‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 141 sur 232 · Scène VIL - PHILAMINTE, CHRYSALE, BÈLtSE · texte numérisé non relu

Scène VIL - PHILAMINTE, CHRYSALE, BÈLtSE

CHRYSALE

Vous êtes satisfaite, et la voilà partie * j

Mais je n'approuve point une telle sortie : j

C'est une fille propre aux choses qu'elle fait. Et vous me la chassez pour un maigre sujet.

PHILAMmtE.

Vous Voulez que toujours je l'aie à mon service,

Pour mettre incessamment mon oreille au supplice,

Pour rompre toute loi d'usage et de raison

Par un barbare amas de vices d'oraison>

De mots estropiés^ Cousus, par intervalles,

De proverbes traînés dans les ruisseaux dés halled ?

RELISE

il est Vrai que l'on sue à souffrir ses discours ,

Elle y met Vaugelas en pièces tous les jours :

Et les moindres défauts de ce grossier génie ^, i

Sont ou le pléonasme^ ou la cacophonie.

f . Oénie se prenait au xvn* ?.\k\e ^mv% \^ ^«îi% %^\\V.\^ ^^■^Wi^«Rc^ BoIJeâu dit ; dans son génie étroit. i,Art 'poéUiiue,!,^

MOLIÈRE ' 30â.

CHRY9ALE. '

Qu'importe qu'elle manque aux lois de Vaugelas,

Pourvu qu*à la cuisine elle ne manque pas ?

l'aime bien mieux, pour moi, qu'en épluchant ses herbes,

Elle accommode mal les noms avec les verbes

Et redise cent fois un bas et méchant mot,

Que de brûler ma viande ou saler trop mon pot.

Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.

Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage ;

Et Malherbe et Balzac ^, si savants en beaux mots.

En cuisine, peut-être, auraient été des sots.

PHILAMINTE

Que ce discours grossier terriblement assomme ! Et quelle indignité) pour ce qui s'appelle homme» D*être baissé sans cesse aux soins matériels^ Au lieu de se hausser vers les spirituels t Le corps, cette guenille, est-il d'une importance, D'un prix à mériter seulement qu'on y pense? £t ne devons-nous pas laisser cela bien loin ?

CHRYSALE

Oui, mon corps est moi-même, et j'en veux prendre soin; Guenille, si Ton veut; ma guenille m'est chère.

BBU8£.

Le corps avec Tesprit fait figure, mon frère ; Mais, si vous en croyez tout le monde savant. L'esprit doit sur le corps prendre le pas devant , Et notre plus grand soin, notre première instance, Doit être à. le nourrir du suc de la science.

CHRYSALE

Ma foi, si vous songez à nourrir votre esprit, G*est de viande bien creuse, à ce que chacun dit « Et vous n'avez nul soin, nulle sollicitude, Pour....

PUILAMINtEi

Ah ! soLlicitvde à mon oreille est rude \ 11 put s étrangement son ancienneté.

lalzac, né à Angoulème en 1596, un des beaux-esprits qui iUust^ès ruelles, « Il donna, dit Voltaire, du nombre et de Tharmonie à la » Ce fut son plus grand, presque son seul mérite. Son éloquence Qëralement creuse et vide. 11 pense peu et écrit pour le plaisir i, c'est-à-dire d'arrondir des périodes, d'équilibrer des antithèses^ et ironner par un trait brillant une phrase habilement cadencée. Il est lerbe de la prose. — 2. C'est au milieu du xvm* «Âfeç\^ ajQft\^\w:^^ ^ppianla complètement J'ancienne forme puir \jft çva^^u •gM»>'^ '^'^^' éain, Imque de Molière,)

â04 ^ ' ' DIX-SEPtlÈME SIÈCLE

BÉLI8E*

Il est vrai que le mot est bien collet monté ^ ,

CURTSALE.

Voulez- vous que je dise? il faut qu'enfin j'éclate,

Que je lève le masque, et décharge ma rate.

De folles on vous traite, et j'ai fort sur le cœur....

PHOiAMINTE.

Comment donc?

CHRYSALE, à Béltse, C'est à vous que je parle, ma sœur.

Le moindre solécisme en parlant vous irrite : Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite. Vos livres étemels ne me contentent pas : Et, hors un gros Plutarque à mettre mea rabats, Vous devriez brûler tout ce meuble inutile. Et laisser la science aux docteurs de la ville ; Jf'ôter, pour faire bien, du grenier de céans, Cette longue lunette à faire peur aux gens, Et cent brimborions dont Taspect importune ; Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune, Et vous mêler un peu de ce qu'on fait chez vous. Où nous voyons aller tout sens dessus dessons. Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de cause Qu'une femme étudie et sache tant de choses. Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants, Faire aller son ménage, avoir Tœil sur ses gens. Et régler la dépense avec économie.

Doit être son étude et sa philosophie.

Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés. Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez, Quand la capacité de son esprit se hausse  connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse. Les leurs ne lisaient points mais elles vivaient bien; Leurs ménages étaient tout leur docte entretien ; Et leurs livres, un dé, du fil et des aiguilles. Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles. Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs ; Elles veulent écrire et devenir auteurs. Nulle science n'est pour elles trop profonde, -Et céans, beaucoup plus qu'en aucun lieu du monde : Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir, Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoiré On y sait comment vont lune, étoile polaire, Vénus, Saturne et Mars, dont je n'ai point affaire, £t^ dans ce .vain savoir, qu'on va chercher si loin,

i. C*est4-dire : bien antique et lù\Çi\i àfemQ^çs, ç.q\s!i\s^^ Vis» \saste colle et les frsiises du temps d'Henri IV.

MOLIÈKE ' 305

On ne sait comme va hion pot, dont j*ai besoin.

Mes gens à la science aspirent pour vous plaire»

Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire.

Raisonner est l'emploi de toute ma maison,

Et le raisonneme];)ten bannit la raison.

L'un me brûle mon rôt, en lisant quelque histoire ;

L'autre rêve à des vers, quand je demande à boire :'

Enfin, je vois par eux votre exemple suivi,

Et j'ai des serviteurs, et ne suis point servi.

Une pauvre servante au moins m'était restée,

Qui de ce mauvais air n'était point infectée,

Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas,

A cause qu'elle manque à parler Vaugelas.

Je vous le dis, ma sœur, tout ce train-là me blesse.

Car c'est comme j'ai dit, à vous que je m'adresse.

Je n'aime point céans tous vos gens à latin.

Et principalement ce monsieur Trissotin ;

C'est lui qui, dans des vers, vous a tympani^ées ^ t

Tous les propos qu'il tient sont des billevesées.

On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé ;

Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé.

PmLAUINTB.

Quelle bassesse, 6 ciel! et d'âme et de langage!

BÉLISE

Est- il de petits corps un plus lourd assemblage. Un esprit composé d'atomes plus bourgeois <? Et de ce même sang se peut-il que je sois? Je me veux mal de mort d'être de votre race, Et, de confusion, j'abandonne la place.

i m, Scène I. - PHILAMINTE, ARMANDE, BÉLISE,

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