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EXTRAITS DE LÀ PREMIÈRE PARTIE DU DISCOURS DE LA MÉTHODE

Considérations touchant les sciences

Je ne laissais pas d'estimer les exercices auxquels on s'occupe dans les écoles. Je savais que les langues que Ton y apprend sont né' cessaires pour l'inteUigence des livres anciens; que la gentillesse des fables réveille Pesprit ; que les actions mémorables des histoires le relèvent, et qu'étant lues avec discrétion elles aident à former le jugement ; que la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée, en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées ; que réloquence a des forces et des beautés incomparables ; que la poésie a des délicatesses et des douceurs très ravissantes ; que les mathématiques ont des inventions très sublimes, et qui peuvent beaucoup servir tant à contenter les curieux qu'à faciliter tous les arts et diminuer le travail des hommes ; que les écrits qui traitent des mœurs contiennent plusieurs enseignements et plusieurs exhortations à la vertu qui sont fort utiles ; que la théologie enseigne à gagner le ciel ; que la philosophie donne moyen de parler vraisemblablement de toutes choses, et se faire admirer des moins savants; que la jurisprudence, la médecine et les autres sciences apportent des honneurs et des richesses à ceux qui les cultivent ; et enfin qu'il est bon de les avoir toutes examinées, même les plus superstitieuses tt les plus fausses, afin de connaître leur juste valeur et se garder d'en être trompé. ^^

Mais je croyais avoir déjà donné assez de temps aux langues, et même aussi à la. lecture des \Wtea aînclena, et à leurs histoires, et à leurs fables. Car c'est quasi \e mèm^ ôl^ ç.çitLM^xç«t «j^ç^tî. ^«oa. des autres siècles que de voyager : \\ eaV. \>ow ^c» ^wwc q;vx^q^'^ Oûs>r&

DESCARÎTES ; ' 438

^es mœurs de divers peuples, afin de Juger des nôtres plus sainexseDt, et que nous ne pensions pas que tout ée qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien yu; mais lorsqu'on emploie trop de temps 'à ■voyager, on devient enfin étranger à son pays, et lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siècle^ passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci. Outre que les fables font imaginer plusieurs événen^ents comme possibles, qui ne le sont point; et que même les histoires les plus fidèles, si elles ne changent ni n'augmentent la valeur des , choses pour les rendre plus dignes d'être lues, an moins en omettent-elles presque toujours les plus basses et moins illustres cir- ^constances : d'où vient que le reste ne parait pas tel qu'il est, et que ceux qui règlent leurs moeurs par les exemples qu'ils en tirent sont sujets à tomber dans les extravagances d^s paladins de nos romans, et à concevoir des desseins qui passent leurs forces.

J'estimais fort l'éloquence, et j'étais amoureux de la poésie ; mais je pensais que Tune et l'autre étaient des dons de l'esprit plutôt que des fruits de Tétude. Ceux qui ont le raisonnement le plus fort, et qui digèrent le mieux leurs pensées afin de les rendre claires et intelligibles, peuvent toujours le mieux persuader ce qu'ils propo-' sent^ encore qu'ils ne parlassent que bas-breton, et qu'ils n'eussent jamais appris de rhétorique ; et ceux qui ont les inventions les plus agréables, et qui les savent exprimer avec le plus d'ornement et de douceur, ne laisseraient pas d'être les meilleurs poètes, encore que l'art poétique leur fût inconnu

Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons ; mais je ne remarquais point encore leur vrai usage, et, pensant qu'elles ne servaient qu^ux arts mécaaiques, je m'étonnais de ce que, leurs fondements étant si fermes et si solides, on n'avait rien bâti dessus de plus relevé. Comme au contraire je comparais les écrits des anciens païens qui traitent des mœurs, à des palais fort superbes et fort magnifiques qui n'étaient b&tis que sur du sable et sur de la boue * ils élèvent fort haut les vertus, et les font paraître estimables par-dessus toutes les choses qui sont au monde, mais ils n'enseignent pas assez à les connaître, et souvent ce qu'ils appellent d'un si beau nom n'est qu'une insensibilité, ou un orgueil, ou un désespoir, ou un parricide.

Je révérais notre théologie, et prétendais autant qu'aucun autre & gagner le ciel; mais, ayant appris, comme chose très assurée, que le chemin n'en est pas moins ouvert aux plus ignorants qu'aux plus doctes, et que les vérités révélées qui y conduisent sont au-dessus de notre intelligence, je n'eusse osé les soumettre à la faiblesse de mes raisonnements, et je pensais que, pour entreprendre de les examiner et y réussir, il était besoin d'avoir quelque extraordinaire assistance du ciel et d'être plus qu'homme.

