‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 22 sur 56 · DONT LA GRÂCE EST NOTRE AIDE · texte numérisé non relu

DONT LA GRÂCE EST NOTRE AIDE

Louange à la perfection de la prodigalité d'une essence qui a rendu ses noms, au point de vue de l'unité de l'essence, identiques à la personne nommée, et plus encore, au point de vue de l'unité de l'existence, est devenue identique à tous les êtres, car elle a dit: „I1 est avec vous partout où vous vous trouvez" (Qor. LVII, 4); qui a fait des noms, aux divers degrés de l'apparition, les principes des désignations du monde existant et les bases des règles des preuves de tous les êtres supérieurs et inférieurs; qui, dans le lieu de l'appréciation des différences, a fait d'Adam, le père du genre humain, un éducateur grâce au lien de l'information et à la règle de la connaissance certaine qu'il avait des noms généraux, et qui a fait se prosterner devant lui l'assemblée supérieure et les âmes saintes des êtres supérieurs abstraits. Ce savant qui a rendu chacun connaissant le quid du nom et de l'objet nommé, et informé de la réalité des choses, est en personne le but de la création, il en est la cause finale, au degré de la science et de la vue.

Bénédictions avec honneur et gloire sur la foule des joyaux des noms essentiels qui ont été les gardiens de la formule: „J'étais un trésor caché", en vertu de la connaissance de l'identité des noms et des choses nommées parmi les êtres, et de l'identité de l'essence et des attributs (bénédiction et miséricorde de leur Seigneur soient sur eux ' !), et en particulier

« Qor., II, 152.

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sur cet objet du simple et du composé des noms qui est devenu l'être nommé TH et YS au point de vue de sa réceptivité des perfections des paroles divines, et l'aspect du simple et du composé des êtres, au point de vue de la science des versets certains ou amphibologiques du livre infini (le Qorân); ainsi que sur sa famille et ses compagnons, dont le nom et la personne nommée sont devenus le signe des trésors qui répandent les perles du souverain de l'éternité passée et à venir.

Sache (que le Dieu très Haut t'aide par sa grâce et sa faveur!), au sujet de l'explication du nom et de la chose nommée, qu'ils peuvent être identiques ou différents ou bien ne pas être identiques ni différents; il y a une grande divergence entre ces termes. Parmi toutes les questions qui passent par la bouche de tout homme du commun et de tout savant, au sujet de l'approfondissement de la connaissance et de la fixation des opinions de la secte, qui jettent le doute l'un sur l'autre, et par là expérimentent l'esprit et la vue de la perception de la nature percevante l'un de l'autre, se trouve cette question du nom et de la chose nommée. Si cette question est approfondie comme elle le mérite, elle sera délivrée de tous les doutes et soupçons.

S'il s'est produit des difficultés à propos de cette question, c'est par suite de l'insuffisance des connaissances que peut acquérir un individu au sujet de l'approfondissement du nom et de la chose nommée. La clef de la porte de cette question est la règle de la science des lettres. De nombreux hommes du commun, des savants et des mystiques disputent et discutent avec les adeptes de la secte des Horoûfîs, sans la moindre utilité, parce que le point de départ de la divergence provient d'une erreur qu'ils ont commise dans la détermination des noms; en d'autres termes, ils n'ont point su ce que représentent les noms, ni d'où vient qu'auprès de Dieu les noms sont identiques à la chose nommée; ils ont

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douté aussi, en approfondissant la question de l'identité et de la non-identité, quel pourait être le sens voulu par l'expression d'identité et de non-identité de l'être.

Commençons donc à exposer ce sens, d'après la règle des gens de la vérité {ahl-i haqq), que l'on appelle aussi les gens de mérite {ahl-i fazl) ^ et écrivons ce que l'on sait au sujet de ce principe, afin que cela serve de modèle à l'homme intelligent et équitable. Ceux qui ont été doués par Dieu d'une nature saine, et qui se tiennent sur le siège de l'équité, comprendront la véritable nature de cette question, s'ils mettent en œuvre une réflexion juste et des moyens d'action fidèles, et s'ils ne suivent pas la voie de la révolte et de l'obstination à propos des lois et des preuves de cette proposition :

^Comment pourras-tu parvenir à la connaissance de l'essence du Dieu très

Haut, mon fils, „Tant que tu ne sauras pas que le nom est identique à la chose nommée,

ô mon fils 2?"

