‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 218 sur 232 · CHAPITRE I -> DE9 OUVRAGES DE L'ESPRlT · texte numérisé non relu

CHAPITRE I -> DE9 OUVRAGES DE L'ESPRlT

CORIŒILLE ET HACIKE

Corneille ne peut être égalé dans les endroits où il excelle : il a pour lors un caractère original et inimitable; mais il est inégal. Ses premières comédies sont sèches» languissantes, et ne laissaient pas espérer qu'il dût ensuite aller si loin; comme ses dernières font qu'on s'étonne qu'il ait pu tomber de si haut. Dans quelquesunes de ses meilleures pièces, il y a des fautes inexcusables contre les mœurs, un style de déclamateur qui arrête l'action et la fait languir, des négligences dans les vers et dans l'expression qu'on ne peirt comprendre en un si grand homme. Ce qu'il y a eu en lui de plus éminent, c'est l'esprit, qu'il avait sublime, auquel il a été redevable de certains vers, les plus heureux qu'on ait jamais lus ailleurs, de la conduite de son théâtre, qu'il a quelquefois hasardée contre les règles des anciens, et enfin de ses dénouements, car il ne s'est pas toujours assujetti au goût des Grecs et âi leur grande simplicité; il a aimé au contraire à charger la scène d'événements dont il est presque toujours sorti avec succès : admirable surtout ' par l'extrême variété et le peu de rapport qui se trouve pour le dessein entre un si grand nombre de poèmes qu'il a composés. Il semble qu'il y ait plus de ressemblance dans ceux de Racine, et qu'ils tendent un peu plus à une même chose; mais il est égal, soutenu, toujours le même partout, soit pour le dessein et la conduite de ses pièces, qui sont justes, régulières, prises dans le bon sens et dans la nature, soit pour la versification, qui est correcte, riche dans ses rimes, élégante, nombreuse, harmonieuse : exact imitateur des anciens, dont il a suivi scrupuleusement la netteté et la simplicité de l'action; à qui le grand et le merveilleux n'ont pas même manqué, ainsi qu'à Corneille, ni le touchant, ni le pathétique. Quelle plus grande tendresse que celle qui est répandue dans tout le Cidy dans Polyeucte et dans les Horaces? Quelle grandeur ne se remarque point en Mithridate, en Porus et en Burrhus? Ces passions encore favorites des anciens, que les tragiques aimaient à exciter sur les théâtres, et qu'on nomme la terreur et la pitié, ont été connues de ces deux poètes. Oreste, dans VAndromaque de Racine, et Phèdre du même auteur, comme VCEdipe * et les Horaces de Corneille, en sont la preuve. Si cependant il est permis de faire entre eux quelque comparaison et les marquer l'un et l'autre par ce qu'ils ont eu de plus propre et par ce qui éclate le plus ordinaire-

1. V Œdipe de Corneille est une des pièces^de sa vieillesse, une de celles qui font qu^on s'étonne qu'il ait pu tomber de si haut, « C'est une chose étrange, dit Voltaire^ que le difficile et concis La Bruyère, dans son parallèle de Corneille et de Racine, ait dit les Hotoicw «X vj^dx^^^^^-^^yîissssssst. l'orei le plomb sont confondus ftouNeul» ti

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ment dans leurs ouvrages, peut-être qu'on pourrait parler ainsi : Corneille nous assigettit'à ses caractères et à ses idées» Racine se conforme aux nôtres ; celui-là peint les hommes tels qûMls devraient être, celui-ci les peint tels qu'ils sont. Il y a plus dans le premier de ce que l'on admire et de ce que l'on doit même imiter; il y a plus dans le second de ce que l'on reconnaît dans les autres ou de ce que l'on éprouve dans soi-même. L'un élève, étonne, maîtrise, instruit; fautre plait, remue, touche, pénètre. Ce qu'il y a de plus beau, de plus noble et de plus impérieux dans la raison, est manié par le premier; et par l'autre, ce qu'il y a de plus flatteur et de plus délicat dans la passion. Ce sont dans celui-là des maximes, des règles, des préceptes; et dans celui-ci du goût et des sentiments. L'on est plus occupé aux pièces de Corneille; l'on est plus ébranlé et plus attendri à celles de Racine. Corneille est plus moralf Racine plus naturel. U semble que l'un iipite Sophocle, et que l'autre doit plus à Euripide.

Tout écrivain, pour écrire nettement, doit se mettre à la place de ses lecteurs, examiner son propre ouvrage comiAe quejque chose qui lui est nouveau, qu'il lit pour la première fois, où il n'a nulle part, et que l'auteur aurait soumis à sa critique, et se persuader ensuite qu'on n'est pas entendu seulement à cause que l'on s'entend soi-même, mais parce qu'on est en effet intelligible. >

L'on n'écrit que pour être entendu; mais il fiaut du moins, en écrivant, faire entendre de belles choses. L'on doit avoir une diction pure, et user de termes qui soient propres, il est vrai ; mais il faut que ces termes si propres expriment des pensées nobles, vives, solides, et qui renferment un très beau sens. C'est faire de la pureté et de la clarté du discours un mauvais usage que de les faire servir à une matière aride, infructueuse, qui est sans ^I, sans utilité, sans nouveauté. Que sert aux lecteurs de comprendre aisément et sans peine des choses frivoles et puériles, quelquefois fades et communes, et d'être moins incertains de la pensée d'un auteur qu'ennuyés de son ouvrage?

Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use

ses esprits à en démêler les vices et le ridicule. S'il donne quelque

tour à ses pensées, c'est moins par une vanité d'auteur, que pour

mettre une vérité qu'il a trouvée dans tout le jour nécessaire pour

faire l'impression qui doit servir à son dessein. Quelques lecteurs

croient néanmoins le payer avec usure s'ils disent magistralement

qu'ils ont la son livre, et quH\ ^ ^ ^ç^Y^ç.^x\\.\ TRa\% U leur renvoie

tous leurs éloges, qu'il n'a pas c\kfttci\i^% ^t ^Q.xk\\^^^^\.^^»s%«&

veilles. U porte plus haut aea ^toi^iXa «X *%^V. ^>sc >»«> ^\i. -^^xi^

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relevée : il demande des hommes lïn plus graod et un plus rare succès que les louanges» et même que les récompenses, qui est de les rendre meilleurs.

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