‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 19 sur 56 · CHERCHONS SECOURS EN SA GRÂCE · texte numérisé non relu

CHERCHONS SECOURS EN SA GRÂCE

Après les préliminaires, on dictera ici quelques paroles très concises, destinées à représenter la fin et la restriction des êtres existants, et cela en abrégé et d'une manière générale et non en détail et d'une façon particulière, car alors on ne pourrait pas s'imaginer ce qu'est la fin. Le rapport de la spéculation est pour faire comprendre ce sujet à celui qui a un cœur ' simple. Ce traité porte le titre de Nihàyèt-nâmè (livre des fins) et comprend deux discours préliminaires et une conclusion.

Premier discours préliminaire.

Par le raisonnement, la raison et les arguments fournis par la spéculation philosophique, les êtres existants sont de deux sortes, en ce que, pour exister, ils ont ou non besoin d'un autre être. S'ils n'en ont pas besoin, cet être est celui dont l'existence est indispensable (qu'il soit exalté et sanctifié!); il est dépouillé et affranchi, au point de vue de sa personne, des contradictions de l'essence et des attributs de l'accident. S'ils en ont besoin, c'est l'être dont l'existence est possible; cet être est de deux sortes en tant qu'il existe

• Allusion au nom de Fazl-ullah. * Allusion à Qor. L, 36.

g6 LE LIVRE DES FINS.

par soi, ou non. S'il existe par soi, ou l'appelle essence de la personne; s'il ne l'est pas, on le nomme attribut et accident.

L'essence de la personne est de deux genres, en tant qu'elle peut recevoir une indication sensible, ou non; si elle peut recevoir une indication sensible, on l'appelle corps, et possédant un libre arbitre; si elle ne le peut, c'est une partie du corps qu'en langage philosophique on appelle matière et forme.

On dit: La matière est le lieu de la forme. La matière et la forme sont chacune de deux espèces, en tant que la forme sort de la matière, ou non, et qu'elle est associée [à la matière], ou non. Si elle cesse, tout en étant associée à la matière, on l'appelle matière des éléments et forme des corps; sinon, on la nomme matière des sphères célestes et forme de l'espèce.

Si elle ne peut pas recevoir d'indication et n'est pas une partie du corps, elle est, pour les philosophes, de deux sortes, selon qu'elle dépend des corps par une disposition, préméditée, ou non. Si elle dépend des corps par une disposition préméditée, on l'appelle âme raisonnable ; sinon, c'est la raison. Néanmoins, certains maîtres du monde rationnel la considèrent comme divisée en trois parties; ils appellent la première „essences des personnes isolées spirituelles"; les âmes raisonnables et les raisons sont composées au moyen de ces essences, par rapport au corps; cette analogie est la plus rapprochée de l'examen approfondi, ainsi que ce sera dévoilé dans le second discours préliminaire.

Les corps sont ou simples, ou composés. Le corps simple est celui qui n'est pas le lieu de forces différentes et n'a pas de parties constitutives contraires les unes aux autres. Il peut être ou supérieur, ou inférieur. On appelle les corps supérieurs sphères célestes, au nombre de neuf, parce que leurs mouvements, qui indiquent leur existence, sont au nombre de neuf. La neuvième sphère, qui n'est le lieu d'au-

cune étoile, s'appelle sphère glabre et unie; la huitième, qui est le lieu des étoiles fixes et possède les figures des constellations zodiacales, s'appelle zodiaque et sphère des étoiles fixes. Les sept autres sphères, dont chacune n'a pas plus d'une planète, portent le nom de la planète qui y est installée.

Les corps inférieurs s'appellent éléments; ce sont, de haut en bas, le feu, l'air, l'eau, la terre.

Le corps composé est celui qui est le lieu de forces différentes et dont les parties constitutives sont contraires les unes aux autres; il se divise en trois règnes, le minéral, le végétal et l'animal; chacun de ces règnes se subdivise en deux; ainsi, le minéral peut être précieux ou non, le végétal portant des fruits ou non, l'animal raisonnable ou non. Chacune de ces subdivisions se partage encore en parties diverses; ainsi le raisonnable peut être parfait ou imparfait, le non raisonnable peut être noble ou ignoble. Il serait trop long d'expliquer en détail ces diverses sortes, tandis que nous sommes tenus d'être courts.

