PRÉFACE
^^J> Ce livre est le complément de mon Histoire de la litté'
^— rature française^ jfarvenue aujourd'hui, à travers des corrections et des améliorations continuelles, à sa vingt-et- ]S^nième édition. La faveur du public me fait un devoir de
^'^ chercher à la mériter; et j'ai cru qu'un moyen de rendre
"*^ plus utiles mes appréciations littéraires, c'est d'y ajouter un choix de textes qui les justifie ou les redresse. L'histoire d'une littérature, sous sa forme narrative, n'est que ^ Topinion d'un critique ; les textes des auteurs sont la X Uttérature elle-même.
L% Cette addition à mon premier ouvrage m'était en quelque sorte indiquée par l'extension qu'ont reçues, de-
. ^ puis quelques années, les études littéraires.
I Q» Dans tous les programmes de l'enseignement secondaire, figure aujourd'hui avec raison l'étude de la littérature française, appuyée sur les textes de nos grands écrivains. Nous avons pris, en grande partie, pour guide dans 1^ formation de notre recueil, le programme rédigé en 1866 pour l'enseignement secondaire spécial, par M. Duruy, alors ministre, aujourd'hui metcibt^ ^\Sl ^m Conseil Supérieur de l'Instruction publique.
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velle. Ce savait et industrieux langage, produit et instrument d'une civilisation raffinée jusqu'à la cotrùption, ne pQuvait survivre à la société qui Tavaît créé. Elle-même avait eu peine à le préserver de toute atteinte ; c'était comme une machine immense, compliquée, pleine de détails délicats et fragiles, qui donnait de merveilleux résultats sous une impulsion habile, mais qui ne pouvait supporter sans se rompre l'effort d\ine main inexpérimentée. Parlé dans tout l'Occident, imposé à l'Orient comme moyen de com- » munication officielle, cette diffusion même devait nuire à sa pureté. La langue romaine, comme l'empire, était malade de sa grandeur *.
Si les provinciaux sujets de Rome avaient déjà altéré le /latin par l'usage, les barbares le brisèrent par impuissance et par caprice. Qu'avaient-ils à faire de toutes ces combinaisons subtiles de temps, de modes, de cas obliques et diversement déclinés, qui fatiguaient leur mémoire sans servir leurs besoins? Le latin dut subir un rétrécissement considérable et une extrême simplification. Les barbares accomplirent brusquement ce que le temps produit à la longue sur tous les idiomes ; ils firent passer la langue latine du caractère synthétique aux allures plus dégagées, mais aussi plus pauvres, de l'analyse. Il y eut une analogie singulijère entre la révolution du langage et celle du gouvernement. Là comme ici, tout devint simple, matériel, positif, mais étroit, exigu, barbare. Les hommes avaient peu d'idées et des idées fort courtes ; les relations sociales étaient rares et restreintes ; l'horizon de la pensée et celui de la vie étaient extrêmement bornés. A de telles conditions, une grande société et un riche langage étaient également impossibles. De petites sociétés, des gouvernements locaux, des langues peu abondante», des patois populaires, en un mot des gouvernements et des idiomes taillés en quelque sorte à la mesure des idées et des relations humaines^ cela seul était possible, cela seul put parvenir à vivre. Quand ces petites sociétés eurent revêtu une forme un peu régulièrCj et déterminé tant bien que mal les re-
ORIGINE i)E LA LâKGUE FtlANÇAISË 3
latiôns hiérarchiques qui les unissaient, ee résultat de la conquête et de la civilisation renaissante prit le nom de régime féodal. Quand les débris de la grande langue romaine eurent acquis, grâce à l'analogie, une certaine régu* larité ; quand, par des procédés nouveaux, on eut trouvé le moyen de suppléer au mécanisme savant des déclinaison3 et des conjugaisons antiques, ce résultat de la barbarie des temps et des tendances analytiques naturelles à Tesp^fit hu* mam forma les idiomes populaires connus sous le nom de langues néo-latines.
Ainsi, les deux langages parlés en Gaule sous les deux premières races disparurent du sol français : le peuple se fit lui-même sa langue. Dérivée surtout de celle des Ro* mains, elle reçut le nom de langue romane.
A quelle époque en commença Tusage? C'est ce qu'il est difficile de déterminer avec précision. Les langues ne viennent pas au monde à un jour donné ; elles ne naissent point, elles se transforment. Les érudils ont prétendu constater l'existence du roman dès le temps de Charles Martel ; ils en ont même signalé quelques formes à une époque bien plus reculée. Le premier monument écrit et authentique qui nous en reste, ce sont les fameux serments que prêtèrent Louis le Germanique à son frère Charles le Chauve, et les soldats de Charles à Louis le Germanique, au mois de mars de l'année 842 Nous en transcrivons ici le texte d'après l'historien Nithard, en y joignant une traduction française*
eËÉMÉtrr i>E LOUIS le GEBlCANiaxm
thro btào amur, et pro Christian poplo, et nostro commun sal Valent, dist di en avant, in quant Deus savir et potir me dunat, si salvara jeo cist meon fratre Karlo, et in adjudha et in cadliuuai Cûsa, si com om par dreit son fradra salvar dist, in o quid il mi altresi fazet^ et ab Ludher nui plaid nunquam prindrai, qui, meon toi, cist meon fradre Karlo in damno sit*
ît TRABUCTIOll
Pour Tamour de Dieu, et pour Je peuple chrèUen el "doUè c-otaJcû».^ (salut, de ce Jour en avant, autant que Dieu m'eu àotvTife\^ ^wovt ei le pouvoir, Je sauverai moa frère Gharle&k ici i^tèa^^V.» ^V Vc^
serai en aide en chaque chose (ainsi qa*un homme, selon la jua tice, doit sauver son frère), en tout ce qu'il ferait de là même ma nière pour moi, et je ne ferai avec Lolhaire aucun accord quij pa ma volonté, porterait préjudice à mon frère Charles ici présent.