‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 5 sur 232 · CHANSON DE ROLAND · texte numérisé non relu

CHANSON DE ROLAND

La plus ancienne et la plus remarquable des chansons , de geste est la Chanson de Roland, faite au onzième siècle par le trouvère normand Thurold ou Théroulde. Elle ne se -

i< Voir YHistoire de la littérature française , page 61 (nous citerons j' toujours la pagination de k 20« édition), — %. Ibid,^ pages 7i et soi- •»

TROUVÈRES î'

composé que de 3996 vers, et elle a pour sujet la mort héroïque de Roland, neveu et vassal de Gharlemagne, surpris par les montagnards ibériens dans les gorges de Roncevaux. Nous nous bornerons à une courte citation, à cause de la vétusté du langage.

Lorsque les Sarrasins approchent (les ennemis des Francs sont tous des Sarrasins chez les poètes contemporains des ^ Croisades), le paladin Olivier supplie son compagnon Ro- / land de sonner de son fameux cor, pour avertir Charlemagne, qui déjà a franchi les monts.

Gumpainz RoUunt, sunez vostre olifan;

Si Torrat Caries qui est as porz passant;

Je vous plevis, jà returneruot Franc!

— Ne placet Deu, çô li respunt RoUant,

Que ÇO sait dit de nui hume vivant

Ne pur paien que jà sei-jo cornant 1

Jà n'en aurunt reproece mi parent.

Quant jo serai en la bataille grant,

Et jo ferrai e mil cops e vu cenz,

De Durandal verrez l'acer sanglent!

Franceis sunt bon, si ferrunt vassalment!

Jà cil d'Ëspaigne n'auerunt de mort guarant M

Compagnon Roland, sonnez de votre olifant; — Ainsi Tentendra Charles qui est aux ports passant ; — Je vous (te) garantis, aussitôt letourneront Francs! — Ne plaise à Dieu, ce lui répond Roland, — . Que cela soit dit par aucun homme vivant, — Et surtoutpour des païens que jamais j'aie été sonnant du cor! — Jamais n'en auront reproche mes parents. — Quand je serai dans la bataille grande — ^ Et (que) je frapperai et mille coups et sept cents, — De Durandal (vous) verrez l'acier sanglant 1 — Les Français sont courageux, ainsi frapperont-ils bravement! — Jamais ceux d'Espagne n'auront de garant contre la mort!

. Les deux plus anciennes éditions françaises de la Ghan« son de Roland sont celles de Francisque Michel, 1837, et de François Génin, 1850; les deux plus commodes à con* Bttlter, celle de M. Petit de JuUeville (Paris, 1878, in-8), à laquelle est jointe une traduction, et celle de M.LéoaG.^\vr

y, la Chanson de Roland^ éôxïioji de Francisque ^ic\v^V, \.^^1> ^^%»^ ^'^* -^ Édition de F. Géain, 1850, pa^^ 92. — Édit. de Uou Gu^ASKt-^^n^ "^^^^

tier, avec, une traduction, une introduction et des éclaircissements nomljreux (Tours, 1881, 1 vol. in-lâ).- Au moment où Tennemi va les attaquer, voici la fière ré- ' ponse que Roland fait à Olivier, qui lui rappelait avec reproche son refus de sonner du cor :

Quant Rollant veit que bataille serat.

Plus se fait fiers que léun ni leupart, . Franceis escriet, Oliver apelat :

« Sire compains, amis, ne Tdire ja!

f Li emperere ki Franceis nous laissât,

Itels XX mille en mist a une part, Son escientre, n'en i out un cuard !

Par son seignur deit hom susfrir granz mais, Et endurer e forz freiz e granz chalz ;

S'en deit hom perdre del sanc : de la chair. '

Fier de ta lance, e jo de Durandal, Ma bone espee que li reis me dunat !

Si jo i moere, dire poet ki Pavera :

Iceste espee fut à noble vassal ^ I

Quand Roland voit qu'il y aura bataille, — Plus fier il se fait que ^[ / lion et léopard, — Il crie aux Français, il s'adresse à Olivier : — « Seigneur compagnon, ami, ne parle pas ainsi! — L'empereur, qui . nous a laissé des Français, — Les a mis tels au nombre de vingt mille en un corps; — A son escient, il n'y a pas entre eux un seul couard! — Pour son seigneur doit-on soufifrir grands maux — Et endurer grands froids et fortes chaleurs ; — Tout homme doit en perdre du sang et de la chair. — • Frappe de ta lance, et moi de Burandal, — Ma bonne épée que le roi m'a donnée! — Si je meurs, celui qui l'aura pourra dire ! — Cette épée était celle d'un noble , , soldat!

Et lorsque, fatigués de carnage, les deux chrétiens succombent à la fin sous le nombre, le poète (car Thurold mérite déjà ce nom) voit la nature entière partager son émotion et sa douleur. Le ciel se voile, la terre tremble, les vents grondent et gémissent :

C'est li granz doel por la mort de Rollant. !

En France en est moult merveilleux tourment; grands tourbillons

de tonnerre et de vent; pluies et grésil à démesure; foudres qui

tombent; et la terre, en vérité, tremble de Saint-Michel de Paris

/'fj-âucjsqBe Michel, page U.^ Géttin,paçe^^.— UQtL^vQJC\w,^^^i^VJi^,

TROUVERES

jusqu'à Sens, de Besançon jusqu'au port de Wissantt il n'est logis dont les murs ne se crèvent ! vers le Midi sont de grandes ténèbres, et n'y fait clair que quand le ciel se fend! nul ne le voit que moult ne s*épouvante; disent plusieurs : « C'est le défînement, c'est la fin du siècle présenti » Us ne le savent, et se trompent : c'est le grand deuil pour la mort de Roland I

c< Quel tableau I s^écrie avec raison Géruzez en citant ce passage. C'est, si Ton veut, l'enfance de l'art et de la langue, mais n'est-ce pas en même temps le point le plus élevé et la pleine maturité du sentiment héroïque ? »

FABLIiLXTZ

Les Fabliaux étaient des récits assez courts, souvent gais et satiriques, quelquefois dévots. Ils sont ordinairement rimes en vers de huit syllabes et possèdent un vrai mérite littéraire. On ignore presque toujours le nom du trouvère qui les composa. Une foule de contes répétés par toutes les littératures de l'Europe moderne se trouvent déjà parmi les naïfs fabliaux de nos Trouvères *.

Les principaux recueils de FabUaux sont ceux de Barbazan, en 1756; de Legrand d'Aussy, en 1779,1789 et 1829 (3« édition, 4 vol. in-8) ; de Méon, en quatre volumes, 1802, avec un supplément de deux volumes en 1823 ; d'Achille Jubinal, en 1839 et 1842 (2 vol. in-8). L'édition de M. Anatole de Montaiglon, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1872- . 1878, contient tous les Fabliaux déjà imprimés et un très grand nombre d'inédits. Elle est intitulée : Recueil général " et complet des Fabliaux des xiii® et xiv« siècles.

Nous allons analyser un fabliau pour donner une idée de ce genre de composition.

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