Sachez que les noms génériques, enseignés par Dieu à Adam, et par la connaissance desquels Adam est devenu à son tour le maître et le professeur des anges et l'objet de l'adoration des âmes saintes de l'Empyrée, sont les 32 paroles divines. Les commentateurs du Qorân et les grammairiens arabes reconnaissent également que ces 32 paroles sont des noms: c'est ainsi qu'au début du Kechchâf cqXXq question se présente à propos de ce passage du Qorân: „A. L. M. Ce livre, etc.", et l'auteur [Zamakhchari] dit ceci: «Sachez que les paroles au moyen desquelles on épelle, sont des noms, qui servent à désigner les lettres étendues qui ont servi à composer les mots, par exemple: dâd est le nom qui sert à nommer la lettre tjo du mot y-to dàraba „il a frappé"

' Ahl-i haqq est le nom que les mystiques se donnent à eux-mêmes; a^/i/as/ renferme une allusion au nom de Fazl-ullah, et désigne les Horoûfis. ' Mètre ramai.

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quand on l'épelle; de même râ et bà sont deux noms, par exemple, raba [dans le même mot] '." Ce qui veut dire [en persan] que les mots au moyen desquels on épelle les lettres de l'alphabet, sont des noms, et les objets désignés par ces noms sont les quelques lettres isolées et étendues qui servent à composer les mots; par exemple, dàd est un nom désignant la lettre jj», r<î un autre désignant ., bâ un troisième indiquant la lettre ^^ , ce qui forme l'épellation du mot dàraba „il a frappé". Donc, du moment que les savants donnent une interprétation de ce genre et que les grammairiens arabes analysent ainsi les articulations isolées, cela fournit aux gens de la vérité un point d'appui pour prouver le résultat auquel ils sont arrivés, à savoir que les 32 mots [lettres de l'alphabet] sont des noms.

Maintenant, tout le monde est d'accord, non seulement toutes les classes de savants et de gens de science, mais même toute personne qui sait lire l'écriture, que ces 32 mots renferment les noms de tous les êtres; c'est parce que ce sont des noms que ces caractères isolés des paroles divines sont devenus les noms de tous les êtres et sont parvenus à [exprimer] tout ; car les sphères célestes, les étoiles, la totalité des corps du monde supérieur et de l'inférieur, tout ce qui peut s'imaginer et se concevoir, soit dans le sommeil, soit en état de veille, la vie future, le monde de l'essence et des attributs, l'indispensable et le contingent, que dis-je! les choses mêmes impossibles et inexistantes, peuvent être traduites par ces 32 mots. Personne ne peut contredire cette affirmation.

Ces 32 mots étant les noms de tous les êtres, tous les êtres de leur côté sont, par rapport à eux, des objets dénommés par eux. Il n'y a point de doute [non plus] que l'on appelle identité d'un objet ce dont la négation est forcément

Zamakhcharl, Kechchâf^ éd. de Boulaq, t. I, p. 8.

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entraînée par la négation de l'objet; par exemple, ces 32 mots sont les noms de tous les êtres ; nous supposons maintenant qu'ils sont en dehors de tous les êtres; ces êtres existeront-ils, ou non? Il est certain et positif que [dans ce cas] ces êtres n'existeront pas, parce que s'ils existaient, ils ne pourraient être en dehors de ces 32 mots, attendu qu'il faut absolument que l'objet dénommé ait un nom [qui lui corresponde]. Nous avons dit également que les noms de tous les êtres sont [contenus dans] ces 32 mots; donc, la supposition est nécessaire, parce que la supposition que nous avons faite était de placer ces 32 mots en dehors; bien plus, la personne qui fait cette supposition ne peut elle-même se mettre dehors [de ces 32 mots] ; donc, il est impossible qu'elle puisse les mettre en dehors des êtres, pour le motif qu'elle est elle-même un de ces êtres, et ne peut d'elle-même se mettre en dehors.

