CVI. LE CaSAT, LA BELETTE ET LE PETIT LM>IN
Du palais d'un jeune lapin
Dame belette, un beau matin,
S'empara : c'est une rusée. '
I maître étant absent, ce lui fut chose aisée : le porta chez lui ses pénates ^ un jour l'il était allé faire, à l'aurore, sa cour ' . ^
Parmi le thym et la rosée.
)rès qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours, onnot lapin retourne aux souterrains séjours. . belette avait mis le nez à la fenêtre. 0 dieux hospitaliers! que vois-je ici paraître? t l'animal chassé du paternel logis.
Holà! madame la belette.
Que l'on déloge sans trompette, L je vais avertir tous les rats du pays. » . dame au nez pointu répondit que la terre
Était au premier occupant.
C'était un beau sujet de guerre, l'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant!
« Et quand ce serait un royaume, voudrais bien savoir, dit-ellé, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi ^ Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi. »
an lapin allégua la coutume et Tusage : Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis
iz dans Rabelais Tentretien de Picrocbole et de ses conseillers, p. 66, Boileaa celui de Pyrrhus et de Ginéas (Épitre I, p. 343)> — 2. Le cse. La dynastie des Sophis s'établit en Perse à la Un du xv« siècle, nom s^employait proverbialement pour désigner iia iQM^dv&j^^'&s^ du moins un très petit personnage. — 4. ^^^ ^v^w:l ^ws!^^%^\vs^^'^^ î tout son ménage. Elle s'y ètaWU k àettk^wtft. — tk.Xa.^^^'^'^^^'Vi.,
Mi DIX-SEPTIÈME SIËCLÉ
Rendu maître et seigneur, et qui, de père en fila,
Uont de Pierre à Simon, piiis à moi Jean, transmis. i
Le premier occupant, est<e une loi plus saige?
— Or bien, sans crier davantage, Rapportons-nous, dit*elle, à Raminagrobis. » C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Bn chat faisant la chatiemite S Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : u Mes enfants, approchez, Approchez; je suis sourd, les ans en sont la cause. » L'un et Tautre approcha» ne craignant nulle chose. Adâsitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud, le bon apôtre.
Jetant des deux côtés la griffe en même temps, I . Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois Les petits souverains se rapportant aux rois.
' LIVRE YIII
n. LE SAVETIER ET LE FINANCIER
Un savetier chantait du matin jusqu'au soir :
C'était merveille de le voir.
Merveille de Toulr; il faisait des passages >,
Plus content qu'aucun des sept sages.
Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or,
Chantait peu, dormait moins encor :
C'était un homme de finance.
Si sur le point du jour parfois il sommeillait, Le savetier alors en chantant l'éveillait;
Et le flnancier se plaignait
Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,
Comme le manger et le boire.
En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit : « Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an ? — Par an î ma foi, monsieur,
Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière
i. Prenant un air modeste el doucet^iax. — ^.\^ft& xw^\«^«
LA fontaine; 413
De compter de la soHè; et je a^entasse guère Un jour sur l'autre : il suffît qu'à la fin J'attrape le bout de Tannée : Chaque jour amène son pain.
— Eh bien! que gagnez-vous, dites-moi^ par journée?
— Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes),
Le mal est que dans Tan s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer; on nous ruine en fêtes : L'une fait tort à l'autre; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône. » Le financier, riant de sa naïveté.
Lui dit : « Je veux vous mettre aujourd'hui sur le trône ^ Prenez cjs cent écus; gardez-les avec soin,
Pour vous en servir au besoin. »
Le savetier crut voir tout l'argent que la terre
Avait depuis plus de cent ans
Produit pour l'usage des gens.
n retourne chez lui : dans sa cave il enserre
L'argent, et sa joie à la fois.
Plus de chant : il perdit la voix Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines. ^
Le sommeil quitta son logis :
Il eut pour hôtes les soucis,
Les soupçons, les alarmes vaines.
Tout le jour il avait l'œil au guet; et la nuit,
Si quelque chat faisait du bruit, Xe chat prenait l'argent. A la fin le pauvre homme S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus : « Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,
Et reprenez vos cent écus. »