VIL LA SCIENCE DES LETTRES ET LA MÉTHODE
Nous avons appris, dans le chapitre consacré à l'ontologie, que le Verbe en soi [^c■>*Ài -bl/] était un, infini, absolu,
amorphe, etc. et qu'il se déterminait sous forme de lettres. Le Kor'ân est composé des 28 lettres de l'alphabet arabe;
les houroûfis les appellent j^oA^^sx* x^.Jl^; c.à. d. le verbe (discours) de Mohammed. Fadhl les a augmenté des quatre lettres supplémentaires de l'alphabet persan, c. à. d. uj {p), ^ [tch), ••: (y français), et liT [g dur, comme dans le mot "guérison" par exemple). Ces 28 lettres arabes -f- 4 lettres persanes font 32. Quelques schéïkhs ont soutenu que le Maître eut la prétention de les avoir créées de toutes pièces ; mais la vérité est que Fadhl découvrit dans le Kor'ân même le représentant (le lieutenant *Ui*-*jl2 comme ils disent) de ces quatre lettres persanes. C'est le lâm-élif ("bJ) si fréquent dans le "Livre évident".
Ces trente-deux lettres, les houroûfis les appellent aJL^ K-f-AoS , le verbe d'Adam, c'est-à-dire le discours humain. (')
Ces lettres sont comptées et calculées de plusieurs façons:
d abord, outre le tA-:^! ^L.v^ (^), il y a le ^«JU.> v'^-*^>j
C'est la croyance des ,e-^^ l^^"^ ^'^ ^^^ ^Syi^^t ^' °°"^ avons vu que qJ(Aj! 0^L> \i^^ n'avait pas pu s'en défaire.
(') Il est à remarquer que les houroûfis confondent le mot et la lettre.
(2) Le lA^bt i.jL*^> est une disposition particulière des lettres dans laquelle chaque lettre a une valeur particulière en commençant par | (= i) jusqu'à (^(= 10); après cette lettre vient li) dont la valeur est vingt et ainsi de suite, on augmente par dizaines et puis par centaines jusqu'à 1000 = c. Le «A^oî c'est simplement l'alphabet hébreu : T ' H ' D ' {< etc.
calcul simple ou abrégé, qui consiste à considérer comme une "unité arithmétique" chaque lettre d'un mot ou d'une phrase quelconque. Ainsi le mot J-^ia-s, par exemple, fait trois lettres en tout, il compte pour trois. Le ^^^JLxaàJ' v»L*s>
(calcul détaillé) ou -«i' J>-4-=>-, comme on l'appelle plus souvent,
consiste à réduire chaque mot en ses éléments constitutifs , les lettres dont ce mot se compose ; à écrire ensuite le nom de chaque lettre orthographiquement, et à compter, comme dans le calcul simple, chaque lettre pour i, et après avoir éliminé l'excédent des caractères semblables qui se répètent, à faire l'addition. Par exemple "^5 est une lettre, mais pour trouver sa valeur d'après le calcul appelé JL^aài" , nous devons écrire le nom de cette lettre ainsi : ' v^! f»^ ; on voit bien que dans ce cas il y a six lettres à compter. Mais, comme il y a deux [I] et deux [J], nous devons éliminer un élif et un lâm, donc nous devons retrancher deux de six, et nous avons quatre. Donc : >5 = 4.
Cette opération s'appelle ia>*o "étendre" (').
Il ne faut pas dédaigner ce genre de calcul, car nous allons voir comment les houroûfis expliquent tout par ce système et vérifient leurs explications par les quatre opérations fondamentales de l'arithmétique.
Ils pensent, comme les disciples de Pythagore, que l'harmonie du monde (le cosmos) est le résultat des rapports qui préexistent entre les nombres abstraits; avec cette seule différence qu'au lieu des nombres abstraits, nous avons à nous occuper ici des lettres. Mais les nombres ne perdent pas pour cela leur importance, parce qu'on doit les compter. Ainsi les nombres i, 2, 3, 4, 6, 7 surtout, 8 aussi, 12, 14, 16,
(') Il y a dans le çoufisme orthodoxe deux termes corrélatifs, (j^saS et In-^} , et il ne faut pas confondre cette opération que les houroûfis appellent iTw 1 avec le mot n "■ ' pris dans le sens çoufique.