Je ne dirai rien de la philosophie, sinon c\\xft, \o^'^xv\. ^^^j^^ïî^ cultivée par les plus excellents esprila qui «lV^tiI ^^ox ÔL«^^x^î^ «^J»»?

DEMOGEOT

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sieurs siècles, et que néanmoins il ne s'y trouve encore aucune clxose dont on ne dispute, et par conséquent qui ne soit douteuse, je n'avais point assez de présomption pour espérer d'y rencontrer mieux que les autres; et que, considérant combien il peut y avoir de diverses opinions touchant une même matière, qui soient soutenues par des gens doctes, sans qu'il y en puisse avoir plus d'une seule qui 90it vraie, je répiitais presque pour faux tout ce qui n'étai* que vraisemblable.

Puis, pour les autres sciences, d'autant qu'elles empruntent leurs principes de la philosophie, je jugeais qu'on ne pouvait avoir rien bâti qui fût solide sur ces fondements si peu fermes ; et ni rhonneur ni le gain qu'elles promettent n'étaient suffisants pour me convier à les apprendre : car je ne me sentais point, grâces à Dieu, de condition qui m'obligeât à faire un métier de la science pour le soulagement de ma fortune, et, quoique je ne fisse pas profession de mépriser la gloire en cynique, je faisais néanmoins fort peu d'état de celle que je n'espérais point pouvoir acquérir qu'à faux titres. Et enfin, pour les mauvaises doctrines, je pensais déjà connaître assez ce qu'elles valaient pour n'être plus sujet à être trompé, ni par les promesses d'un alchimiste, ni par les prédictions d'un astrologue, m par les impostures d'un magicien, ni par les artifices ou Ja vantene d'aucun de ceux qui font profession de savoir plus qu'ils ne savent •

Biaise Pascal *, né à Clermont-Ferrand le 19 juin de Tannée 1623, et mort à Paris le 19 août 1662, donna dès le plus jeune âge des marques d'un esprit extraordinaire. À douze ans^ il parvint à trouver, sans le secours d*aucun livre, les trente-deux premières propositions d'Euclide; à seize ans, il composait un traité des Sections coniques. Les sciences mathématiques et physiques lui doivent de nombreuses découvertes. Il s'était lié avec les chefs du parti janséniste : à propos d'une censure que la Sorbonne se proposait de faire d'un écrit d'Arnauld, il publia en 1656 et 1657 les Lettres à un provincial y chef-d'œuvre d'ironie et d'éloquence.

Ce livre toutefois n'était pas l'œuvre de prédilection de

/. Histoire de la ÎUténihire française, i&î.%<i ^^'^ •• P^wX ^\ ^wV\wifà.

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Pascal. Il J}réparait en silence, les matériaux d'an grand ouvrage que la mort' ne lui laissa pas le temps d'achever, et dpnt les débris épars suffisent pour assurer à leur auteur l'admiration de la postérité. Pascal voulait aller plus loin que Descartes, et, prenant un lecteur dans Findifférence et le doute, l'amener docile et fidèle aux pieds de la religion.. Les notes qu'il avait jetées sur le papier au jour le jour, furent publiées d'abord avec des changements nombreux par sa famille et ses amis en 1670 Les éditeurs reproduisi* rent les uns après les autres ce texte altéré, jusqu'à ce que M. Cousin, en 1842, démontrât dans un Rapport resté cér lèbre ia nécessité d'une nouvelle édition des Pensées conforme aux manuscrits de Pascal.

Le texte complet des Pensées de Pascal a été publié pour la preipière fois par M. Prosper Paugère : Paris, Andrieux, 1844, 2 vol. in-8; nouvelle édition par M. Ernest Havet, Paris, Dézobry, 1852, in-8, et 1881, 2 vol. in-8; édition Molinier, 1877, 2 vol. in-8. — Les Provinciales ont été publiées par M. Villemain, 1829, in-8. On trouvera une édition des Œuvres complètes dans la collection Lahure, Paris, 1877, 3 vol. in-12.

M. Sainte-Beuvf a consacré le troisième livre tout entier de Port-Royal à Pascal

On lira avec profit le livre de M. Vinet intitulé Études sur Biaise Pascal^ Paris, 1856, in-8.

Mme Perrier, sœur aînée de Pascal, a écrit une histoire de son frère, sous ce titre : La vie de M. Pascal : Amsterdam, Wolfgang, 1684, in-12.

