‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 21 sur 56 · QUE SA GRÂCE NOUS SOIT EN AIDE · texte numérisé non relu

QUE SA GRÂCE NOUS SOIT EN AIDE

On demande, à propos du sens de ce verset: »Toute chose périra, sauf sa face" ', s'il faut entendre que le paradis et l'enfer disparaîtront aussi, alors que tout ce dont l'éternité future est certaine ne saurait périr, et que l'expression: „Ses aliments sont inépuisables" a été employée pour les qualifier. L'une des paroles du prince des croyants, *^Alî (que le salut soit sur lui !), qui traite du paradis, dit ceci: „I1 aura des degrés qui se dépassent les uns les autres, des demeures superposées; ses délices seront ininterrompues, celui qui y habitera ne le quittera plus, celui qui y séjournera éternellement n'éprouvera pas de décrépitude, celui qui y demeurera ne sera pas désespéré"; or tout cela indique la pérennité et l'absence de disparition du paradis. Voici la réponse: Le sens de périr, dans le verset du Qorân allégué ci-dessus, n'est point la venue du néant et l'entrée en scène de l'anéantissement, ni que la disparition et l'anéantissement se produisent pour lui, mais bien que tout ce qui est en dehors de Dieu est périssable, parce que son existence est seulement possible; et tout être dont l'existence est seulement possible est celui qui la doit à un autre, dont l'existence est indispensable; donc, sans s'occuper de l'existence de cet autre, le possible, dans la limite de son

« Qor. XIII, 35.

essence, est périssable. Ce qui le prouve, c'est que les attributs de Dieu sont en dehors de Dieu, bien que la survenance du néant ne puisse pas les atteindre, tandis que si, dans le verset allégué, le sens de périr était la production et la survenance de l'anéantissement, les attributs de Dieu devraient périr, ce que personne ne prétend. Mais que les attributs soient en dehors de Dieu, c'est que le sens du mot „essence" et celui du mot «attributs" ont une certaine différence extérieure entre eux, sinon, les attributs seraient identiques à l'essence, puisque le mot „essence" est une expression qui désigne ce dont on donne un rapport vrai sans acception d'autrui, tandis que le mot „attributs" indique ce qu'on sait bien et dont on donne un rapport avec acception d'autrui, qui est cette essence. Donc, en résumé, il y a une légère différence entre la définition de l'essence et celle des attributs; c'est ce qu'on appelle ma sawà, avec cette acception.

Lorsque les Mo^^tazilites réfléchirent à la signification de ce verset: „Toute chose périra, sauf sa face", ils dirent que le paradis et l'enfer ne sont pas encore créés actuellement; leur argument était le même que celui du verset: „les aliments y seront inépuisables", parce que, si le paradis était créé, il faudrait qu'il soit soumis à la disparition; or le sens implicitement contenu dans l'idée de pérennité des aliments empêcherait d'admettre qu'il est périssable; c'est pourquoi ils ont adopté l'opinion qu'il n'est pas encore créé, et de là vient que les Sunnites ont admis la croyance suivante: „Le paradis et l'enfer sont tous deux créés [actuellement], contrairement à l'opinion des Mo'^tazilites". A cause du doute provoqué par les Mo^tazilites, Dieu a dit à Adam: „Ô Adam, habitez, toi et ton épouse, le paradis" '. Donc, si comme [il a été dit ^] le paradis n'est pas actuellement créé, comment

' Qor, II, 33; VIT, i8. 2 Mots omis par le copiste.

Dieu aurait-il pu donner l'ordre à Adam et à Eve de l'habiter? Un autre verset qui dit: ,11 a été préparc pour les hommes pieux" et „pour les infidèles" ' et qui s'applique aux élus et aux damnés, indique également que le paradis et l'enfer sont actuellement créés et existent, parce que le mot oii^iddat est un prétérit. Le passage qui s'applique au peuple de Pharaon: ^Ils seront amenés devant le feu chaque soir et chaque matin" ' est également une preuve péremptoire de l'existence de l'enfer et de ce qu'il est actuellement créé; mieux encore, c'est une preuve de l'existence du châtiment du tombeau.

Sachez que la base de l'existence de tous les êtres est le mot kon (sois), et que tous tirent de lui leur existence; car le Qorân a dit: ^Lorsque Dieu veut qu'une chose existe, il lui dit: Sois! et elle est" ^ et en vertu de cet autre passage: „Toute chose revient à son principe", tout lui revient. Comme ce mot est le principe de tout, de là vient que dans le passage où Dieu a dit: „Tout périra sauf sa face", c'est une allusion à cet autre passage: »A lui il appartient de juger, et c'est vers lui que vous serez ramenés" *, parce qu'il a été dit, comme qualification du Qorân : „Y. S. Par le Qorân sage"!' c'est-à-dire, qui juge entre les hommes; par conséquent, la qualification indiquée par ces mots: „A lui appartient de juger" est bien établie en ce qui le concerne.

Quant à ce que nous avons dit, que c'est ce mot le principe de tout, c'est parce que la définition du mot base est: „Ce sur quoi on construit quelque chose". Il est en effet établi que si l'on cesse de songer à ces principes tirés de la parole de Dieu, il n'y a rien qui puisse être jugé comme principal ou accessoire; voilà pourquoi Dieu a dit: „Tout périra, sauf sa face."

» Qor. III, 127 et 126. » Qor. XL, 49. 3 Qor. XXXVI, 82.

♦ Qor. XXVIII, 70, 88. 8 Qor. XXXVI, I.

Toute décision qui est prise à l'égard des êtres, c'est la parole qui en est le juge, de telle sorte que la manifestation de toute chose dépend de la parole. Aucun acte, bon ou mauvais, tant que la parole n'agit pas sur un individu et que l'empire de l'existence n'entre pas sous le pouvoir de cette parole, ne peut émaner de cette personne.

D'après la règle de l'examen approfondi qui est le lien de la science des lettres, dans ce verset il y a ceci que c'est une manière d'exprimer les quatorze mots qui se rencontrent au commencement des chapitres du Qorân, et qui sont en réalité les versets intangibles dont il est question dans ce verset: „ C'est lui qui t'a révélé le Livre, dans lequel il y a des versets intangibles qui sont le prototype du Livre, et d'autres qui prêtent à diverses interprétations" ', Autrement dit le livre révélé au prophète l'a été sous deux formes, la première, celle des versets fermement établis qui sont la base du livre, et la seconde celle des versets incertains, qui sont une suite et une dépendance des premiers. Or les premiers sont les groupes ALR, KHY'Ç, TS, HM, Q, N, et les seconds sont [les autres lettres de l'alphabet, non comprises dans ces groupes, savoir] ^, o, C», -, ~, v3, :, i^, ijo, Jb, è, o, •, et j>. Tout ce qui existe, et est entré dans le cercle de la composition et la matière de l'existence, est périssable et anéanti à côté de ces mots isolés du discours et spécialement de ces groupes fermement établis, parce que, si l'on cesse de considérer ces groupes isolés, les compositions n'ont plus d'existence.

Le mot wedjh (visage), dans le comput de la valeur numérique des lettres admis et considéré dans toutes les sectes, vaut 14, de même que le mot yed (main). Ces mots isolés, avant d'apparaître sous une forme scripturale, sont dépouillés du vêtement de l'apparence et de la figure. Comme

« Qor. III, 5.

c'était la volonté de Dieu qu'il leur fit apparaître une ressemblance et un signe, il créa pour Adam les quatorze lignes du visage, savoir: les quatre rangées de cils, les sourcils, plus les cheveux de la tête qui correspondent à sept écritures sur sept endroits, de telle sorte que l'expression ^les sept doublés" ' est une allusion à ces lignes du visage; c'est comme la représentation des quatorze lettres fermement établies. Les deux mains également sont figurées par quatorze articulations '.

