‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 52 sur 232 · Scène IL — Le vieil HORACE, VALÉRE, CAMILLE · texte numérisé non relu

Scène IL — Le vieil HORACE, VALÉRE, CAMILLE

VALÈRE

Envoyé par le roi pour consoler un père Et pour lui témoigner....

LE VIEIL HORACE

N'en prenez aucun soin :

C'est un soulagement dont je n'ai pas besoin;

. « Pour mon Regard, est suTanné et hora d'usage \ c*e&\. ^oxaVwiV \wsft, -ession nécessaire, » (Voltâiret)

lia DIX-SEPTIÈBIE SIÈCLE

Et j*aime mieux voir morts que couverts d'inftfmie Ceux que vient de m'ôter une main ennemie. Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'honneur Il me suffit.

VALÈRE

Mais l'autre est un rare bonheur; De tous les trois chez vous il doit tenir la place.

LE VIEIL HORACE. ,

Que n'a-t-on vu périr en lui le nom d'Horace!

valâre.

Ëeul vous le maltraitez après ce qu'il a faitt

LE vieil HORAOB. ,.<,t

C'est à moi seul aussi de punir son forfait.

VALiRE.

Quel forfait trouve2-voU8 en sa bonne conduite f

LE VIEIL HORACE

Quel éclat de vertu trouvez-vous en sa faite?

YALÈRE.

La fuite est glorieuse en cette occasion.

LE VIEIL HORACE

Vous redoublez ma honte et ma confusion. Certes l'exemple est rare, et digne de mémoire^ De trouver dans la fuite un chemin à la gloire.

VALÉRB.

Quelle confusion, et quelle honte à vous

D'avoir produit un fils qui nous conserve tous,

Qui fait triompher Rome, et lui gagne un empire?

A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père aspire?

LE VIEIL HORACE

Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire enfin, Lorsqu'Albe sous ses lois range notre destin?

valâre.

Que parlez- vous ici d'Albe et de sa victoire? Ignorez-vous encor la moitié de l'histoire?

lE VIEIL HORACE.

ie sais que par sa fuite il a trahi l'État.

VALiRE»

Oui, s^il eût en fuyant terminé le combat;

Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyait qu'en homme

Qui savait ménager l'avantage de Rome.

LE VIEIL HORACE

Quoi! Rome donc triomphe?

VALÈRE

Apprenez, apprenez La Valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez. Kesté seul contre trois, mai« en celte aventure Tous trois étant blessés, el Vui s^uV a^Tx%\A6%^>aLt^«

PIERRE CORNEILLE ilS

Trop faible pour eux tous, trop fort pour chacun d*dux,

Il lalt bien no tirer d*un pan si hasardeux (

il fuit pour mieux combattre, et cette prompte ruse

Divise adroitement trois frères qu'elle abuse.

Chacun le suit d'un pas ou plus ou moins pressé,

Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins blessé;

Leur ardeur est égale & poursuivre sa fuite,

Mais leurs coupH inégaux séparent leur poursuite.

Horace, lus voyant l'un de l'autre écartés, Se retourne, et déjÀ les croit demi-domplés i Il attend le premier, et c'était votre gendre. L'autre, tout indigné qu'il ait osé l'altendrc, En vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur. Le sang qu'il a perdu ralentit sa vigueur. Albe h son tour commence ^ craindre un sort contraire, Elle crie au second qu'il secoure son frère : Il se hâte et s'épuise en efforts superflus, Il trouve en les Joignant que son frère n'est plus.

CAMILLK.

Hélas!

VALftRR.

Tout hors d'haleine il prend pourtant sa place Et redouble bientôt la victoire d'Horace : Son courage sans force CHt un débile appui; Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui. L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie ; Albe en Jette d'iTtigoisse, et les Uomalns de Joie.

