‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 66 sur 232 · NICOMÈDE · texte numérisé non relu

NICOMÈDE

. La place à l'emporter coûterait bien des têtes, Seigneur : ce conquérant garde bien ses conquêtes. Et l'on ignore encor parmi ses ennemis L'art de reprendre un fort qu'une fois il a pris.

ATTALE

Celui-ci toutefois peut s'attaquer de sorte

Que, tout vaillant qu'il est, il faudra qu'il en sorte,

LAODICE

Vous pourriez vous méprendre.

ATTALE

LAODICB. ,.

- Le roi, juste' et prudent, ne veut que ce quMl peut.

ATTALE

Et que ne peut ici la grandeur souverdne?

lAODICS.

Ne parlez pas si haut : s*il est roi, je suis reine; Et vers moi tout Teffort de son autorité N*agit que par prière et par civilité.

ATTALE

Non; mais agir ainsi souvent c'est beaucoup dire Aux reines comme vous qu'on voit dans son empire; Et si ce n'est assez des prières d'un roi, Rome qui m'a nourri vous parlera pour moi,

NICOMÈDB.

Romet seigneur.

ATTALE

Oui, Rome; en ètes-vous en doute?

NICOHÈDE.

Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous écoute; Et si Rome savait de quels feux vous brâlez, Bien loin de vous prêter l'appui dont vous parlez; Elle s'indignerait de voir sa créature '- ' ^

A réclat de son nom faire une telle injure, Et vous dégraderait peut- être dès demain Du titre glorieux de citoyen romain.

Vous Pa-t-elle donné pour mériter sa haine, En le déshonorant par l'amour d'une reine? Et ne savez-vous plus qu'il n'est princes ni rois Qu'elle daigne égaler à ses moindres bourgeois ^ 7 Pour avoir tant vécu chez ces cœurs magnanimes, Vous en avez bientôt oublié les maximes. Reprenez un orgueil digne d'elle et de vous; Remplissez mieux un nom sous qui nous tremblons tous, Et sans plus l'abaisser à cette ignominie : D'idolâtrer en vain la reine d'Arménie, . Songez qu'il faut du moins, pour toucher votre cœur, La fille d'un tribun ou celle d'un préteur; '' .

Que Rome vous permet cette haute alliance, Dont vous aurait exclu le défaut de naissance, 81 l'honneur souverain de son adoption Ne vous autorisait à tant d'ambition»

Forcez, rompez, brisez de si honteuses chaînes; ! Aux roi3 qu'elle méprise abandonnez les reines,

i< Dans le temps âe Corneille, le titre de bowgeois coit^%^Qt)À^\V \ ^e çae nous atiacboiÊS aujourd'hui à celui de ciloveiv : W eu V9^X\^ ^v-

Et concevez enfla des vœux plus élevés, Pour mériter les biens qui vous sont réservés.

ATTALE

Si cet homme est à vous^ imposez-lui silence.

Madame, et retenez une telle insolence.

Pour voir jusqu'à quel point elle pourrait aller,

J'ai forcé ma colère à le laisser parler ;

Mais je crains qu'elle échappe, et que, s'il continue,

Je ne m'obstine plu^ à tant de retenue.

NICOHÉDE*.

Seigneur, si j'ai raison, qu'importe à qui je sois? Perd-elle 'de son prix pour emprunter ma voix? Vous-même, amour à part, je vous en fais arbitre. Ce grand nom de Romain est un précieux titre, Et la reine et le roi l'ont assez acheté Pour ne se plaire pas à le voir rejeté, Puisqu'ils se sont privés, pour ce nom d'importance, Des charmantes douceurs d'élever votre enfance. Dès l'âge de quatre ans ils vous ont éloigné; Jugez si c'est pour voir ce titre dédaigné, Pour vous voir renoncer, par l'hymen d'une reine, A la part qu'ils avaient à la grandeur romaine* D'un si rare trésor l'un et l'autre jaloux...

ATTALR.

* Madame, encore un coup, cet homme est-il à vous? Et pour vous divertir est-il si nécessaire Que vous ne lui puissiez ordonner de se taire?