En résumé, les expressions ^visage de Dieu" et „main de Dieu" répondent aux 28 mots invisibles qui tiennent la place de l'essence de Dieu qui, lorsqu'il a voulu leur donner visibilité et personnalité, les a fait figurer, sous le revêtement terrestre d'Adam, dans sa figure telle qu'elle vient d'être décrite, parce que, dans leur essence, ils sont invisibles et échappent aux regards. Comme ils sont dépouillés des éléments et des forces naturelles, ils sont en réalité identiques à eux-mêmes.

La preuve de notre affirmation, à savoir que le visage représente les mots isolés de la parole divine, c'est qu'on rencontre, parmi les traditions provenant d"^Ali, celle-ci: „Je suis la face de Dieu dans les cieux et sur la terre", car, ainsi que Dieu l'a dit, ^tout périra, sauf sa face". A un autre degré, ''Ali a dit aussi: „Je suis la parole articulée de Dieu". Malgré cela, il a dit aussi: „Je suis KHVÇ"; or il est bien établi que KHVÇ est un des mots isolés qui font partie de la parole divine.

C'est dire que tous les êtres, puisqu'ils tirent leur existence de ces mots isolés, sont périssables et condamnés à la ruine à côté de son existence, parce que les compositions, abstraction faite des mots isolés, n'ont aucune exis-

' Expression coranique.

■^ Les quatorze phalanges de chaque main.

no PETITS TRAITÉS.

tence dans l'inaccessible. Ils n'ont pas davantage d'existence imaginaire. Par le moyen de cette fine pensée auguste, un certain nombre de mots seront prononcés sur cette base, de sorte que l'homme intelligent et éclairé y prenne un plaisir extrême, à savoir que le prince des croyants ['Ali] a prononcé cet apophtegme: „Je suis la parole articulée de Dieu." Le fait est que le langage inarticulé se présente dans les cent quatorze sourates, et est répété dans les 29 sourates des lettres isolées. Si nous faisons abstraction de la répétition des lettres isolées, il reste quatorze lettres, savoir ALR, KHV^Ç, TS, HM, Q, N, qui [par voie d'anagramme] donnent la disposition suivante : „*^Ali est la voie de Dieu que nous tenons ferme". Le mot luedjh „ visage" se rencontre aussi avec le sens de „personne", et avec celui de „premier"; par exemple, wedjh un-nahâr signifie la réalité d'une chose; c'est ainsi que le contenu du verset indique réellement cette signification. Wedjli-iillàh „face de Dieu" est une expression qui désigne la parole divine ; la preuve en est que dans le corps de l'homme, le visage est le plus noble des membres; c'est ainsi que le poète a dit :

pL'œil, l'oreille, la parole, la compréhension, la perfection, la gloire, l'ornement, la splendeur, la beauté, l'élégance,

„Dieu le très haut les a donnés à ce visage. Ecoute, ô mon fils, cette interprétation que je te donne.

„Dieu les a tous placés dans le visage d'Adam; la main de la toutepuissance a montré son savoir-faire sur sa face." *

En outre, si l'on veut reconnaître quelqu'un qui s'est égaré, cela ne se produit complètement d'aucune façon si ce n'est par le visage. L'élégance et la perfection, l'ouïe et la vue sont dans le visage; la grandeur et la majesté de Dieu [y sont également]. La connaissance par où tout doute est enlevé est facilitée par la parole de Dieu; comme en réalité, les

' Cité p. 107 et 109: „Tout périra, sauf sa face". * Mètre ramai.

termes de guide, de clarté, de miséricorde, de lueur, et autres expressions, lui ont été appliquées.

On trouve aussi, au sujet de la description du visage, qu'il a été dit: ^La face de ton Seigneur restera environnée de majesté et de gloire." ' Le fait est que, dans la description de la parole de son Altesse le Glorieux, quand on dit: „Que sa parole soit glorieuse!" sa parole est glorieuse; il est le maître de la majesté, c'est-à-dire majestueux. On a dit, pour le décrire: „C'est une lecture noble dans un livre caché." * On lui applique l'attribut de la durée éternelle, puisqu'il a été dit: ^Les paroles de Dieu ne disparaîtront pas"; ' or ce qui ne disparaît pas et ne s'écroule pas, est éternel.

En outre, au sujet de l'espace occupé par la face de Dieu, il y a ce passage: „Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu", * c'est-à-dire qu'il prouve l'espace occupé par lui au moyen des côtés des choses; la même contenance s'applique à la description de ses paroles; ce terme est visible et sensible, parce que, considérant tout ce qui a été rapporté, ce mot et la parole divine sont arrivés à ce point en vertu de leur dénomination; bien plus, tous les êtres, de tous les côtés, sont les lieux de la manifestation de ces paroles divines: ^Partout où vous vous tournez, là est la face de Dieu." La vérification de ce verset, d'après cette règle, est que, comme nous avons dit que la face de Dieu représente les 28 paroles, ainsi que l'a dit le maître de l'explication (que sa gloire soit exaltée):

„Tout ce que tu vois, c'est ABC 5 rien n'existe au dehors de la face du Dieu très haut", »

et comme ces 28 mots sont fixés dans le visage d'Adam, et qu'ils sont les premiers êtres [créés], on dit à ce propos:

« Qor. LV, 27. » Qor. LVI, 76—77. s Qor. XXXI, 26.

* Qor. II, 109. * Vers déjà cité dans le traité précédent, p. 102.

„L'être a été nommé du nom de son lieu". En un certain sens, maintenant, ce verset indique ceci que, comme les ,12 paroles embrassent [le monde entier] et se sont étendues sur tous les êtres par leur dénomination et conformément à leur essence, et s'y trouvent en puissance, donc celui qui tourne son visage, de quelque côté qu'il le fasse, se tourne vers les 28 paroles et par conséquent il a été vrai de dire: „ Partout où vous vous tournerez, là est la face de Dieu". Ou bien disons que les côtés des choses sont au nombre de six; les sept nychthyméries, qui servent à composer les mois, les années, les siècles, les myriades, et sur lesquelles reposent le bonheur et le malheur, le bien et le mal, la mort et la vie que l'on peut considérer, et qui servent à fixer le temps du Qorân et celui où il a été révélé, sont six fois 28, suivant le compte des heures '. Comme les êtres existants doivent leur existence aux six lettres qu'il y a dans les [noms du] kàf et du noîm [du mot kon „sois"], donc tout être qui existe, ainsi qu'il vient d'être déterminé, a six côtés: et chaque côté qu'il présente, comme ce côté se divise en douze heures entre lesquelles se partage la longueur de la parole de Mohammed, ainsi que l'explique ce hadîth : „J'ai été envoyé à l'heure même", les 28 mots sont en réalité la face de Dieu; donc le sens de ce passage: „Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu" se vérifie d'après cette proposition, et non point l'explication donnée par certains exégètes qui prétendent que le sens de „face de Dieu" est la qibla de Dieu, le côté vers lequel vous vous tournez pour l'adorer, parce que l'expression „face de Dieu" ne comporte nullement d'indications vers une qibla.

