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TEXTURE DES POUMONS

Le poumon est composé d’un grand nombre d’élémens hétérogènes. Il reçoit des vaisseaux sanguin d’un volume considérable , qui font passer tout» la masse du sang à travers son tissu : ce sang doii recevoir l’impression de l’air ; pour cela , des conduits aériens se ramifient à l’infini dans sa trame; une membrane d’enveloppe sert à l’isoler et à ftteiliter ses ^ gîissemens; enfin , il renferme^es élémens communs qui se rencontrent dans la plupart de nos organes. J’étudierai suc^^vement : les conduits aériens, (la trachée et les^^H^s) les gros vaisseaux , ( l’artère pulmonaire elles veines du même nom), les vaisseaux nourriciers du poumon, (les artères bronchiques et les veines qui leur correspondent) , les vaisseaux et les ganglions lymphatiques, les nerfs,(le pneumogastrique et le grand sympathique) , le tissu cellulaire qui unit ces parties entre elles, et enfin la membrane d’enveloppe ou la plèvre. Je rechercherai ensuite le mode d’arrangement de ces parties entre elles, ce qui me conduira à exposer le tissu propre du poumon.

Section première. — Anatomie comparée.

Avant d’aborder ces divers points, je commencerai par quelques considérations sur l’anatomie comparée du poumon, en ne donnant à cette partie de ma thèse que le développement nécessaire pour faire comprendre la disposition générale du poumon dans les divers animaux, et éclairer la texture du poumon de l’homme.

Une description complète de l’appareil respiratoire dans la série animale serait déplacée dans un travail de ce genre, et exigerait d’ailleurs un temps beaucoup plus long que celui dont j’ai pu disposer.

§ I er . — L’absorption de l’oxygène est indispensable à l’existejÿe de tous les animaux. La fonction par laquelle s’opère cette absorption porte le nom de respiration. Les organes qiR en sont les agens sont variables '<

dans les différentes espèces d’animaux. Il serait difficile d’en donner une idée général^fcfcfrble à la série de ces êtres. On peut dire cepeMKjue tout agent d’absorption aérienne est en rapport de continuité avec le tégument externe dont on peut, avec quelques zootomistes, le considérer comme une modification ; soitquél organe reste a la superficie du corps , soitqu’il pénètre dans l’intérieur de l’animal. Cette circonstance de se continuer avec le tégument externe ne suffit pas, il est vrai, pour caractériser d’une manière absolue l’appareil delà respiration, puisqu’une semblable disposition existe pour l’appareil de ladigestion. Si, dans un grand nombre d’animaux, la modification qu’é-

réprouve la peau pour former les organes respiratoires est bien distincte de celle qu’elle subit pour constituer l’appareil digestif, ainsi qu’on l’observe dans tous les vertébrés, cette modification ne s’observe plus dans un certain nombre d’aniniaux chez lesquelles mêmes conduits servent à la fois à la respiration et à la digestion, comme on le voit dans quelques animaux rayonnés. (Actinies, oursins, alcyonelies.)

§ IL — Parmi les animaux supérieurs, ceux qui vivent dans l’air présentent un organe de respiration disposé comme un sac rentré à l’intérieur du corps et communiquant à sa surface par un canal plus ou moins long ; ceux qui vivent dans l’eau offrent les organes respiratoires placés à la superficie du corps, consistant en des franges membraneuses qui n’interceptent plus de cavités circonscrites, mais sont appliquées les unes contre les autres comme les barbes d’une plume. On donne le nom de poumons aux organes de la première espèce, et celui de branchies à ceux de la seconde. ^

Dans les vertébrés, voici quels sont les caractères généraux que présente le poumon :

1° Les cavités qui reçoivent l’air forment un sac unique ou multiloculaire ;

2° Les parois de ce sac sont tapissées à l’intérieur par une membrane rangée dans la classe des membranes muqueuses ;

3° Cette tunique est doublée à l’extérieur par une autre qui appartient à la classe des membranes fibreuses élastiques;

4° Des vaisseaux extrêmement nombreux se répandent dans l’épaisseur de ces parois, en s’y ramifiant à l’infini ;

5° Des nerfs, fournis principalement par le pneumogastrique , se rendent au poumon et se terminent plutôt dans les conduits aériens et vasculaires qu à la surface même des sacs pulmonaires ;

6° Les sacs dans lesquels l’air pénètre communiquent à l’extérieur, à l’aide de conduits plus ou moins ramifiés et allongés, qui, par un canal unique, leur aboutissant commun, se terminent à l’arrière-gorge de l’animal ;

7° Enfin, dans quelques classes, les sacs pulmonaires sont nettement limités par une membrane qui appartient à la classe des membranes séreuses et dont une lame est appliquée à leur surface extérieure.