28, 32 ont une importance radicale. Ils sont tantôt multiplicateurs, tantôt dividendes, etc. Les points des lettres,
ainsi que les - [»A- i;] se comptent également quand la nécessité l'exige.
Commençons par donner quelques exemples, et tâchons de résoudre les questions-mères [JoL»*Jf oLp']-
Comment l'espace [(^IX*] et les six directions [c>-w« oLf>]
qu'il implique, et les neuf sphères [»sXm^ ^il^i5)] avec les
douze constellations [S-xi^ Luî ^*,J\ qu'elles contiennent furent-ils
créés? Par un simple ordre : "Sois!"(^^). Il s'agit de résoudre ces questions ; pour les houroûfis résoudre une question équivaut à trouver les indices (*^î) de ces phénomènes dans la combinaison et le calcul des lettres.
Avant l'émanation, rien n'existait excepté la force éternelle, qui n'avait même pas besoin d'espace pour être. Le mot
^^yS fut la première émanation du Logos. Or ce mot est composé de deux lettres, é et ^ , et ces deux lettres représentent les deux mondes visible et invisible (soL^ •, vs^ (J^)- Etendons les lettres de ce mot conformément au calcul -j^ J..*>, et nous avons ^yJi 'ol^, six lettres en tout. Voilà les six directions (oLgq*- (j«^), c'est-à-dire l'espace. N'oublions
pas que ces six lettres sont surmontées de trois points (idakj) que nous devons ajouter à six pour trouver les neuf sphères. Comment prouver la création des douze constellations? . . . N'avons-nous pas les quatre lettres supplémentaires de l'alphabet persan [S i^ ^y^] dont le Maître avait découvert la mystérieuse identité avec le "^ arabe? .... Eh bien ! . . . . Chacune de ces quatre lettres possède trois points. Or, 3X4 = 12; voici les douze constellations et les douze imâms à la fois. Tout s'explique ainsi mathématiquement!
Aux yeux des houroûfis la force de ce genre d'argumentation doit être naturellement de beaucoup supérieure au raisonnement logique des rationalistes hanéfites, ach'arîtes, scholastiques ou philosophes.
Un vieux Bektâchi-houroûfi nommé LL ^ (Père Rose) a écrit sous le nom de LL J,LJL/> un ouvrage curieux en vers
turcs, dan» lequel il s'est donné la peine de résoudre tous les problèmes d'une certaine importance, dont il n'y a pas une seule question qui l'ait embarassé. Il n'y a rien de mieux à faire pour moi que de citer quelques vers pour chacun des problèmes importants qu'il a pu résoudre. Mais comme les houroûfis ont plusieurs points de départ pour arriver au même résultat par ce procédé de démonstration arithmétique, j'exposerai tout d'abord ces points et je suivrai la marche de la dialectique houroûfie pour arriver à l'apothéose de l'homme et constater positivement sur son visage les inscriptions divines. Après cela je n'aurai qu'à citer quelques vers pour chaque question importante, me dispensant de les commenter, puis qu'ils seront compris d'eux-mêmes.
Commençons par la doctrine du microcosme, qui est très probablement une invention du fameux alchimiste néoplatonicien Hermès, quoique les Houroûfis-Bektâchis attribuent à rimâm 'Ali, le gendre du prophète, l'idée fondamentale de cette conception (').
(') Il y a, dans l'histoire de la chimie de Mr. Ferdinand Hœfer, une page très intéressante, un exposé clair et succint de la doctrine hermétique du microcosme. Hermès était très connu en Orient. Les Druses le prennent pour une incarnation de Hâkim, leur Dieu. Voyez l'intéressant ouvrage de Mr. H. Guys: (La Nation Druse. Paris 1863.) Son nom a passé dans le dictionnaire. M. le Baron Carra de Vaux a trouvé dans les anciens manuscrits arabes le mot
«->oL«-^ qui se rapporte à Hermès et veux dire hermétique. Mais les Bek-
tâchis-houroûfis attribuent l'idée à cette pièce poétique qui est (de l'aveu de tous les çoufis) l'œuvre de l'Imâm AU:
J \-*, ^UA liJ*^^ j * S^ V*j ^V liJM'^S
L'homme qui est le microcosme, l'épitome du monde objectif, est par là même le v jUXJI J, la mère du livre sacré. S'il en est ainsi il est l'équivalent du Kor'ân; c'est le Kor'ân incarné. Ainsi son visage doit également représenter la première sourate du texte sacré: la sourat'Oul-Fàtiha,
(iC:ï=\jLàit »ry«), laquelle est appelée ^JjliJ! %j^ parce qu'elle
est composée de sept àyets souvent répétés par les croyants. Or, le visage de l'homme, qui est le Fâtihat-oul-Kitâb {i^^ v«jUaCI) même, doit manifester sept signes [àyets) équivalents à ceux de la première sourate du Kor'ân.
