‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 198 sur 232 · PARALLÈLE DB TUREKNK ET DE CONDÉ · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DB TUREKNK ET DE CONDÉ

été dans notre siècle un grand spectacle, de voir^ dans le i temps et dans les mêmes campagnes, ces deux hommes, i voix commune de toute l'Europe égalait aux plus grands Lines des siècles passés : tantôt à la tête de corps séparés; b unis, plus encore par le concours des mêmes pensées que 3s ordres que l'inférieur recevait de l'autre; tantôt opposés

à front, et redoublant l'un dans l'autre l'activité et la vigi- ; comme si Dieu, dont souvent, selon l'Écriture, la sagesse le dans l'univers, eût voulu nous les montrer en toutes les is, et nous montrer ensemble 2 tout ce qu'il peut faire des

.e comte de Faentès, toarmentè pat \a ^oxiVV^, ^*ywcL\. Vî^^ ^^\Vst 'ii^ sur le champ de Jbataille. — 2. En mèia^ \Aîa^^.

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hommes. Que de campements, que de belles marches, que de hardiesse, que de précautions, que de périls, que de ressources! Vit-on jamais en deux hommes les mêmes vertus, avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires? L'un paraît agir par des réflexions profondes, et l'autre par de soudaines illuminations: celui-ci par conséquent plus vif, mais sans que son feu eût rien de précipité; celui-là d'un air plus fToid, sans jamais rien avoir de lent, plus hardi à faire qu'à parler, résolu et déterminé au dedans, lors même qu'il paraissait embarrassé au dehors. L'un, dès qu'il parut dans les armées, donne une haute idée de sa valeur, et fait attendre quelque chose d'extraordinaire, mais toutefois s'avance par ordre, et vient comme par degrés aux prodiges qui ont Gni le cours de sa vie : l'autre, comme un homme inspiré, dès sa première bataille s'égale aux maîtres les plus consommés. L'ufi, par de vifs et continuels efforts, emporte l'admiration du genre humain, et fait taire l'envie : l'autre jette d'abord une si vive lumière, qu'elle n'osait l'attaquer. L'un enfin, par la profondeur de son génie et les incroyables ressources de son courage, s'élève au-dessus des plus grands périls, et sait même profiter de toutes les infidélités de la fortune : l'autre, et par l'avantage d'une si haute naissance, et par ces grandes pensées que le ciel envoie, et par une espèce d'instinct admirable dont les hommes ne connaissent pas le secret semble né pour entraîner la fortune dans ses desseins, et forcer les destinées. Et afin que l'on vît toujours dans ces deux hommes de grands caractères, mais divers, l'un, emporté d'un coup soudain, { meurt pour son pays, comme un Judas Machabée; l'armée le pleure comme son père, et la cour et tout le peuple gémit; sa piété est louée comme son courage^ et sa mémoire ne se flétrit point par le temps : l'autre, élevé par les armes au comble de la gloire comme 1 un David, comme lui meurt dans son lit en publiant les louanges de Dieu et instruisant sa famille, et laisse tous les cœurs remplis tant de l'éclat de sa vie que de- la douceur de sa mort.

pAroraisok

Yen et, peuples, venez maintenant; mais venez plutôt, princes et seigneurs; et vous qui jugez la terre, et vous qui ouvrez auï hommes les portes du ciel; et vous^ plus que tous les autres, princes et princesses, nobles rejetons de tant de rois, lumières de ! la France, mais aujourd'hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un nuage; venez voir le peu qui nous reste d'une si auguste naissance, de tant de grandeur, de tant de gloire. Jetez les yeux de toutes parts : Voilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la piété pour honorer un héros; des titres, des inscriptionSt vaines marques de ce qui n'est plus ; des figures qui semblent pleurer autour d'un lombeaw^ çX ^ç^^ Vc%!ç\fô& \\oA%ea d'une douleur ^ue le temps emporte aNet \.ow\. \ft ^^"sX^N ^^"^ ^ç\w^\SL^'a. tc^\ 'skwt Jbient vouloir porter ius^xx^aiu ci^\ \fe \ûa%\«^^^ \Vsc&ssv^^is{^ ^^