Voyons comment ces diverses parties se combinent entre elles, quel arrangement, quelles modifications de structure elles subissent dans les animaux qui en sont pourvus. J’emprunterai à Cuvier la plupart des détails dans lesquels je vais entrer.

§. III. Dans les mammifères, l’appareil de la respiration est renfermé dans la cavité de la poitrine, et séparé des viscères abdominaux par une cloison musculaire. Il se compose de deux organes, creusés de cavités dans lesquelles pénètre l’air et qui sont la terminaison des conduits aériens. Ceux-ci, après s’être ramifiés à l’infini dans le tissu du poumon, parviennent à un très-petit diamètre et se terminent ordinairement par un petit cul de sac ou vésicule, qui

n’éprouve pas de dilatation bien sensible ; il en résulte que ces vésicules ne communiquent entre elles qu’au moyen des rameaux bronchiques dont elles sont la terminaison. Un certain nombre de ces rameaux , réunis entre eux d’une manière plus intime qu’avec les rameaux voisins, forment ce que l’on appelle un lobule pulmonaire. Les vésicules n’ont d’autres communications que celles que nous venons d’indiquer. Les conduits aériens se composent de tubes, dont le premier a son extrémité supérieure surmontée par l’organe de la phonation, tandis qu’en bas il se partage en deux troncs destinés à chaque poumon. Ces tubes sont remarquables par la présence de lames cartilagineuses ou osseuses, placées dans l’épaisseur de la membrane fibreuse, et qui ont pour usage de maintenir les parois des conduits écartées. On trouve également dans ces mêmes parois, entre la membrane muqueuse et la fibreuse, des fibres transversales de nature musculaire. La tunique externe des conduits aériens est très prononcée, et jouit d’une grande élasticité. Les vaisseaux sanguins des poumons sont très nombreux et paraissent de deux sortes : les uns, considérables, conduisent à ces organes la totalité du sang qui circule dans le corps ; je veux parler de l’artère pulmonaire et des veines du même nom ; les autres, beaucoup plus petits, ne conduisent que le sang nécessaire à la nutrition de l’organe, ce sont les vaisseaux bronchiques. On trouve aussi des vaisseaux lymphatiques nombreux dans les poumons. Les nerfs qui s’y rendent proviennent du pneumo-

gastrique, et quelques-uns du grand sympathique. Enfin, une membrane séreuse les enveloppe ; cette membrane est double, e’est-à-dire qu il y en a une pour chaque poumon ; et de leur accollement résulte une cloison médiane, disposition heureuse qui assure l’indépendance de chacun de ces organes et permet à l’un d’eux d’entretenir la respiration et la vie, alors que l’autre, accidentellement soustrait aux puissances inspiratrices, devient incapable d’accomplir ses fonctions.

Il y a peu de choses à dire relativement aux poumons, envisagés dans chaque mammifère en particulier, les différences qu’ils présentent, portant plutôt sur la forme que sur la texture.

Pour la trachée, les cerceaux cartilagineux forment une portion plus ou moins considérable d’anneau , quelquefois un anneau complet : c’est ce que l’on voit dans le Maki-Mococo, les Galéopithèques ; dans d’autres animaux, leurs extrémités se touchent sans se confondre : ex. le Kanguroo-rat ; ou même chevauchent l’une sur l’autre: ex. le lama, le phoque. On n’observe pas moins de variétés relativement au rapport de ces cartilages entre eux; quelques-uns sont assez rapprochés pour se toucher, d’autres le sont même assez pour se recouvrir.

J’ai dit que la trachée se partage inférieurement en deux troncs : on trouve sur quelques animaux, (le bubal, le cerf,) une bronche qui se détache de la trachée avant sa bifurcation et se porte le plus souvent vers le poumon droit.

