‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 193 sur 232 · EXORDE · texte numérisé non relu

EXORDE

Monseigneur *,

Celui qui règne dans les deux, et de qui relèvent tous les empires/à qui seul appartient la gloire, la majesté et Tindépendance, e st aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur fI:onner, quand il lui plait, de grandes et terribles leçons. Soit qu41 ^•îève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communicyoA ^^

i. Philippe de France, duc d'Orléans, gendie àe\îLicvcife ^Ks^^^^"^"^^^

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puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même^ et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une j manière souveraine et digne de lui. Car, en leur donnant sa puissance, il leur commande d'en user, comme il fait lui-même, pour le bien du monde; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes, non seulement par des discours et par des paroles, mais encore par des effets et par des exemples: Et nunc, reges, intelligite; erudimini, qui judicatis terram *.

Chrétiens, que la mémoire d'une grande reine, fille, femme, mère de rois si puissants, et souveraine de trois royaumes, appelle de tous côtés à cette triste cérémonie, ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables, qui étalent aux yeux du monde its sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les lo extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes, aussi bien que les misères; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'univers; tout ce que peuvent donner de plus •glorieux la naissance et la grandeur accumulées sur une tête qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune; la bonne cause d'abord suivie de bons succès, et depuis, de retours sou* dains, de changements inouïs ; la rébellion longtemps retenue, i la fin tout à fait maltresse ; nul frein à la licence ; les lois abolies; Jir la majesté violée par des attentats jusques alors inconnus; Tusurpation et la tyrannie sous le nom de liberté ; une reine fugitive, qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil; neuf voyages sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes; l'Océan étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divers, et pour des causes si différentes; un trône indignement renversé, et miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements que Dieu donne aux rois; ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs. Si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé, les choses parleront assez d'elles-mêmes. Le cœur d'une grande reine, autrefois élevé par une si longue suite de prospérités, et puis plongé tout à con\ dans un abime d'amertume, parlera assez iiaut; et s'il n'est pa^ permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur de8 événements si étranges, un roi me prête ses parole? ivjur leur dire : Et nunc, reges, intelligite; erudiminit qui judicn^ terram. |.^ « Entendez, ô grands de la terre; instruisez-vous, > bitre^ dj monde. »

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