‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 192 sur 232 · DE 14'ÀRT DE PERSUADER · texte numérisé non relu

DE 14'ÀRT DE PERSUADER

L'art de persuader a un rapport nécessaire à la maniéré de hommes consentent à ce qu'on leur propose, et aux conditioi choses qu'on veut faire croire.

Personne n'ignore qu'i. y a deux entrées par où. les opinion reçues dans l'âme, qui sont ses deux principales puissances ten dément et la volonté. La plus naturelle est celle de l'enl ment, car on ne devrait jamais consentir qu'aux vérités démon mais la plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle volonté, car tout ce qu^il y a d'hommes sont presque toi emportés à croire non pas par la preuve, mais par l'agrément voie est basse, indigne et étrangère : aussi tout le monde la voue. Chacun fait profession de ne croire et même de n'aim< ce qu*il sait le mériter.

Je ne parle pas ici des vérités divines, que Je n'aurais gai faire tomber sous l'art de persuader, car elles sont inflnimei dessus de la nature : Dieu seul peut les mettre dans l'âme, < la manière qu'il lui plaît. Je ne parle que des vérités de portée, et c'est d'elles que je dis que l'esprit et le cœur sont c les portes par où elles sont reçues dans l'âme, mais qae bfei entrent par l'esprit, au lieu qu'elles y sont introduites en fou les caprices téméraires de la volonté, sans le conseil du n nement. •

Ces puissances ont chacune leurs principes et les premier leurs de leurs actions. Ceux de l'esprit sont des vérités nati et connues à tout le monde, comme que le tout est plus gran sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers que les uns reç< et non pas d'autres, mais qui, dès qu'ils sont admis, sont aussi sants, quoique faux, pour emporter la créance, que les plus tables. Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et muns à tous les hommes, comme le désir d'être heureux personne ne peut pas ne pas avoir, outre plusieurs objets pa liers que chacun suit pour y arriver, et qui, ayant la force de plaire, sont aussi forts, quoique pernicieux en effet, pour fair la volonté, que s'ils faisaient son véritable bonheur.

Il parait de là que, quoi que ce soit qu'on veuille persuac faut avoir égard à la personne à qui on en veut, dont il faul naître l'esprit et le cœur, quels principes il accorde, quelles c il aime; et ensuite remarquer, dans la chose dont il s'agit, rapports elle a avec les principes avoués, ou avec les objets cieux par les charmes qu'on lui donne. De sorte que l'art d( suàder consiste autant en ceVni d'^r^ec ci^vi'en celui de conva idat les hommes se gouvernenl \s\\ia \k«LT ^«l^'cx^^ ^m^ ^^^ \«lv^ Or de ces deux mèthodea, Vuaô dû Q.Q\n«MM2t^»Y^u\x^ ii

{e ne donnerai ici le9 règles que de la première. Cet art, que j'ap» pelle Part de persuader, et qui n'est proprement que la conduite des preuves méthodiques parfaites, consiste en trois parties essentielles : à définir les termes dont on doit se servij par des définitions claires; à proposer des principes ou axiomes évidents pour prouver la chose dont il s'agit ; et à substituer toujours mentale* ment dans la démonstration les définitions à la place des définis.

La raison de cette méthode est évidente, puisqu'il serait inutile cle proposer ce qu'on veut prouver et d'en entreprendre la démonstration, si on n'avait auparavant défini clairement tous les terme? qui ne sont pas intelligilsles, et qu'il faut de même que la démonstration soit précédée de la demande des principes évidents qui y sont nécessaires, car si Ton n'assure le fondement, on ne peut assurer l'édifice; et qu'il faut enfin en démontrant substituer mentalement les définitions à la place des définis, puisque autrement on pourrait abuser des divers sens qni se rencontrent 4&ns les /ermes. Il est facile de voir qu'en observant cette méthode on est r^r de convaincre, puisque, les termes étant tous entendus et parfeilement exempts d'équivoques par les définitions, et les principes &tant accordés, si dans la démonstration on substitue toujours mentalement les définitions à la place des définis, la force invin-' cible des conséquences ne peut manquer d'avoir tout son efifet. Aussi jamais une démonstration dans laquelle ces circonstances sont gardées n'a pu recevoir le moindre doute; et jamais celles où elles- manquent ne peuvent avoir de force.

Voici en quoi consiste cet art de persuader, qui se renferme dans ces deux principes : Définir tous les noms qu'on impose Prouver tout, en substituant mentalement les définitions à la place des définis.

