XIV INTRODUCTION
dans les textes assyriens, ce peut être faire du roman, ce n'est pas écrire l’histoire. De pareils propos ne méritent même pas la discussion.
Ces assyriologues auraient bien fait de méditer la conclusion des critiques adressées par Jensen à l’auteur de Wo lag das Paradies : « So interessant es wäre, wenn wirklich Bibel und Keilschriften sich in der von Delitzsch angedeuteten weise ergänzten, so muss doch leider rückhaltlos eingestanden werden, dass die Phantasie hier den Verfasser des « Paradies » allzuweit getragen hat und bei kritischerer Betrachtung von den vermeintlichen Berührungspunkten zwischen Bibel und Keilinschriften fast keiner bleibt'. »
Il est, pour l’étude d’une religion, une autre voie plus ardue peut-être, mais plus scientifique et plus sûre. Elle consiste à étudier les textes sans parti pris, à chercher avant tout leur sens obvie et grammatical, celui qu'ils avaient dans l'esprit de leur auteur, sans les faire plier à nos vues personnelles par des interprétations hasardées ou des restitutions arbitraires. Les doctrines et le culte dégagés des textes bien compris seront comparés très utilement aux religions des peuples voisins ou de même race, par exemple les données de la religion hébraïque à celles de la religion assyrienne ?. Mais il ne faudra accepter d’autres points de contact que ceux qu'imposera l’étude des documents. Aller plus loin, chercher à percevoir les bruits de dessous terre, faire appel à l'intuition, appliquer dans les rapprochements des théories faites d'avance, c’est faire une œuvre anticritique au premier chef.
La difficulté du sujet commande ici plus qu'ailleurs une sage réserve. L'étude directe des textes religieux babyloniens n’est accessible qu'au petit nombre. La plupart des hommes qui s’adonnent aux sciences religieuses doivent se contenter des résultats fournis par les assyriologues. Les
1. Jensen, Die Kosmologie der Babylonier. Strasbourg, 1890, p. 204. 2. Cf. Maurice Vernes, Histoire des religions, son esprit, sa méthode, ses divisions, Paris, 1884.