‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 44 sur 56 · Cl ) w O · texte numérisé non relu

Cl ) w O

phrase qui est un âyet du Kor'ân [(^J r ^ ^^ -^^ J' (J>J>] : c'est une réponse

agnostique et pas trop satisfaisante. Voilà pourquoi les docteurs hanéfites se sont toujours abstenus de dire quoi que ce soit sur la nature de l'âme. Ibrahim Efendi veut dire qu'il faut demander cette question à soi-même et tâcher de la résoudre par sa propre force intérieure. Et l'âme qui est dans l'âme c'est ce

*0, ce souffle, anima^ etc.

(3) I,es philosophes modernes qui ont cherché des rapports entre les songes et la vie future (Spencer, Vignoli, etc.) ont raison. Ces vers qui font directement allusion au JuL* *Jic (le monde de similitude) tendent à prouver leur hypothèse.

(*) J'ai déjà expliqué cette métaphore, voyez page 256, note 2.

(') Ces vers renfeno^ent une conception importante, qui se rapporte encore

au mot *«3>. Les goufis ont une idée transcendente du temps et de Tespace;

pour eux il n'y a pas de passé et d'avenir; il n'y a que le présent et il est un seul moment indivisible. Car le temps et l'espace étant des propriétés du monde visible qui n'est que le reflet du néant, n'existent pas en soi. Toutes ces choses-là ne sont que l'effet d'une manifestation momentanée de l'Être

invisible et absolu; c'est un , c— *^ ^tJ^^F^i c'est l'Être absolu qui a ex-

pire son souffle (*0) ; il suffit d'une seule inspiration pour que toute cette

fantasmagorie rentre dans le néant. De là la sentence confie: .lX.xO Ji <w(c: "le monde n'est qu'un souffle ;" et dans un autre sens : "le monde n'est qu'un moment!" Par conséquent un vrai çoufi doit-être le fils du temps (ci'".^' l'T^'))

il ne doit s'occuper ni du passé ni de l'avenir, mais du moment présent. C'est dans ce sens que Mewlânâ Djélâleddîn a dit dans le i^^Ài/» :

^^Jo ^j^ j\ CAO \.>^ vj: — J * jJj iS^^\. oJji^ ^J J^àj^ Ibrahim Efendi ne dit pas autre chose. Il est à noter que la conception du temps chez les çoufis me rappelle celle de Nietzsche!

Cr -

(*) Le mot (iV^J^ est d'origine turque et exprime l'idée d'espace. Dans le Koudatkou Bilik il doit être pris plutôt dans le sens d'horizon. Dans ce poème il signifie "vaste" dont l'équivalent dans l'osmanli moderne est le mot

: c'est une forme altérée et condensée du vieux turc ip ^\}S. Cet adjectif fait allusion a une tradition qui dit : ^jU-w ^ ^A ^à^3U**j, '^

Q^9^! (^fiLXAC V*— *-* (y**-***^ CT"^^-5' ^^°^ ^^ f^S'**'^^ vi>-jA> c'est Dieu qui parle par la bouche du prophète. Le cœur d'un croyant est tellement vaste qu'il peut contenir Dieu, qui ne peut être contenu dans les cieux et la terre. Les çoufis considèrent le cœur de l'homme comme le trône de Dieu

[*wl (ji^], et cette interprétation a dû aboutir à une conception purement subjective de Dieu, conception qui a été énergiquement critiquée et combattue par les dogmatiques et particulièrement par ^KLxàj ..--jjsjt Jut**, dans son <-V>^! sA=>^ ^ &]!.«». .

Par conséquent, ô amoureux de la vérité! pour voir clairement Dieu reviens à toi-même, car tout est en toi, le paradis aussi bien que l'enfer:

u).iÇjc$^ ^J;^ iÇjcS^» ^jf ^jj^ ^^

(2) . iÇj^ ^J^ «èÇ Jc$ * J^. Ocvw j^^ ^^.\ jL-

■ Tous les çoufis s'accordent sur ces points: pour connaître Dieu, il faut d'abord connaître l'homme, car le cœur de l'homme

(') C'est-à-dire pour voir clairement que tu es une manifestation divine.

