Acte !•', Scènb IH. — HARPAGON, LA FLËCHE
BAi»Aâôif« -^ Hord d*ici tout à Theure, et qu'on ne réplique {ms. Allons, qiiQ Ton déUle d« chez moi, mattre juré filou, rrai gibier de potence.
LA. FLÈCHE, à porL — > Je n*ai jamais rien tu de si méchant que ce maudit yielliard ; et je pense, sauf correction, qu'il a le diable tu eotps*
jiABi*Aooifé «^ Tu murmures entre tes dents T
LA FLBCBB. ^ Pourquoi me chassez- yous ?
HABPAGON. — C'est bien à toi, pendard, à me demander des raisoDs! Sors Yite que je ne t'assomme.
LA FLÊCBS. -^ Qu'est-ce que je tous ai fait ?
HAiPAGOR. •» Tu m'as fait que je veux que tu sortes.
LA FLBCHB. ^ Mou maître | yotre fils, m'a donné ordre de Tattendre.
HARPAGOH. — Va-t'en Fattendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison, planté tout droit comme un piquet, à obserrer ce qui se passe et faire ton profit de tout Je no yeux point avoir sans ces**
1. On peut comparer U scène i da !«' acte de VAulukaria de Plattie* Eaclion, Tavare de U comédie latine, est, comme Barpa^on, eu con^ nnelle défiance de son entonraffe. il querelle et chasse sa setnB^ Staphyla soas le prétexte qu'elle l'espionne, qu'elle prend garde à io^l*
qu'il faU^ qu'elle promène dans VouVe Vsi mtJâovL «&% ^eux fureteurs : ^
cumspcdairix cvm iKMi emûsUiU*
fv ^' • •/-
MOLIÈRB ' 277
evant moi un espion de mes afTaîres, un traître dont les yeux
I&u4its assiègent toutes mes actions, dévorent ce que je possède,
l furettent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien h voler*
LA FLÈCHE. — Comment diantre voulez-vous qu'on fasse pour vous
)Ier? Étes-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes
loses, et faites sentinelle jour et nuit ?
HARPAGON. ^— Je veux renfermer ce que bon me semble» et faire
ntinelle comme il me plaît. Ne voilà pas de mes moucbards, qui
'ennent garde à ce qu'on fait? {Bas, à part) Je tremble qu'il
ait soupçonné quelque chose de mon argent. (^au^)Ne serais-tu
)int homme à faire courir le bruit que j'ai chez moi de l'argent
icbé?
u FLÈCHE. — Vous avez de l'argent caché?
BARPAGOiv. -^ Non, coquin, je ne dis pas cela. (Boa,) J'enrage.
M,) Je demande si, malicieusement, tu n'irais point faire courir
brait que j'en ai.
u FLÂCHE. — Hé ! que nous importe que vous en ayex Pu que
Jm n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose ?
BABPAGOiv, levant la main pour donner un toufflet à La Flèch$. >«-
Q fais le raisonneur ! Je te baillerai de ea raisonnement*ei par les
reilles. Sors d'ici, encore une fois.
u FLÈCHE. — Hé bien ! je sors.
BAiPAGON. — Attends : ne m'emportes-tu rien 7
u fiiGHE. -^ Que vous emporterais*je ?
BARPAQow. — Tiens, viens çà que je voi^. Mpntre*moi tas m^inSf
u FLÈCHE. — Les voilà.
HARpAGoir. — Les autres.
u FLÈCHE. — Les autres ?
HARPAGOW. — Oui.
u FLÈCHE. — Les voilà.
HARPAGOiT, montrant les hauts-de-chausses de La Flèche» -^ N'as-tu icn mis ici dedans ?
u FLÈCHE. — Voyez vous-même.
HARPAGON, tàtant le bae des chausse» de La Flèche, ^ Ces grands ttttts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses [o'on dérobe ; et je voudrais qu'on en eût fait pendre quelqu'un, u FuÈcHB, à part. — Ah 1 qu'un homme comme cela n^ériterait ^ien ce qu'il craint ! et que j'aurais de joie à le voler !
HARPAGON. — Euh?
U FLÈCHE. — Quoi ?
HARPAGON. — Qu'est-ce que tu parles de voler? u FLÈCHE. — Je vous dis que vous fouillez bien partout, pourvoir Ue vous ai volé.
Harpagon. — C'est ce que je veux faire.
{Harpagon fouille dans les poches de La Flèche,) ^ FLÈCHE, à part, — La peste soit de l'avarice ^l ^^ vî^x\ràs»3w\ ■arpagon. — Comment f Que dis-tu î ^ nscHE, — Ce que je dis ?
278 ' - DIX-SÈPTIÈME SIÈCLE
HARPAGON. — Oui. Qu'est-cé que tu dis d'avarice et d'avaricieux ?
LA FLÈCHE. — Je di» que la peste soit de l'avarice et des avaricieux.
HABPAGOK. — De qui veux-tu parler?
LA FLÈCHE. — Dcs avaricicux.
HARPAGON. — Et qui sout-ils, ces avaricieux ?
LA FLÈCHE. — Dcs vilains et des ladres.
HARPAGON. — Mais qui est-ce que tu entends par là ?
LA FLÈCHE. — De quoi vous mettez- vous en peine?
HARPAGON. — Je me mets en peine de ce qu*il faut.
LA FLÈCHE. — Est^cc quc VOUS croycz que je veux parler de vous?
