‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 3 sur 232 · ORIOINE DE LA LANGUE FRANÇAISE S · texte numérisé non relu

ORIOINE DE LA LANGUE FRANÇAISE S

l'un alla arroser les plaines riantes du midi, toutes parfumées encore du souvenir des arts et de la civilisation romaine, où la langue grecque elle-même avait laissé un harmonieux écho; l'autre^ répandu au nord de la Loire, rencontrant partout des Germains, des Kymris, des Northmans,se chargea d'un sédiment barbare qui en altéra longtemps la limpidité.

Les Northmans surtout exercèrent la plus grande influence 3ur la dialecte du nord de la France. Ces conquérants du dixième siècle firent comme* ceux du cinquième : ils adoptèrent la langue du pays conquis, mais ils Tadoptèrent en la modifiant selon le besoin de leurs rudes organes. Les syllabes sonores s'obscurcirent; les a devinrent des é; par exemple, le mot latin charitas avait donné ckaritat à la langue romane : les Northmans prononcèrent charité et contribuèrent ainsi à donner au dialecte du nord une physionomie de plus en plus distincte. Les traces qu'ils y laissèrent furent d'autant plus profondes qu'ils s'approprièrent plus sérieusement la langue française. Déjà sous Guillaume l^^, successeur de Rollon,on ne parlait plus à Rouen que le roman. Le duc, voulant que son fils sût aussi la langue danoise, fut obligé de l'envoyer à Bayeux, où on la parlait encore, ^our les autres Gaulois, le français était un latin corrompu} un patois dédaigné; pour les Northmans barbares, ce fut presque une langue savante, qu'ils étu- , dièrent, comme le latin, avec le plus grand soin. Bientôt les Northmans devinrent nos poètes et nos maîtres de français, de même qu'autrefois les Gaulois avaient envoyé à Rome des maîtres de rhétorique et de grammaire latine.

Pendant ce temps-là, l'idiome méridional recevait aussi des circonstances politiques son caractère distinctif. Les provinces du sud, soumises d'abord par les Yisigoths et les Bourguignons, avaient eu moins à souffrir sous ces conquérants moins barbares. Les Francs les avaient sans doute bien des fois sillonnées^ mais sans déraciner aussi complètement qu'au nord les mœurs et la civilisation romaine. Devenues, après Charlemagne, le partage de o^^o^evxxxfi* 'de ses successeurs, elles s'étaient formées eu to^^wtcv^vc^^^pendant souB Bozod, ^ui prit en 819 le \\\.te â^e to\ ^ K.^^-^'^

e MOYEN AGE

OU dé Provence* Mais, à la fin du onzième et au commence* ment du douzième siècle, sa succession se trouva partagée entre les comtés de Toulouse et de Barcelone. L'union des Provençaux avec les Catalans acheva de jeter le dialecte du midi bien loin de l'idiome sourd et traînant des compagnons de Guillaume le Bâtard. Le provençal fut désormais une langue distincte du roman wallon ou welsk (c'est-à-dire gaulois). On distingua aussi ces deux idiomes par le mot qui, dans chacun d'eux, exprimait l'affirmation oui : l'un fut appelé langue d'Oc (hoc); l'autre, langue d' Oi/ (hoc, illud). C'est ainsi qu'à la même époque on nommait l'italien langue de si^ et l'allemand langue de ya.

Page 1