ùl^ y. ^j j^ "^-^ ^■=-^ * nO^j ^£ ^y- ^^ ùyr
(JcV\ Je Llu-Vj)
Dans la terminologie houroûfie, on les appelle "inscriptions" ou "lignes" (^=»). Ceci serait un mystère insondable, si ce n'était que Fadhloullâh nous a révélé ces signes.
C'est lui qui a désigné leurs places sur le visage de l'homme créé à l'image de Dieu (c'est-à-dire à sa propre image !). Car il a dit dans son livre célèbre \x)LJ ,-.î>35L> ("le Livre éternel") :
^=^\ ^UJ\ isj^^ dii j * ^o ^(.^ -±Aj\ ^'jj j
j~-$l- L>5 IfJui ^J3 j * ^^\c> ^^^^ HJÎ V^ "i^'
I/Imflm 'Alî était poète, comme sa femme; nous avons un ^i-x ,»Lol ...(jjO, ne prouve son authenticité. 11 a été commenté par sOt: ,»-j^.
mais rien
'^Les quatre cils, les deux sourcils et les cheveux de la tète sont les sept inscriptions du Dieu juste et miséricordieux V
Ces inscriptions essentielles qui sont nommées »La*« Js^iai» "inscriptions noires" sont considérées comme des "inscriptions maternelles" (iuJ«! •h^a=>\ puisqu'elles apparaissent dès la naissance de l'homme. Par contre la barbe et les moustaches (qu'on divise également en sept Ja>) sont les h^a=> *Lî "inscriptions paternelles" qui apparaissent plus tard. Il y a encore sept autres inscriptions qui sont appelées -b^L=> ju.yj, ou bien Jus^ J3^L> (^inscriptions blanches, lumineuses"). Ce sont les plis, les traits caractéristiques du visage humain : les quatre plis des paupières, les deux plis longitudinaux des deux côtés du nez descendant jusqu'aux coins de la lèvre supérieure et le pli qui sépare la lèvre inférieure du menton. Donc 21 inscriptions en tout.
Parmi ces 21 inscriptions, les sept premières (c'est-à-dire
les x-y)! h^a=>) sont les plus importantes: —
Voici pourquoi:
Nous savons que les juifs de Khaïbar étaient pour la ma-
> jorité des hypocrites (^«iJiiLu) qui, tout en faisant profession
de foi avec les ipusulmans sincères, harcelaient le prophète par des questions aussi ardues qu'ingénieuses i ils voulaient savoir si c'est bien lui le vrai Messie qu'ils attendent depuis longtemps. Ils lui demandèrent un jour sous quelle forme il avait pu voir Dieu lors de son ascension (-'yw) dans les cieux. Le prophète avait répondu aux juifs qu'il avait vu le créateur, son Maître, sous les traits d'un bel adolescent imberbe :
laLë O^! v jU b^yo Jx: „îytii iJU ^ ^^ c^ot^
Donc c'est avec les sept inscriptions maternelles que Dieu
avait manifesté son visage au prophète; et ce Dieu imberbe était naturellement Fadhl-oullâh lui-même, le créateur des cieux et de la terre, la force éternelle personnifiée !
( ^^j \sSai ùy»\ ^Ijjy^ j^ * ^y^- *^— jj ^ -^ "j-V" J-^
( ^^ 5^1 \ "^^^ jA* (5 A ^1^ £X-''^ » I. ^^\'^ iSùj^ ^\ y^y^ y ^'yr
(i^i^y- yV;^^ (5^ ^i^ (^J^jfdr^ * J^jf ^ J^iS'- O^ ^i\ c5-^.-i
(U. jt'^A- ^\ ^Vxi. '^L^)
Après ces explications, nous saisissons très clairement le
vrai sens de cet àyet: ^^^^ »\y^ ci^ ^ ^jY^ (i^ T*^' v-aJl=>.