Si l'on pose la question suivante: Le verset „où que vous vous tourniez, là est le visage de Dieu" indique que

* 6 fois 28 ou 7 fois 24 font également 168.

celui qui se tourne, de quelque côté qu'il le fasse, se trouve dans la bonne direction; pourquoi, en ce cas, a-t-il été ordonné [de choisir une direction déterminée] par ce passage de la parole divine: „Nous t'avons vu tourner incertain ton visage de tous les côtés du ciel; nous voulons que tu le tournes vers une région dans laquelle tu te complairas; tourne-le donc vers la plage de l'oratoire sacré," ' ce qui veut dire la Ka'ba? On répondra: Pour comprendre cela, il faut se reporter à des prémisses expliquées par la tradition suivante du prophète: „Dieu a créé Adam d'une poignée de limon prise à toute la terre, de sorte que les fils d'Adam sont devenus selon les parties de terre entrant dans cette poignée, les uns blancs, les autres rouges ou noirs, ou de couleur intermédiaire entre celles-là; il y en a de méchants, de bons, d'accommodants et de mélancoliques." L'expression „prise à toute la terre" est abrégée; la tradition l'explique en détail de la façon suivante: Dieu le très Haut a créé la tête et le visage d'Adam de la terre de la Ka'ba, sa poitrine et son dos de celle de Jérusalem, sa main droite de celle de l'Orient, sa main gauche de celle de l'Occident, etc. jusqu'à la fin du hadîth qui attribue pareillement chaque membre à une localité, par rapport à la création.

Le résumé de tous les êtres est l'homme; le résumé de son corps est la tête.

„La tête est la base de Texistence de tout homme; c'est le lieu de la parole, de la pensée, de l'intellect, du regard."

Donc sur la terre, la localité dont aurait été créé le visage d'Adam, a les mêmes honneur et supériorité par rapport aux autres localités, que la tête par rapport aux autres membres. Jérusalem, en vertu du même hadîth, est le lieu qui a donné la poitrine et le dos d'Adam ; c'est pour cela que la poitrine

• Qor. II, 139.

est le lieu de la science et de la connaissance, et le dos celui de la génération des prophètes et des saints, et le lieu de rassemblement de toutes les existences '; aussi a-t-il été ordonné aux prophètes de se tourner vers cette ville, comme il a été prescrit à Mohammed (que Dieu le bénisse et le salue!) de se tourner vers la même ville lorsque a eu lieu le changement de direction pour la prière. Salut!

Copie achevée comme précédemment, par le pauvre qui espère en Dieu, Mourtézâ ben Za'^îfî Mourtézâ, le 20 cha'bân 1141 (21 mars 1729).

• Tous les hommes sont contenus en puissance dans les reins de leur premier père; allusion à un passage du Qorân, VII, 171. Voir le développement bien connu de cette légende dans Mîrkhond, Ramat-eç-Çafâ. t. I, p. 12.

.DE.LAJ[>ÉFINITION DE L'ATOME.

Au NOM DE Dieu, clément, miséricordieux!

On a dit: „Le mot dherrè (atome) signifie [originairement] une petite fourmi, ou bien, selon d'autres, les particules que l'on aperçoit dans un rayon de soleil." Dans le langage adopté par certains solitaires, cette expression désigne toute idée dans laquelle, par l'effet des rayons du soleil de l'Essence indispensable, il se manifeste un mouvement et une agitation, par rapport à l'existence, et dont l'apparition aux sens, sous la forme d'un mouvement circulaire, a lieu par l'intermédiaire du soleil réel. Par conséquent le sens de ce vers:

„Tous les atomes sont des langues, mais il n'y a pas d'oreille pour savoir quelle voix sort de chaque atome"

est établi sur cette base et construit sur ces principes. C'està-dire que tous les individus sont des manifestations d'une existence absolue, et la niche où brûle la lampe de la lumière divine. En parlant de voix, le poète a voulu parler des informations et des demandes qui se produisent chez l'être parlant, par rapport à autrui, relativement à ce qu'il a dans l'esprit et aux intentions et aux prétentions qui y sont attachées. Chaque soutien de l'homme absolument et de la plupart des animaux en cas de nécessité, se produit par l'association de personnes du même genre et le secours les uns des autres. Le rôle de la voix pour avertir, être averti, se rejoindre, donner une description est très considérable; c'est-à-dire, tous les individus supérieurs et inférieurs,

Il6 DE LA DÉFINITION DE L'ATOMï:.

lumineux ou ténébreux, parlent pour manifester, faire connaître, faire voir et publier une existence réelle, et pour cela font entendre leur voix; comme c'est l'ouïe qui rend possible la perception des sons et leur transmission à l'intellect, c'est pour cela que le poète a dit qu'il n'y avait pas d'oreille [pour entendre cette voix]. Une règle de la rhétorique, c'est qu'il y a des cas où l'on parle d'un endroit, tandis qu'on a en vue la circonstance ', comme par exemple: ^Demande à la bourgade" ^ c'est-à-dire, demande aux gens de la bourgade; et d'autres cas où c'est le contraire, comme par exemple: „Quant à ceux dont le visage est blanc, ils sont dans la miséricorde de Dieu, où ils séjourneront éternellement" ^ alors que par miséricorde, c'est le paradis qui est entendu.

Bien que les savants considèrent cette manière de parler comme faisant partie de la métaphore et l'appellent métaphore très pénétrante, pourtant en réalité c'est une allusion à ceci que la circonstance et la localité ne sont essentiellement qu'une seule et même chose, et qu'il y a une intime union entre elles; c'est pour cela qu'elles peuvent se suppléer l'une l'autre; je dirai même qu'en réalité il n'y a pas de métaphores dans le Qorân, car la métaphore consiste à passer du sens propre d'un mot et de son emploi habituel à un sens figuré*. La même définition s'applique à l'injustice, à telles enseignes que certains savants ont admis cette opinion; or il est impossible que l'injustice soit commise par un être sage et savant; c'est parce que la chose a été placée ailleurs qu'à sa place; cela vient ou d'ignorance ou d'impuissance, et les deux sont également impossibles pour Dieu. C'est ainsi qu'on interrogea *^Alî (que le salut soit

' Garcin de Tassy, Rhétorique et prosodie^ 2<= éd. p. 67. 2 Qor. XII, 82. 3 Qor. III, 103.

* G. de Tassy, op. lanJ. p. 40.

sur lui!) en ces termes: , Décris-nous l'homme raisonnable". Il repondit: „C'est celui qui place chaque chose à sa place." „ Décris-nous, reprit-on, le sot." ^Je viens de le faire, répondit-il".

,La justice consiste à attacher le sens propre à sa place, et l'injustice ^ à l'attacher à ce qui n'est point sa place''.

Maintenant, l'auteur a dit, dans le vers cité plus haut, que tous les atomes sont des langues, c'est-à-dire des discours, par une métonymie dans le genre de celle qui a été indiquée: ^Interroge la bourgade", ou encore des possesseurs de discours, ce qui rentrera dans la catégorie des genres de

phrase comme JÀc J^. >un homme justice", c'est-à-dire un homme juste. Au moins, dans les deux cas, cette expression atteint le summum de la rhétorique, et embrasse à la fois les figures nommées tèèkîd (énergie) et mobàlagha (hyperbole) ', car, en réalité,

„Les choses ne parlent point, elles sont muettes; toute articulation des informateurs n'est point un discours" '.

Un autre avantage à parler de la langue, c'est qu'on l'a mentionnée lorsque l'oreille a dû l'être, à cause du rapport de convenance '. Dieu le très Haut, pour blâmer les infidèles et indiquer combien leur situation est inférieure, a dit: ^Sourds, muets, aveugles, ils ne reviendront point"*, c'està-dire qu'il a mis les uns à la suite des autres les sourds et les muets, car l'oreille et la langue ont une grande importance quand il s'agit de recevoir une parole et d'en confesser la vérité. Voilà pourquoi des personnes qui sont sourdes de nature, sont aussi muettes, parce qu'elles dépendent de deux qualités qui n'en font qu'une.

„0 toi qui as perdu ta route par ton ignorance, jusqu'à quand seras-tu sourd, muet et aveugle?"'.

' Garcin de Tassy, Rhétorique et prosodie^ 2<= éd. p. ICI et Io8. ' Mètre taTvil. ' G. de Tassy, id. op. p. 84.

* Qor. II, 17. » Mètre ramai.

Il8 DE LA DÉFINITIOM DE L'ATOME.

