Scène V. — FÉLIX, PAULINE, ALBIN
PAULINE 1
Père barbare, achève, achève ton ouvrage : Cette seconde hostie ^ est digne de ta rage ; Joins ta fille à ton gendre; ose : que tardes-tu? Tu vois le même crime, ou la même vertu : Ta barbarie en elle a les mêmes matières. Mon époux en mourant m*a laissé ses lumières ; Soii sang, dont tes bourreaux viennent de me couvrir, W& dessillé les yeux, et me les vient d'ouvrir. Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée : De ce bienheureux sang tu me vois baptisée ; î
Je suis ehrétienne enfin, n'est-ce* point assez dit? Conserve en me perdant ton rang et ton crédit;
1. Félix et Albin sont seuls restés en scène. Pau\me ^ %\im ^Qjw^svvrv^ et Ta vu mourir; elle reparaît transfigurée par la grôice, — ^. Hosl\e\C^^ fifos en usage; U ùe nous reste que victime^
VMMOOEOT, ^
Redoute Tempereur, appréhende Sévère :
Si tu ne veux périr, ma perte est nécessaire.
Polyeucte m*appelle à cet heureux trépas;
Je vois Néarque et lui qui me tendent les bras.
Mène, mène-moi voir tes dieux que je déteste :
Ils n*en ont brisé qu'un, je briserai le reste.
On m'y verra braver tout ce que vous craignez,
,Ce& foudres impuissants qu'en leurs mains vous peignez,
Et saintement rebelle aux lois de la naissance,
! Une fois envers toi manquer d'obéissance.
Ce n'est point ma douleur que par là je fais voir;
C'est la grâce qui parle, et non le désespoir.
Le faut-il dire encor, Félix? je suis chrétienne !
Affermis par ma mort ta fortune et la mienne;
Le coup à l'un et l'autre en sera précieux,
Puisqu'il t'assure en terre en m'élevant aux cieux.
NXGOHÉDE
Après Cinna et Polyeucte, Corneille ne pouvait plus grandir; il ne pouvait que varier et multiplier ses productions. Dans Nicomède (1651) il essaya parun hardi mélange du fa« milier et du sublime d'ouvrir à Tironie les portes de la tragédie . Par le contraste du faible Prusias avec son fils le prince Nicomède, il traça, un tableau saisissant de Tavilissement des rois soumis à la puissance de Rome. La grandeur .^ morale du héros, l'admiration qu'elle inspire, sont ici le principal, Tunique ressort dramatique.
a Voici, dit le poète dans la préface de cette tragédie, voici une pièce d'une constitution assez extraordinaire : aussi est-ce la vingt et unième que j'ai fait voir sur le théâtre; et, après y avoir fait réciter quarante mille vers, ^st bien malaisé de trouver quelque chose de nouveau,lRs s'écarter un peu du grand chemin, et se mettre au hasard de s'égarer. La tendresse et les passions, qui doivent être l'âme des tragédies, n'ont aucune part en celle-ci : la grandeur de courage y règne seule, et regarde son malheur d'un œj'J SI dédaigneux qu'il n'en saurait arracher une plainte. Elle y est combattue par la poViiiqMe^ ôl lOo^^o^^^^^^^xVv
PIEftRE CORNEILLE 147
fices qa*une prudence généreuse, qui marché à visage découvert, qui prévoit le péril sans s'émouvoir, et ne veut point d'autre appui que celui de sa vertu, et de Tamour qu'elle imprime dans les cœurs de tous les peuples. L'histoire qui m'a prêté de quoi la faire paraître en ce haut degré est tirée dé Justin ; et voici comme il la raconte à la fin de son trente-quatrième livre :
c En même temps Prusias, roi de Bithynie, prit dessein (}e faire assassiner son fils Nicomède, pour avancer ses autres fils, qu'il avait eus d'une autre femme, et qu'il faisait élever à Rome ; mais ce dessein fut découvert à ce jeune prince par ceux même qui l'avaient entrepris; ils firent plus, ils l'exhortèrent à rendre la pareille à un père si cruel, et à faire retomber sur sa tête les embûches qu'il lui avait préparées, et n'eurent pas grande peine à le persuader. Sitôt donc qu'il fut entré dans le royaume de son père, qui l'avait appelé auprès de lui, il fut proclamé roi ; et Prusias, chassé du trône, et délaissé même de ses domestiques, quelque soin qu'il prît à se cacher, fut enfin tué par ce fils, et perdit la vie par un crime aussi grand que celui qu'il avait commis en donnant les ordres de l'assassiner. »
c J'ai ôté de ma scène l'horreur d'une catastrophe si barbare, et ï^i donné ni au père ni au fils aucun dessein de parricide. J'ai fait ce dernier amoureux de Laodice, afin que l'union d'une couronne voisine donnât plus d'ombrage aux Romains, et leur fît prendre plus de soin d'y mettre un obstacle de leur part. J'ai approché de cette histoire celle de la mort d'Ânnibal, qui arriva un peu auparavant chez ce même roi, et dont le nom n'est pas un petit ornement à mon ouvrage. J'en ai fait Nicomède disciple, pour lui prêter plus de valeur et plus de fierté contre les Romains ; et prenant l'occasion de l'ambassade où Plaminius fut envoyé
, par eux vers ce roi, leur allié, pour demander qu'on remît entre leurs mains ce vieil ennemi de leur grandeur, je l'ai chargé d'une commission secrète de traverser ce mariage, qui leur devait donner de la jalousie. J'ai fait que pour gagner l'esprit de la reine, qui,, suivant l'ordinaire dft^^^condes femmes, avait tout pouvoir sur celui de ftOTLN\fôv«.
mari, il lai ramène un de ses fils, que mou auUuv tel a^-
DIXtSEPTIÈME SrÈCLG
pi^end avoir été nourri à, Rome. Cela fait deux effets ; car,l^ d'un eôté, il obtient la perte d'Anmbal par le moyen decette mère ambitieuse ; et, de Tautre, il oppose à Nicomèdâ; un rival appuyé de toute la faveur des Romains, jaloux de sa gloire et de sa grandeur naissante.... v
.((Pour la an, je Tai réduite en sorte que tous mes person* i nages y agissent avec générosité, et que les uns rendant oe^ qu'ils doivent à la vertu, et les autres demeurant dans la fermeté de leur devoir, laissent un exemple assex illustroi et une conclusion assez agréable. »