Les carnassiers et les cétacés présentent, dans la disposition de leurs poumons, quelques particularités qui s’éloignent du type que j’ai indiqué. Ainsi, M. Bazin a constamment trouvé sur les animaux carnassiers, la surface du poumon unie, sans apparence de séparations lobulaires ; la dissection de l’organe lui a également montré qu’il n’y a pas d’espaces interlobulaires. Dans les cétacés, les vésicules sont, d’après Carus, beaucoup plus petites que dans la plupart des autres mammifères, et elles communiquent toutes entre elles.

§. IY. Le poumon des oiseaux diffère de celui des mammifères. Il ne présente pas distinctement de lobules. Il résulte de rameaux aériens, de cellules et de vaisseaux qui forment une masse d’apparence spongieuse.

Les cellules y sont très-évidentes et plus grandes à proportion que dans les mammifères. Les bronches ne parviennent pas à un aussi petit diamètre dans leurs dernières ramifications. Cuvier semble admettre que quelques unes se terminent par des vésicules en cul de sac ; mais Retzius affirme n’avoir jamais rencontré une pareille disposition. Cet habile anatomiste a d’ailleurs signalé un mode curieux de distribution des bronches dans le poumon des oiseaux ; selon lui, chaque bronche produit une série de tubes qui pénètrent dans le pou- V mon et d’où naissent à angle droit une multitude de ramifications secondaires, formant des tubes parallèles qui s’infléchissent pour se continuer avec d’autres; de sorte que, depuis la trachée jusqu’aux ouvertures extérieures des poumons, il y a partout communica-

tion d’une cavité à l'autre. Sans connaître les travaux du professeur de Stockholm, M. Bazin a de son côté découvert ces communications qu’il a eu la complaisance de me montrer, sur des préparations qui les mettent parfaitement en évidence. Plusieurs rameaux des bronches aboutissent à la surface de poumon, , A ui est percée à cause de cela comme un crible et d’ou 1 air passe dans de grandes cellules. Celles-ci communiquent les unes dans les autres, conduisent l’air dans toutes les parties du corps, et forment une sorte de poumon accessoire. De ces cellules, les unes sont vides ; d’autres enveloppent les viscères à la manière d’une membrane séreuse j quelques unes s’ouvrent dans les cavités intérieures des os, tapissées elles-mêmes par des membranes analogues. La plupart de ces cellules sont ordinairement divisées par des cloisons incomplètes. La texture des membranes pariétales de ces cellules a beaucoup d’analogie avec celle des membranes séreuses, et dans les cavités des os avec la membrane médullaire.. Dans quelques points, elle a plus d’épaisseur et offre un aspect brillant qui y fait admettre des fibres tendineuses. On trouve aussi sur les sacs voisins de la cloison incomplète qui simule un diaphragme, des fibres charnues qui se détachent de cette cloison.

La trachée artère des oiseaux est extrêmement longue; dans quelques-uns, elle forme un détour dans l’épaisseur du sternum; dans d’autres, elle présente un renflement remarquable. La trachée de certains oiseaux offre une ouverture antérieure communiquant avec un sac que l’animal remplit d’air à volonté. Les

conduits aériens des oiseaux offrent assez d’analogie de texture avec ceux des mammifères. Les cerceaux cartilagineux sont généralement complets dans la trachée et incomplets dans les bronches. La membrane fibreuse présente une élasticité plus prononcée que chez les mammifères ; les fibres charnues ont été observées sur l’autruche et le casoar, mais seulement dans la partie des bronches dépourvue de cartilages ; Cuvier a vainement cherché ces fibres dans des oiseaux autres que ceux que je. viens de citer.

Les vaisseaux du poumon des oiseaux offrent la même disposition que ceux du poumon des mammie fères. Quant aux lymphatiques, leur histoire est peu avancée malgré les recherches dont ils ont été l’objet. >

Les poumons des oiseaux sont dépourvus à l’extérieur de membrane commune ; aussi ne peuvent-ils glisser à la surface interne de la cavité thoracique.