Nous appelons identité d'une chose ce qui fait que, lorsqu'on détourne son regard de cette chose, elle cesse d'exister. Considérez donc maintenant les choses dénommées au moyen de ces 32 mots, et réfléchissez comment pour ces 32 mots, qui sont les noms des choses, se vérifie la définition' de l'identité. Cette preuve, au sujet de l'identité du nom et de la chose nommée, a énormément de force et de consistance; c'est un argument et une démonstration décisifs. Comprenne qui pourra!

Si on pose la question suivante:, „Nous pouvons détacher nos regards de ces 32 mots et trouver les choses existantes, en d'autres termes, nous pouvons abstraire des choses ces 32 mots qui sont les noms de tous les êtres, et trouver les choses existantes néanmoins; c'est ainsi que beaucoup de savants du sens exotérique, sans réfléchir d'une façon suffisante, se mettent à disputer et disent : Nous pouvons ne pas employer ces 32 mots pour parler et détacher les yeux de leur existence, et cependant les choses n'en continueront

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pas moins d'exister"; nous répondrons: Il n'est pas possible de trouver les choses existantes du moment qu'on en aura abstrait ces 32 mots, parce que si elles existent, il faut forcément que tout objet dénommé ait un nom correspondant; si même on n'emploie aucun nom pour désigner un être, cet être ne peut être dépouillé de la qualité d'être; cette qualité est la même que le nom, et ne peut pas ne pas entrer dans le nombre des 32 mots.

Il y a encore une objection, c'est celle du savant et connaisseur qui dit: „Je ne parlerai pas au moyen de ces 32 mots, je ne proférerai le nom d'aucun être; néanmoins les êtres existeront tout de même, sans l'emploi de ces 32 mots." C'est impossible. Toutefois, supposons que nous admettions cette affirmation impossible; nous dirons à ce savant: La parole a lieu au moyen de ces 32 mots; si vous même ne parlez point, ils ne parleront point à toutes les créatures. Si vous dites à toutes les créatures de renoncer [à parler], il s'ensuivra le silence absolu de toutes les créatures, chose à laquelle il n'y a point d'utilité. Il ne voit pas que dans ce cas toutes les créatures seront ^sourdps et muettes" ', parce que sa supposition est impossible et son idée inadmissible. Dans la supposition où nous admettrions que toutes les créatures humaines renonceraient à parler et se tiendraient silencieuses, il arriverait naturellement que ces 32 mots disparaîtraient absolument, tandis que les choses continueraient d'exister; si tout se taisait, quelle serait alors la situation de tous les livres célestes, et celle de tous les anges, occupés à chanter les louanges et à proclamer l'unité de Dieu? Comment ce passage du Qorân: ^Les sept cieux et leurs habitants proclament les louanges de Dieu"^ conserverait-il sa valeur? Comment les êtres n'auraient-ils plus de nom ni de désignation auprès de Dieu ? Vive l'adorateur de

» Qor. II, 17, 166. « Qifr. XVII, 46.

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l'impossible, qui a cru à de niaises paroles de cet acabit!

Votre serviteur a soutenu la discussion de la question du . nom et de la chose dénommée, spécialement en Turquie, avec de nombreux élèves qui se considéraient comme préparés à cet exercice, et cela de la façon susdite; ils répondirent immédiatement: „Nous pouvons ne rien nommer au moyen de ces 32 mots et cependant les choses n'en existent pas moins!" Ils suivirent la voie de la rivalité dans le tumulte et de l'obstination. Dieu nous garde des fautes et des imperfections de la langue!

En résumé, du moment qu'en aucune manière ces 32 mots ne peuvent être séparés des choses, et qu'en les niant on serait obligé de nier l'existence des choses; du moment aussi qu'on appelle identité d'un être une qualité inséparable de cet être qui, si elle était niée, entraînerait la négation de cet être, cette question, à savoir si le nom est identique à la chose nommée, est réduite à ce que nous venons de dire, ainsi qu'à l'idée exprimée par cette sainte pensée contenue dans ces vers persans:

„Si vous abstrayez la parole de Dieu de la chose qu'elle désigne, il n'en restera plus rien" '.