Quand il a dit (que Dieu étende son ombre!): „Mais il n'y a pas d'oreilles", cela veut dire que les créatures sont entourées par les divers voiles des opinions diverses et des restrictions; par rapport à chaque atome qui dépend directement du soleil de l'unité, elles sont extrcment voilées et incertaines. Ces multiplicités imaginaires, ces jeux de l'imagination les empêchent de contempler la beauté de l'unité. Comme l'oreille a une importance considérable pour entendre les preuves de l'unité divine et les témoignages des œuvres de cette unité mises en pleine lumière par les prophètes, l'auteur a dit, pour ce motif: „Tous les atomes sont une langue, mais il n'y a pas d'oreille [pour les entendre]", c'està-dire, „ils sont privés d'ouïe '; celui qui voudra écouter maintenant trouvera une flamme en embuscade ^; nous avons entendu, nous avons obéi et désobéi •\" Cette [dernière] formule fait connaître que l'obéissance et la désobéissance dépendent toutes deux de l'audition, et voilà pourquoi, dans la parole divine, l'ouïe est placée avant la vue.

Il y a une divergence d'opinions entre les philosophes naturalistes au sujet de la prééminence relative de l'ouïe et de la vue; lequel de ces deux sens est le plus important, le plus parfait ? En théologie, l'explication - la plus vraie est que l'importance de l'ouïe est supérieure, parce que les prophètes et les envoyés, qui sont chargés de faire parvenir à destination les messages et les demandes * des créatures, ont adopté la voie de l'audition, à juste titre, à l'égard de toute personne qui leur demande les preuves de l'existence de Dieu et de la connaissance de l'Etre indispensable. Les lois instituées par les prophètes sont toutes, sans exception, orales, en vertu du précepte sacré: „ Ecoute

• Qor. XXVI, 212 (il est question des démons dans le texte). 2 Qor. LXXII, 9.

' Allusion à plusieurs passages du Qorân.

* Sayà'il^ pi. forgé de su'âl.

ce qui t'est révélé" '. Tout ce qui est communiqué par Dieu aux prophètes, l'est également par la parole, qui correspond à l'audition [chez l'individu récepteur]; c'est ainsi que l'on rapporte qu'au début de l'Evangile, Dieu (que son nom soit honoré!) dit, par la bouche de Jésus {que le salut soit sur lui!): ,La première chose qui vint du ciel, fut le Verbe; Dieu était par cette parole, et moi je suis ce verbe" ^. Dans un Iiadîth sacré', il est dit ceci: „Mon don est mon discours, mon châtiment est mon discours. Ma parole, lorsqu'elle veut quelque chose, n'a qu'à dire: Sois! et cette chose est." C'està-dire, mon don est ma parole, et mon châtiment est aussi ma parole; le souffle bon ou mauvais, l'âme de l'homme et de la femme sont la parole.

Ne dites pas que la parole sort de la bouche, car la gorge, le palais, 1 la langue, les lèvres, la bouche, sont tout paroles. ♦ ^

Voilà pourquoi, en droit canon, il n'y a eu de différend au sujet de l'éternité ou du caractère contingent de rien, si ce n'est de la parole de Dieu, qui provient précisément de source orale, ainsi que l'indique ce verset: „Si un polythéiste te demande un asile, accorde-le lui, afin qu'il entende la parole de Dieu" '.

De plus, ces choses perçues par l'oreille sont dépourvues \ de ces qualités naturelles et de ces éléments qui forment les sons et les lettres; car les paroles articulées n'ont ni longueur, ni largeur, ni profondeur; par exemple, Xélif, au moment où on le prononce, est dépourvu et dépouillé de ces qualités qui viennent d'être décrites. Donc, si l'oreille ^ sait quels rapports existent entre les sons et les lettres qu'elle a perçues, et l'Être qui le phonateur et le parleur réel et véritable, et de quelle façon ces sons et ces lettres ne for-

» Ç<»r. XX, 13.

' Cf. Évang. selon St. Jean, I, i.

' Qoudsî se dit des traditions où Dieu prend lui-même la parole.

♦ Mètre modjtathth. » Qpr. IX, 6.

ment qu'un seul cri, ainsi que le rapporte cette tradition d"^Ali: „Je suis, au jour de la sortie [des tombeaux], le cri qui proclame la vérité", on peut appeler une pareille oreille ^oreille de souris" '.

'' «Lorsque le bourgeois retire de son oreille le coton de l'insouciance, il entend de tous les êtres le cri que nous poussons: „Je suis ^ Dieu" ».

Comme, en vertu des exigences de la rhétorique du discours et de l'élégance des paroles et des phrases, l'une de celles-là est qu'il y ait beaucoup de manières d'exprimer les pensées et les arguments et qu'il y ait beaucoup de possibles en matière de procédés plaisants et gracieux, de même qu'un hadîth relatif au Qorân nous apprend ceci: „Le Qorân peut se présenter sous diverses faces; apprenez-le par cœur selon la meilleure façon;" une tradition d'"^Ali, qui se trouve dans le Nehdj ul-bélâgha ^, a été dite à l'occasion d'^'Abdallah *, lorsqu'il fut nommé gouverneur d'une province peuplée de Khâridjites: „Ne dispute pas avec eux sur le Qorân, car il comporte à plusieurs faces: tu dirais [quelque chose] et ils diraient [le contraire]; mais plutôt cherche à les convaincre au moyen de la sonna (coutume du prophète), car ils ne trouveront pas de personne qui en soit châtrée. Dieu a dit: Ceux qui écoutent la parole, qui suivent la meilleure, ceux-là sont ceux que Dieu a dirigés; ce sont des gens intelligents" ^

Cela veut dire que l'un des signes d'élégance et de sincérité dans la rhétorique, pour un discours qui se pique d'être élégant et d'une saine composition, c'est que chaque peuple en comprenne une parcelle subtile, en proportion de son propre tempérament, car l'un des modes qui le font

• A cause de sa finesse. 2 Mètre tiionsarîh.

3 Recueil de traditions d"Ali, déjà cite plus haut, p. 5, n. i.

* 'Abdallah ben Ilobâb, gouverneur de Madâïn, victime des Khâridjites. » Qor. XXXIX, 19.

apprécier est qu'il y ait en lui une certaine obscurité, la possibilité de l'expliquer de deux manières, même contradictoires, et d'autres beautés semblables.

Maintenant ce vers chef-d'œuvre qui est le vers dominant de l'ode des articles de foi de la doctrine de l'approfondissement, et qui est une des conséquences de la nature pénétrante et de l'apcrception pure de son Excellence le Khalife de l'empire formulées ainsi : „Je suis le temple de la vérité", est un argument décisif et une preuve éclatante de la beauté du tempérament de la croyance en l'Unité, et le terme de la manifestation de son goût sain:

Hémistiche. , Qui conque Ta entendu s'est écrié: Bravo! poète" '.

On peut baser sur cela beaucoup des règles de la doctrine de l'approfondissement et du taudjîh-, et en particulier celle de la science des lettres; on peut appliquer à cela la généralité des termes techniques employés par la secte des Horoûfîs. En conséquence, il a paru indispensable à l'auteur de s'attacher à ce vers chef-d'œuvre, et d'aplanir dans sa rédaction certaines obscurités de ce vers qui s'appliquent aux pensées qui y sont exprimées, bien que le haut pavillon des pensées élevées et de l'exposition brillante en soit trop haut et trop inaccessible pour que tout homme, noble ou d'humble condition, puisse être conduit sur les hautes galeries de ses intentions, par la transcendance de sa compréhension ou par l'ascension de sa raison. Toutefois, en vertu de l'idée exprimée dans ce vers:

„Nul cœur n'est rejeté devant lui, parce qu'en achetant, son but n'est point de faire un profit" ',

il est fermement à espérer que la prière de ses serviteurs sera agréée par la Divinité:

' Mètre mozârf.

