légitimes, Et qui, désespérant de les plus éviter. Si tout n'est renversé, ne sauroient subsister.
Tu te tais, maintenant, et gardes le silence» Plus par confusion que par obéissance.
Quel étoit ton dessein, et que prôtendois«tu Après m'avoir au temple à tes pieds abattu? Afl'ranchir ton pays d'un pouvoir monarchique t Si j'ai bien entendu tantôt ta politique, Son salut désormais dépend d'un souverain, Qui pour tout eonserver tienne tout en sa mabi^ Et si sa liberté te faisoit entrepraidre, . Tu ne m'eusses jamais empôehi de la rendre;
132 DIX-SËPTIÈMË SIÈCLE.
Tu Paurois acceptée au nom de tout YÈtaX,
Sans vouloir l'acquérir par un assassinat.
Quel étoit donc ton but? d'y régner en ma place?
D'un étrange malheur son destin le menace,
Si pour monter au trône et lui donner la loi
Tu ne trouves dans Rome autre obstacld^e moi,
Si jusques à ce point son sort est déplorable,
Que tu sois après moi le plus considérable,
Et que ce grand fardeau de Tempire romain
Ne puisse après ma mort tomber mieux qu'en ta main.
Apprends à te connoître, et descends en toi-même : On t'honore dans Rome, on te courtise, on t'aime, Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des vœux, Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu yeux i Mais tu ferpis pitié même à ceux qu'elle irrite, Si je t'abandonnois à ton peu de mérite. Ose me démentir, dis-mui ce que tu vaux; Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux, Les rares qualités par où tu m'as dû plaire, Et tout ce qui t'élève au-dessus du vulgaire. Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient, Elle seule t'élève, et seule te soutient, C'est elle qu'on adore, et non pas ta personne. Tu n'as crédit ni rang qu'autant qu'elle t'en donne» Et pour te faire choir je n'aurois aujourd'hui Qu'à retirer la main qui feule est ton appui. J'aime mieux toutefois céder à ton envie : Kègne , si tu le peux, aux dépens de ma vie. Mais oses-tu penser que les Serviliens, Les Cosses, les Métels, les Pauls, les Fabiens, Et tant d'autres enfin de qui les grands courages Des héros de leur sang sont les vives images, Quittent le noble orgueil d'un sang si généreux, Jusqu'à pouvoir souffrir que tu règnes sur eux? Parle, parle, il est temps.
CINNA
Je demeure stupide.
Non que votre colère ou la mort m'intimide ; Je vois qu'on m'a trahi, vous m'y voyez rêver, Et j'en cherche l'auteur sans le pouvoir trouver.
Mais c'est trop y tenir toute l'âme occupée. Seigneur, je suis Romain, et du sang de Pompée : Le père et les deux fils, lâchement égorgés, Par la mort de César étoient trop peu vengéis. C'est là d'un beau dessein l'illustre et seule cause Et puisqii'à vos rigueurs la trahison m'expose,
' N'attendez pas de moi d'infâmes repentira, D'inutiles regrets, ni de honteux soupirs; Le sort vous est propice autant qu'il m*est contraire ; Je sais ce que j'ai fait, et ce qu'il vous faut faire. Vous devez un exemple à la postérité, Et mon trépas Importe à votre sûreté.
AUGUSTE
Tu me braves, Ginna, tu fais le magnanime, Et, loin de t'excuser, tu couronnes ton crime. Voyons si ta constance ira jusques au bout. Tu sais ce qui t'est dû, tu vois que je sais tout; Fais ton arrôt toi-même et choisis tes supplices.