Voici un autre procédé pour démontrer l'identité du nom et de la chose dénommée. Dieu le très-Haut a dit: „Je suis Dieu", et „Je suis le miséricordieux"^; dans des phrases de ce genre, la composition repose sur le mot ana „moi", en d'autres termes, ana est le sujet, Allah et ar-Rahmàn l'attribut; c'est comme ana employé pour soutenir la phrase: howa hozva „il est Lui", c'est-à-dire que l'attribut est identique au sujet; en effet, la règle de la langue arabe exige que, quand le sujet et l'attribut sont tous les deux déterminés, il se produise la plus grande hyperbole dans l'identité du sujet et de l'attribut. De même, dans les règles du

1 Mètre ramai \ déjà cité p. 129. * Qor. fassim.

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monde rationnel, il est constant qu'aucun être ne peut reposer que sur lui-même. Donc les mots Dieu et ar-Rahmàn, qui sont des noms, sont, d'un commun accord, identiques à l'être dénommé, qui est une personne rassemblant tous les attributs de la perfection, beauté et grandeur ' ; et s'ils ne lui étaient pas identiques, il faudrait que le Dieu très-Haut n'eût pas été véridique dans la phrase citée (Dieu soit-il exalté au-dessus d'une pareille idée!). Dieu s'est nommé lui-même de tous les noms, par le moyen du pronom ana ^moi", et il les a tous fait reposer sur ce mot; or il est le plus véridique des orateurs *. Quand ces noms ne sont pas identiques à lui, il faut donc qu'ils soient différents, car il n'y a pas d'intermédiaire entre l'identité et la non-identité, suivant l'opinion la plus sûre, pour le motif que les gens raisonnables considèrent comme étrange et à rejeter l'opinion qu'il y ait un être qui ne soit ni l'identique, ni son contraire, puisque il y a là un embarras de la raison entre l'être et le non-être. Nous avons dit que dans la voie rationnelle il ne peut y avoir d'être qui s'appuie sur un autre que lui-même ; il faut donc qu'il soit identique (à lui-même). C. Q. F. D.

Si un questionneur dit : Par anà 'llâh il faut entendre, non cette parole en soi, mais le sens qui y est enfermé, nous lui répondrons: Il s'en suivrait que ces mots articulés n'ont pas de sens [puisque le sens ne réside que dans l'idée y contenue, non dans le mot lui-même], que c'est une chose contingente et récente, et que l'idée d'éternité ne s'y attache pas; or du moment que l'idée d'éternité ne s'y attache pas, il faut donc que le Dieu très Haut, dans l'éternité passée, n'ait été nommé d'aucun nom, et en particulier n'ait pas été nommé du nom ô!' Allah ; puis tout ce qui n'est pas constant à son endroit dans l'éternité passée ne peut lui être appliqué dans l'éternité future- Or personne ne prétend que dans

1 Cette phase est incorrecte dans le texte. ' Allusion à Qor. IV, lai.

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l'éternité passée aucun nom n'ait été appliqué à Dieu.

Comme il est constant, dans le hadîth du Prophète, qu'avant le temps (le mot temps étant pris dans le sens de mouvements et durée du mouvement de la grande sphère céleste, selon les philosophes), Dieu a donné à son ami [Mohammed] les noms de Tà-hà et de Yà-sîn^ d'après la tradition la plus sûre, à savoir: „Dieu le très Haut l'a appelé Tà-hà et Yà-sîn mille ans avant de créer les cieux et la terre", et du moment qu'il a donné les noms de Tà-hà et de Yà-sîn, qui ne sont point des noms de Dieu, et qu'à cette période il n'était pas impossible de donner des noms, il est donc établi que dès le commencement Dieu a été nommé Allah et ar-Rahmàn, et que la qualité d'éternel dans le passé, appliquée à l'Être suprême, est certaine. Cette qualité d'éternité étant certaine également pour le nom, il est clair qu'il est identique à l'Etre nommé, sinon il serait sûr qu'un autre que Dieu pourrait être éternel, ce qui est impossible.