La méthode de ne point errer ^ est recherchée de tout le monde» liBs logiciens font profession d'y conduire, les géomètres seuls y arrivent, et hors de leur science et de ce qui l'imite, il n'y a point ^e véritables démonstrations Tout l'art en est renfermé dans les seuls préceptes que nous avons dits : ils suffisent seuls, ils prouvent seuls; toutes les autres règles sont inutiles ou nuisibles.' "Voilà ce que je sais par une longue expérience de toutes sortes de livres et de personnes.

Et sur cela je fais le même jugement de ceux qui disent que les géomètres ne leur donnent rien de nouveau par ces règles, parce <luils les avaient en e£fet, mais confondues parmi une multitude ^'autres inutiles ou fausses dont ils ne pouvaient pas les discerner, que de ceux qui cherchant un diamant de grand prix parmi un S^nd nombre de faux, mais qu'ils n'en sauraient pas distinguer, se Vanteraient, en les tenant tous ensemble, de posséder le véritable ^ussi bien que celui qui, sans s'arrêter à ce vil amas, porte la 'nain sur la pierre choisie que l'on recherche, et pour > laquelle on ^e jetait pas tout le reste.

1. L'art de raisonner avec certitude, et sans &e Itom^w. — -'i. k^^^'^^^

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Le défaut d'un raisonnement faux est une maladie qui se r;uérïi par ces deux remèdes*. On en a composé un autres d*une infinité d'herbes inutiles, où les bonnes se trouvent enveloppées, et ot elles demeurent sans effet, par les mauvaises qualités de ce mélange. Pour découvrir tous les sophismes et toutes les équivoques des raisonnements captieux, ils ont inventé des noms barbares, qui étonnent ceux qui les entendent; et au lieu qu'on ne peat débrouiller tous les replis de ce nœud si embarrassé qu'en tirant l'un des^ bouts que les géomètres assignent, ils en ont marqué un nombre étrange d'autres où ceux-là se trouvent compris, sans qu'ils sachent lequel est bon.

Jacques-Bénigne Bossuet naquit le 27 septembre 1627 à Dijon. Il commença ses études au collège des Jésuites de cette ville, et les acheva à Paris au collège . de Navarre* Docteur en philosophie à seize ans, en 1643, en théologie cinq ans plus tard (1648), il fut ordonné prêtre en 1652, et investi d'un canonicat à Metz, où son père était président du Parlement. Il reparut à Paris en 1659, et prêcha le carême dans Téglise des Minimes de la Place Royale avec un succès éclatant. Pendant dix ans il fit entendre, dans les églises de Paris et à la cour, une éloquence naturelle et forte, nourrie de la science des Pères. De ses sermons presque entièrement improvisés, il n'est resté que des notes jetées à la hâte sur le papier, et recueillies après sa mort. Nommé évêque de Condom en 1669, il prononça, la même année, Toraison funèbre d'Henriette de France, reine d'Angleterre, et en 1670, celle d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans. Il fut en 1670 chargé de diriger l'éducation du dauphin, pour lequel il écrivit le l'raité de la connaissance de Dieu et de soi-même^ la Lor/iquey le Discours sur CHistoire universelle et la Politique tirée & l'Écriture sainte. L'éducation du dauphin terminée, Bossuet prit possession du siège épiscopal de Meaux (1681).'

/. Les deux règles énoncées p\\xs \vaM\- — ^, \a 'îfc^ii&K\Qj4&.

1682, il fut Pâme de la célèbre assemblée du clergé t détermina les rapports du saint-siège et de la royauté.

1683 il prononça l'oraison funèbre de la reine Marieérèse; en 1685, celle de la princesse Palatine; celle du ancelier Michel Le Tellier en 1686; en 1687, celle du ince deGondé. Il ne négligeait pas pour cela son diocèse, composa pour rédification des fidèles confiés à ses soins ; Méditations sur t Évangile, les Élévations sur les myste^ 5, les Commentaires sur les Psaumes^ etc. En 1683, il enîprit de confondre les églises protestantes par le tableau i leurs dissentiments, et écrivit V Histoire des Variations, ms les dernières années de sa vie, il combattit énergiqueent le quiétisme et les rêveries mystiques de Mme Guyon; inelon, un moment gagné à la doctrine séduisante du ir amour de Dieu, finit par s'incliner devant l'autorité maine invoquée contre lui par son ardent contradicteur. \ fut la dernière victoire de Bossuet. Il mourut de la erre à Paris le 12 avril 1704.

ta première édition complète des œuvres de Bossuet est I Paris, Le Mercier, 1743-1753, 20 vol. in-4. Les autres itions les plus recherchées sont celles de Paris, Lefèvre, 135-1837, 12 vol. gr. in.8 ; Versailles, 1815 et suiv. 47 vol. -8; et celle de F. Lâchât, Paris, Vives, 1862 et suiv. . vol. in-8.