Il n'y aucun doute ! C'est Fadhl qui s'incarne en l'homme portant les sept signes essentiels de son visage divin ; et comme il n'est — en soi ! — qu'un Verbe in virtute, le vrai Kor'ân c'est l'homme même. Voilà pourquoi le livre sacré
(') Dans ces vers UU Jo traduit littéralement une tradition du prophète
ainsi conçue: — Oii»- (^L «Aftj ,3!. q,, "Celui qui me voit, voit la Vérité (suprême en moi!)". Cette tradition est longuement interprétée par les çoufis qui
veulent justifier Husayn-i-Mansoûr qui avait dit dans le même sens \Jfi^ Iji.
de rislàm est appelé o*^Lo wLcT ("le livre muet") par les houroûfis, tandis que l'homme est 'le livre éloquent de Dieu** (vJLbUJî aJQt v'"^)' ^^ ^i'vre par excellence, celui qui parle de lui-même ('). C'est une grave erreur de confondre les deux, car la lecture du vrai Kor'àn, c'est la constatation des sept signes essentiels révélés par le visage de l'homme-Dieu. Lb J/ nous le dit expressément dans les vers suivants:
.ia\c <*yj^ ^l/^ ^.-^ f-^j^ oh"*" ^^^
(') Ces denx locations furent premièrement prononcées par '^Alî; et voici dans quelles circonstances. Lorsque Mo'^âwiah se révolta contre 'Alî, celui-ci alla à sa rencontre et grâce à sa bravoure et au zèle de ses partisans, il réduisit Mo'^âwiah à une telle situation qu'il allait lui infliger une terrible défaite; mais le rusé Mo'âwiah fit alors attacher les pages du Kor'ân sur les lances
de SCS guerriers et implora grâce en criant: i*^-*-f^ ^ LJ>-<La-j v juJ IiÂ^; "Voici le livre (qui doit être juge) entre vous et nous!". Mais comme 'Alî, connaissant la mauvaise foi de son adversaire, voulut profiter de l'occasion favorable pour l'anéantir, sur cela plusieurs de ses partisans reprochèrent au gendre du prophète son attitude irrespectueuse vis-à-vis du Kor'ân ; ceux-ci sont ]les
^ ^yS> auxquels 'Alî répondit en ces termes: vi>wcLniî &lî^ ^^J^ ?l\^
sJujLuî Aut t^Jjj u' 3: de là ces deux termes célèbres chez les houroûfis.
(*) Allusion au premier verset de la XVIIémc sourate qui raconte le voyage nocturne du prophète dans les cieux, et qui commence ainsi :
• bLJ 9«X«Ju i^f^ (,5^' o'-^^^'^'î^
(•) Il répète les vers de FadhI. Pour le reste nous allons tout à l'heure élucider ces termes et nous comprendrons leurs significations.
(♦) Un hàfiz est celui qui a appris par cœur le Kor'ân, peu importe qu'il
en comprenne le sens ou non! On les appelle ordinairement im^JJ a>a«.'>
On voit bien que \L Ji' reproche sérieusement au hàfiz (qui lit par cœur le Kor'àn) de fausser la lecture sacrée; il lui dit qu'il faut lire le visage de l'homme.
Voyons maintenant comment ces "sept inscriptions maternelles" deviennent 28 pour être équivalentes aux 28 .lettres
de l'alphabet arabe (^fiL\^ xUi').
Nous avions 7 inscriptions noires et 7 blanches ou lumineuses; donc, 14 en tout. Nous devons multiplier ce nombre par deux, qui représente le JL=> (status, manière d'être) et
le j^ (le lieu que chaque objet occupe dans l'espace). Car rien de tout ce qui existe ne peut exister indépendamment de ces deux conditions ('). Alors 2 X 14= 28, et voilà les 28 lettres de l'alphabet arabe. Ce nombre 28 explique en outre la raison d'un phénomène remarquable : Les mansions ou stades de la lune (-«j> J;!^) sont 28 et quelquefois 29; voilà
pourquoi le mois arabe est tantôt de 28, tantôt de 29 jours; c'est parce que les lettres arabes sont 28 et quelquefois 29 si on compte pour une lettre le "^5. C'est également pour la même raison que les oLjlIiJL* du Kor'ân sont 29 Q).