(*) Tâche de te retrouver en toi-même, connais bien ce que tu es!

(') C'est l'énoncé bien formulé de la doctrine du microcosme de Hermès, le fameux alchimiste néoplatonicien. Mewlânâ Djelaleddîn-i-Roûmi est comme tous les çoufis partisan de cette hypothèse; voici deux vers du (^ ' * * <c qui résument en deux mots cette croyance:

...: — Ji,\ j^ ^\ Jlwj, Cn-^-^ ^ « .1 — * ^\iy:y. j\i\ j> -u-^-y»

(♦) Ces vers sont franchement houroûfis; le visage de l'homme est le livre de la vérité, c'est-à-dire le Kor'ân ; et sa parole est de même les versets du Kor'ân. Oh ! Ghaïby ! tâche de te connaître toi-même : tu est le Verbe éloquent

de Dieu, le livre parlant de la Vérité Suprême (oLLUlJ! *JuI v jL- a S' :

vJiLUiî *£l! ^bLT).

est le trône de Dieu ; ou, pour parler franchement, en dehors de l'homme il n'y a point de Dieu! Voilà comment cette science par excellence se réduit à n'être que l'apothéose de l'homme.

Cette science dont l'objet d'étude est l'homme, et dont le but est la constatation des signes qui prouvent la divinité de celui-ci, repose sur deux méthodes. L'une, c'est l'interprétation allégorique ; l'autre, c'est la méthode de vérification qui se réduit comme nous allons voir en un genre de Pythagorisme.

Nous avions appris plus haut par le iuolj Kz>Jij^ que toute chose avait une "face" extérieure et une "signification" intérieure; une écorce (>;>^*-^ *r**^) et une moelle (wJ 'j**). H en est

de même pour le Kor'ân, qui a un sens exotérique, littéral, et une signification ésotérique qui en est le sens caché, mystique. C'est le prophète lui-même qui nous l'apprend par un

vi><jA> qui dit : qIsjI iùtx^v ^Xt LlLj hjJojJ •, ULj ^ L^ O^ O^

Donc il ne faut jamais prendre à la lettre le texte sacré. Si les oL^X:^ peuvent se prêter jusqu'à un certain point à une interprétation littérale, il n'en est pas de même pour les

oL^LiJù«, ou versets métaphoriques, qui contredisent les dogmes même quand ils sont textuellement traduits. Par exemple, nous rencontrons un âyet (o»-j1) comme celui-ci : ^Ic ^-«.s»-!! j3jJ:*wI Ji'f^U qui, traduit littéralement, signifie: "Dieu le Clément s'assit sur le trône ;" et puis un autre ainsi conçu : j«gj<Ajl ^J) &JUI tXj "la main de Dieu est supérieure à celles

des infidèles; elle est la plus forte," etc. Eh bien!... Cette signification ne nous pousse-t-elle pas' vers l'anthropomorphisme (xj^J^J) ? . . . Certes, oui ! . . . elle choque la raison et

rembarrasse; car une telle assertion serait la négation* même de la divinité. C'est lui assigner une place, et la délimiter dans l'espace, pour ainsi dire. Or comment concevoir un Dieu qui aurait sa place marquée dans l'espace ? N'est-ce pas une absurdité incompatible avec les attributs négatifs (oL «.^o

xIJL) de la Divinité ? . . . Une telle conception ne serait-elle

pas un blasphème?

