‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 194 sur 232 · PORTRAIT DE CROMWELL · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CROMWELL

Un homme s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incnnabh},

hypocrite raffiné autant qu'habile politique^ capable de tout en* l 'ifc l. Psaumes^ II> 10.

treprendreet de tout cacher, égalemeht actif et infatigable dans la paix et .dans la guerre, qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance; mais au reste si vigilant et si prêt à tout, qu'il n^a jamais manqué les occasions qu'elle lui a présentées; enfin, un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde. Que le sort de tels esprits est hasardeux, et qu'il en parait dans Thistoire à qui leur audace a été funeste î Mais «aussi, que ne font-ils pas quand il plait à Dieu de s'en servir? Il fut donné à celui-ci de tromper les peuples, et de prévaloir contre les rois. Car comme il eut aperçu que, dans ce mélange infini des sectes qui n'avaient plus de règles certaines, le plaisir de dogmatiser saqs être repris ni contraint par une autorité ecclésiastique ni séculière était le charme qui possédait les esprits, il sut si bien les concilier par là, qu'il fit un corps redoutable de cet assemblage monstrueux. Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom. Ceuxci, occupés du premier objet qui les avait transportés, allaient toujours, sans regarder qu'ils allaient à la servitude; et leur subtil conducteur, qui, en combattant, en dogmatisant, en mêlant mille personnages divers, en faisant le docteur et le prophète, aussi bien que le soldat et le capitaine, vit qu'il avait tellement enchanté le monde, qu'il était regardé de toute l'armée comme un chef envoyé de Dieu pour la protection de l'indépendance, commença à s'apercevoir qu'il pouvait encore les pousser plus loin. Je ne vous raconterai pas la suite trop fortunée de ses entreprises, nir ses fameuses victoires dont la vertu était indignée, ni cette longue tranquillité qui a étonné l'univers. C'était le conseil de Dieu d'instruire les rois à ne point quitter son Église. 11 voulait découvrir, par un grand exemple, tout ce que peut l'hérésie, combien elle est naturellement indocile et indépendante, combien fatale à la royauté et à toute autorité légitime. Au reste, quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être l'instrument de ses desseins, rien n'en arrête le cours; ou il enchaîne, ou il aveugle, ou il dompte tout ce qui est capable de résistance, «i Je suis le Seigneur, dit-il par la bouche de Jérémie; c'est moi qui ai fait la terre avec les hommes et les animaux, et je la mets entre les mains de qui il me plait. Et maintenant j'ai voulu soumettre ces terres à Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur. » Il l'appelle son serviteur, quoique infidèle, à cause qu'il l'a nommé pour exécuter ses décrets. « Et j'ordonne, poursuit-il, que tout lui soit soumis, jusqu'aux animaux ^. » Tant il est vrai que tout ploie et que tout est souple quand Dieu le commande. Mais écoutez la suite de la prophétie : « Je veux que ces peuples lui obéissent, et qu'ils obéissent encore à son fils, jusqu'à ce que le temps des uns et des autres vienne. » Voyez, chrétiens, comme les temps sont marqués, comme les géné-

' i. Jérémie, XVU, 5, 6, 7.

«'Ail

rations sont compté&s : Dieu détermine jusques à: quand doit durer rassoupigsement, et quand aussi se doit réveiller le inonde.

0BAI80N FUNÊBKE D^QENRIETTE D'ANGLETERBE

Henriette d'Angleterre, fille de Charles !••• et d'Henriette de France, née en 1644, mariée en 1661 à Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XIV, mourut moins d'un an après sa mère, le 29 juin 1670. Elle avait à peine vingt-six ans; les grâces de son esprit et de sa personne, la confiance et TafTection que lui témoignait le roi, avaient fait d'elle l'idole de la cour. Chargée d'une négociation délicate auprès du roi Charles H, son frère, elle s'était très habilement acquittée de sa mission^ et revenait triomphante; son crédit semblait sans bornes, et sa fortune inébranlable, quand elle fut emportée par un mal soudain et mystérieux. Le 29 juin, à cinq heures, elle se sentit malade, et mourut dans la nuit. On crut qu'elle avait été empoisonnée.

Bossuet, en qui elle avait toute confiance, reçut ses de^ niers soupirs. Deux mois après, le 21 août 1670, il prononça à Saint-Denis son oraison funèbre.

Il prend pour texte le début de VFcclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité. Tout est vain en l'homme à ne regarder que sa vie mortelle; tout est précieux, toîit est important, si nous considérons le terme où elle aboutit, et le compte qu'il en faut rendre. » Telle est la division du discours.

i'* partie: La naissance, le mérite, la grâce, l'esprit, le succès, tous ces avantages sont vains et périssables. Récit de la mort de Madame. 2* partie : Ce qu'il y a de grand et de solide en nous, c'est la foi, la crainte de Dieu, la soumission à ses commandements. Piété de Madame. Pérorai' son : Un avertissement si sensible, un spectacle si propre à nous démontrer la vanité des choses humaines, doivent nous engager à nous convertir, et à mériter comme Madame la miséricorde divine.

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