Les ouvrages de Bossuet ont eu séparément un grand )mbre d'éditions.

On peut consulter : Vie de Bossuet par le cardinal de ausset, Paris, 1814, 4 vol. in-8; Eloge de Bossuet par aint-Marc Girardin et Patin; Villemain, Discours et mémges^ discours prononcé à l'ouverture du cours d'élopence française, décembre 1842, et surtout A. Floquet, Uudes sur la vie de Bossuet^ Paris, 1855, 3 vol. in-8; et hssuet précepteur du Dauphin^ 1864, in-8; Gandar, Bos* uet orateur^ 1866, in-8; Nourrisson, la Philosophie de hssuet, i862, in-8 ; la Politique de Bossuet, 1867, in-8.

Les Sermons écrits qui nous restent de Bossuet, œuvre !e ses premières années, oubliés longtemps, inconnus à B8 intimes amis, mutilés même par \ea feà\Vorc^> w^ ^<è.\^- ^m nous donner qu'une idée bien \xïi^«il«^V^ ^ek\^^"

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qùence vivante qui coulait denses lèvres. Et .pourtant, quel caractère encore dans cette lave refroidie! Ces discours sont tout pleins du dogme; rÉcritùre sainte en forme comme le tissu. Où croit entendre la voix des vieux prophètes et des Pères de TËglise. Ce sont là, comme il le dit lui-même, les prédicateurs invisibles qui parlent par sa bouche.

Les circonstances ouvrirent bientôt iTéloquence de Bossuet une carrière où elle se sentit plus à Taise. L'oraiscm •funèbre, en appelant l'orateur sacré près du tombeau des grands de la terre, offrit à ce superbe contempteur de la gloire humaine l'occasion d élever jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant. En même temps elle fai* sait jaillir de son âme, comme pour tempérer le sublime, ces sources dé tendresse compatissante qui laissent voir rhomme dans Tapôtre, et joignent, comme le drame antique, la pitié à la terreur.

Les Oraisons funèbres de Bossuet se déroulent aux yenx de la postérité comme les pages d*une imposante histoire. Chaque discours semble n'être qu'une partie d'un vaste ensemble, où les grands événements et les personnages illustres de l'époque apparaissent tour à tour à la lueur lugubre des solennités de la mort. Il semble que la Providence les amène successivement, hommes et choses, aux pieds de Torateur qui va les juger. Mais quelque saintes que soient les leçons données par Bossuet dans les oraisons, funèbres, la vérité, sainte aussi, de l'histoire a pourtant à réclamer contre la plupart de ses appréciations. C'est | recueil presque inévitable de ce genre d'éloquence; Tora-i teur est facilement entraîné à ériger en types accomplis de vertu des personnages fort éloignés de cet idéal. La conclusion est excellente, mais les prémisses sont rarement, irréprochables. Aussi l'oraison funèbre est-elle, comme la/ tragédie classique, un genre éteint avec la société quilSj produit. Bossuet l'a emportée dans sa tombe.

ORAISON FX7NÉBRE DE LA BEOfE D'ANOLETEBHE

Henriette Marie de France, le dernier enfant de Henri IV et de Marie de Médicis, née au Louvre le 25 novembre 1609, épousa Charles P% roi d'Angleterre, en mai 1265, Catholique, elle fut accusée d'aigrir son mari contre les protestants, et contrainte en 1644, pendant que TAngleterre était déchirée par la guerre civile, de se réfugier en France. Après l'exécution de Charles P' (1649), elle se retira dans le couvent de la Visitation, qu'elle fonda à Chaillot. Elle mourut à Colombes en 1669, après avoir vu son fils Charles II rétabli d'une façon inespérée sur le trône d'Angleterre (1660), et après avoir marié sa fille Henriette Anne au duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

Du spectacle de cette vie, où l'on voit « toutes les extrémités des choses humaines, la félicité sans bornes aussi bien que les misères », Bossuet tire un enseignement pour tous les rois de la terre. La reine « s'est instruite elle-même pendant que Dieu instruisait les peuples par son exemple ; elle a usé chrétiennement de la bonne et de la mauvaise fortune».

1er partie : Naissance et vertus de la reine ; 2* partie : Ses malheurs: ta révolution d'Angleterre, née « du libertinage d'esprit, et de la fureur de disputer des choses divines » ; 3*^ partie : Héroïsme d'Henriette de France au milieu de tant d'afflictions. Péroraison : Soumise à la main de Dieu, elle « préféra la croix au trône », elle mit « ses malheurs au nombre des plus grandes grâces >. Ses disgrâces font' maintenant sa félicité.

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