Ce qui n'existe pas par soi-même quand on le sépare de son essence et de sa substance, comme la chaleur du feu et l'humidité de l'eau, c'est parce que, au point de vue des maîtres de l'examen approfondi, les attributs sont identiques à l'essence même; car s'il en était autrement, il faudrait que la chaleur pût être séparée du feu, l'humidité de l'eau, et qu'ainsi on puisse trouver du feu [sans chaleur] et de l'eau [sans humidité], ce qui est impossible.

Deuxième discours préliminaire.

Par suite de l'accord de la raison et de l'examen, chaque espèce de celles qui viennent d'être mentionnées, essences et substances isolées spirituelles et leurs combinaisons, corps simples, leurs parties constitutives et leurs combinaisons, embrasse ce que précédemment elle embrassait en apparence, plus quelque chose qui se manifeste en elle. Par exemple,

l'âme raisonnable contient la raison, plus son attachement aux corps par les dispositions qu'elle prend et l'usage qu'elle en fait; la raison embrasse les substances et les essences isolées, plus le discernement entre l'utilité et la nocivité. Ces substances isolées spirituelles embrassent la fixité, la durée, et la continuité de l'existence dans le passé et dans l'avenir (c'est ainsi que Dieu a dit: „Et je soufflai en lui un peu de mon souffle" '), plus une numération simple qui entraîne l'apparition et la manifestation.

Chacun des corps supérieurs se compose de matière et de forme co-associées, plus de mouvement et d'une qualité qui lui est particulière. Les quatre éléments se composent en résumé de matière et de forme corporelle sur les sphères célestes, plus leur propre nature. Le minéral se compose d'éléments et d'une force qui conserve ceux-ci dans la forme de minéral. Le végétal se compose de tout ce qui forme le minéral, plus sa propre force. L'animal se compose de tout ce qui entre dans la composition du végétal, plus la force de la sensation et du mouvement libre. L'animal raisonnable se compose de tout ce qui fait l'animal non raisonnable, plus la force de comprendre isolément les essences des êtres isolés spirituels, et la possibilité de composer ceux-ci, par l'intellect et la parole, au moyen du discernement et des dispositions qu'il prend. En réalité, chaque composition de ces êtres isolés spirituels est un esprit si l'on considère son illumination, une raison si l'on tient compte de son discernement, une âme si l'on regarde les plans qu'elle forme. Ce qu'on entend par esprit composé, c'est cet esprit auquel s'applique absolument le nom de création (c'est ainsi que le Prophète a dit: „I1 a créé les âmes, etc."), et non l'esprit joint ^, qui est l'attribut éternel de Dieu (qu'il soit

> Qor. XV, 29 et XXXVIII, 72.

* A'oti/i-i /?(?// est l'esprit quî se rattache à un autre par voie de dépen-

exalté!); il est spécial à l'homme parfait complété, qui comprend un être parfait non complété, plus la force du perfectionnement, les capacités et le mérite qu'il en retire.

Des arguments tirés de la raison et de l'aide fournie par l'examen, il devient clair, au moyen de cette règle fixe que chacune de ces espèces se compose de ce qui la formait précédemment, plus une qualité qui s'y ajoute, que tout ce qui se trouve dans l'homme, se trouvait et se trouve dans l'animal, plus une qualité à ajouter, comme nous venons de le dire; mais il faut se guider par analogie d'après les essences isolées spirituelles et les substances corporelles simples et composées, et il faut savoir que l'homme, étant donné qu'il est un animal raisonnable, est vivant, à l'esprit éveillé, doué de discernement et d'un esprit organisateur; il n'est point désigné par une allusion sensible ; il n'est point une partie d'un corps; étant donné aussi qu'il est une forme et une figure, il est un corps composé des quatre éléments, et pour ce motif également, il est matière et forme; étant matière et forme, il est un corps supérieur. Donc, en réalité, l'homme, c'est-à-dire l'homme complété, qui embrasse tous les degrés, est une forme rationnelle et sensible composée d'essences et de substances isolées simples, spirituelles, composées, illuminées, douées de discernement, et pouvant organiser les corps simples, et d'essences composées corporelles assemblées et constituées. Tout attribut quelconque, tout accident qui en puissance et en acte a été et est d'entre les essences et les substances supérieures et inférieures, est indiqué par l'assemblage de sa composition; en réalité, d'un