Cette vie est reproduite dans presque toutes les éditions modernes.

L'intérêt immense des Pensées^ c'est que la vie intime de l'auteur y éclate à chaque pas par des accents d'une vérité profonde. Ses doutes, ses déchirements, ses dédains pour lui-même et pour la raison, ses terreurs religieuses s'y trahissent tour à tour par une éloquence sublime. On a dit justement que c'est avec le sang de son cœur qu'il écrit. Aussi quels éclairs de pensée et de sentiment sillonnent sans cesse ces magnifiques débm\ ÇxQte^\%.\3^ ^'^ homme, qui méprisait la poésie aiuai qw^ \^ ^Xi^o'^W'^^sv^

elles sciences, est poète lurmème par Téclat de son style! Soit qu*ii anéantisse rhomoie entre les deux infinis^ soit que ce roseau pensant se redresse vivement sous Tunivers qui Técrase, soit que, levant les yeux vers le ciel, Pascal se sente tout à coup effrayé par le silence éternel de ces espaces infinis, on reconnaît à chaque page le libre et sincère essor d'une grande âme vers Dieu, et Ton suit Fécrivaîn, avec une anxiété pleine de terreur, à travers ce long drame religieux, dont l'expression morcelée et énigmatique semble encore augmenter la puissance. « C'est par Tàme que Pascal est grand comme homme et comme écrivain : le style qui réfléchit cette âme en a toutes les qualités, la finesse, l'ironie amère, l'ardente imagination, la raison austère, le trouble à la fois et la chaste discrétion. Ce style est, comme cette âme, d'une beauté incomparable ^

LBTTBE fiCUTE A UN PROVINCIAL PAB UN DB SES AMIS SUR LE SUXET DES DISPUTES PRéSBlTTES DE LA 80RB0NNB.

De Paris, ce 23 janyier 1656.

Monsieur,

Nous étions bien abusés. Je ne suis détrompé que d^hier; jusqaes là j'ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne était bien important, et d'une extrême conséquence pour la religion. Tant d'assemi3lées d'une compagnie aussi célèbre qu'est la faculté de théologie de Paris, et où il s'est passé tant de choses si extraordinaires et si hors d'exemple, en font concevoir une si haute idée, qu'on ne peut croire qu'il n'y en ait un sujet bien extraordinaire.

Cependant, vous serez bien surpris, quand vous apprendrez par ce récit à quoi se termine un si grand éclat, et c'est ce que je vous dirai en peu de mots, après m'en être parfaitement instruit.

On examine deux questions, l'une de fait, l'autre de droit.

Celle de fait consiste à Bavoir si M Aroauld est téméraire pour avoir dit dans sa seconde lettre : Qu^il a lu exactement le livre de Jansénius et quHl rCy a point trouvé les propositions condamnées par le feu pape ; et néanmoins que comme il condamne ces propositions en quelque lieu qu'elles se rencontrent, il les condamne dans Jancénivs, sielies y sont,

La question sur cela est de savoir s'il a pu sans témérité témoigner par là qu'il doute que ces propositions soient de Jaiiséniu!?t après que Messieurs les évêques ont déclaré qu elles y sont.

i- F. Cousin, Des Pensées de Pascal, viMiX-vt^^^^, ^^^ ^\\.

On propose l'affaire en Sorbonne, soixante et onze docteurs entreprennent sa défense, et soutiennent qu'il n'a pu répondre au^e ebose à ceui qui par tant d'écrits lui demandaient que ces propositions fussent dans ce livre, sinon qu'il ne les y a pas vues, et que ' néanmoins il les y condamne, si elles y sont*

Quelques-uns même, passant plus avant, ont déclaré que, quelque recberehe qu'ils en aient faite, ils ne les y ont jamais trouvées, et que même ils y en ont trouvé de toutes contraires. Ils ont deniandé ensuite avec instance que, s'il y avait quelque docteur qui les y eût vues, il voulût les montrer, que c'était une chose si facile,, qu'elle ne pouvait être refusée, puisque c'était un moyen de les réduire tous, et M. Arnauld même; mais on le leur a toujours refusé. Voilà ce qui s'est passé de ce côté*là. De l'autre part se sont trouvés quatrevingts docteurs séculiers, et quelques quarante religieux mendiants, qqi ont condamné la proposition de M. Arnauld, sans vouloir examiner si ce qu'il avait dit était vrai ou faux, et ayant même dé-* claré qu'il ne s'agissait pas de la vérité, mais seulement de la témérité de sa proposition.

