‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 43 sur 232 · B. H00R16UE · texte numérisé non relu

B. H00R16UE

Que je meure!

CBIHÈNE.

Va-t'en.

n. RODRIGUE.

A quoi te résous-tu?

' CHIMÉNE.

^^. Malgré des feux si beaux, qui troublent ma colère, Je ferai mon possible à bien venger mon père;

)'^ Mais, tnalgré la rigueur d'un si cruel devoir, Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.

D. RODRIGUE

0 mû^a'cle d'amour I '

CBIHÈNE.

0 comble de misères I

D. RODRIGUE

Oue de maux et de pleurs nous coûteront nos pères

CHIMÈNE

JRodri^e, qui l'eût crul...

D. RODRIGUE

Pi.-» • , ■*" ' * J

PIERRE CORNEILLE iOi

CHÎMÂNE.

Que notr^ heur fût si proche, et sitôt se perdît !

D. RODRIGUE

Et que si près du port, contre toute apparence, Ud orage si prompt brisât notre espérance !

CHIMéMB. ,.. •

Ah! mortelles douleurs I

D. RODRIGUE

Ah! regrets superflus!

CHIHèKB.

Va- t'en, encore un coup, je ne t'écoute plus.

D. liODRlGUE.

Adieu. Je vais traîner une mours^te vie, Tant que par ta poursuite elle me soit ravie.

CHUÈNB.

Si j'en obtiens l'effet, je t'engage ma foi ^ \

De ne respirer pas un moment après toi

Adieu. Sors , et surtout garde bien qu'on te voiei

ACTE IV, Scène III. — D. FERNAND, D. DIÊGUE, D, ARIAS, D. RODRIGUE, D, SANGHE .

D. FERKAND.

Généreux héritier d'une illustre famille,

Qui fut toujours la gloire et l'appui de Gastille,

Race de tant d*aleux en valeur signalés,

Que Fessai de la tienne a sitôt égalés.

Pour te récompenser ma force est trop petite,

Et j*ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite.

Le pays délivré d*un si rude ennemi.

Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi,

Et les Maures défaits, avant qu'en ces alarmes

J*eusse pu donner ordre & repousser leurs armes,

Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi

Le moyen ni Tespoir de s'acquitter vers toi.

Mais les deux rois captifs feront ta récompense;

Us font nommé tous deux leur Cid en ma présence :

Puisque Cid en leur langue est autant que seigneur,

Je ne t'envierai pas ce beau titre d'honneur.

Sois désormais le Cid qu'à ce grand nom tout cède, Qu*il comble d'épouvante, et Grenade et Tolède, Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois. Et ce que ti^ me vaux, et ce que je te dois.

D. RODRIGUE

Que Votre Majesté, Sire, épargne ma honle; I>'un si faible service elle /ait trop de comple^ ffi me faixÉe $ rougir devant u»'8Î grand roi ^

^0â DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

De mériter si peu Phoaneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empire Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire, Et quand je les perdrai pour un si digne ol)jet, Je ferai seulement le devoir d'un sujet.

D. FERNAND

Tous ceux que ce devoir à mon service. engage Ne s'en acquittent pas avec même courage, Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès. Elle ne produit point de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue, et de cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire.

D. RODRIGUE

Sire, VOUS avez su qu'en ce danger pressant Qui jeta dans la ville un effroi si puissant. Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encor toute troublée.... Mais, Sire, pardonnez à ma témérité, Si j'osai l'employer sans votre autorité; Le péril approchait, leur brigade était prête; Me montrant à la cour, je hasardais ma tète, Et s'il fallait la perdre, il m'était bien plus doux , De sortir de la vie en combattant pour vous.

D. FERNAND

J'excuse ta chaleur à venger ton offense, Et l'État défendu me parle en ta défense. Crois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler* Mais poursuis.

