‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 62 sur 232 · ALBIN · texte numérisé non relu

ALBIN

PAULINE

Qui de vous déiix aujourd'hui m'assassine? Soni-ce tous deux ensemble, ou chacun à son tour? Ne pourrais-je fléchir la nature ou l'amour? Et n^obtiendrai-je rien d'un époux ni d'un père?

Hux.

Parlez à votre époux*

polVeUcte.

Vivez avec Sévère :

PAULINE

Tj'gre, assassitte-moi du moina aana m'outrager.

POLVElîClB.

Mon amour, par pitié, clierc\ié 5t ^oms sto^\tt>%«t\

t>IEtiRË CORNEILLE 14à

H voit quelle douleur dans l'âme vous possède, Et sait qu'un autre amour en est le seul remède. Puisqu'un si grand mérite a pu vous enflammer, Sa présence toujours a droit de vous charmer : Vous l'aimiez, il vous aime, et sa gloire augmentée..* ^

PAULINE

Que t'ai-je fait, cruel, pour être ainsi traitée, Et pour me reprocher, au mépris de ma foi. Un amour si puissant que j'ai vaincu pour toi? Vois, pour te faire vaincre un si fort ad versai re» Quels efforts à moi-même il a fallu me faire ; Quels combats j'ai donnés pour te donner un cœur Si justement acquis à son premier vainqueur; Et si l'ingratitude en ton cœur ne domine, Fais quelque effort sur toi pour te rendre à Pauline : Apprends d'elle à forcer ton propre sentiment ; Prends sa vertu pour guide en ton aveuglement; Souffre que de toi-même elle obtienne ta vie, Pour vivre sous tes lois à jamais asservie. Si tu peux rejeter de si justes désirs, Hegarde au moins ses pleurs, écoute ses soupirs;^ Ne désespère pas une âme qui t'adore.

POLTEUCTE.

Je vous l'ai déjà dit, et vous le dis encore t

Vivez avec Sévère, ou mourez avec moi.

Je ne méprise point vos pleurs, ni votre foi )

Mais de quoi que pour vous notre amour m'entretienne»

Je ne vous connais plus, si vous n'êtes chrétienne.

C'en est assez, Félix, reprenez ce courroux, Et sur cet insolent vengez vos dieux, et VouSé

PAULINE

Âh i mon père, son crime à peine est pardonnable ;

Mais s'il est insensé, vous êtes raisonnable.

La nature est trop forte, et ses aimables traits

Imprimés dans le sang ne s'effacent jamais :

Un père est toujours père, et sur cette assurance

J'ose appuyer encore un reste d'espérance. Jetez sur votre fille un regard paternel :

Ma mort suivra la mort de ce cher criminel ;

Et les dieux trouveront sa peine illégitime,

Puisqu'elle confondra l'innocence et le crimCi

Et qu'elle changera^ par ce redoublement»

En injuste rigueur un juste châtiment;

Nos destins^ par vos mains rendus inséparables^

Nous doivent rendre heureux ensemble, ou mi6érabV^'& .

Et vous serieja cruel juàquei au dernier point . SI vous désuDÎssies ce que vous av62 joinl4 Un cœur à l'autre uni Jamais ne se relire,

444 DIX-SEPTifeME SIÈCLE*

Et pour l'en séparer il faut qu'on le déchire. Mais vous êtes sensible à mes justes douleurs, Et d'un œil paternel vous regardez mes pleurs

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