§. Y. Dans les reptiles, les poumons sont représentés par deux sacs, variables quant à la forme et l’étendue, incomplètement cloisonnés à l’intérieur, et dans chacun desquels s’ouvrent les premières divisions des bronches. Ce ne sont plus des vésicules formées parla division de ces conduits, que les vaisseaux accompagnent en se divisant également ; ce sont deux cavités dans lesquelles s’ouvrent de suite les conduits aériens et dont les parois reçoivent les ramifications de quelques vaisseaux sanguins, provenant soit directement du cœur , soit des divisions de l’aorte. Leur trachée est généralement courte; elle contient des cerceaux

cartilagineux. La membrane extérieure qui enveloppe le poumon est commune à ces organes et à ceux que renferme l’abdomen.

On trouve dans les quatre classes de reptiles quelques différences dignes d’être notées.

Dans les Chéloniens, les anneaux de la trachée sont complets; les bronches se prolongent dans l’épaisseur du poumon, en atteignent la partie la plus reculée, et présentent dans leur trajet dix à douze ouvertures qui communiquent avec les cellules polygonales de cet organe; chacune de ces cellules est bordée par des cordons blanchâtres et comme tendineux, qui semblent destinés à soutenir ses parois et qui , en se fixant aux bords des sacs, les attachent aux orifices des bronches.

Dans les Sauriens, la trachée ressemble à. celle des Chéloniens; mais, sauf quelques exceptions, les bronches ne se prolongent pas dans l’intérieur du poumon; elles communiquent par une seule ouverture avec les cellules qui remplissent une partie du sac pulmonaire et, par l’intermédiaire de celles-ci, avec une cellule plus vaste qui le termine en arrière.

Le poumon des Ophidiens ne diffère du précédent que par l’énorme développement de cette cellule postérieure, prolongée jusqu’à la partie inférieure de l’abdomen. C’est pour cette raison peut-être que ces animaux n’ont qu’un seul poumon, l’autre étant atrophié par le volume considérable de son congénère.

Enfin, dans les Batraciens, le poumon est réduit à sa plus grande simplicité : car il consiste en un simple

sac de la surface intérieure duquel s’élèvent des cloisons. Celles-ci s’avancent d’une à deux lignes vers le centre de la cavité, interceptent des espaces polygonaux et creusés en forme d’alvéoles qui donnent à la paroi interne du poumon l’aspect du second estomac des ruminans. Dans cette dernière classe de reptiles , s’observe un exemple curieux de transformation des organes respiratoires. Les Batraciens, qui ne vivent entièrement dans l’eau que pendant la première période de leur existence, absorbent l’oxygène à l’aide d’organes semblables à ceux des poissons, c’est-à-dire par des branchies, organes qu’ils échangent plus tard contre des poumons en sac ; quant à ceux qui restent toute la vie dans l’eau, tels que les Protées, les Syrènes, ils sont pourvus à la fois de branchies et de poumons, formant ainsi la transition entre les vertébrés des trois premières^ classes dont la respiration s’accomplit à l’aide de poumons et ceux de la quatrième qui vivent dans l’eau et dont les branchies forment les organes respiratoires.

Quoique plusieurs animaux invertébrés possèdent encore un appareil respiratoire assez parfait , une espèce de poumon membraneux : tel le sac des mollusques gastéropodes, cependant, je ne pousserai pas plus loin ces recherches d’anatomie comparée , parce que ces organes s’éloignent de plus en plus par leur texture de ceux de l’homme, qui doivent faire l’objet spécial de nos études.

section seconde. Elémens du poumon

Je vais maintenant passer à la description des parties élémentaires du poumon de l’homme, en commençant par les conduits aériens.

§. I er Des conduits aériens. Quoique les bronches seules appartiennent à la texture du poumon, je crois devoir, à l’exemple des auteurs qui ont décrit cet organe, parler également de la trachée artère qui en est la commune origine , et dont la structure offre avec celle des bronches la plus parfaite analogie.

Les conduits aériens, envisagés d’une manière générale, offrent la disposition suivante : c’est un tube d’abord simple qui part du larynx au niveau de la cinquième vertèbre cervicale; descend sur la ligne médiane, devant l’œsophage et le rachis, entre les vaisseaux principaux du cou et les nerfs qui les accompagnent, derrière les muscles sous hyoïdiens; pénètre dans la poitrine par l’ouverture supérieure de cette cavité, s’incline un peu à droite et se partage derrière la crosse de l’aorte en deux parties ou bronches. L’une, la droite, large de huit lignes, longue d’un pouce, se détache de la trachée presqu’à angle droit ; l’autre, large d un demi-pouce, longue de deux, descend plus obliquement a gauche. Chacune d’elles gagne la racine du poumon et se partage en deux troncs principaux.

