‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 8 sur 232 · PREMIER ASSAUT · texte numérisé non relu

PREMIER ASSAUT

Un joesdi maintin fu lor assauls atoraez et les eschieles. Et li Venisiens orent le lor appareillé par mer. Ensi fu devisiés li assaus, que les trois batailles des sept garderoient Tost par defors. Et les quatre iroient à Tassaut. Li marchis Bonifaces de Monferrat garda Tost par devers les champs, et la bataille des Champenois et des Çorgoignons, et Mahius de Mommorenci : et li cuens Baudoin de , Flandres et de Hennaut alla assaillir et la soe gent, et Henri ses frères, et li cuens Loeys de Blois et de Chartein, et li cuens Hues de Sain Pol, et cil qui à els se tenoient, aierent à Tassant et drecierent à une barbacane deux eschieles emprë la mer. Et li murs fii mult garnis d'Ânglois et de Danois, et li assaux forz et bons, et durs, et par vive force montèrent les chevalier sor les eschieles et des serjanz, et conquistrent le mur sor als : et montèrent sor le mur bien quinze, et se combatoient main à main as haches et as espëes, et cels dedenz se réconfortèrent, si les metent fors mult laidement, si que il en retindrent deux. Et cil qui furent retenu de la nostre gent, si furent menez devant Tempereor Alexis, s*en fu mult liez. Ensi remest ii assauz devers les François, et en y ot assez de bleciez, et de quassez, s'en furent mult irié li baron. Et li dux de Venise ne se fu mie obliez. Ainz ot ses nés, et ses uissiers et ses yaissiaux ordenéz d*un front. Et cil front duroit bien trois arbalestrées, et comence la rive à aprochier qui desus les murs, et estoit desoz les tors. Lors veissiez mangoniaus giter des nés et des uissiers, et quarriaus d'arbalestre traire, et ces ars traire mult delivrément, et cels dedenz défendre des murs et des tours mult durement; et les eschieles des nés aprochier si durement que en plusors leus s'entreferoient d'espées et de lances, et li huz ère si granz que il sembloit que terre et mer fundist. Et sachiez que les galles n'osoient terre prendre.

Or porroiz oïr estrange proesce, que li dux de Venise qui vialz hom ère et gote ne veoit, fu toz armez el chief de la soe gaîie, et ot le gonfanon Sain Marc par devant lui, et escrient as suens que il le meissent à terre, ou se ce non, il feroit justice de lor cors. Et il si firent que la galie prent terre, et ils saillent fors, si portent le gonfanon Sain Marc par devant lui à la terre. Et quant li Venisien voient le gonfanon Sain Marc à la terre^ et la galie lor seignor, qui ot terre prise devant als, si se tint chascuns à honni, et vont à la terre tuit. Et cil de uissiers saillent fors, et vont à la terre, qui ainz ainz, qui mielz mielz. Lors veissiez assault merveillox, et ce tesmoigne Joiïrois de Villehardouin, li mareschaus de Champaigne, qui ceste ovre tracta, de ce que plus de quarante 11 distrent por vérité, ^i/e JJ virent U gonfanon Sain Marc en une des tors, et mie ne sorent qui li porta» Or oiez estrange miracVô-, el cV\ àftÂ^tvi %'wvCvi\- ^ej2/, si gaerpissent les murs. Et cil entrent eux, qvv.v «mvi bàjûi, q^xà

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mielz mielz : si que il saisissent yingtH^inq des tors, et gamissçnt de lor gent. Et li dux,preiit un batel, si mande messages as barons de Fost, et lor fait assavoir que il avoient yingt-cinq tors et bien sachent de voir que il nel p6oent. reperdre.

Li baron sont si lié, que il nel pooient croire que ce soit voirs. Et li Venisien comencent à envoler chevaus et parlefroiz à Tost en batiaus, de cels que il avoient gaaigniez dedenz la ville. Et quant Temperères Alexis vit que il furent ensi entré dedenz la ville, si comence ses genz à envoler à si grant foison vers els. Et quant cil virent que il ne les porroient sofFrir, mistrent le feu entre els et les 6rex. Et li vens venoit devers nos genz. Et li feus si comence si grant à naistre, que li Grex ne pooient veoir nos genz. Ensi se retraistrent à lors tors que il avoieiit laissies et conquises. {De la Conqueste de Constantinopley cfa. lxxxix, xc, xci.)