"les conservateurs du Kor'ân" ou \Wy^ «J.».>-, "les porteurs du Kor'ân". Les houroûfîs distinguent entre ces deux expressions ; ceux qui apprennent par
cœur le livre sacré, sont les N-lrr k s-. Mais les iM^jJ A— U.> sont ceux qui portent sur leurs visages les inscriptions sacrées; c'est-à-dire ceux qui sont initiés aux mystères du houroûfisme.
(') Ces deux conditions jouent dans le houroûfisme à peu près le même rôle important que le temps et l'espace dans la philosophie Kantienne; quoicju'il n'y ait en réalité aucune analogie, aucun rapport qui puisse justifier une comparaison si vague soit-elle, je me suis permis de faire cette remarque pour mieux faire comprendre aux lecteurs européens la portée de ces idées bizarres.
(*) Les oLiirnP<< sont des lettres qui précédent quelques sourates du Kor'ân, comme , j«a, r*^L *> ^^^- ^^^ combinaisons n'ont aucune signi-
Pour trouver les trente-deux lettres persanes, nous avons besoin de considérer un autre élément très important, qui entre souvent en jeu pour modifier le résultat du calcul dans le système arithmétique des houroûfis. Cet élément est
ce qu'ils appellent l'équateur {\yi>J Sx>). C'est la raie blanche qui sépare les cheveux de la tête en deux parties équilatérales; et par extension, elle désigne toute ligne médiane qui détermine une symétrie entre les parties constituantes et juxtaposées d'un objet quelconque.
Elle est la ligne médiane régulatrice symbolisant ainsi l'harmonie, la justice, l'équité, la vérité, etc. de sorte que si un houroûfi rencontre une personne dont la physionomie l'attire par sa beauté symétrique, il en fait la remarque en
disant: s^AJ-j ^yiJ»,] ce qui veut dire que la ligne médiane
est bien à sa place.
Nous devons nous arrêter un moment pour en donner une description exacte et en faire ressortir toute l'importance.
D'abord c'est à Abraham le patriarche que revient l'honneur de la découverte. Nous avions déjà vu dans l'un des chapitres précédents, qu'Abraham avait cherché partout dans les cieux et la terre son Dieu; et dans un accès de désespoir il avait ruiné les temples de ses ancêtres et démoli les idoles. C'est après ce détour, ce renoncement au culte de ses ancêtres, qu'il avait pu faire l'étude de son propre visage et y découvrir les signes manifestes de la Divinité. Il avait pu lire — comme disent les houroûfis — son propre livre (son visage !). Alors, il sépara ses cheveux en deux parties équilatérales, et c'est ainsi que fut découvert l'équateur des houroûfis
fication par elles-mêmes, voilà pourquoi leur aspect symbolique a été l'objet d'une vive discussion entre les commentateurs. Quoique je n'aie encore aucune opinion arrêtée sur ces lettres problématiques, je peux dire qu'elles sont d'origine biblique et je crois qu'elles étaient utilisées dans la Bible pour désigner les chapitres ; c'étaient peut-être des chiffres comme X, I, C , etc.
OyjM^ li=>). Mohammed qui recommandait aux fidèles de suivre la religion d'Abraham (ILàp» |*-^'y ^ !y5^) (') avait luimême adopté et suivi cette tradition (^).
Ainsi la ligne médiane a une très grande importance dans la religion des houroûfis. Tout d'abord elle est le symbole de l'unité, et c'est justement sur cette ligne que Dieu réside. Citons quelques vers du Cheikh Jsc"^î Jj:;.
Voici d'abord pour la découverte attribuée à Abraham:
icf (^ Cf -^jy^ ^^ * <J' vj^ ^-^-^ O^ J^ iO'-^ \j*-.C ..j:.\i j\ * Oly^ X^ ^^ -^ ^-^-^
te.
(') C'est un verset du Kor'ân qui a donné lieu a beaucoup de controverses. Au commencement de sa propagande le prophète avouait qu'il ne faisait que continuer la religion des prophètes envoyés avant lui. Le verset que j'ai cité se rapporte à cet aveu.