X' La branche inférieure de la bronche droite un peu plus considérable que la supérieure, se subdivise plus loin en deux rameaux dont l’un, plus petit, pénètre le

lobe moyen, et l’autre le lobe inférieur; chacune d’elles ' éprouve ensuite une série de divisions et se termin? comme je le dirai plus loin.

Le mode de division des bronches mérite de nous arrêter un instant. En général, un tronc se partage en deux branches d’égal volume, qui elles-mêmes éprouvent une semblable bifurcation, ce qui constitue des divisions dichotomiques : mais cette règle souffre de nombreuses exceptions ; en effet>on voit quelques gros troncs bronchiques fournir de très-petits rameaux ; d’autres fois, une grosse bronche parcourt un loug trajet dans le poumon, donnant en route une suite de ■ branches, qui s’en détachent Comme d’un tronc commun; enfin , il n’est pas très-rare devoir trois rameaux d’égal volume, prendre naissance sur un tronc commun preSqu’à la même hauteur. Une autre particularité digne de remarque, c’est que les divisions bronchiques ne sont pas régulièrement espacées; en sorte qu’un tronc, après avoir parcouru un certain trajet sans éprouver de division, fournit tout-à-coup un assez grand nombre de branches. Ges canaux naissent sous des angles aigus. Gn trouve au niveau de chaque origine une saillie anguleuse , ou éperon très prononcé. Cet éperon a, dans les grosses bronches, jusqu’à quatre lignes de hauteur ; il rappelle parfaitement la saillie que l’on observe à la réunion du conduit hépatique avec le canal cystique.

M. Cruveilhier a compté les divisions successives des bronches avant leur terminaison dans les lobules

pulmonaires et s’est assuré qu’il n’y en a pas plus de quinze.

Le tube aérien est composé de tissu fibreux, de cartilages, de fibres musculaires et doublé à son intérieur d’une membrane muqueuse; il reçoit en outre des vaisseaux, des nerfs et contient du tissu cellulaire.

A. Tissu fibreux. Il forme un tube complet dans la trachée, et une série de tubes également complets dans les bronches : c’est à tort que quelques anatomistes ont prétendu qu’il est interrompu au niveau des cartilages ; j’indiquerai plus loin comment il se comporte à leur égard. Son épaisseur n’est pas la même partout ; elle est plus prononcée dans la partie de la circonférence de la trachée et des bronches où il n’existe pas de cartilages ; elle est un peu moindre dsfhs les intervalles de ces derniers, enfin, elle est très mince à leur niveau même.

La membrane fibreuse se prolonge jusqu’aux dernières extrémités des bronches. Je ne puis admettre avec Reisseisen (de fab. pulm. commentatio. p. 40 ) qu’elle cesse au niveau des cartilages , et qu’à partir de ce point elle soit remplacée par une nouvelle membrane également élastique. Elle est plus épaisse à la trachée qu’aux bronches.

Cette membrane appartient, du reste,au tissu fibreux élastique. Elle est dans un état de tension permanente pendant la vie, et tend à se raccourcir selon la longueur des bronches et selon leur largeur ; propriété physique qui ne permet pas au poumon une dilatation active, et qui confère à cet organe la faculté de

vV . . ,

chasser, pendant l’expiration, l’air qui a pénétré dan son intérieur. Cette propriété a fort bien été signalée par Haller, Winslow, Helvétius5 elle a été égalemen mentionnée par quelques anatomistes plus modernes, Reisseisen et Carson. Tl est étrange que de nos jours elle ne sbit pas mieux comprise d’un grand nombre de personnes, et que l’on entende attribuer à la pression atmosphérique l’affaissement du poumon, qui survient, lorsque l’on ouvre largement la poitrine d’un animal; tandis que cet affaissement est simplement le résultat de la rétraction de la membrane fibreuse des bronches. Ce point sur lequel j'ai, depuis plusieurs années, appelé l’attention des élèves dans mes cours d’anatomie mérite d’être examiné avec soin.

