REGNIER
Mathurin Régnier, né à Chartres en 1573, fut chanoine delà cathédrale de cette ville; il mourut à Rouen en 1613. Ses œuvres se composent de seize Satires, trois Épitres, cinq Élégies et quelques autres poèmes.
Première édition, Paris, 1608, in-4'*. Citons aussi les édifiions d'Elzevier, 1655 , de Brossette, Amsterdam, 1729, in-12; de Lenglet du Presnoy, Londres, 1733, in-4*, etc. Les plus récentes sont celles de M. VioUet-le-Duc, Paris, 1823, in-8, qui contient une introduction et un commentaire abondant; de la Bibliothèque elzévirienne, 1853 et 1869, in-16; de P. Poitevin, 1860, in-lâ; de M. Edouard de Barthélémy, 1862, in-12; de M. L. Lacour, 1867, in-8, et de M. Courbet, 1875, in-8; cette dernière, avec un a Lexique de la langue de Régnier ».
Il était évident que la réforme de Ronsard et de la Pléiade n'était pas définitive. C'était un effort violent qui succédait à une torpeur extrême : la révolution avait passé le but sans l'atteindre. Régnier, par inspiration vraie, par Donchaloir, par insouciance, par abandon à la bonne loi naturelle^ revint au simple, au vrai, et rentra sans le savoir dans la vieille école gauloise, qu'il enrichit toutefois d'heureuses imitations. Il suivit par génie l'excellent précepte de
Bellay : « il transforma en soi les meilleuta awV.Çi\vc^ ^\.^ rès les avoir digérés, les convertit ea saii^ eX. tiowycV 'e. Mf II fat le premier en France qui èGrmV» ô.^ ^^^^
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50 ^IZIÈME SIÈCLE
tables satires à Fimitation d'Horace. Mais son imitation n'était plus le calque servile imaginé par la Pléiade, c'était la féconde émulation, la puissante rivalité du talent.
Le pinceau de Régnier s'arrête volontiers à la surface des choses. C'est de lui qu'on peut dire qu'il se joue autour du cœur humain. Sa poésie n'a rien de bien profond, de bien philosophique , ce sont les jeux innocents de la satire : ses contemporains l'avaient jugé ainsi. Ce prédécesseur de Boileau était pour eux le bon Régnier; et luimême nous explique, quoique avec trop de modestie, cette qualification :
Et ce surnom de bon me va-t-on reprochant D'autant que Je n*ai pas Tesprit d'estre méchant.
Ce n'est certes pas Tesprit qui manque à Régnier, n Fenjouement, ni la verve. Mais il est artiste bien plus qu< moraliste ; il s'occupe plus de la peinture que de la leçoa Sa plus belle création, c'est son style, on en a fait ui bel et juste éloge en le rapprochant de celui de Moataigne ^