XX. LE COCHE ET LA MOUCHE
Dans un chemin montant, sablonneux^ malaisé, £t de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche.
Femmes, moine, vieillards, tout était descendu ! L'attelage suait, soufflait, était rendu Une mouche survient, et des chevaux s'approche, Prétend les animer par son bourdonnement; Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine, S'assied sur le timon, sur le nez du cocher.
Aussitôt que le char chemine,
Et qu'elle voit les gens marcher, Elle s'en attribue uniquement la gloire. Va, vient, ifaii l'empressée : il semble que ce soit Un sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens et hâter la victoire.
La mouche, en ce commun besoin.
Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin; Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.
Le moine disait son bréviaire ■:
Il prenait bien son temps! une femme chantait : C'était bien de chansons qu'alors û s'agissait!
Le rat de ville, invité chez le rat des chatïvp*, V.o\iOcl^ V \xssi^ ^^oiSA déd^gBeuse sans riea manger. (Horace, Un» U, ^aWt^NV^
410 DIX-SEPTIÈME SIÈCtE
Dame mouche s'en va chanter à leurç oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien^du travail, le coche arrive au haut. « Respirons maintenant! dit la mouche aussitôt : J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine. Çà, messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine. >»
Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
S'introduisent dans les affaires : , ,.
Ils font partout les nécessaires, '
Et partout importuns, devraient être chassés.
pC. LA UkinÉRE ET LE POT AU LAIT
Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait
Bien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville. Légère et court vêtue, elle allait à grands pas. Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple et souliers plats.
' Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait; en employait l'argent; Achetait un cent d'œufs; faisait triple couvée; La chose allait à bien par son som diligent.
tt II m'est, disait-elle, facile D'élever des poulets autour de ma maison;
Le renard sera bien habile S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s'engraisser coûtera peu de son; Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. Et qui m'empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau? » Perrette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée. La dame de ces biens, quittant d'un œil marri ^
Sa fortune ainsi répandue.
Va s'excuser à son mari,
En grand danger d'être battue.
^ Le récit en farce * en fut fait ;
On l'appela le Pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne?
Qui ne fait châteaux en Espagne?
f. Marri n'est plus en usaçe. \\ %\%\tt&.^v ;iSS^'^. —1. ^ifoâS.#Mï ou comédie bouffonne.
LA fONTAINE 411
crochole, Pyrrhus *, la laitière, enfin tous,
Autant les eages que les fous, lacun songe en veillant; il n'est rien de plus doux : 16 flatteuse erreur emporte alors nos âmes; ^
Tout le bien du monde est à nous, ^
Tous les honneurs, toutes les femmes, land je suis seul, je fais au plus brave un défi; m'écarte, je vais détrôner le sophi S;
On m'élit roi, mon peuple m'aime; »s diadèmes vont sur ma tête pleuvant : lelque accident fait-il que je rentre en moi'>méme,
Je suis Gros-Jean * comme devant.