LAODICE

Puisqu'il vous a déplu vous traitant de Romain, Je veux bien vous traiter de fils de souverain. En cette qualité vous devez reconnaître Qu'un prince votre aîné doit être votre maître, Craindre de lui déplaire, et savoir que le sang Ne vous empêche pas de différer de rang, Lui garder le respect qu'exige sa naissance. Et loin de lui voler son bien en son absence...

ATTALE

Si l'honneur d'être à vous est maintenant son bien^

Dites un mot, madame, et ce sera le mien;

Et si l'âge à mon rang fait quelque préjudice,

Vous en corrigerez la fatale injustice.

Mais si je lui dois tant en flls de souverain,

Permettez qu'une fois je vous parle en Romain.

Sachez qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait nati Pour commander aux rois, et pour vivre sans maître^ Sachez que mon amour est un. noble projet Pour éviter i 'affront de m© voix aou su\ftV\ Sachez.,,

LAODICÉ.

Je m'en doutais, seigneur, que ma couronne Vous charmait bien du moins autant que ma personne; Mais telle que je suis, et ina couronne et moi, Tout est à cet aîné qui sera votre roi ; Et s'il était ici, peut-être en sa présence Vous penseriez deux fois à lui faire une offense.

ATTALB.

Que ne puis-je l'y voir! mon courage amoureux...

mCOMÉDE.

Faites quelques souhaits qui soient moins dangereux^ Seigneur : s'il les savait, il pourrait bien lui-même Venir d'un tel amour venger Fobjet qu'il aime.

ATTALE

Insolent! est-ce enfin le respect qui m'est dû?

NICOMèDK.

Je ne sais de nous deux, seigneur, qui Fa perdu.

ATTALE

Peux- tu bien me connaître et tenir ce langage?

NtCÔMÈDË.

Je sais à qui je parle, et c'est mon avantage Que n'étant point connu, prince, vous ne savez Si je vous dois respect, ou si vous m'en devez.

ATTALE

Àh! madame, fiouffrez que ma juste colère...

LAODICE

Consultez-en, seigneur, la reine votre mère ; Elle entre.

>CÊNE m. - NICOMÉDE, ARSINOÉ, LAODICE, ATTALE,

CLÉONE

mCOHÈDE.

Instruisez mieux le prince votre fils.

Madame, et dites-lui, de grâce, qui je suis : Faute de me connaître, il s'emporte, il s'égare ; Et ce désordre est mal dans une âme si rare : J'en ai pitié.

ATTALE

Madame, c'est donc là le prince Nicomède?

NICOMèDB.

Oui, c'est moi qui viens voir s'il îavil que ie NOXi^ ç.^^^.

ATTALE

Ai/ Soigneur, excusez si, vous couualsswil tï^^*«

NICOUèOE.

Prince, faites-moi voir un plus digne rival. Si vous aviez dessein d'attaquer cette place, Ne vous départez point d'une si noble audace; Mais comme à son secours je n'amène que moi, Né la menacez plus de Rome ni du roi : Je la défendrai seul^ attaquez-la de même, Avec tous les respects qu'on doit au diadème. Je veux bien mettre à part, avec le nom d'aîné, Le rang de votre maître où je suis destiné, '<s£t nous verrons ainsi qui fait mieux un brave homme, Des leçons d'Annibal, ou de celles de Home. . Adieu, pensez-y bien, je vous laisse y rêver.

Acte II, Scène I. - PRUSIAS, ARASPE Un courtisan noircît le prince, qu'il parait vouloir excuser.

PRUSIAS

Revenir sans mon ordre, et se montrer ici!

ARASPK.

Sire, vous auriez tort d'en prendre aucun souci.

Et la haute vertu du prince Nicomède

Pour ce qu'on peut en craindre est un puissant remède;

Mais tout autre que lui devrait être suspect :

Un retour si soudain manque un peu de respect,

Et donne lieu d'entrer en quelque défiance

Des secrètes raisons de tant d'impatience.

f^, PRUSUS.

Je ne les vois que trop, et sa témérité -

N'est qu'un pur attentat sur mon autorité :

Il n'en veut plus dépendre, et croit que ses conquêtes

Au-dessus de son bras ne laissent point de têtes;

Qu'il est lui seul sa règle, et que sans se trahir

Des héros tels que lui ne sauraient obéir.

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