Il s'en est de plus trouvé quinze qui n'ont point été pour la censure et qu'on appelle indifférents.

Voilà comment s'est terminée la question de fait, dont je ne me mets guère en peine ; car, que M. Arnauld soit téméraire, ou non^ ma conscience n'y est pas intéressée. £t si la curiosité me prenait de savoir si ces propositions sont dans Jansénius, son livre n'est pas si rare ni si gros, que je ne pusse le lire tout entier pour ^ m'en éclaircir, sans en consulter la Sorbonne.

Mais, si je ne craignais aussi d'être téméraire, je crois que je suî« vrais Tavis de la plupart des gens que je vois, qui, ayant cru jusqu'ici, sur la foi publique, que ces propositions sont dans Jansénius, commencent à se délier du contraire, par le refus bizarre qu'on fait de les montrer, qui est que je n'ai encore vu personne qui m'ait dit les y avoir vues. De sorte que je crains que cette censure ne fasse plus de mal que de bien, et qu'elle ne donne à ceux qui en sauront l'histoire une impression tout opposée à la conclusion. Car en vérité le monde devient méfiant, et né croit les choses qua^ quand il les voit. Mais comme j'ai déjà dit, ce point-là est peu important, puisqu'il ne s'y agit point de la foi.

iProvincicUeSf i" lettre.)

tETTRB CONTRE L'HOUaDE

Aussi, mes Pères, il est constant que vos auteurs permettent de tuer pour la défense de son bien et de son honneur, sans qu'on soit «n aucun péril de sa vie. Et c'est par ce même principe qu'ils au- ^ ^orisent les duels, comme je l'ai fait voir par tant de passages sur lesquels vous n'avez rien à répondre

Tout Je wonde.sait, mes Pères, qu'il n'est jamBÂa ^crcQ\% ^wt^^^x- ^iculjers de demander la mort do personne \ ^X «vxxa o^^s^^ ^^^s^.

homme nous aurait ruinés, estropiés, brûlé nos maisons, tué notre père, et qu'il se disposerait encore à nous assassiner , et à noua perdre d'honneur, on n'écouterait point en justice la demande que nous ferions de sa mort. De sorte qu'il a fallu établir des personnes publiques qui la demandent de la part du Roy, ou plutôt de la part de Dieu. A votre avis, mes Pères, est-ce par grimace et par feinte que les juges chrétiens ont établi ce règlement? Et ne l'ont-ils pas feit pour proportionner les lois civiles à celles de l'Évangile, de peur que la pratique extérieure de la justice ne fût contraire aux sentiments intérieurs que des chrétiens doivent avoir î On voit assez combien ce commencement des voies de la justice vous confond, mais le reste vous accablera.

Supposez donc, mes Pères, que ces personnes publiques demandent la mort de celui qui a commis tous ces crimes, que fera-t-on là-dessus ? Lui portera-t-on incontinent le poignard dans le sein? Non, mes Pères, la vie des hommes est trop importante, on y agit avec plus de respect . les lois ne l'ont pas soumise à toutes sortes de personnes, mais seulement aux juges dont on a examiné la probité et la suffisance.

Et croyez-vous qu'un seul suffise pour condamner un homme à mort? Il en faut sept pour le moins, mes Pères. Il faut que de ces sept il n'y en ait aucun qui ait été offensé par le criminel, de pear que la passion n'altère ou ne corrompe son jugement. Et vous savez, mes Pères, qu'afin que leur esprit soit aussi plus pur, ou observe encore de donner les heures du matin à ces fonctions Tant on apporte de soin pour les préparer à une action si grande, où ils tiennent la place de Dieu, dont ils sont les ministres, pour ne condamner que ceux qu'il condamne lui-même.

Et c'est pourquoi, afin d'y agir comme fidèles dispensateurs de CQtte puissance divine d'ôter la vie aux hommes, ils n'ont la liberté de juger que selon les dépositions des témoins, et selon toutes les autres formes qui leur sont prescrites j ensuite desquels ils ne peuvent en conscience prononcer que selon les lois, ni juger dignes de mort que ceux que les lois y condamnent. Et alors, mes Pères, si l'ordre de Dieu les oblige d'abandonner au supplice le corps de ces misérables, le même ordre de Dieu les oblige de prendre soin de leurs Âmes criminelles ; et c'est même parce qu'elles sont criminelles, qu'ils sont plus obligés à en prendre soin : de sorte qu'on ne les envoie à la mort qu'après leur avoir donné moyen de pourvoir à leur conscience

Tout cela est bien pur et bien innocent, et néanmoins l'Église abhorre Téellement le sang, qu'elle juge encore incapables du ministère de ses autels ceux qui auraient assisté à un arrêt de mort, quoique accompagné de toutes ces circonstances si religieuses * par où il est aisé de concevoir quelle idée l'Église a de Phomicide.

