‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 196 sur 232 · ORAISON FUNÈBRE DU PRINCE DE GONDÉ · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DU PRINCE DE GONDÉ

Louis II de Bourbon, prince de Condé, dit le Grand Condé, premier prince du sang, naquit à Paris en 1621. Nommé général en chef à l'âge de vingt-deux ans (1643), il battit les Espagnols à Rocroi. Les victoires de Fribourg (1644), de Nordlingen (1645), de Lens (1648), mirent le comble à sa gloire. Pendant les guerres de la Fronde, Condé, qui avait d'abord défendu la cour et Mazarin, prit ensuite parti contre le cardinal. Arrêté en 1650, et détenu treize mois à Vincennes, il garda un vif ressentiment de sa captivité, et se jeta dans la révolte ouverte. Battu par Turenne sous les murs de Paris (1652), déclaré par le parlement criminel de lèse-majesté, il quitte la France, et pendant six ans, de 1653 à 1659, commande l'armée espagnole. . La paix des Pyrénées (1659) le rendit à sa patrie. En 1668, il reparait à la tête des armées royales, et fait en trois semaines la conquête de la Franche-Comté. En 1674, il bat à Senef les Autrichiens et les Espagnols réunis. A la mort de Turenne (1675), il court à la frontière, arrête MontecucuUi, et délivre Haguenau assiégée. Ce fut son dernier fait d'armes. Il acheva sa vie dans la retraite, à Chantilly, cultivant les lettres, conversant avec Racine, Boileau, Molière. Il mourut le 6 novembre 1686. Bossuet, qu'une étroite et touchante intimité unissait depuis de longues années au grand Condé, fut chargé de prononcer son oraison funèbre, la dernière et la plus étonnante de toutes celles qu'il a composées.

Pour rendre ce suprême devoir au grand capitaine, son ami, l'orateur, prêt à descendre de la tribune qu'il a illustrée, déploie tout son grand cœur et son grand génie. Il s'anime d'un enthousiasme guerrier pour suivre son héros aux plaines de Fribourg et de Rocroi : il raconte la guerre avec la précision d'un vieux capitaine, et semble s'enivrer un instant de l'odeur de la poudre et de la fumée de la gloire ; mais c'est pour l'immoler à son Dieu <\u'\l ^^^^ W victime. C'est ici surtout qu'éclale iaiv?» Vo>a\fô ^^ 'sxJJ^^ssîîk]^ le contraste des grandeurs éphémete^ diçt «i.^ \svû\A^ ^''^^'^

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la grandeur éternelle. C'est ici que s'épanche, avec un charme pénétrant, la tendresse d'âme de Bossuet, quand à la suite des peuples en deuil, des princes et princesses^ nobles rejetons de tant de rois, lumières de la France, mais aujourd'hui obscurcies et couvertes de leur douleur comme d-un voile, il s'avance lui-même avec ces cheveux blancs qui l'avertissent de sa fin prochaine, et vient, avec les restes d'une voix gui tombCy dire un dernier adieu aux cendres de son illustre ami.

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