Comme notre héros se voit prés d'achever, C'est peu pour lui de vaincre, il veut encor braver : « J'en viens d'immoler deux aux mânes de mes frères; Rome aura le dernier de mes trois adversaires; C'est ^ ses intérêts que Je vais l'immoler, » Dit-il, et tout d'un temps on le voit y voler. La victoire entre eux deux n'était pas hicertaine; L'Albain, percé de coups, ne se traînait qu'a peine, Et, cooame une victime aux marches de l'autel, Il àemblait présenter sa gorge au coup mortel t Aussi le reçoit- il, peu s'en faut, sans défense; Et son trépas de Home établit la puissance.

ht VIEIL IlOUACB.

0 mon flls! ô ma Joie! fi l'honneur de nos Jours! 0 d'ut) État penchant l'inespéré eecoursl Vertu digne de Rome, et sang digne d'Horace! Appui de ton pays, et gloire de ta race! tjuand pourrai-Je étouifer dans tes embrassementi L'erreur dont J'ai formé de si faux sentimeuUI Ouand pourra won amour baigner avec \.df\àt^ti%^ Ton /roni, victorieux de larme» d*aUègve«fti1

t>gMOaBOTé %

VALÂRE.

Vos caresses bientôt pourront se déployer;

Le roi dans un moment tous le va renvoyer,

Et remet à demain la pompe qu'il prépare

D'un sacrifice aux dieux pour un bonheur si rare;

Aujourd'hui seulement on s'acquitte vers eux

Par des chants de victoire et par de simples vœux.

C'est où le roi le mène, et tandis * il m'envoie

Faire office vers vous de douleur et de joie *;

Mais cet office encor n'est pas assez pour lui ;

Il y viendra lui-même et peut-être aujourd'hui :

Il croit mal reconnaître une vertu si pure

Si de sa propre bouche il ne vous en assure,

S'il ne vous dit chez vous combien vous doit l'État.

LE VUQL HORACE.

De tels remèrciments ont pour moi trop d'éclat; Et je me tiens déjà trop payé par les vôtres Bu service d'un fils et du sang des deux autres.

VALÈRE

Le roi ne sait que c'est d'honorer à demi < ;

Et son sceptre arraché des mains de Fennemi

Fait qu'il tient cet honneur qu'il lui plaît de vous faire

Au-dessous du mérite, et du fils, et du père.

Je vais lui témoigner quels nobles sentiments

La vertu vous inspire en tous vos mouvements,

Et combien vous montrez d'ardeur poujr son service.

LE VIEIL HORACE

Je vous devrai beaucoup pour un si bon office. Scène V. — HORACE, CAMILLE, PROCULE

portant en main les trois épées des Curiaces,

HORACE

Ma sœur, voici le bras qui venge nos deux lï'ères. Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires, Qui nous rend maîtres d'Albe; enfin voici le bras Qui seul fait aujourd'hui le sort de deux États. Vois ces marques d'honneur, ces témoins de ma gloire. Et rends ce que tu dois à l'heur de ma victoire.

CAMILLE

Recevez donc mes pleurs; c'est ce que je lui dois.

1. Cependant, pendant ce temps. Tandis ne s^emploie plus adverbialemi

^ 2. « Faire office de douleur n'est plas français, et je ne sais s'il l'a jan

été : on dit familièrement faire office d'ami, office de serviteur^ o/

d'Aomme intéressé; mais non of/ice de douleur et de jote. » (Voltaire.)

3, Que c'est, pour ce que c'est^ est un \aXimsmfe (i^ »UV

HOBACE.

Rome nVn veut point yoir après de tels exploits, Et nos deux frères morts dans le malheur des armes Sont trop payés de sang pour exiger des larmes : Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu.

CAMILLE

Puisqu'ils sont satisfaits par le sang épandu. Je cesserai pour eux de paraître affligée, Et j'oublierai leur mort que vous avez vengée. Mais qui me vengera de celle d'un amant. Pour me faire oublier sa perte en un moment?

HOBACE.

Que dis-tu, malheureuse?

CAMULB.

0 mon cher Curiace!

HOBACE.

0 d'une indigne soeur insupportable audace!

D*un ennemi public dont je reviens vainqueur,

Le nom est dans ta bouche, et l'amour dans ton cœurt

Ton ardeur criminelle à la vengeance aspire.

Ta bouche la demande, et ton cœur la respire!

Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs.