HARPAGON. — Je crois ce que je crois ; mais je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.
LA FLÈCHE. — Je parle.... Je parle à mon bonnet.
HARPAGON. — Et moi, je pourrais bien parler à ta barrette*.
LA FLÈCHE. — M'empêcherez-vous de maudire les avaricieux ?
HARPAGON. — Non ; mais je t'empêcherai de jaser et d'être insolent. Tais-toi.
LA FLÈCHE. — Jc Hc Hommc personuc.
HARPAGON. — Je te rosserai si tu paries.
LA FLÈCHE. — Qui se seut morveux, qu'il se mouche.
HARPAGON. — Te tairàs-tu ?
LA FLÈCHE. — Oui, malgré moi.
HARPAGON. — Ah ! ah !
LA FLÈCHE, montrant à Harpagon une poche de son justaucorps» - Tenez, voilà encore une poche : êtes-vous satisfait ?
HARPAGON. — Allons, reuds-ie-moi sans te fouiller.
LA FLÈCHE. — Quoi ?
HARPAGON. — Ce que tu m'as pris.
LA FLÈCHE. — Je ne vous ai rien pris du tout. HARPAGON. — Assurément ?
, LA FLÈCHE. — Assurémeut.
HARPAGON. — Adieu. Va-t'en à tous les diables 1 LA FLÈCHE, à part. — Me voilà fort bien congédié. HARPAGON. — Je te le mets sur ta conscience, au moins.
VI' Scène VIL - VALÊRE, HARPAGON, ÉLISE
fiARpAGON. — Ici, Valère. Nous Savons élu pour nous dire qui * raison de ma fille ou de moi.
TALÈRE. — C'est vous, monsieur, sans contredit.
HAHPAGON. — Sais-tu bien de quoi nous parlons ?
VALÈRE. — Non. Mais vous ne sauriez avoir tort, et vous êtes toute raison.
HARPAGON. — Je veux, ce soir, lui donner pour époux un hominô
i. La barrette était un OTuemetil àw \iOTWiçX\ -paTW o. \q. Viwct^^ft ^' disait proverbialement pour frapper à la tftU»
aussi riche que sage ; et la coquioe me dit au nez qu^elie se moqae de le prendre. Que dis-tu de cela ?
VALÈRE. — Ce que j'en dis?
HARPAGOK. — Oui.
YALÈRK. — Hé I hé !
HAKPAOON. — Quoi ?
YAiiRE. — Je dis que, dans le fond, je suis de votre sentiment, et TOUS ne pouvez pas que vous n'ayez raison ^. Mais aussi n'a-t*elle pas tort tout à fait, et....
HARPAGON. — Gomment ? Le seigneur Anselme est un parti considérable ; c'est un gentilhomme qui est noble, posé, sage et fort accommodé >, et auquel il ne reste aucun enfant de son premier mariage. Saurait- elle mieux rencontrer?
VALÈRE. — Gela est vrai. Mais elle pourrait vous dire que c'est un peu précipiter les choses, et qu'il faudrait au moins quelque temps pour voir si son inclination pourrait s'accommoder avec...
HARPAGON. — G'est uuc occasion qu'il faut prendre aux cheveux. Je trouve ici un avantage qu'ailleurs je ne trouverais pas ; et il s'engage à la prendre sans dot.
VALÈRE. — Sans dot?
HARPAGON. — Oui.
VALÈRE. — Ah I je ne dis plus rien. Voyez- vous ? voilà une raison tout à fait convaincante ; il se faut rendre à cela.
HARPAGON. — G'est pour moi une épargne considérable.
VALÈRE. — Assurément; cela ne reçoit point de contradiction. II ^t vrai que votre fille vous peut représenter que le mariage est nue plus grande affaire qu'on ne peut croire , qu'il y va d'être heureux ou malheureux toute sa vie , et qu'un engagement qui doit durer jusqu'à la mort ne se doit jamais faire qu'avec de grandes précautions.
HARPAGON. — Sans dot!
VALÈRE. — Vous avez raison : voilà qui décide tout ; cela s'entend. Il y a des gens qui pourraient vous dire qu'en de telles occasions l'inclination d'une fille est une chose, sans doute, où l'on doit avoir de l'égard ; et que cette grande inégalité d'âge, d'humeur et de sentiments rend un mariage sujet à des accidents très fâcheux.
HARPAGON. — Sans dot!
VALÈRE. — Âh ! il n'y a pas de réplique à cela ; on le sait bien. Qui diantre peut aller là contre ? Ce n'est pas qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfaction de leurs filles, que l'argent qu'ils pourraient donner ; qui ne les voudraient point sacrifier à l'intérêt, et chercheraient, plus que toute autre <^ho8e, à mettre dans un mariage cette douce conformité qui, sans cesse, y maintient l'honneur, la tranquillité et la joie ; et que....
HARPAGON. — Sans dot !
VALÈRE — Il est vrai ; cela ferme la bouche à tout. Sans dot l La ïHoyen de résistera une raison comme celle-VèLt
/. Latinisme : Non posium quin, — 2* ïorl neYie»
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«ABPAaoK, à. partt regardant du côté du jardin , -^ Ouais 1 il ae semble que j'entends un chien qui aboie. N'esi-ce point qu'on en voudrait à mon argent ? {A Valère.) Ne bougôz ; je reviens tout à l'heure.