FÉNELON
,La principale perfection d'une histoire consiste dans Tordre et dans l'arrangement. Pour parvenir à ce bel ardre, l'historien doit embrasser et posséder toute son histoire. 11 doit la voir tout entière, comme d'une seule vue. Il faut qu'il la tourne et qu'il la retourne de tous les côtés, jusqu'à ce qu'il ait trouvé son vrai point ' de vue. Il faut en montrer l'unité, et tirer, pour ainsi dire, d'une seule source tous les principaux événements qui en dépendent. Par ' là il instruit utilement son lecteur, il lui donne le plaisir de prévoir, il l'intéresse, il lui met devant les yeux un système des affaires de chaque temps, il lui débrouille ce qui en doit résulter» il le fait raisonner sans lui faire aucun raisonnement, il lui épargne beaucoup de redîtes, il ne le laisse jamais languir, il lui fait même une narration facile à retenir par la liaison des faits : je répète, sur - l'histoire, l'endroit d'Horace qui regarde le poème épique •
Ordinis hœc virtus erit et Venus, aut ego fallor, Ut jam DUDC dicat, jam nunc debentia dici, > Pleraque différât et prœsens in tempus omittat 1
Un sec et triste faiseur d'annales ne connaît point d'autre ordre que celui de la chronologie. Il répète un fait toutes les fois qu'il a besoin de raconter ce qui tient à ce fait; il n'ose ni avancer ni reculer aucune narration. Au contraire, l'historien qui a un vrai * génie choisit sur vingt endroits celui où un fait sera mieux placé pour répandre la lumière sur tous les autres. Souvent un fait montré par avance de loin débrouille tout ce qui le prépare. Souvent un autre fait sera mieux dans son jour étant mis en arrière. En se présentant plus tard, il viendra plus à propos pour faire naître d'autres événements. C'est ce que Cicéron compare au soin qu'un homme de bon goût prend pour placer de bons tableaux dans un jour avantageux : Videtur tanqtiam tabulas bene pictas collocare in bono lumine.