‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 190 sur 232 · DU PROGRÈS DANS LES SCIENCES · texte numérisé non relu

DU PROGRÈS DANS LES SCIENCES

(FRAGMBirr d'un traité du VU)B)

Le respect que Ton porte à l'antiquité est aujourd'hui à tel polift dans les matières où il doit avoir moins de force, que Ton se fait des oracles de toutes ses pensées, et des mystères * même de ses ^^

i. Des mystères^ c^est-à-dVre dw Nfeù\^% ccaî\\ l^xiN. t««.^^\ ^\ «sm'ass. ies comprendre*

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obscurités; que Ton ne peut plus avancer de nouveautés sans péril, et que le texte d'un auteur suffit pour détruire les plus fortes raisons....

Ce n'est pas que mon intention soit de corriger un vice par un autre; et de ne faire nulle estime des anciens, parce que Ton en fait trop% Je ne prétends pas bannir leur autorité pour relever lé raisonnement tout seul, quoique Ton veuille établir leur autorité seule au préjudice du raisonnement.... Partageons avec plus de justice notre crédulité et notre défiance, et bornons ce respect que nous avons pour les anciens. Comme la raison le fait naître; elle doit aussi le mesurer; et considérons que s'ils fussent demeurés dans cette retenue de n'oser rien ajouter aux connaissances quMIs avaient reçues, ou que ceux de leur temps eussent fait la même difficulté de recevoir les nouveautés qu'ils leur offraient, ils se seraient privés eux-mêmes et leur postérité du fruit de leurs inventions. Gomme ils ne se sont servis de celles qui leur avaient été laissées que comme de moyens pour en avoir de nouvelles, et que cette heureuse hardiesse leur avait ouvert le chemin aux grandes choses, nous devons prendre celles qu'ils nous ont acquises de la même sorte, et à leur exemple en faire les moyens et non pas la fin de notre étude^ et ainsi tâcher de les surpasser en les imitant.- Car qu*y a-i-il de plus injuste que de traiter nos anciens avec plus de retenue qu'ils n'ont fait ceux qui les ont précédés, et d'avoir pour eux ce respect inviolable qu'ilB n'ont mérité de nous que parce qu'ils n'en ont pas eu un pareil pour ceux qui ont eu sur eux le même avantage?

Les secrets de la nature sont cachés; quoiqu'elle agisse toujours, on ne découvre pas toujours ses efTets : le temps les révèle d'âge en âge, et quoique toujours égale en elle-même, elle n'est pas toujours également connue. Les expériences qui nous en donnent Fintelli^ gence multiplient continuellement; et, comme elles sont les seuls ' principes de la physique, les conséquences multiplient à proportion'. C'est de cette façon que l'on peut aujourd'hui prendre d'autres sentiments et de nouvelles opinions sans mépriser [les anciens], sans ingratitude, puisque les premières connaissances qu'ils nous ont données ont servi de degrés ^ aux nôtres, et que dans ces avan»tages nous leur sommes redevables de l'ascendant > que nous avons sur eux; parce que, s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons audessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. Notre vue a plus d'étendue, et quoiqu'ils connussent ausai bien que nous tout ce qu'ils pouvaient renaarquer de la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, €t nous voyons plus qu'eux.

Cependant il est étrange de quelle aotl» on tfes^t^ Viva^ wscSx-

i. Degrés pour mouler plus haut, — 2. SuçfemùV^.

ments. On fait un crime de les contredire et un attentat d'y ajjOtttett comme s'ils n'avaient plus laissé de vérités à connaître. N'est-ce pas là traiter indignement la raison de l'homme, et 4a mettre en parallèle avec l'instinct des animaux, puisqu'on en ôte la principale dilTérence, qui consiste en ce que les effets du raisonnement aug-. mentent sans cesse, au lieu que l'instinct demeure toujours dans un état égal? Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mill^ ans qu'aujourd'hui, et chacune d'elles forme cet hexagone aussi exactement la première fois que la dernière. Il en eet de même de tout ce que les animaux produisent par ce mouvement occulte. La nature les instruit à jnesure que la nécessité les presse; mais cette science fragile se perd avec les besoins qu'ils en ont : comme ils la reçoivent sans étude, ils n'ont pas le bonheur de la conserver; et toutes les fols qu'elle leur est donnée, elle leur est nouvelle, puisque, la nature n'ayant pour objet que de maintenir les animaux dans un ordre de perfection bornée, elle leur inspire cette science nécessaire toujours égale, de peur qu'ils ne tombent dana le dépérissement, et ne permet pas qu'ils y ajoutent, de peur ' qu'ils ne passent les limites qu'elle leur a prescrites. Il n'en est pas de même de l'homme, qui n'est produit que pour l'infinité. 11 est \ danâ l'ignorance au premier âge de sa vie; mais il s'instruit sans cesse dans son progrès ^ : car il tire avantage non seulement de sa ' propre expérience, meus encore de celle de ses prédécesseurs; parce qu'il garde toujours dans sa mémoire les connaissances qu'il s'est une fois acquises, et que celles des anciens lui sont toujours présentes dans les livres qu'ils en ont laissés. Et comme il conserve ces connaissances, il peut aussi les augmenter facilement; de sorte que les hommes sont aujourd'hui en quelque sorte dans le même état où se trouveraient ces anciens philosophes, s'ils pouvaient avoir vieilli jusques à présent, en ajoutant aux connaissances qu'ils avaient celles que leurs études auraient pu leur acquérir à la taveur de tant de siècles. De là vient que, par une prérogative particulière, non seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier. De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement : d'oiï l'on voit avec combien d'injustice nous respectons l'antiquité dans ses philosophes; car, comme la vieillesse est l'âge le plus distant de l'enfance, qui ne voit que la vieillesse, dans cet homme universel, ne doit pas être cherchée dans les temps proches de sa naissance, mais dans ceux qui en sont les plus éloignés? Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux eo toutes choses, et formaient l'enfance des hommes proprement; £t

i« A meswpe qu'il avance en ^e.

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comme nous avons joint à leurs connaissances Pexpérience des siècles qui les ont suivis, c'es;t en nous que l'on peut trouver cette antiquité que nous révérons dans les autres.

EXTRAITS DE L'OPUSCITLE SUR L'ESPRIT GÉOBCtH^aUE

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