‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 183 sur 232 · X. L'OURS ET L'AMATETTR DES JARDINS · texte numérisé non relu

X. L'OURS ET L'AMATETTR DES JARDINS

Certain ours montagnard, ours à demi léché s, Confiné par le Sort dans un bois solitaire, Nouveau Bellérophon ', vivait seul et caché. Il fût devenu fou : la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire ; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire

^ous rendre aussi heureux qu'un roi. — 2. On a cru longtemps que Ars façonnent leurs petits en les léchant. De là l'expression proverbiale «lai Uché. — 3. Homère représente le héros BeU^ï<i^\vç»^ ^\!i^\w^V nombre méJaaçoîie : « Seul il errait dans \es cXv^m^^ ^>4Nfe.fe^^^Hw*«J^ ^e, fuyâailea seatien fréquentés par \es Viwniwxi'&. 'ft VJVvjAe^^«^.^\>\

Dap's les lieux que Tours habitait;

Si bien que, tout ours qu'il était, Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,

Non loin de là certain vieillard

S'ennuyait aussi de sa part ^.

Il aimait les jardins, était prêtre de Flore *,

Il l'était de Pomone encore.

Ces deux emplois sont beaux; mais je voudrais parmi ^

Quelque doux et discret ami.

Les jardins parlent peu, si ce nVst dans mon livre :

De façon que, lassé de vivre Avec des gens muets, notre homme, un beau matin, Va chercher compagnie, et se met en campagne.

L'ours, porté d'un même dessein, |

Venait de quitter sa montagne.

, Tous deux, par un cas surprenant,

Se rencontrent en un tournant.

L'homme eut peur : mais comment esquiver? et que faire? Se tirer en Gascon d'une semblable affaire Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur:

Lueurs, très mauvais complimenteur.

Lui dit : « Viens-t'en me voir. » L'autre reprit : « Seigneur, Vous voyez mon logis; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas, J'ai des fruits, j'ai du lait : ce n'est peut-être pas De nos seigneurs les ours le manger ordinaire; Mais j'offre ce que j'ai. » L'ours l'accepte; et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver : . Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble;

Et bien qu'on soit, à ce qu'il semble.

Beaucoup mieux seul qu'avec des sots.

Comme l'ours en un jour ne disait pas deux mots, L'homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage. L'ours allait à la chasse, apportait du gibier;

Faisait son principal métier D'être bon émoucheur; écartait du visage De son ami dormant ce parasite ailé

Que nous avons mouche appelé.

Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme, Sur le bout de son nez une allant se placer Mit Tours au désespoir; il eut beau la chasser. « Je t'attraperai bien, ditril, et voici comme. » Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur

i. De son côté. — 2. Flore était la déesse des fleurs, Pomone la déesse des fruits, — 3. Parmi s emi^Voie Twern^xA %wv^ Wi\sv^\fe\ûft!Ql, Il ticfl^ ^^ ^eiix mois iittins : pjsr mediu m,el %v%\i\^^ ^w m\\%\k.

-lé t— *-

Vous empoignô un pavé, le laace avec raideur. Casse la tête à Phomme en écrasant la mouche; Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur, , Raide mort étendu sur la place il le couche-

Rien n*est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi.

LIYBE IX n. LES DEUX PIGEONS

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre :

L*un d'eux, s'ennuyant au logis.

Fut assez fou pour entreprendre

Un voyage en lointain pays.

L'autre lui dit : « Qu'allez-vous faire?

Voulez-vous quitter votre frère?

L*absence est le plus grand des maux : Non pas pour vous, cruel ! Au moins que les travaux,

Les dangers, les soins du voyage.

Changent un peu votre courage ^.

Encor, si la saison s'avançait davantage ! Attendez les zéphyrs : qui vous presse? un corbeau Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau. Je ne songerai plus que rencontre funeste, Que faucons, que réseaux. Hélas! dirai-je, il pleut *

Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut.

Bon soupe, bon gîte, et le reste? »

Ce discours ébranla le cœur

De notre imprudent voyageur ; Mais le désir de voir et Thunieur inquiète L'emportèrent enfin. Il dit ; « Ne pleurez point; Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite *. Je reviendrai dans peu conter de point en point

Mes aventures à mon frère; Je le désennuierai. Quiconque ne voit guère N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint

Vous sera d'un plaisir extrême.

Je dirai r J'étais là; telle chose m'avint :

Vous y croirez être vous-même. »

A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne : et voilà qu'un nuage L'oblige de chercher retraite en quelque lieu

Votre cœur, votre résolutioû.

Vous dirai-je les noms de ces grands personn&^oik Dont j'ai dépeint les morts, pour aigrir \ea c^omtql^^.

Un seul arbre s*oiTrit, tel encor que Torage

Maltraita le pigeon eb dépit du feuillage.