L'exégèse s'impose. Le livre sacré nous en avertit ouvertement, car il y est dit en effet:

'jJ\^ .J^\ '^\ ^ IzJ^i oVT C. ■Jdf\\ d)i 3>^ c5i\ S!b

*uiv\ y;\ v\ /X C ^ W; :^ ^. 3^<:

D'après l'interprétation des docteurs houroûfis, c'est Dieu et les savants accomplis, exercés (LJLc j^-^js^w^L), qui seuls peuvent connaître le sens de ces allégories. Ces ^^-a-:s^-w*î. sont les scheïkhs houroûfis, bien entendu ! (*)

(') Cet âyet a été de tout temps la cause et l'objet d'une vive discussion entre les ^Lb j^Uic et les q-^^u J>^' mieux connus sous le nom générique de Bâtinites en Europe. Le point le plus controversé, le plus discuté, c'est

la lettre j de la locution : fjLxA\ ^ ^^^-jS^UawÎJÎj. Les jS>\Jb (^L«JLc considèrent cette lettre comme disjonctive [w-ol3 j'^]; tandis que \gs Bâtinites

la prennent pour une conjonction [«Àbx: jtj 'i3^^ j[î]* ^^^ns le premier

cas, le sens du texte sacré sera: "personne excepté Dieu ne connaît leur signification ; même les savants qui n'ont qu'à se soumettre à l'ordre de Dieu et croire." Dans le second cas on devrait le traduire ainsi: "personne excepté Dieu et les savants" etc. Ceux qui ont une certaine connaissance de l'arabe approuveront sans doute les I » i r , d'autant plus que le ^ en question est le commencement d'une phrase indépendante. Ainsi M. Kazimirski l'a parfaitement bien traduit. Je le cite textuellement pour donner une idée claire de ce verset si controversé. "C'est lui qui t'a envoyé le Livre de sa part. 11 s'y trouve des versets immuables, qui sont comme la Mère du Livre, et d'autres

La méthode par excellence consiste donc à interpréter les signes (oLjI) du texte sacré; et on verra que le Kor'ân ne fait que proclamer la divinité de Fadhl et prouver les sept principales inscriptions qui ont de tout temps brillé sur sa radiante figure. (')

Voici quelques versets du Kor'ân que les houroûfis citent

toujours à ce propos: xUI ^ ^L -i^j q, x,»-j^.) iJUI J^*aj dJ<3 ♦ ^y^Lii er r^ *^^5 r^ *"' ^-"^ ^^ * r^' ^^^^ ^^

Enfin tous les versets où le mot J^-jcai est cité sont considérés par les houroûfis comme des allusions allégoriques à la divinité de cet homme ! (')

qui sont métaphoriques. Ceux dont le cœur dévie de la vraie route courent après les métaphores., par envie du désordre et par envie de F interprétation., mais il n'y a que Dieu qui en connaisse P interprétation. Les hommes d'une science solide diront: nous croyons en ce Livre., tout ce qu'il renferme vient de notre Seigneur''\ etc.

(') Le mot iL-jj pris étymologiquement veut dire "signe", mais comme terme

technique il signifie "verset", et cette dernière signification est depuis bien longtemps appropriée et célèbre, de sorts qu'aujourd'hui ce mot n'est plus usité dans son sens primitif. Mais les houroûfis tâchent de tirer partie de cette ambiguïté de sens pour confondre les inscriptions du texte sacré avec celles qu'ils prétendent lire sur le visage de Fadhl-ouUâh !

(') L'idée de l'incarnation divine (épiphanie) est à la base de toutes les religions monistes ésotériques. Par conséquent dans toutes les sectes les assertions relatives à cette question sont semblables, et même identiques. Les (^cyJLx (partisans d'Ail) trouvent dans le Kor'ân des allégories qui prouvent à leurs

yeux la divinité de leur héros: ,» «Prwit (J^aÎ' J^J) ^^^- ^^ prétendent qu'il est personnellement Dieu et tuteur de son prophète qui fut Mohammed. Voici quelques vers curieux qui font allusion à la phrase citée du Kor'ân et proclament la Divinité d'Ali:

et

C'est l'objet principal de la science des lettres (\^*).=> JLc) inaugurée par le Maître. Nous allons l'étudier maintenant.

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