' Mot technique, désignant la doctrine du visage humain fait à la ressemblance de Dieu. ' Mètre ramai.

„Dans l'espuir d'être agréés par toi, les bienheureux sont joyeux; quiconque devient ton serviteur, bénie soit la [véritable] liberté [qu'il acquiert ainsi]!" '

[Fazl-ullah] a dit (que Dieu étende son ombre !) :

„Tous les atomes sont des langues, mais il n'y a point d'oreilles pour entendre les paroles prononcées par chaque atome".

Dieu a dit, en parlant des infidèles: „Ils diront à leurs peaux: Pourquoi tcmoignez-vous contre nous? Et celles-ci répondront: c'est Dieu qui nous fait parler, lui qui fait parler toute chose" ^.

Tous les êtres parlent et prononcent des paroles, mais dans la langue de celui qui n'a pas cet organe" '.

Voici un vers agréable qui décrit le temple de la Mecque :

^Chacune de ses pierres, chacune de ses briques, suivant le mode indiqué par ces mots „c'est Dieu qui nous fait parler",

^Proclament le mystère de ces paroles: „Je suis Dieu", et „Je suis le Verbe" •*.

D'après les maîtres de cette science, il est établi que tous les êtres, célestes ou terrestres, tout ce qui est accessible à la raison et à l'imagination dans ces deux catégories, tout ce que l'on peut prendre en considération, soit dans le sommeil, soit dans l'état de veille, tout cela n'est que manifestation des paroles et du Verbe divins ; l'intérieur et l'extérieur [l'apparence et la véritable nature] des êtres ne sont rien autre que la parole et le Verbe de Dieu. La valeur et la sublimité de cette parole sont à un tel degré que le prophète y a cherché des formules d'exorcisme et de secours, car il a dit: „Je me réfugie dans les paroles parfaites de Dieu contre le mal de ses créatures". Or, aucun être ne peut être pris comme secours, on ne peut s'en servir comme d'exorcisme, à l'exception de la personne et

1 Mètre hazadj. 2 Qor. XLI, 20.

3 Mètre hazadj, ■♦ Même mètre.

DE LA DÉFINITION DE L'aTOME. 123

des attributs essentiels de Dieu, en vertu de ce passage : ,Dis: Je me réfugie auprès du Seigneur des hommes, roi des hommes, Dieu des hommes" '. Le lieu de la manifestation complète de la parole divine n'est autre que l'homme, parce que, en tant que forme extérieure, il est le lieu de la proclamation et de l'exemple de la parole divine, et qu'en tant que parole, cela est bien évident.

,SoD visage est les 32 caractères de la parole éternelle; son langage est celui du Dieu grand" '.

Toutes les règles de ses lois, qui sont les prémisses de la connaissance de Dieu, il les a bâties sur le Verbe et la parole de Dieu, et en vertu de la qualité de nom commun possédée par ces 32 paroles, il a atteint toutes choses.

flSi Dieu enlevait aux êtres les 32 [lettres qui servent à les distinguer], Dieu ne verrait plus la trace d'aucun être" \

Cette pensée, que les 32 paroles sont devenues les noms

de la totalité des êtres, est évidente; elle s'est manifestée

dans tout, en vertu de son essence ; elle est devenue l'identité

de tout:

,Si tu frappes deux objets l'un contre Tautre, il en sort un bruit et une voix" '.

Donc, le sens du vers en question, d'après les prémisses 1 qui viennent d'être exposées, est ceci que tous les êtres composés sont l'essence même du discours, ils sont la parole divine; car ce qu'on entend par atomes, c'est les parties constituantes des êtres: en termes techniques, on dit composés et simples; les simples sont les lettres de l'alphabet et les lettres isolées du Qorân; les composés sont ce qui est composé et existe au moyen des premières. La thèse adoptée par la secte des Horoûfîs, c'est que tous les êtres

« Qor. CXIV, 1—3. » Mètre Ha/i/.

' Mètre ramai.

existants doivent rentrer dans ces deux catégories et se / manifestent partout, chacun d'une manière particulière.

Quand le poète a dit: „Tous les atomes sont des langues", il a voulu dire que comme la langue a été instituée pour le langage et est l'endroit où se produit la parole, il s'est servi d'un terme désignant l'endroit pour indiquer la circonstance, ainsi que nous l'avons dit S mais il n'y a point d'oreille [pour l'entendre], parce que les gens ne sont point arrivés au degré de la connaissance, et que l'œil de leur appréciation s'est arrêté à la barrière des coutumes et des habitudes; leur oreille est atteinte de surdité et ne peut entendre le verbe divin, qui est l'essence même des êtres, parce qu'elle est bouchée avec le mercure des traditions. „Ils disent: Nos cœurs sont fermés à la croyance vers laquelle vous nous appelez; la dureté bouche nos oreilles"^. — „I1 en est parmi eux qui viennent t'écouter; mais nous avons mis plus d'une enveloppe sur leurs cœurs, afin qu'ils ne comprennent rien, et de la pesanteur dans leurs oreilles" ^ C'est ce que dira indubitablement un Unitaire intelligent à ceux qui profitent du seuil de sa bonne direction, au sujet de leur état renversé: „Ne soyez pas comme ceux qui ont dit: Nous écoutons, et qui n'en font rien". Grâce à ce que l'enlèvement du voile et la disparition de l'obscurcissement ont eu lieu par l'ouïe, il fera de cette pensée subtile la litanie de sa langue: „Tous les atomes sont des langues, mais il n'y a point d'oreilles [pour les entendre]".

Comme nous l'avons dit, la langue est instituée pour la manifestation et la publication du langage, et le lieu où se produit la parole. Donc, on comprend par le vers en question que tous les êtres sont le lieu de l'apparition de la parole; et il en est en effet ainsi, car le texte formel de ce verset:

' p. ii6. a Qor, XLI, 4.

3 Qor. VI, 25; comparer XVII, 48 et XVIII, 55.

„Dieu, qui fait parler toute chose, nous a fait parler" proclame la même idée.

,Tu ne verras rien de stable et de durable en dehors de la parole de Dieu, d'où se manifestent les essences des généralités et des particularités" '.

„Du moment que nous sommes devenus l'essence de la parole et du discours de Dieu^ la durée de notre existence est autant que celle de l'F^tre indispensable" *.

Donc, en vertu du texte précis qui vient d'être indiqué, il est nécessaire que le discours n'ait pas de spécialisation par rapport à l'homme, c'est-à-dire que le discours ne soit pas particulier à l'homme. Un hadîth çahîh ' nous rapporte d'après Anas, que celui-ci a dit: „Nous étions auprès du prophète de Dieu, qui se mit à rire et nous demanda si nous savions le motif de son hilarité. Dieu et son prophète le savent mieux, répliquâmes-nous. Cela, nous dit-il, vient d'une conversation du serviteur avec son maître; le premier dit: Est-ce que tu ne m'a pas protégé contre la tyrannie? Mais si, répond le maître. Quant à moi, reprit le premier, je n'admets contre moi qu'un témoin de ma part. Il suffit aujourd'hui de ton âme pour témoin, reprit le Seigneur, ainsi que les anges nobles qui écrivent *. Alors il scella sa bouche et dit aux membres: Parlez, et ceux-ci racontèrent ses actes", etc. jusqu'à la fin du hadîth ^

Une autre tradition du Prophète rapporte que Mohammed récita ce verset: „ Alors la terre racontera ses nouvelles"*^ et ajouta: Savez vous ce que veulent dire ces mots: „Ses nouvelles?" — „Dieu et son prophète, répliquèrent ses com-

' Mètre hazadj. ' Mètre nio^âri^.