Ne me fais plus rougir d'entendre tes soupirs :

Tes flammes désormais doivent être étouffées,

Bannis-les de ton âme, et songe à mes trophées;

Qu'ils soient dorénavant ton unique entretien.

CAMILLE

Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien ; Et, si tu veux enfin que je t'ouvre mon âme. Rends-moi mon Curiace ou laisse agir ma flamme. Ma joie et mes douleurs dépendaient de son sort. Je l'adorais vivant, et je le pleure mort.

Ne cherche plus ta sœur où tu l'avais laissée ; Tu ne revois en moi qu'une amante offensée. Qui comme une Furie attachée à tes pas Te veut incessamment reprocher son trépas. Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes. Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes, Et que jusques au ciel élevant tes exploits Moi-même je le tue une seconde fois!

Puissent tant de malheurs accompagner ta vie. Que tu tombes an point de me porter envie! Et toi bientôt souiller par quelque lâcheté Cette gloire si chère à ta brutalité!

HOBACE.

0 ciel! qui vit jamais une pareille ragel Croiê-tu don que Je sois insensible à VouinLi^Q't

116 WX-SEPTIEME SIÈCLE

Que je souffre en mon saug ce mortel déshonneur? Aime, aime celte mort q[ui fait nôtre bonheur; , Et préfère du moins au souvenir d'un homme Ce que jdoit ta naissance aux intérêts de Rome.

CAMILLÇ.

Rome, Tunique objet de mon ressentiment!

Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant!

Ron>e qui t'a vu naître et que ton cœur adore!

Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore!

Puissent, tous ses voisins, ensemble conjurés,

Saper ses fondements encor mal assurés!

Et, si ce n'est assez de toute l'Italie,

Que l'Orient contre elle à l'Occident s'allie;

Que cent peuples unis des bouts de l'univers

Passent pour la détruire et les monts et les mers.

Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles.

Et de ses propres mains déchire ses entrailles;

Que le courroux du ciel allumé par mes vœux >

Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !

Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,

Voir ses malsons en cendre, et tes lauriers en poudre,

Voir le dernier Romain à son dernier soupir,

Moi seule en être cause, et mourir de plaisir!

HORACE, fnettant Vépée à la main, et poursuivant sa sœur

gui s'enfuit.

C'est trop, ma patience à la raison fait place; Va dedaqs les enfers plaindre ton Guriace!

CAMILLE, blessée^ derrière le théâtre.

Ah (traître!

, HOBACB, revenant sur le théâtre.

Ainsi reçoive un châtiment soudain Quicqnque ose pleurer un ennemi romain I

dNNA

Gînna, petît-iils du grand Pompée, aime Emilie, fille Toranius, tuteur d*Octave proscrit par son pupille. Émil quoiqu'elle aime également Ginna, ne veut consentir Tépouser que s'il la venge du meurtrier de son père.Cinn pour lui obéir, a formé une conspiration où sont entrés ] principaux citoyens de Rpme; au premier acte, il vient a prendre à Emilie les résolutions des conjurés. A peine t-il terminé son récit qu'un message de l'empereur l'appel au palais avec Ma5çime,son complice. Tous deux se croie découvert8et8'apprèienikmQ\iv\v\vci;^ k\xçviî\ft^e^\\3^tLQ

Ï>IERRE COfeNEILLÉ HT

le complot, a voulu seulement les consulter, comme ses meilleurs amis, pour savoir s'il doit ab()iquer ou conserver Tempire. Maxime lui conseille le premier parti, Glnna le second; et son avis entraîne la résolution 'du prince.

Cependant Maxime, apprenant que la main d'Emilie, lu'ilaime aussi, doit être la récompense de la mort d'Aujuste, va, par jalousie, révéler la conspiration. L'empereur ^dant au conseil de Livie, sa femme, se détermine à user le clémence : il fait venir Ginna, l'accable des preuves du complot et du souvenir de ses bienfaits; et quand Cinna confondu n'attend que le supplice, Auguste lui pardonne linsiqu'à ses complices, et l'unit à Emilie, dont la haine ![aincue cède enfin à cette royale clémence ^.

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