dance; car iiâfa désigne, en philosophie, la relation qui existe entre deux choses dites telles par rapport Tune à Tautre, comme, par exemple, plus grand et plus petit, père et fils, maître et esclave. V'oir Munk, Maïmonide^ Guide des égarés^ t. I, p. 200, note l. De là vient qu'on a traduit le français âme damnée par roùh-i izâ/î. Mais ici cette expression s'applique au Créateur, dont l'esprit est avec celui des hommes dans la relation de maître à esclave.

côté ils sont tous les moyens et les organes de son apparition et de sa manifestation, d'un autre côté ils sont une de ses parties constitutives, et de l'autre enfin ils lui sont identiques, et tous ont le visage dirigé vers lui. Par exemple, les sphères célestes qui tournent autour du globe terrestre dans une orbite circulaire, si elles n'étaient pas des amantes à la recherche d'un but et d'un objet aimé, leur mouvement serait vain ; et si leur moteur est différent d'elles-mêmes, et si ce moteur n'avait pas en vue, en les mettant en mouvement, un but et un objet cherché, cela serait aussi inadmissible. Il ne reste donc qu'une alternative, c'est que le but de la gyration et de l'influence des sphères célestes et des planètes sur les substances simples inférieures et sur le mélange de leurs natures contraires, est l'apparition de l'existence de l'homme complété. Le prophète a dit: „J'étais un trésor caché; je voulus être connu, et je créai la création pour être connu".

Assurément l'agent a, pendant l'acte, un regard sur la cause finale; et si un regard tombe juste, ce qui est accident et pouvant être séparé des substances et des essences, est en considération de l'apparition et non de l'état latent; par exemple, l'homme, qui est écrivain en puissance, n'est pas cessant (ne cesse pas de continuer d'exister); donc l'écriture en acte est la manifestation de l'écriture en puissance, phénomène qui se produit par la volonté et la puissance de l'homme qui lui permettent de produire ce phénomène par l'emploi de moyens et d'organes qui étaient latents chez le premier moteur qui est également l'homme, pour apparaître [ensuite].

La conclusion de ce discours préliminaire, c'est que, soit en puissance, soit en parole, aucun accident ne cesse d'être attaché aux substances. Ce qui ajoute encore de la force à cette discussion, c'est qu'au point de vue absolu et en résumé, jamais les substances n'existent et ne peuvent exister sans

LE LIVRE DES FINS. lOI

accidents, parce qu'aucune réalité n'existe, n'a existé et n'existera sans une forme.

Un argument décisif qui prouve cette explication, c'est que tous les théologiens et les unitaires disent d'un commun accord que le Créateur (que son nom soit exalté!) sera vu, le jour de la résurrection, dans la forme qu'il voudra; les maîtres de la science et de la spéculation philosophique auront l'honneur de voir son visage. Dieu nous garde de cet individu qui s'est dévoilé à sa personne (qu'elle soit exaltée et sanctifiée loin des contradictions du possible, des nécessités essentielles et des changements d'accidents!); mais bien plus, sa manifestation peut avoir lieu sous une forme, des attributs et des noms personnels, du rang de primauté et d'invisibilité au rang de finalité et de visibilité. Quoique les quatre rangs soient différents par leurs noms et leurs significations lexicographiques, toutefois le maître des rangs est de toutes façons unique, ainsi que Dieu l'a dit: „I1 est le premier et le dernier, le patent et le latent" '.

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