' Sur la définition de la tradition dite saim^ voir M. Marçais, le Taqrib lie En-Nawa'un^ dans le yournal Asiatique^ 9« sér. t. XVI, 1900, p. 480.

* Anges gardiens, ainsi nommés par le Qorân, LXXXII, 11.

* Tradition rapportée par Moslem. Voir l'Abrégé de la Ttdhkiral el-Qortobiyya^ par 'Abd-el-\Vahhâb ech-Cha*râni, éd. du Caire, 1303, p. 55.

* Qor. XCIX, 4.

pagnons, le savent mieux. — «Ses nouvelles, reprit le prophète, c'est qu'elle témoignera contre tout homme et toute femme en racontant ce que ceux-ci auront fait; elle dira: Il a fait à ma surface telle chose, tel jour" '.

Notre intention, en citant ces deux traditions, est de montrer qu'un discours peut être prononcé par les arkân, mot qui peut, d'une certaine manière, signifier les quatre éléments, dans la phrase: „ Parle, et elle parla de ses actes"; ces éléments se mettront donc à parler. Or Dieu ne peut ordonner que ce qui est possible, en vertu de ce verset : „Dieu n'impose à une âme que ce qu'elle peut accomplir" ^ Dans le second hadtth, ce que fera la terre, c'est de montrer ce que toute âme responsable aura fait à sa surface. Cette même signification ressort de cet autre passage: „Ce jour-là, nous scellerons leurs bouches, et ce seront leurs mains qui nous parleront, et leurs pieds qui témoigneront de ce qu'ils se seront acquis" ^. Donc le langage des mains, des pieds et des divers membres [ou des éléments] est bien établi par des versets du Qorân et des hadîth; ceux-ci sont, en conséquence, l'endroit de la manifestation de la parole.

Une tradition rapportée par Abou-Sa.^îd el-Khodrî nous apprend que le prophète a dit: „Par celui qui tient mon âme entre ses mains, l'heure [du jugement dernier] ne se lèvera pas avant que les bêtes sauvages parlent aux hommes et avant que la courroie du fouet parle à l'homme et lui apprenne ce qui est arrivé à sa famille *." La parole des bêtes adressée à l'homme n'aura aucune utilité, c'est-à-dire, ce n'est point que les bêtes parleront à l'homme pour lui être utiles ou en tirer quelque avantage, ou l'entretenir du passé et du futur, mais au contraire, le sens est que quand l'initié

' Tradition remontant à Abou-IIoréïra. Cf. /(/. of. p. 56. 2 Qor. II, 286. 3 Qor. XXXVI, 65.

♦ Cha'râni, Abrégé de la QorioMyya^ p. 137.

investigateur contemplera la parole divine dans les êtres et trouvera qu'ils sont tous le lieu de la manifestation de ce discours et de cette parole, alors l'heure [du jugement dernier] se lèvera, ainsi que le vers en question proclame cette vérité: ^Tous les atomes sont des langues, mais il n'y a pas d'oreille [pour les entendre]". En effet, comme tous les êtres sont des langues, il ne peut y avoir d'oreilles; or la parole dépend de l'oreille et de la langue, et dans les deux cas, la parole est dépouillée de tout caractère matériel, au contraire de la vue; qui a jamais vu la parole se montrer? Assurément, sans la matière, rien ne prend forme. Cela vient de ce qu'il y a des avis différents au sujet de la vue de Dieu, tandis qu'on est d'accord sur l'audition de sa parole. Si on objecte que le vers en question implique que tous les êtres sont le lieu de la manifestation de la parole et l'endroit même de cette parole, non la parole elle-même, parce que la langue n'est pas la parole, il y aura lieu de répondre que la langue, qui est [à proprement parler] un muscle particulier, il n'y a pas de discussion en ce qu'elle est le lieu où se produit, se manifeste et se montre la parole. Maintenant, l'examen approfondi de cette pensée nous mène à la conclusion que la circonstance, qui est la parole, et le lieu, qui est la langue, sont tous deux identiques à euxmêmes; cela a besoin d'une explication, que voici: Ce même muscle particulier s'appelle en persan zabàn et en arabe lisân; chaque classe des créatures de Dieu le nomme de noms différents, de sorte que les parties isolées de la parole, qui sont les lettres de l'alphabet, se trouvent employées en totalité pour le désigner. „ Parmi ses miracles, il y a la création des cieux et de la terre, ainsi que la diversité de vos langues et de vos couleurs" '. C'est là l'utilité de la diversité des langues.

' Qor. XXX, 21.

Par rapport à chacun des atomes, la situation des parties isolées de la parole divine est la même que par rapport à une seule langue. Donc, en vertu de la qualité de nom commun, la situation des parties isolées de la parole divine, et l'objet dénommé par le mot langue, qui est ce muscle particulier dont nous venons parler, étant composés des quatre éléments, leur situation, par rapport à chacun des éléments, est la même qui vient d'être mentionnée; c'est-à-dire, ils sont nommés de noms différents dans les diverses langues, tellement que les principes et les prototypes des livres divins sont formulés au moyen d'eux. Lorsque ces quatre éléments s'entrechoquent et se frappent l'un l'autre, il en sort assurément une voix et un son ; quand même ils ne s'entrechoqueraient pas, cette voix n'en existerait pas moins en puissance.

„Si tu frappes l'un contre l'autre la terre, l'eau, l'air, le feu, il en sort

un mot du Qorân, la même chose que vous trouvez dans le bruit des

conversations.

^Comment peut-on, par l'ordre de Dieu, séparer des êtres ce mot ? Dieu

ne trouvera pas de trace d'atomes dans les êtres, car, ô mon fils! ils

sont le Verbe éternel". •

Donc, la circonstance, qui est la parole, et le lieu, qui est la langue, sont tous deux identiques l'un à l'autre, de la manière que nous venons de montrer. Le résultat de cette circonstance et la véritable nature de la langue sont cette même parole qui en sort; c'est-à-dire que les êtres composés sont les mêmes que les êtres simples ; la composition d'un être réel ou imaginaire est une expression qui extérieurement n'a d'autre existence indépendante que les parties simples [qui servent à la former], de même que les atonies n'ont pas par eux-mêmes d'existence et de manifestation; bien plus, les rayons du soleil qui tombent sur la surface

* Mètre ramai.

de la terre manifestent l'existence de sa lumière. Voilà pourquoi, dans les termes techniques des mystiques, on dit que l'auteur de la manifestation et le lieu de la divulgation sont identiques, parce qu'on appelle identité d'une chose ce qui, s'il est nié, entraîne la négation de cette chose elle-même. La situation est la même pour la parole de Dieu par rapport à tous les atomes.

gSi tu retires d'an être la parole du Dieu très haut, il n'en reste plus rien" '.

Une tradition d**^Alî nous rapporte qu'il a dit, au sujet de l'unité de Dieu: „I1 est avec tout être, mais non uni avec lui; il est différent de tout être, mais non jusqu'à en être séparé".

Les parties isolées du discours sont dans le même état avec tous les êtres qu'avec tous les composés, par voie d'union, car le mot mougârènè indique une union entre deux personnes dont l'indépendance de l'existence est néanmoins conservée. Le composé n'est pas différent du simple; ces mêmes simples sont [néanmoins] différents des composés, non pas dans le sens qu'ils en soient éloignés et qu'il y ait séparation et éloignement entre eux, mais bien plutôt une différence au point de vue du sens et de l'intention, ce qui ne détruit pas l'idée d'identité.

Au moyen de ce même vers, diverses questions disputées s'éclairent et deviennent évidentes. L'une d'entre elles est de savoir si le nom est identique à l'objet dénommé, ou différent et autre que lui; une autre question, c'est celle de l'éternité ou de la nouveauté de la parole divine, ainsi qu'il en a été question.

