RÉCIT DE LA BATAILLE DE ROCROI
L'armée ennemie est plus forte, il est vrai; elle est composée de ces vieilles bandes vallonnés, italiennes et espagnoles qu'on n'avait pu rompre jusqu'alors. Mais pour combien fallait-il compter le courage qu'inspirait à nos troupes le besoin pressant de l'État, les avantages passés, et un jeune prince du sang qui portait la victoire dans ses yeux? Don Francisco de Mellos < l'attend de pied ferme; et sans pouvoir reculer, les deux généraux et les deux armées semblent avoir voulu se renfermer dans des bois et dans des marais, pour décider leur querelle, comme deux braves, en champ clos. Alors, que ne vit-on pas? Le jeune prince parut un autre homme. Touchée d'un si digne objet, sa grande âme se déclara tout entière : son courage croissait avec les périls, et ses lumières avec son ardeur. A la nuit qu'il fallut passer en présence des ennemis, comme un vigilant capitaine, il reposa le dernier, mais jamais il ne reposa plus paisiblement. A la veille d'un si grand jour, et dès la première bataille, il est tranquille, tant il se trouve dans son naturel : et on sait que le lendemain, à Theure marquée, il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. Le voyez- vous comme il vole à la victoire ou à la mort? Aussitôt qu'il eut porté de rang en rang l'ardeur dont il était animé, on le vit presque en même temps pousser l'ail& droite des ennemis, soutenir la nôtre ébranlée, rallier le Français à demi vaincu, mettre en fuite l'Espagnol victorieux, porter partout la terreur, et étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient à ses coups. Restait cette redoutable infanterie de l'armée d'Espagne, dont les gros bataillons serrés, semblables à autant de tours, mais à des tours qui sauraient réparer leurs brèches, demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroute, et lançaient des feux de toutes parts. Trois fois le jeune vainqueur s'efforça de rompre ces intrépides combattants; trois fois il fut repoussé par le valeureux comte de Fontaines, qu'on voyait porté dans sa chaise^ et, malgré ses
i. i9 mai 1643.
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lités, montrer qu'une âme guerrière est maîtresse du corps e anime ^. Mais enfin il faut céder. C'est en vain qu'à travers oiSf avec sa cavalerie toute fraîche, Bek précipite sa marche tomber sur nos soldats épuisés : le prince Fa prévenu; les Ions enfoncés demandent quartier : mais la victoire va deplus terrible pour le duc d'£nghien que le combat. Pendant ec un air assuré il s'avance pour recevoir la parole de ces s gens, ceux-ci, toujours en garde, craignent la surprise de ue nouvelle attaque; leur effroyable décharge met les nôtres rie; on ne voit plus que carnage; le sang enivre le soldat; 'à ce que le grand prince, qui ne put voir égorger ces lions le de timides brebis, calma les courages émus, et joignit au r de vaincre celui de pardonner. Quel fut alors Fétonnement !S vieilles troupes et de leurs braves officiers, lorsqu'ils virent n'y avait plus de salut pour eux qu'entre les bras de leur ueur? De quels yeux regardèrent-ils le jeune prince, dont la re avait relevé la haute contenance, à qui la clémence ajoutait Duvelles grâces? Qu'il eût encore volontiers sauvé la vie au comte de Fontaines! Mais il se trouva par terre, parmi ces Ts de morts dont l'Espagne sent encore la perte. Elle ne savait ue le jeune prince, qui lui fit perdre tant de ses vieux régi- » à la journée de Rocroi, en devait achever les restes dans les îs de Lens. Ainsi la première victoire fut le gage de beaucoup res. Le prince fléchit le genou, et dans le champ de bataille d au Dieu des armées la gloire qu'il lui envoyait. Là on célélocroi délivré, les menaces d'un redoutable ennemi tournées honte, la régence affermie, la France en repos, et un règne levait être si beau, commencé par un si heureux présage, lée commença l'action de grâces; toute la France suivit : on ait jusqu'au ciel le coup d'essai du duc d'Enghien : c'en serait pour illustrer une autre vie que la sienne; mais pour lui, le premier pas de sa course.