Voilà, mes Pères, de quelle force dans l'ordre de la justice on dispose de là vie des hommes *. 'vo^oii.ft \rkaÀ\i\Kû3iSiN. t^tsvwveat vous

CJî disposez Dans Y08 xionvelles lois il n'y a qvi'wtv \>3l%^ •• fcV.^^V^^^'»^^^^^^

lème qui est ofTensé. Il est tout ensemble le juge, la partie et le ourreau. Il se demande à lui-même la mort de son ennemi ; il Tordonhe, l'exécute sur-le-champ; et sans respect m du corps ni de l'àme de )n frère , il tue et damne celui pour qui Jésus-Christ est mort ; et V . >ut cela pour éviter un soufflet, ou une médisance, ou une parole atrageuse, ou d'autres offenses semblables, pour lesquelles un juge, ' ui a l'autorité légitime, serait criminel d'avoir condamné à la mort eux qui les auraient commises : parce que les lois sont très éloinées de les y condamner. Et enfin, pour comble de ces excès, pu e contracte ni péché ni irrégularité, en tuant de cette force sans utorité,' et contre les lois, quoiqu'on soit religieux, et même prêtre.

0 en sommes-nous, mes Pères? Sont-ce des religieux et des prêtres ui parlent de cette sorte? sont-ce des chrétiens? sont-ce des arcs? sont-ce des hommes? sont-ce des démons?

(Provinciales^ 14« lettre.)

Z.'HOMBCE ET Z.1NFINI

.... Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute ' \ pleine majesté : qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'envi* »nnent; qu'il regarde cette éclatante lumière mise comme une mpe éternelle pour éclairer l'unirers; que la terre lui paraisse >mme un point, au prix du vaste tour que cet astre ^ décrit, et l'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'un point es délicat à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le marnent embrassent. Mais si notre. vue s'arrête là, que l'imagina* on passe outre : elle se lassera plutôt de concevoir que la nature ; fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible ins l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous ^ons beau enfler nos conceptions au delà des espaces imaginables, >us n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses» est une sphère inflnie dont le centre est partout, la circonférence lile part. Enfin c'est le plus grand caractère sensible de la toutelissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée. Que l'homme, étant revenu à soi ^ considère ce qu'il est au prix [ ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné

1 la nature, et que, de ce petit cachot où il se trouve logé, j'enads l'univers *, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les lies et soi-même son juste prix.

Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? Mais pour lui présenter un

1. Le soleil. Pascal conforme son langage au système erroné qui faisait la terre le centre du monde. — 2. Ayant fait retoar sur lai-même. -* C'est-à-dire que l'homme juge combien c'est peu de chose que lui- ^me, en songeant que cet univers, dans lequel la terre qu'il habite n'est 'un point, disparait lui-même « dans l'ample sein de la nature ». De ce !:hot signifié d'après ce cachot, d'après ce q\i'esl eft ^Oti^X. ^«x u\s.vQ«t%^ 'aat eaiendre, non pas J^^iiui versai ité des choses^ Vatû^V^ ^^\Bk ^^\^^'ù^»'^'^% 's Je « canton » visible k Thomme, le monde &o\^\x^.

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440 DIX-SEPÎIÈMB SIÈCLE

• autre prodige aussi étonuant, qu'il recherche dans ce qu'il connaîi les choses les plus délicates. Qù'uu ciron lui ofTpe dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours; il pensera peut-être que c*est là Textrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau* Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais Timmensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome Qu'il y voie une infinité d'univers dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la môme proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné; et trouvant encore dans les autres la même chose, sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ces merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres par leur étendue; car qui n'admirera que notre corps, qni tantôt n*était pas perceptible dans Tunivers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, on plutôt un tout, à l'égard du néant où l'on ne peut arriver?

Qui se considérera de la sorte s'effrayera de soi-même, et se con* sidérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de Tinfini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles; et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.

Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un néant i regard de l'infini, un tout à l'égard du néant : un milieu entre rien |£ et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable; également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti.

Que fera-t-il donc, sinon d'apercevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel de connaître ni leur principe ni leur fin? Toutes choses sont sorties du néant et portées jusqu'à l'infini. Qui suivra ces étonnantes démarches? L'auteur de ces merveilles les comprend ; tout autre ne le peut faire.

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