(-) Je crois que dans la formation de cette conception bizarre de l'équateur l'association d'idées a joué un certain rôle. Le terme existait déjà dans les œuvres de géographie, et le mot (^v-*-^' est mentionné dans le Kor'ân. Comme les houroûfis étaient des ignorants dans le sens banal du terme, ils virent dans le
I^Ji-M*' Ja i> des géographes une confirmation de leur doctrine; et c'est le
mot^j3:> qui a joué le rôle.
(') Allusion à un verset du Kor'ân qui s'adresse au prophète en ces termes :
(iJ.iAjo *i)J r'j^ (^'j c^ ^ "DC tradition du prophète en faveur de son
gendre 'Alî — UjIj ^<Jlc j (Jl«JI XaJiXo Lj! .
(♦) L'équateur c'est le -tl-o.
(•) Il témoigne également de l'unité de sa personne divine.
\^S '^ r^ ^ j-^j (5- ^^ * -1/^= c/^ j-^j (5- '»— ; ^ (2); J^* -JV, J^ j *^ùV- j\j . XJ ^j^=>^ JJ» sj-i^i)
Mohammed a du se conformer à la tradition de ^■. *. »!^!
Car pour arriver au Paradis du visage (JJ^à c>^x>), à la béatitude de la vision divine, il faut absolument passer par là :
En effet presque tous les poètes houroûfis ont glorifié cette vérité et prétendu avoir passé par là; car ils ont tous copié Jlc"^' ^JLc qui fut vraiment le saint Paul du houroû-
fisme. Voici quelques vers recueillis dans le .-jlyP de ^Jax^, poète lyrique houroûfi :
{') Il faudra chercher ce |^JL*xî h "i» partout et en toute chose pour se faire une idée de la vérité.
(2) Abraham a séparé en deux ses cheveux comme si Fadhl lui-même le lui eût appris; il a fait cela par inspiration divine!
(') Mohammed en faisant la même toilette a justifié son titre de "Conducteur de la voie directe"!
(♦) Anthropolâtrie ! la signification du second vers a été amplement expliquée dans les pages précédentes.
Les vers suivant sont d'un autre Gazel de Mouhîty:
(-)j i£X A:i\ .^Jiic». J^j (5l__i*- 4£=3 J ;
J!^ ù-^3^ ^J^^ ci^i^ ^-^ ^^J^ ^-^
.^^^ jCXy^,j<» 4jiai> z^-^^^* ^ t5^r" iJ^ <:i^
C'est bien assez pour expliquer l'cquateur et faire ressortir toute son importance. Revenons à notre calcul. Pour déduire les 32 de 28, pour constater comment le k.*SS
i^-^y^ donne naissance au *uy«o! \-jLi', nous devons ajouter l'équateur aux 7 inscriptions fondamentales (maternelles), ce qui donne huit. Si nous multiplions ce nombre par les quatre éléments, nous avons 32, qui est essentiellement le discours de notre seigneur Fadhl :
(') Allusion au livre sacré ...lOijL.^-, œuvre principale de Fadhl.
(2) |.yî \ci\*fO c'est la face de l'homme. Il y a là une allusion au verset
(') Le ijiiï-c et le ^g*MS ^ ainsi que le LÀ-k*w »Jo , c'est l'homme corporellement considéré. Pour le vrai çoûfi (ji-jC c'est le coeur de l'homme parfait.
o>^ oj .^^ ^L>: ,^^ 0->b
Les dents de l'homme sont au nombre de 28 ou de 32,
ce qui coïncide avec les lettres de l'alphabet arabe et persan.
Le prophète avait dit que l'homme possède 360 articu-
lations (Jwciâx); ce qui est prouvé par l'équation suivante: 6 X (28 + 32) = 360.
Il en est de même pour la sphère ((iU3) qui est composée de 360 degrés.
On peut expliquer de la même façon le nombre des génuflexions (v-aji^ ) dans la prière.
Il y a trois sortes de ;L»j: la prière du Vendredi (;L«-J
a^-*.<.->) ; la prière commune de tous les jours (ya> -j-ii) et
la prière qu'on est obligé de faire pendant le voyage ( jLéJ
jÀ*-). Celle du Vendredi est de 15 v^^otS'.; celle du voyage
de 1 1 c>«i'. ; celle de chaque jour de 17 vi>je^,. En additionnant ces nombres nous trouvons 28 et 32 :