notre néaînt : et enfin rien ne manque 4an8 tous ces honneurs, qne celui à qui on les rend. Pleurez donc sur ces faibles restes de la vie humaine, pleurez sur cette triste immortalité que nous donnons aux héros. Mais approchez en particulier, 6 vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire, âmes guerrières et intrépides. Quel autre fut plus digne de vous commander? mais dans quel autre avez- vous trouvé le commandement plus honnête? Pleurez donc ce grand capitaine, et dites en gémissant : Voilà celui qui nous menait dans les hasards; sous lui se sont formés tant de renommés capitaines, que ses exemples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre : son ombre eut pu encore gagner des batailles; et voilà que, dans son silence, son nom même nous anime, et il nous avertit que pour trouver à la mort quelque reste de nos travaux, et n'arriver pas sans ressource à notre éternelle demeure, avec le roi de la terre il faut encore servir le Roi du ciel. Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d'eau donné en son nom ^ plus que tous les autres ne feront jamais tout votre sang répandu; et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnés à un maître si bienfaisant. Et vous, ne viendrez- vous pas à ce triste monument, vous, dis-je, qu'il a bien voulu mettre au rang de ses amis? Tous ensemble, en quelque degré de sa confiance qu*il vous ait reçus, environnez ce tombeau; versez des larmes avec des prières; et admirant dans un si grand prince une amitié si coçimode et un commerce si doux, conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi puisse-t-il toujours vous être un cher entretien; ainsi puissiez-vous profiter de ses vertus : et que sa mort, que vous déplorez, vous serve à la fois.de consolation et d'exemple. Pour moi, s'il m'est permis, après tous les autres, de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau, ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire : votre image y sera tracée, non point avec cette audace qui promettait la victoire; non, je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y efface. Vous aurez dans cette image des traits immortels : je vous y verrai tel que vous étiez à ce dernier jour sous la main de Dieu, lorsque sa gloire sembla commencer à vous apparaître. C'est là que je vous verrai plus triomphant qu'à Fribourg et à Rocroi; et ravi d'un si beau triomphe, je dirai en action de grâces ces belles paroles du bien-aîmé disciple : Et fuec est Victoria quœ vincit mundum, fides nostra * : « La véritable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foi. » Jouissez, prince, de cette victoire; jouissez-en éternellement par l'immortelle vertu de ce sacrifice. Agréez ces derniers efforts d'une voix qui vous fut connue. Vous mettrez fin à tous ces discours. Au lieu de déplorer la mort des autres^ grand prince, dorénavant je veux apprendre de vous è.

/. Sàiût Matliica, x, i2, — 2. Saint Jean, Epitres, \\> ^*

rendre la mienne sainte; heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration,' je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint.

DIBC0X7BS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE «

L'idée des Oraisons funèbres, dégagée des préoccupa- J tiens contemporaines et transportée dans un passé qui la ^ ^ purifie, devient le Discours sur l'Histoire universelle. C'est | ^ la véritable épopée des temps modernes, celle dont Dieu l ^ est le poète et l'humanité le héros. A ce magnifique récit, ? ^ rien ne manque des splendeurs de l'antique épopée : Tunité I ^'^ d'action, la grandeur d'intérêt, l'intervention merveilleuse 1 ^^ d'une main divine, un langage rapide, étincelant, sublime, [ ^^ tout s'y trouve. Les siècles se pressent, se coordonnent dans i ^^ ce vaste. ensemble; les trônes et les empires tombent mec 1 un fracas effroyable les uns sur les autres^ et au milieu de ! ^^ cette mobilité des institutions humaines se dresse Cempin i P^ du fils de t homme, auquel seul Vétemité est promise. | ^^

Bossuet avait conçu dès sa jeunesse le dessein de ce I ^^ grand travail, il en avait recueilli patiemment tous les ^^

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matériaux. Il les mit en œuvre lorsqu'il fut chargé de l'éducation du dauphin : le Discours sur VEistoire universelle fut terminé en 1679, à la fin de cette éducation si laborieuse et si stérile. L'auteur ne s'y proposait d'abord que de donner un abrégé de l'histoire ancienne, pour résumer sous les yeux de son élève les faits qu'il lui avait \ ^^ appris. Les réflexions, qui ne devaient servir que de 1 **^ préface, passèrent au premier plan, d'après les conseils de I ^ ses amis, et la partie historique ne fut plus que l'intro- ^^ duction *. Mais jamais résumé ne fut plus lumineux et plus

de

, temps ». Ce résumé est divisé en douze Époques, marquées par quelque grand événement auquel Bossuet rapporte tout le reste. « On s'arrête là, ditril, pour considérer comme dVa lieu de repos tout ce qui est arrivé devant on après, et éviter pax ce mo^^xi \^% ^xjL^OcawLvwsv^^ t'est-à-dire cette

sorte d'erreur qui fait conîotLàx^ \ft^ \«m^^» ^^ Vûx&t* «w XBSsX. -wCxw

felle. Avant-propos.)

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entraînant : c'est Tésquisae d'un grand maître; on attend avec une curiosité inquiète que sa main y jette la vie et la pensée.

Après cette représentation en raccourci de la suite des Temps, Bossuet s'attache, dans la suite de la Religion^ à montrer l'action souveraine de Dieu sur le monde, conduit pas à pas vers Tunité de foi, et l'établissement de la religion chrétienne préparé et assuré de longue main par la Providence. Dans la troisième partie, il passe en revue les Empires^ et prenant à partie tour à tour chacun des grands peuples qui ont joué le principal rôle dans l'histoire de rhumanité, il démêle les causes particulières de la grandeur et de la décadence des nations, et fait voir comment elles ont toutes concouru par leurs vices comme par leurs vertus à l'avènement et au triomphe du christianisme.

On peut contester la vérité du point de vue de Bossuet : on n'en peut méconnaître la magnificence. S'il ne réussit pas, malgré tout son génie, à faire rentrer les empires dans le dessein de celui dont le royaume n'est pas de ce monde, du moins en a-t-il étudié profondément, au point de vue humain, les constitutions et les vices. Rien de plus vrai ni de plus beau que ses considérations sur la Grèce, sur Rome, sur Carthage. Entraîné par la sympathie puissante des grandes choses, le prélat du xvn® siècle, Fauteur de la Politique sacrée^ est républicain avec le Sénat de Rome : il pénètre les conseils vigoureux de cette compagnie, comme s'il avait vécu dans son sein, et la voyant si prudente, si ferme, si héroïque, il lui pardonne presque d'avoir été païenne. Montesquieu n'aura guère qu'à développer les rapides indications de YHistoire universelle.

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