En outre, ce mot qui est l'objet de la compréhension, comme c'est par l'articulation qu'on le comprend, cette articulation est à considérer et préférable pour le mentionner; par exemple, de ce mot articulé, nous extrayons un mot isolé qui est élif [nom de la 1ère lettre du mot Allah]. Ce mot n'indiquera en rien le sens du mot total.

De plus, si l'objet entendu par ce mot est existant, il ne peut être en dehors de la parole; même si nous supposons qu'il est inexistant, il n'en sera pas davantage en dehors de la parole.

Enfin, si l'objet entendu par cette articulation est identique à ce mot articulé, c'est là ce qu'il fallait démontrer, à savoir que le nom est identique à l'objet nommé. S'il ne lui était pas identique, nous dirions qu'aucun mot n'indique une idée qui serait différente de lui.

Le prophète de la loi religieuse a dit: „J'ai reçu l'ordre de conjbattre les hommes jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il

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n'y a de dieu que Dieu, etc." Si le sens contenu dans ce hadîth ne consiste pas dans ces mots, mais dans l'idée qu'ils renferment, il faudrait donc que, si l'on se contente d'articuler les mots qui le composent, l'ordre de mettre à mort n'en ressorte pas; le fait est que celui qui l'articule, la mise à mort lui serait interdite uniquement parce qu'il l'articule.

En outre, toutes les prescriptions de la loi religieuse, celles qui autorisent comme celles qui prohibent, reposent sur l'articulation de la formule ; de plus, l'idée est un des résultats de la parole, elle en est comme une dépendance; ce n'est pas du tout qu'elle ait une existence indépendante du mot prononcé; bien au contraire, son existence est une branche [c'est-à-dire une dépendance] du mot articulé.

Quant à cette parole à^ana 'llâh dite par Dieu, si le sens à^ana est ce qui ressort de la parole de Dieu ', il faut que, dans les pensées et les idées, la considération du sens soit la condition indispensable de celui qui mentionne et réfléchit; en réalité, personne n'a jamais dit cela dans la mention, par la voie de l'enseignement appuyé sur le prophète.

De plus, si le sens était ce qui est compris par rapport, il faudrait que les paroles de Dieu ne soient pas intelligibles, comme l'est la personne même du Dieu très Haut ; or le fait est qu'elles le sont; c'est ainsi que le prophète a dit: „Je me réfugie dans les paroles parfaites de Dieu contre le mal causé par ses créatures". Comme les passages suivants du Qorân: „Dis: Je cherche un asile auprès de Dieu dès l'aube du jour, contre la méchanceté des êtres qu'il a créés", et „Dis: Je cherche un asile auprès du Seigneur des hommes, roi des hommes. Dieu des hommes" ^ nous enseignent que les paroles de Dieu sont le Seigneur, le roi et le Dieu des hommes, en vertu de l'identité, les deux, à ce point de vue, sont accessibles à l'intelligence.

Si l'on détourne la vue des quelques lettres dont se com-

ï Oo: du mot ,Dieu". « Qor. CXIII, 1—2 et CXIV, 1—3.

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pose l'objet de la compréhension, que reste-t-il pour indiquer cet objet? Donc, faites bien attention à ce que sont les choses dont on a besoin, et arrêtez-vous là.

Dieu a encore dit: „Dis: Invoquez Allah ou invoquez ar- Rahmân; de quel nom que vous l'invoquiez, les plus beaux noms lui appartiennent *. Servez-vous en pour l'invoquer" ^ Ce qui veut dire [en persan]: A sa majesté appartiennent les beaux noms; donc, invoquez-le au moyen de ces noms, qui sont les beaux noms. Si les noms n'étaient pas identiques à l'objet dénommé, il faudrait que, quand on invoque Dieu au moyen des noms qu'on emploie pour le désigner, on invoque un être différent de lui ; or Dieu ne saurait exaucer une prière qui serait faite par quelqu'un qui invoquerait un autre que lui, puisque le texte du Qorân porte: „ Invoquez-moi, pour que je vous exauce" ^. Donc il faudrait admettre qu'aucun être parmi tous ceux qui existent, n'aurait invoqué Dieu, et que par conséquent ne saurait être agréé ni exaucé par lui, du moment que c'est par le moyen de noms qu'on l'invoque, en vertu du texte clair et péremptoire qui vient d'être cité.

