Acte I, Scène III. — CINNA, ^EMILIE, FULVIE
iEMlLIB.
Cinna, votre assemblée Par Peffroi du péril n'est-elle point troublée? Et reconnaissez- vous au front de vos amis Qu'ils soient prêts à tenir ce qu'ils vous ont promis
ClNNA.
Jamais contre un tyran entreprise conçue Ne permit d'espérer une si belle issue ; Jamais de teUe ardeur on n'en jura la mort, Et jamais conjurés ne furent mieux d'accord; Tous s'y montrent portés avec tant d'allégresse Qu'ils semblent, comme moi, servir une maltresse; Et tous font éclater un si puissant courroux Qu'ils semblent tous venger un père, comme vous.
V JEMJJAS»
Je l'avais bien prévu, que pour un tel ouvrage Ginna saurait choisir des hommes de courage, Et ne remettrait pas en de mauvaises mains L'intérêt d'iËmilie et celui des Romains.
1. L'aventure de Gnna est rapportée par Sénëqae, de la- Clémence^ rre I, eh. xr. Suétone, dans sa biographie d'Auguste, n'en dit pas un ai mot. 11 est donc possible que Sénèque Tait inventée. « Mais, vraie : fausse, dit Voltaire, cette clémeace d'Augaste est un des plus nobles jets de tragédies, une des plus belles instructions i^oxit V^% ^\v^^^<^. !st une graoàc. ieçqa de mœurs; c'est, ^. moa aVis^Y^ cXi<^l-^v£.^^\^^^ 'aeUJ^ malgré queiqaes défauts, »
CINKA.
Plût aux dieux que vous-même eussiez vu de quel zèle
Cette troupe entreprend une action si belle!
Au seul nom de César, d'Auguste, et d'empereur,
Vous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur.
Et dans un même instant, par un effet contraire,
Leur front pâlir d'horreur et rougir de colère.
« Amis, leur ai-je dit, voici le jour heureux
Qui doit conclure enfin nos desseins généreux ^;
Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome,
Et son salut dépend de la perte d'un homme, -
Si l'on doit lé nom d'homme à qui n'a rien d'humain,
A ce tigre altéré de tout le sang romain.
Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues!
Combien de fois changé de partis et de ligues,
Tantôt ami. d'Antoine, e,t tantôt ennemi.
Et jamais insolent ni cruel à demi! »
Là, par un long récit de toutes les misères Que durant notre enfance ont enduré nos pères, Renouvelant leur haine avec leur souvenir. Je redouble en leurs cœijrs l'ardeur de le punir, Je leur fais des tableaux de ces tristes batailles Où Rome par ses mains déchirait ses entrailles, Où l'aigle abattait Taigle, et de chaque côté Nos légions s'armaient contre leur liberté; Où les meilleurs soldats et les chefs les plus braves Mettaient toute leur gloire à devenir esclaves; Où, pour mieux assurer la honte de leurs fers, Tous voulaient à leur chaîne attacher l'univers, Et l'exécrable honneur de lui donner un maître ' Faisant aimer à tous l'infâme nom de traître, Romains contre Romains, parents contre parents. Combattaient seulement pour le choix des tyrans.
J'ajoute à ces tableaux la peinturé effroyable De leur concorde impie, affreuse, inexorable. Funeste aux gens de bien, aux riches, au sénat. Et, pour tout dire enfin, de leur triumvirat; Mais je ne trouve point de couleurs assez noires Pour en représenter les tragiques histoires. Je les peins dans le meurtre à l'envi triomphants^ Rome entière noyée au sang de ses enfants : Les uns assassinés dans les places publiques, Les autres dans le sein de leurs dieux domestiques ; Le méchant par le prix au crime encouragé. Le mari par sa femme en son lit égorgé ;
/. ûûnc/urâ, qae VolisiiTeitoixs^ \mpro]^re, est gris ici dans Tacce if a latia conclwùre^ achever.
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Le fiU tout dégouttant du meurtre de son père. Et, sa tête à la main, demandant son salaire, Sans pouvoir expr mer par tant d'horribles traits Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix.
Vous dirai-je les noms de ces grands personnages Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir les courages, De ces fameux proscrits, ces demi-dieux mortels, Qu'on a sacrifiés jusque sur les autels? Mais pourrais-je vous dire à quelle impatience, Â quels frémissements, à quelle yiolence, Ces indignes trépas, quoique mal figurés, Ont porté les esprits de tous nos conjurés? Je n'ai point perdu temps, et voyant leur colère Au point de ne rien craindre, en état de tout faire, J'ajoute en peu de mots : « Toutes ces cruautés, La perte de nos biens et de nos libertés, Le ravage des champs, le pillage des -villes, Et les proscriptions, et les guerres civiles, Sont les degrés sanglants dont Auguste a fait choix Pour monter sur le trône et nous donner des lois. Mais nous pouvons changer un destin si funeste, Puisque de trois tyrans c'est le seul qui nous reste, Et que, juste une fois, il s'est privé d'appui, Perdant, pour régner seul, deux méchants comme lui : Lui mort, nous n'avons point de vengeur ni de mattre; Avec la liberté Rome s'en va renaître; Et nous mériterons le nom de vrais Romains, Si le joug qui l'accable est brisé par nos mains. Prenons l'occasion tandis qu'elle est propice : Demain au Capitole il fait un sacrifice; Qu'il en soit la victime, et faisons en ces lieux Justice à tout le monde, à la face des dieux : Là, presque pour sa suite il n'a que notre troupe; C'est de ma main qu'il prend et l'encens et la coupe^ Et je veux pour signal que cette même main Lui donne, au lieu d'encens, d'un poignard dans le sein. Ainsi d'un coup mortel la victime frappée Fera voir si je suis du sang du grand Pompée; Faites voir après moi si vous vous souvenez Des illustres aïeux de qui vous êtes nés. » A peine ai-je achevé, que chacun renouvelle. Par un noble serment, le vœu d'être fidèle. L'occasion leur plaît, mais chacun veut pour soi L'honneur du premier coup, que j'ai choisi pour moi. La raison règle enfin l'ardeur qui les emporte : Maxime et la moitié s'assurent de la porte; L'autre moitié me suit et doit l'environner. Prête au momdpe signal que je voudrai donti«tl Voila, balle Emilie, à quel poiat nous «n wmm^*
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Demain, j^attends la haine ou la faveur des bonimes,
Le nom de parricide, ou de libérateur,
César celui de prince, où d'un usurpateur.
Du succès qu'on obtient contre la tyrannie
Dépend ou notre gloire ou notre ignominie;
Et le peuple, inégal à l'endroit des tyrans,
S'il les déteste morts, les adore vivants.
Pour moi, soit que le ciel me soit dur ou propice,
Qu'il m'élève à la gloire, ou me livre au supplice,
Que Rome se déclare ou pour ou contre nous,
Mourant pour vous servir tout me semblera doux.