LE CONNÉTABLE DE BOURBON ET BÂTARD
Il rOest jamais pet^mis de prendre les armes contre sa patrie
BOURBON *. N'est-ce point le pauvre Bayard que je vois au pied de cet arbre, étendu sur l'herbe et percé d'un grand coup? Oui, c'est
\. Art poétique^ vers 42. « L'ordre, qui est une force et une beauté, consistera, si je ne me trompe, à dire ici ce qui doit être dit ici, à reculer le reste, et à le renvoyer à l'endroit où il sera le mieux placé. » — 2 Ce Dialogue des morts est un dialogue entre vivants. Bayard vient d'être mortellement blessé au passage de la Sésia, après a^ovc «sasi.s^ V'm:^'^^ française compromise par les fautes de BonmNel i^^ vi\:S\ V^'iV^A^^'^^^'*^^'^ connétable de Bourbon Je reconnaît et Vabotàe.
DEMOGEOT, •
546 DIX-SEPTXÈME SIÈCLE
lui-même. Hélas! je le plains. En voilà deux qui périssent aujourd'hui par nos armes : Vandeneâsè et lui. Ces deux Français étaient deux ornements de leur nation par leur courage. Je sens que mon cœur est encore touché pour sa patrie. Mais avançons pour lui parler. Ah! mon pauvreBayard,c'estavecdouleurque je- te vois en cet état.
BATARD. C'est avec douleur que je vous vois aussi.
BOURBON. Je comprends bien que tu es fâché de te voir dans mes mains par le sort de la guerre. Mais je ne veux point te traiter en prisonnier : je veux te garder comme un bon ami, et prendre soin de ta guérison comme si tu étais mon propre frère. Ainsi tu ne dois pas être fâché de me voir.
BAYARD. Hé! croyez-vous que je ne sois pas fâché d'avoir obligation au plus grand ennemi de la France? Ce n'est point de ma captivité ni de ma blessure dont je suis en peine. Je meurs : dans un moment la mort va me délivrer de vos mains.
BOURBON. Non, mon cher Bayard; j'espère que nos soins réussiront pour te guérir.
BAYARD. Ce n'est point là ce que je cherche, et je suis content de mourir.
BOURBON. Qu'as -tu donc? Est-ce que tu ne saurais te consoler, d'avoir été vaincu et fait prisonnier dans la retraite de Bonnivet? Ce n'est pas ta faute, c'est la sienne : les armes sont journalières. Ta gloire est assez bien établie par tant de belles actions. Les Impériaux ne pourront jamais oublier cette vigoureuse défense de Mézières contre eux *.
BAYARD. Pour moi, je ne puis jamais oublier que vous êtes ce grand connétable, ce prince du plus noble sang qu'il y ait dans le monde, et qui travaille à déchirer de ses propres mains sa patrie et le royaume de ses ancêtres.
BOURBON. Quoi! Bayard, je te loue, et tu me condamnes! je te plains, et tu m'insultes!
BAYARD. Si vous mc plaignez, je vous plains aussi ; et je vous trouve bien plus à plaindre que moi. Je sors de la vie sans tache; j'ai sacrifié la mienne à mon devoir; je meurs pour mon pays, pour mon roi, estimé des ennemis de la France, et regretté de tous les bons Français : mon état est digne d'envie.
BOURBON. Et moi je suis victorieux d'un ennemi qui m'a outragé; je me venge de lui; je le chasse du Milanais; je fais sentir à toute la France combien elle est malheureuse de m'avoir perdu en me poussant à bout; appelles-tu cela être à plaindre?
BAYARD. Oui : on est toujours à plaindre quand on agit contre son devoir : il vaut mieux périr en combattant pour la patrie, que, la vaincre et triompher d'elle. Ah ! quelle horrible gloire que celle de détruire son propre pays !
BOURBON. Mais ma palm a. été ingrate après tant de services que je lui avais rendus, ^adamft'i tû?«. \^\\. Vc^vv.^^ \\v^\^x\a\aent, par un