Une autre preuve de l'identité du nom et de la chose dénommée, c'est que les 28 et 32 mots sont des noms, ainsi qu'il a été dit plus haut; les articulations au moyen desquelles on épelle, sont ces noms. Donc les 32 mots qui sont des noms, sont identiques à l'objet qu'ils dénomment. Par exemple, élif est un nom qui désigne !, bé un autre qui désigne v j; cette signification est déterminée chez les grammairiens. Si on enlève é du mot élif, il reste lif; or lif n'indique plus Vélif; de même pour les 32 mots [de l'alphabet]. Donc, ni \'é du mot élif, ni le b du mot bé ne peuvent en être séparés; forcément le nom est identique à la chose nommée; car on appelle justement l'identique, ce qui ne

« Qor. XVII, 110. t Qor. VII, 179. » Qor. XL, 62.

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peut se séparer d'une chose, et le différent, ce qu'on peut imaginer se séparer de cette chose, ou mieux, ce qui a une existence indépendante, comme homme, cheval, noirceur, blancheur, et autres noms qui définissent, c'est-à-dire qui font connaître ce que sont les objets dénommés par eux; c'est ainsi que pour définir l'homme, on dit: un animal raisonnable, de sorte que l'expression , animal raisonnable" définit l'homme, qui est l'objet défini. Il est établi que l'objet défini est identique à la définition, car si l'on renonce à se servir de l'expression ^animal raisonnable", l'homme ne peut plus être défini. Donc, les noms sont identiques aux objets qu'ils servent à désigner.

Certains ont dit: Les noms indiquent la chose nommée; or celui qui indique est différent de l'objet indiqué, comme, par exemple, la fumée qui indique l'existence du feu; et il est établi que le feu et la fumée ne sont point identiques l'un à l'autre. Voici la réponse: Nous n'admettons pas que la fumée soit différente du feu, parce que, si elle était différente, il faudrait qu'elle fût séparée du feu; or le fait est qu'ils s'accompagnent constamment l'un l'autre. Voici encore une autre réponse : Si elle était différente, il faudrait que l'éternité dans le passé et dans l'avenir soit constante pour un autre que Dieu, ce qui est impossible.

La preuve de ce que le Qorân est un indicateur, c'est que l'un de ses noms est hàdi „directeur"; or le sens de directeur et d'indicateur est le même. La démonstration de ce que l'un des noms du Qorân est hàdi est fourni par ce verset: „Ce Qorân dirige vers le plus droit chemin"'; et un hadîth du Prophète dit ceci: „ Sachez que ce Qorân est le directeur qui n'égare pas, le récitateur qui ne ment pas."

Notre but est de montrer que les noms de Dieu indiquent l'être dénommé et qu'ils sont identiques à son essence, car,

« Qar. XVII, 9.

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s'ils étaient différents de cette essence, il s'ensuivrait que Dieu n'a pas eu de noms dans l'éternité passée, ce qui est impossible, car tout attribut établi à son égard dans l'éternité passée le sera également en toute circonstance.

\ Dans lesexpressions„ Adorez Dieu", „adorez votre Seigneur"', les mots Dieti et Seigneur sont des noms; si le nom n'était pas identique à l'être dénommé, il s'en suivrait que Dieu aurait ordonné d'adorer un autre que lui, ce qui est impos-

lysible, parce qu'adorer un autre que Dieu, c'est du polythéisme. En outre, on voit, par l'apparence extérieure de certains versets, que les noms sont identiques aux choses nommées; c'est ainsi que Dieu a dit: „Chante les louanges du nom de ton Seigneur." ^ Il est fixé et établi qu'on ne peut chanter les louanges que des noms de Dieu, parce que le mot tasbîh est une expression qui veut dire : „Mentionner Dieu en toute pureté." Si le nom n'était pas identique à la chose nommée, il ne serait pas nécessaire que la glorification de l'Etre nommé découlât de celle du nom. Salut!

Qor. passtm. » Qor. LXXXVII, i.

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