Si quelqu'un demande en quoi consiste la voix qui vient de chaque atome dans le dernier hémistiche de ce vers : jAfin qu'il sache quelle voix vient de chaque atome", [on répondra ceci :]

„I1 est un initié et a suivi sa route jusqu'à la vérité" '.

1 Mètre ramai.

„Ta face s'est dévoilée dans le cœur de chaque atome, de sorte que le cri : Certes, je suis Dieu ! a été poussé par chacun d'eux" '.

^Entends clairement le cri: „Je suis la Vérité"! qui sort des cordes de la mandoline, ainsi que celui de: «C'est moi qui suis Dieu"! qui s'entend dans la ritournelle du luth" *.

[Et cela], pour toute personne initiée à qui la demeure mystérieuse a par grâce ouvert la porte de la révélation acoustique, puisque la promesse des prophètes est celle-ci: Le jour où Dieu viendra „dans les ténèbres d'épais nuages, accompagné de ses anges; alors tout sera consommé"'. En effet, les créatures^

„ Verront seulement Dieu dans toute chose; personne ne verra que Dieu dans les êtres.

flL'empire est venu de ce Dieu très haut ; cet empire, Dieu l'a enlevé aux démons.

„II a battu la timbale de la divinité au milieu du monde, tant au point de vue de son essence qu'à celui de ses attributs,

„Les trente-deux lumières de Dieu n'étaient qu'une seule et même lumière, celle qui s'est manifestée dans chaque lieu d'apparition.

La lumière a guidé vers sa propre lumière; son unité a effacé le polythéisme des deux mondes, j ^Trouve le mystère de l'unité et de tous les êtres, en le cherchant dans .- la formule : Cest auprès de lui qtî'est la science du livre^^ *.

Ecrit comme dessus, le 13 chewwâl 1141 (12 Avril 1729).

' Mètre hazadj.. * Mètre modjtathth.

' Qor. II, 206. * Mètre ramai.

TRAITÉ HOROUFI.

Au NOM DE Dieu, clément, miséricordieux!

Louange à Dieu, Seigneur des mondes ' ! La fin heureuse appartient à ceux qui le craignent^! Bénédiction et prière sur son envoyé, Mohammed, et sur tous les membres de sa famille !

Sachez que ces quelques paroles sont empruntées aux discours du Pôle des gens de bien, du Seigneur des hommes pieux, le fils du Lion de Dieu qui charge l'ennemi (que la prière soit sur lui!), le Séyyid Chérif (que Dieu l'ait en sa miséricorde!), qui a dit, au sujet de la connaissance de l'âme et de l'esprit du Père nourricier des mortels (que sa gloire soit exaltée, que ses bienfaits soient universels, que sa dignité soit illustre !) :

Sache, ô mon élève, que Dieu a créé ton existence au moyen des quatre éléments qui régnent sur l'air, la terre, l'eau et le feu. Il t'a donné six côtés: la droite, la gauche, le haut, le bas, le sud, le nord. Il t'a conféré dix qualités particulières, dont cinq visibles et cinq invisibles: les premières sont l'odorat, le toucher, l'articulation de la parole, l'ouïe, la vue; les secondes sont l'imagination, la réflexion, la supposition, la compréhension et la mémoire. Il t'a pourvu de sept membres: i° la tête, 2" les deux mains, 3° le pied, 4" la poitrine, 5° le dos, 6° le ventre, 7" le membre viril, c'est-à-dire les parties honteuses. Il t'a donné l'esprit, la

i Qer.l, 4. « Qor. VII, 125, et XXVUI, 83.

132 TRAITÉ HOROUFÎ.

raison, Tamour, l'âme animale; cette dernière se divise en quatre sortes: atnmârè (celle qui incite), lawwàtne (celle qui blâme), moulhinie (instinctive), moutma'innè (tranquille); de sorte que l'air correspond à l'esprit, l'eau à la raison, le feu à l'amour, et la terre à l'âme animale; et quant à l'âme concupiscente, elle a rapport au feu, celle qui blâme à l'air, l'instinctive à l'eau, la tranquille à la terre.

En outre, tout ce que le Dieu très haut a créé dans les divers horizons, il l'a aussi créé dans l'âme, car le Qorân nous dit: „Nous leur ferons voir nos signes dans les divers horizons et dans leurs âmes, jusqu'à ce qu'il devienne évident pour eux qu'il est la Vérité" *.

Les douze constellations zodiacales, qui sont dans les sept cieux, sont aussi en toi; comprends bien, ô mon élève, que tes deux yeux sont le Bélier, ton oreille est le Taureau, ton cou est les Gémeaux, ton membre viril est le Sagittaire, ta cuisse est le Capricorne, ton genou le Cancer, ton pied les Poissons. Quant aux sept planètes qui circulent parmi les douze signes zodiacaux, c'est un miracle que leur existence; le cœur est le Soleil, le foie est Jupiter, le dos est la Lune, la rate est Mars, le rein est Saturne, le cerveau est Mercure; comme l'année [civile des Persans sans épagomènes] , le corps se compose de trois cent soixante fragments, os, muscles, veines et peau.

„Celui qui se connaît lui-même", ce qui est la perfection de l'état adulte, „connaît son Seigneur", ce qui est atteindre la perfection. Toutes les fois que vous vous connaîtrez vousmêmes, votre perfection atteindra son état adulte; et lorsque vous connaîtrez votre Créateur, votre état adulte arrivera à la perfection.

De plus, les sept climats, comprenez qu'ils se trouvent dans votre corps, car les veines représentent les fleuves, les

« Qor. XLI, 53.

TRAITÉ HOROUFL

OS les montagnes, les poils sont comme la verdure et les arbres ; les dents sont les bêtes qui mordent et qui déchirent ; ton visage est comme un palais bien entretenu ; la défécation est comme un fou * ; le monde de tes tendons est semblable à la nuit, celui de ta parole au jour. Les membres, c'est-à-dire la saison de la vie de l'homme, sont comme les saisons du printemps, de Tcté, de l'automne et de l'hiver; le printemps est l'enfance, l'été la jeunesse, l'automne l'âge mûr, l'hiver la vieillesse:

, L'homme est comme un talisman, ô adolescent! Conmds bien ce talisman

qui ouvre les trésors.

,A l'entrée de ce trésor un dragon est endormi; il a dit cette parole au

point de vue du sens [ésotérique] :

,Si tu tues ce dragon, tu seras sauvé, sinon toujours tu l'auras blessé depuis sa mère.

,Va, tue ce dragon, enlève le trésor, afin de rester l'estomac vide de peine" '.

Sache, ô toi qui recherches les mystères des pensées, que ta bonne nature est le paradis, ta tyrannie est l'enfer. En outre, l'oreille tire son humidité de la bile, et pour cela elle est amère; l'œil la tire du foie, pour cela il est doux; les fosses nasales la tirent du poumon, et voilà pourquoi elles sont fétides.

La raison gît dans le cerveau, la pudeur dans l'œil, la compréhension dans l'oreille, la science dans la poitrine, la réflexion dans le cœur. Les sept sphères célestes ont créé la totalité du monde: la sphère de Saturne, la sphère de Jupiter, celle de Mars, celles du Soleil, de Vénus, de Mercure et de la Lune. La quintessence de la sphère des éléments est la terre, celle de la terre est les plantes; l'œuvre et la quintessence des plantes est l'animal, celle des animaux est

' Je ne saisis pas très bien l'idée de l'auteur. Peut-être faut-il lire wîrâni ^décombres", ce qui rendrait la comparaison plus adéquate et ferait antithèse avec Texpression ma°moûr qui précède.

* Mètre ramai.

