‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 38 sur 232 · Acte I, Scénb III. — Le comte de GORMAS, D. DlÉGUE · texte numérisé non relu

Acte I, Scénb III. — Le comte de GORMAS, D. DlÉGUE

LE COIITB.

Enfin vous remportez, et la faveur du roi Vous élève en un rang qui n'était dû qu'à moi : Il vous fait gouverneur du prince de CastiUe.

France. Un vieux courtisan retiré à Rouen, M. de Chàlon, signala à son jeune compatriote ce siget dramatique. Corneille profita de Tavis; mais il ne copia pas servilement le modèle qu'on lui désignait. Chez le poète es* pagnol, la vie entière du Gid se déroule sur la scène ; Corneille sut dégager ie ce drame chevaleresque et féodal la donnée éternellement humaine. Le combat moral de Tbonneur et de T amour dans Rodrigue, de Tamour et du devoir dans Chimène, qui n'est qu'un épisode de Tœuvre de Guillen de Castro, devint le nœud et l'unique intérêt de la tragédie française*. L'apparition du Cid fut saluée d'un cri d'enthousiasme. Les fureurs comiques de Scadéry, la jalousie de Richelieu, les taquineries de TAcadémie n'y purent rien. Beau comme le Cid devint une formule proverbiale d'^Vo^'t ^\. ^^^\sî\wtion. Voir, sur la Querelle du Cid^ VHistoire de la tic et d.es Quwa^^* ^% CûneiUedeM. Tascbereaji.

D DtèGinc.

Cette marque d'honneur quMl met dans ma famille Montre à tous qu'il est juste^ el fait connaître assez Qu!il sait récompenser les services passés.

LB COMTB.

Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous somi Ils peuvent se tromper comme les autres hommes; Et ce choix sert de preuve à tous les courtisans Qu'ils savent mal payer les services présens.

D. DièeuE. Ne parlons plus d'un choix dont votre esprit s'irrite. La faveur Ta pu faire autant que le mérite, Mais on doit ce respect au pouvoir absolu De n'examiner rien quand un roi Ta voulu. . Â l'honneur qu'il m*a fait, ajoutez-en un autre, Joignons d'un sacré nœud ma maison à la vôtre ; Vous n'avez qn*une fille, et moi je n'ai qu'un fîls; Leur hymen nous peut rendre à jamais plus qu'amis : Faites-nous cette grâce, et l'acceptez pour gendre.

LE COMTE

 des partis plus hauts ce beau fils doit prétendre, Et le nouvel éclat de votre dignité Lui dviit enfler le cœur d'une autre vanité. Exerces- la, monsieur, et gouvernez le prince : Montrez-lui comme il faut régir une province» Faire trembler partout les peuples sous sa loi. Remplir les bons d'amour, et les méchants d'elfroi. Joignez à ces vertus celles d'un capitaine : Montrez-lui comme il faut s'endurcir à la peine, Dans le métier de Mars se rendre sans égal, Passer les jours entiers et les nuits à cheval, Reposer tout armé, forcer^ une muraille, ' Et ne devoir qu'à soi le gain d'une bataille. Instruisez-le d'exemple, et rendez-le parfait, Expliquant à ses yeux vos leçons par l'effet.

D. DIÂOUE.

Pour s'instruire d'exemple, en dépit de l'envie, Il lira seulement l'histoire de ma vie. Là, dans un long tissa de belles actions, Il verra comme il faut dompter des nations, Attaquer une place, et ranger une armée, £t sur de grands exploits b&tir sa renommée,

LE COMTE

Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir. Un prince dans un livre apprend mal son devoir. Et qu'a fait après tout ce grand nombre d'années, Qae ne paisse égaler une de mes ^ouin&^&t

Si vous f&tes vaillant^ je le suis aujourd'hui» Et ce bras du royaume est le plus ferme appui. Grenade et TAragoa tremblent quand ce fer brille; Mon nom sert de rempart k toute la CastiHe : Sans moi yoqs passeriez bientôt sous d'autres lois, Et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois. Chaque jour» chaqife instant, pour rehausser ma gloire, Met laurier» sur lauriers, vicloire sur victoire t Le prince à mes côtés ferait dans les combats L'essai de son courage & l'ombre de mon bras; Il apprendrait à vaincre en me regardant faire, Et, pour répondre en h&te à son grand caractère, n verrait....

D. DIÈGUK.

Je le sais, vous servez bien le roi : Je vous ai vu combattre et commander sous moi. Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace^ Votre rare valeur a bien rempli ma place ; Enfin, pour épargner les discours superflus, Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus. Vous voyez toutefois qu'en cette concurrence Un monarque entre nous met quelque différence.

LB COMTB,

Ce que je méritais, vous Tavez emporté.

D. DltOOI.

Qui Ta gagné sur yous l'avait mieux mérité»

LB COHTB.

Qui peut mieux l'exercer en est bien le plus digne*

n. D1È6UE.

En être refusé n'en est pas un bon signe. •

LB COMTB.

Vous l'avez eu par brigue, étant vieux courtisan.

D. DIBOUE.

L'éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.

LB GOMTB.

Parlona-en mieux, le roi fait honneur à votre âge.

D. DliOCB.

Le roi, quand il en fait, le mesure au courage.

LB GOXTS.

Et par lÀ eet honneur n'était dû qu'à mon bras.

n. DIÈOtJB.

Qui n'a pu l'obtenir ne le méritait pas.

LB COKTB.

Ne le méritait pasl moi?

!>• niâouB.

Vous.

90 DlX-SEPTIÈME^ SIÈCLE

LE COMTE

' Ton impudence,

Téméraire vieillard, aura sa récompense.

(// lui dqnne un soufflet,)

D. DièouE, Vépée à la main.

Achève, et prends ma vie après un tel afTx*ont, Le premier dont ma race ait vu rougir son front.

LE COMTE

Et que penses-tu faire avec tant de faiblesse?

D. DlàOUE.

0 Dieu ! ma force usée en ce besoin me laisse !

LE COMTE

Ton épée' est à moi ; mais tu serais trop vain Si ce honteux trophée avait chargé ma main.

Adieu. Fais lire au prince, en dépit de Tenvie, Pour son instruction, l'histoire de ta vie : D*nn insolent discours ce juste châtiment Ne lui servira pas d*un petit ornement.

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