TRÂDUCnOlf

Un Jeudy matin toutes choses furent disposées pour donner l'assaut et les échelles dressées. Les Vénitiens s'aprètèrent pareillement du costé de la mer : et fut arresté que des sept bataille» les trois demeureroient à la garde du camp par dehors pendant que I les quatre autres iroient à Tassant. Le marquis de Montferrat eut I la charge de garder le camp du costé de la campagne, avec la l bataille des Champenois, et des Bourguignons, et Mathieu de Montf morency; et le comte Baudouin de Flandres avec ses gens, Henry son frère, le comte Louys de Blois, le comte de Saint-Paul et leurs trouppes allèrent à Tassaut, et dressèrent leurs échelles à un avantmur, qui estoit fortement garny d'Anglois et de Danois, où ils donnèrent une rude attaque; quelques chevaliers, montans sur les échelles avec des hommes de pied, gagnèrent le mur jusques au nombre de quinze, et y combatirent quelque temps main à main» à coup de hache et d'espées; mais ceux de dedans reprenans vigueur les rechassèrent vigoureusement, et prirent deux prisonniers, qu'ils conduisirent sur-le-champ à l'empereur Alexis, lequel en témoigna beaucoup^ de joye. Ainsi cet assaut demeura sans çfTet, y ayant eu nombre de blessez et de navrez de la part des barons, ce qui leur causa un extrême déplaisir. D'autre costé, le duc de Venise et les Vénitiens ne s'endormoient point : car tous leurs vaisseaux rangez en très belle ordonnance d'un front, qui contenoit plus de trois jets d'arc, commencèrent courageusement bord à bord à approcher la muraille et les tours qui estoient le long du .rivage. Vous eussiez veu les mangoneaux et autres machines de I guerre, ajustées dessus le tillac des navires et des palandries jetter de grandes pierres contre la ville; et les traits d'arbalètes et de • flèches voler en grand nombre^ tandis que ceux de dedans se défendoient généreusement; d'autre part, les échelles (\vvv ^^\.q\%\^ lur les vaisseaux approcher si près des murs, q\\'eu ^\\x^\sv«^ W^v^lI^ les soldats eatoîent aux prises et combatloienl ëi co\ipa ^^ N^xv^a ^^» d'espée. Les crys estans si grands, qu'il sembloil q>3Lô \^ ^«^^^ ^'^

. la mer deussent fondre. Mais les galères ne sçavdent où, hy comment prendre terre.

A la vérité, c'étoit une chose presque incroyable, de voir le grand courage et la prouesse du duc de Venise en cette occasion. Car quoy qu'il fust vieil et caduc, et ne vit goutte, il ne laissa néantmoins de se présenter tout armé sur la proûe de sa galère, avec Festendart de Saint-Marc devant soy, s'écriant à ses gens qu'ils le missent à bord, sinon qu'il en feroit justice et les puniroit. Ce qni les obligea de faire tant que la galère vint au bord; et soudain saillirent dehors portans devant luy la maistresse bannière de la seigneurie : que les autres n'eurent pas plutost aperçue, et comme la galère de leur Duc avoit pris terre la première, que se tenans perdus d'honneur et de réputation s'ils ne le sui voient, s'approchèrent du bord nonobstant tous périls et empêchemens, et saillirent hors des palandries à qui mieux mieux, et donnèrent un furieux assaut, durant lequel arriva un cas merveilleux, qui fut attesté à Geoffroy de Villehardouin, mareschal de Champagne, par plus de quarante, qui lui asseurèrent avoir apperçu le gonfalon de Saint- Marc arboré au haut d'une tour, sans qu'on sçeust qui l'y avoit porté : ce que veu par ceux de dedans, ils quittèrent la muraille, et les antres entrèrent en foulle, et s'emparèrent de vingt-cinq tours, qu'ils garnirent de leurs soldats. En mesme temps, le duc dépécha un bateau aux barons de l'armée, pour leur faire entendre comme ils s'estoient rendus maistres de ces vingt-cinq tours, et ^

V qu'il n'estoit pas bien aisé de les en déloger. ''

Les barons furent tellement surpris de joye de cette nouvelle, qu'à peine la pouvoient-ils croire : mais les Vénitiens, pour la leur confirmer, leur envoyèrent en des batteaux nombre de chevaux et de palefroiz de ceux qu'ils avoient desjà gagnez dans la ville. Quand l'empereur Alexis les vit ainsi entrez dans Constantinople, et s'estre emparez des tours, il y envoya une bonne partie de ses trouppes pour les en déloger. Lors les Vénitiens, voyans qu'ils ne les pourroient souffrir à la longue, mirent le feu aux prochains édifices d'entre eux et les Grecs, qui estoient au-dessous du vent, qui chassoit d'une telle impétuosité vers eux, qu'ils ne pbuvoient plus rien voir au devant; et ainsi les Vénitiens retournèrent à leurs tours qu'ils avoient conquises, et puis abandonnées. (Ducange.)

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