L'air devenu serein, il part tout morfondu.

Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,

Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,

Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie;

Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las

Les menteurs et traîtres appas.

Le las était usé; si bien que, de son aile, De ses pieds, de son bec, Toiseau le rompt enfin r Quelque plume y périt, et le pis du destin Fut qu'un certain vautour, à la serre cruelle, Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle £t les morceaux du las qui Tavait attrapé,

Semblait un forçat échappé.

V Le vautour s'en allait le lier i, quand des unes ,

Fond à son tour un aigle aux ailes étendues. Le pigeon profita du conflit des voleurs, S'envola, s'abattit auprès d'une masure,

Crut pour ce coup que ses malheurs

Finiraient par cette aventure.

Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié

La volatile malheureuse, Qui, maudissant sa curiosité,

Traînant l'aile, et tirant le pied,

Demi-morte, et demi-boiteuse,

Droit au logis s'en retourna.

Que bien, que mal, elle arriva

Sans autre aventure fâcheuse.

Voilà nos gens rejoints; et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager?

Que ce soit aux rives prochaines.

Soyez- vous l'un à l'autre un monde toujours beau,

Toujours divers, toujours nouveau; Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. J'ai quelquefois aimé : je n'aurais pas alors,

Contre le Louvre et ses trésors, Contre le firmament et sa voûte céleste

Changé les bois» changé les lieux Honorés par les pas, éclairés par les yeux

De l'aimable et jeune bergère Pour qui, sous le fils de Cythère *, Je servis, engagé par mes premiers serments.

i. Le lieTy l'enlever dans ses settes, Iwme de fauconnerie. — 2. L'AfflOW Sis de VénuSi reine de C^thëie.

Hélas! quand reviendront de semblables moments! Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète! Ah! si mon cœur osait encor se renflammer! Ne sentirai -je plus de charme qui m'arrête? Ai-je passé le temps d'aimer?

rv. LE GLAND ET LA CTTROtTILLE

Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant,

Dans les citrouilles je la treuve i.

Un villageois, considérant ' I

Combien ce fruit est gros et sa tige menue : « A quoi songeait, dit-il, Fauteur de tout cela? Il a bien mal placé cette citrouille là !

Eh parbleu ! je l'aurais pendue

A l'un des chênes que voilà ;

C'eût été justement l'affaire:

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de Celui que prêche ton curé; Tout en eût été mieux : car pourquoi, par exemple. Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,

Ne pend- il pas en cet endroit?

Dieu s'est mépris; plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo

Que l'on a fait un quiproquo *, »

Cette réflexion embarrassant notre homme : « On ne doit point, dit-il, quand on a tant d'esprit. » Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un gland tombe : b nez du dormeur en pâtit. Il s'éveille ) et, portant la main sur son visage, II trouve encor le gland pris au poil du menton. Son nez meurtri le force à changer de langage. « Oh! ohl dit-il, je saigne! et que serait-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,

Et que ce gland eût été gourde?

^orme archaïque pour trouve. On l'a déjà vue au premier acte du Mû

^«^Ope ;

Non, l'amour que je sens pour cette jeune veuve, Ne ferme pas mon àme aux défauts qu'on lui treuve.

^* Un quiproquo, c'est primitivement une erreur grammaticale. Qui est ^<>mmatif d'un pronom latin; quo en est l'abl^\il. \a% ^\'t^^\<i.^>aL^^ ?*^e, c'est commettre une faute de langage. Yw wva\Q^KA> ws. ^^ ^Jg^^èfe P^oçuo toute erreur, toute confusion de pwsoiwi^^ «X ^^ OMi!%«^* * demogeot, *^

iiS DIX-SEPTIÈME SIECLE

Dieu ne Ta pas voulu : sans doute il eut raison^ J'en vois bien à présent la cause. ^ I En louant Dieu de toute chose,

Garo retourne à la maison.

DC. L'HXnTRE ET LES PLAlBEtTRS i

Un jour, deux pèlerins sur le sable rencontrent

Une huître, que le flot y venait d'apporter .

Us ravalent des yeux, du doigt ils se la montrent;

A regard de la dent il fallut contester.

L'un se baissait déjà pour amasser ^ la proie;

L'autre le pousse, et dit : « Il est bon de savoir

Qui de nous en aura la joie.

Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur; l'autre le verra faire.

— Si par là Ton juge l'affaire,

Reprit son compagnon, j*ai Tœil bon, Dieu merci.

— Je ne l'ai pas mauvais aussi.

Dît l'autre; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. — Hé bien! vous l'avez vue; et moi je l'ai sentie. »

Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin ' arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'huître, et la gruge.

Nos deux messieurs le regardant.

Ce repas fait, il dit d'un ton de président : « Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille Sans dépens; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille. '>-

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles : Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles ^.

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