TRAITÉ HOROUFÎ.

l'homme, celle de l'homme est l'homme parfait; le but de l'homme parfait est Adam, dont la quintessence est le visage, et celle du visage la lumière. Dieu a dit: „Par le mont Sinaï, par le livre écrit sur un rouleau déployé" ' ; il est aussi le résumé des 32 paroles divines, car le Qorân a dit: „Toute chose périra, sauf son visage." Donc il faut que l'homme connaisse sa vraie nature afin d'atteindre son but. Celui qui a détourné son visage d'Adam et ne s'est pas prosterné devant lui, a été maudit; c'est pourquoi Satan, qui ne s'est pas prosterné devant Adam, a été maudit.

„Cet être de mauvaise vie ne s'est pas prosterné devant Adam ; c'est pourquoi sa malédiction est devenue célèbre dans les deux mondes" '.

Mon cher ami, le corps de l'homme parfait est le trône de Dieu, et son visage est la table bien gardée ; Adam est le temple des vérités, et le buisson de la limite ; il est le vicaire de Dieu, et son visage est la table bien gardée.

„Lis pour être sauvé, ô mon élève" ^.

On rapporte cette histoire qu'un jour, un derviche, en manière de repentance, demanda: „Le prophète Jonas a séjourné quarante jours dans le ventre du poisson; qu'est-il arrivé ? Qu'est-ce que le corps de l'homme, puisque Dieu a dit dans le Livre glorieux: „ Nous leurs montrerons nos signes dans les divers horizons et en eux-mêmes, jusqu'à ce qu'il leur paraisse clair qu'il est la vérité".

„Comme Jonas, elle est restée cachée dans le poisson ; quand la direction lui est venue, celle-ci lui a accordé sa délivrance".

Sachez cependant qu'en réalité ce qu'on entend par Jonas, c'est l'esprit; le poisson est le corps, et la mer est l'ensemble des êtres.

A un autre endroit, il a dit: „La première chose que Dieu créa fut l'esprit, et la dernière fut la raison." Il est donc connu que Dieu a créé l'esprit de l'homme avant le corps;

' Qor. LII, I — 3. ' Mètre ramai. • Mètre hasadi.

TRAITÉ HOROUFÎ.

il a voulu se faire connaître, se faire devenir existant, et s'amener de l'invisibilité du néant à la visibilité, passer de l'état d'unité à l'état d'unification, et produire l'apparition de son achèvement au moyen des noms de ses attributs et de ses buts. Après les esprits, Dieu a créé le feu, l'eau, la terre, et a établi le monde dans ce degré [où nous le voyons]; puis il a pétri le limon d'Adam : „J'ai pétri quarante matins le limon d'Adam de mes propres mains," * c'est-à-dire, j'ai pétri quarante matins le limon d'Adam avec les mains de la toute puissance, j'ai créé son moule au moyen des quatre éléments, et j'y ai insufflé le souffle. Sachez, ô derviche! que Dieu a formé le moule de l'homme au moyen du feu, de l'air, de l'eau et de la terre, et qu'il a donné à ces éléments dix degrés. Maintenant, l'un des dix degrés qui proviennent de l'àme concupiscente, est l'âme d'un tyran; tout ce qu'il fait est mal ; or le feu est chaud et sec ; Dieu a dit : „L'àme est pleine de désirs pour le mal" \ Quant aux dix degrés qui proviennent de l'âme concupiscente, le premier s'appelle l'ignorance, le second la colère, le troisième la haine, le quatrième la violence, le cinquième l'orgueil, le sixième la vengeance, le septième l'envie, le huitième l'avarice, le neuvième l'infidélité, le dixième l'hypocrisie; ce sont là les qualités particulières de l'âme concupiscente, et Dieu est bien loin d'elle: „Nous nous réfugions en Dieu contre le mal de l'âme concupiscente!"

Les dix degrés qui proviennent de l'âme qui blâme, se rattachent à l'air, qui est froid et sec; à celle-là aussi on a donné dix degrés, qui sont créateurs de bien et de mal. Dieu a dit: „Je ne jure pas par le jour de la résurrection, ni par l'âme qui s'accuse elle-même" ^ De ces dix degrés qui proviennent de l'âme qui s'accuse elle-même, le premier

' Ces mots sont donnés dans le texte comme étant tirés du Qorân, mais il ne peut être question que d'un hadîth qotidsï. « Qor. XII, 53. « Qor, LXXV, 1—2.

TRAITE HOROUFI.

est la dévotion, le second la crainte de Dieu, le troisième l'abstinence, le quatrième la servitude, le cinquième la dîme aumônière, le sixième le jeûne, le septième le pèlerinage, le huitième la visite de V^omra, le neuvième le quint, le dixième la guerre sainte. Ces dix degrés, dont les noms viennent d'être énumérés, proviennent de l'âme qui s'accuse elle-même.

Les mystiques ont comparé l'âme inspirée à l'eau, qui est froide et humide; Dieu a dit: „I1 lui a inspiré sa méchanceté et sa piété!"' Quant aux dix degrés qui proviennent de cette âme, le premier s'appelle raison, le second sagesse, le troisième science, le quatrième révélation, le cinquième inspiration, le sixième patience, le septième extase, le huitième mérite, le neuvième générosité, le dixième libéralité. Ces dix degrés qui viennent d'être mentionnés proviennent de l'âme inspirée.

L'âme tranquillisée est la terre, qui est un élément froid et sec. Dieu a dit: „0 âme rassurée, retourne auprès de Dieu, satisfaite et agréable à Dieu; entre au nombre de mes serviteurs, entre dans mon paradis" ^ car elle agit selon l'ordre de Dieu, elle ne refuse pas de lui obéir;, le paradis est 'son trône. On l'a attribuée à l'homme spirituel, car tel est le but de ces personnes, ainsi que Dieu l'a dit dans le Qorân: „I1 a enseigné à Adam tous les noms." C'est l'âme des prophètes et des saints, car les perfections sont obtenues par cette vallée de terre. Les gens de raison ont aussi donné dix degrés à l'âme tranquillisée: le premier est la pauvreté, le second la patience, le troisième la justice, le quatrième l'équité, le cinquième la satisfaction, le sixième la science, le septième l'examen approfondi ^ Ces degrés que nous venons d'énumérer proviennent de la terre, par la porte d"^Ali; le comment est Abou-Tourâb, ainsi que tout initié qui

• Qor. XCI, 8. ' Qor. LXXXIX, 27—30. ' Les autres manquent.

TRAITÉ HOROUFl.

atteint ce degré. Sache que le prophétisme et la sainteté ne sont qu'un; la sainteté est l'ésotérisme du prophétisme, ainsi que [Fazl-ullah?] l'a formulé:

qll faut que la sainteté reste voilée chez le saint, mais qu'elle apparaisse dans le prophète". •

L'homme parfait obtient ces perfections et ces mérites. Le prophète a dit : , *.

C'est-à-dire que le prophète dit ceci : Je laisse deux choses au milieu de vous, l'une est la parole divine, l'autre mes enfants. Si vous voulez être en sécurité sur la route de la vérité, attachez-vous au pan de la robe du prince des croyants ['Ali] et soyez les amis de ses enfants. C'est ainsi que Dieu a dit dans sa parole glorieuse: ,11 aura saisi une anse solide à l'abri de toute brisure ; Dieu entend et connaît tout" '. Le prophète a dit: ,11 y a trois sortes de morts: la mort dans l'amour de la vie présente, la mort dans l'amour de la vie future, et la mort dans l'amour du Seigneur. Celui qui meurt sans avoir connu l'imam de son époque, meurt d'une mort païenne." Le prophète, l'ami de Dieu a bien raison !

Écrit comme dessus par celui qui espère le

pauvre le 4 ramazân

' Mètre hazadj.

* Le texte arabe cité est tellement mutilé que je renonce à le reconstituer; cela n'a pas grande importance, puisque Tauteur en donne la traduction en persan. ' Q.or. II, 257.

TRAITE HOROUFI.

AU NOM DE Dieu, clément, miséricordieux,

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