D. HOÛRIGUE.

Sous moi donc cette troupe s'avance, Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port» Tant à nous voir marcher en si bon équipage Les plus épouvantés reprenaient de courage l J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés, Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés; Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure. Brûlant d'impatience autour de moi demeure. Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit Passe une bonne part d'une si belle nuit. Pcgr mon commandement la garde en fait de même, Et se tenant cachée aide à mon stratagème, Et je feins hardiment d*avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Cette obscure clarté qui tombe de« étoiles Fn^n ^vé)c 1q flïuc nous fait voiv U^nl^ vQWfiV,

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' ï>lfeftRE COHNfEILLl^ lOS

L'onde s'enfle desgous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer; tout leur parait tranquille; Point de soldats au port, point aux murs de la ville : Notre profond filençe abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris. Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux mains qui les attendent. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants. Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvante les prend à demi descendus, Avant que de combattre ils s'estiment perdus. Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre; Nous les pressons sur Teau, nous les pressons sur terre, Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient. Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient : ' La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre, et leur rend la vertu. ;

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges i, De notre sang au leur font d'borribles mélanges. Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port. Sont des champs de carnage où triomphe la mort. 0 combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres, Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait. Ne pouvait discerner où le sort inclinait! J'allais de tous côtés encourager les nôtres, Faire avancer les uns, et soutenir les autres, Ranger ceux qui venaient, les pousser à leiu* tour» Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour. Mais enfîn sa clarté montre notre avantage; y;

Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage, ' >

Et voyant un renfort qui nous vient secourir, . ;

L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir. Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les cflbles, Mous laissent pour adieux des cris épouvantables, Font retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer. Ainsi leur devoir cède à la frayeur plus forte : Le flux les apporta, le reflux les remporte. Cependant que leurs rois, engagés parmi nous. Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coupa^ Disputent vaillamment et vendent bieuleuT V\^\

/» i/-^ô»^<«> nofi? âi^e jrf'uBe sorte de cimeieTW*%

i04 DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

A se rendre moi-même en vain je les convie; jLe cimeterre fin poing ils ne m'écoutent pas : Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats, £)t que seuls désormais en vain ils se défendent, Ils demandent le chef, je me nomme, ils se rendent ; Je vous les envoyai tous deux en même temps, Et 1q combat cessa, faute de combattants.

HORACE

La tragédie d* Horace est tirée d'un récit de Tite-Lîve, livre I, ch. xxiii et suivants. Albe et Rome sont en guerre. Pour épargner à deux peuples longtemps amis, unis Tun à l'autre par de nombreux liens de parenté et d*alliance, les déchirements d'une guerre presque civile, il a été convenu que chacune des deux villes rivales remettrait sa cause aux mains de trois de ses guerriers, et que celle dont les champions seraient vaincus accepterait la décision de la fortune, et se soumettrait sans résistance aux vainqueurs.

Le Romain Horace a épousé une Albaine, Sabine ; Camille, sœur d'Horace, est fiancée à Curiace, frère de Sabine. Rome a choisi pour ses défenseurs Horace et ses deux frères; aux trois Horaces, Albe oppose les trois Guriaces. Malgré les; larmes de Sabine et de Camille, Horace et Curiace s'apprêtent à faire leur devoir. Horace est heureux de faire à sa patrie un sacrifice dont peu de héros seraient capables; Curiace ne renonce pas sans douleur au bonheur qu'il a vu si près de lui.

Une Romaine, Julie, vient annoncer à Camille, à Sabine et au père d'Horace le résultat du combat. Deux Horace» sont morts; le troisième, le mari de Sabine, est en fuite; les trois Curiaces sont blessés, mais vivants. A cette nouvelle, le vieil Horace s'indigne. Son Qls devait au moins mourir, s'il ne pouvait vaincre; mais fuir, mais abandonne^ 1» cause de sa patrie, et renoncer à combattre, si inégal que fût le combat, c'est une trahison I A la colère patriotique • \ du vieillard succèdent les transports d'une joie sublime, lorsque Valère, envoyé par le roi Tullus, lui apprend que j Julie s'est trop hâtée, qu'elle n'a vu que la moitié de l'af- j faire, que la faite d 'Horace était uue feuiVfc.,c\\îLÎX ^^X^es^^oa- ^

PIERRE CORNEH.LE 1Ô5

sur ees ennemis, et que les trois Guriaces sont tombés Fun après l'autre sous ses coups. Cette joie n*est pas de longue durée. Camille, désespérée âe la mort de son amant, se porte à la rencontre de son frère ; elle le brave, Tinsulte, maudit et sa victoire et Rome, à qui Curiace vient d'être immolé. Horace, hors de lui, la frappe de son épée, et par ce fratricide, à peine revenu du combat, il retombe dans un nouveau péril. Yalère, amant rebuté de Camille, veut la venger, et se fait Taccusateur du meurtrier devant le roi Tullus. Horace ne se défend pas. C'est le vieil Horace qui plaide la cause de son fils et qui la gagne.

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