Jusqu’au moment de la naissance, les poumons sont d’un petit volume et situés près du rachis ; les bronches ont peu de longueur et delargeur; il est probable que leur membrane fibreuse n’est pas distendue, en sorte que son élasticité est satisfaite. Mais, au moment de la naissance, la première inspiration a pour résultat l’agrandissement de la poitrine ; tin vide tend à se faire entre la surface intérieure de cette cavité, et celle de l’organe qui y est contenu : l’équilibre n’existant plus entre la surface extérieure du poumon et les cavités innombrables que présente cet organe, l’air atmosphérique qui communique avec ces cavités par l’intermédiaire des conduits aériens presse sur elles excentriquement et produit ainsi l’augmentation de volume de tout le poumon. De cette dilatation résulte l’augmentation de longueur des bronches et probable

ment aussi leur élargissement ; dès-lors, la membrane fibreuse élastique qui entre dans la composition de leurs parois se trouve distendue dans l’un et l autre sens. Cette membrane représente (qu’on me pardonne la comparaison en faveur de son exactitude ) une multitude de ressorts à boudin, qu’on peut considérer comme ayant deux extrémités. Les unes, excentriques, divergent et se portent à la superficie du poumon ; les autres se rassemblent en un seul tronc qui se rend en dedans vers la racine du poumon ; l’arbre bronchique se trouve donc tendu dès la première inspiration.

Il se passe bientôt dans les parois de la poitrine des changemens très remarquables, elles se soulèvent et s’agrandissent considérablement. Comparez cette poitrine étroite, aplatie'latéralement, de l’enfant qui vient de franchir la vulve, à celle de ce même enfant après qu’il a accompli plusieurs inspirations , et vous serez surpris de la différence qu’elles présentent. Les pièces osseuses et cartilagineuses de la poitrine tendent à conserver la dilatation que le jeu de la respiration leur a fait acquérir. Dès lqrs se trouve établie la tension de la membrane fibreuse des bronches; car chaque ressort est tiré sur une de ses extrémités, pendant que l’autre reste fixée; celle-ci est l’extrémité centrale , celle qui répond à la racine du poumon, à la bronche. Il s’établit ainsi une lutte entre le poumon qui tend à revenir sur lui-même et les parois delà poitrine qui se maintiennent soulevées. Lorsque, par la contraction des muscles inspirateurs, les parois s’écartent et surmontent l’élasticité du; P oumon, l’air entre dans cet organe

et distend davantage la membrane fibreuse : quand l’action rétractile de celle-ci l’emporte, par suite du relâchement des puissances musculaires , le poumon se rétrécit et la poitrine s’affaisse; il y a expiration : enfin à la mort le poumon revient sur lui-même jusqu’à ce qu’il y ait équilibre entre sa puissance rétractile et la résistance des parois thoraciques qui ne se prêtent pas à un affaissement plus considérable.

Mais alors l’élasticité des bronches n’est point encore satisfaite; les ressorts restent tendus. Qu’une ouverture soit pratiquée aux parois de la poitrine, celles-ci qui s’étaient un peu affaissées pour suivre la rétraction du poumon se reçussent et s’élèvent; tandis que le poumon dont rien ne gène la contractilité se rapetisse davantage , et par cette double cause un intervalle assez considérable s’établit entre le poumon et la plèvre costale. Dans ce retrait le poumon expulse une partie de l’air qu’il contenait, mais l’élasticité des bronches est satisfaite avant que tout l’air que renferme le poumon n’ait été chassé au dehors. En effet quelle que soit la pression à laquelle on soumette le poumon d’un enfant qui a respiré, il y reste toujours de l’air; connaissance d’une haute importance en médecine légale dans les questions d’infanticide. Je rechercherai plus loin l’explication de ce phénomène.

, ^ B. Cartilages. Les conduits aériens sont remarqua- \ blés présence de cartilages disséminés dans une partie de leur étendue et placés .dans l’épaisseur de la membrane fibreuse que j’ai décrite. Par une dissection attentive on peut démontrer une lame de cette meim

brane passant à la surface extérieure et une autre moins épaisse à la surface intérieure des cartilages. Chacun de ceux-ci est enveloppe immédiatement par une membrane propre ou périchondre, qui les sépare de la membrane fibreuse élastique.

La forme, la situation et le volume de ces cartilages ne sont pas les mêmes dans toute l’étendue de l’arbre aérien : dans la trachée ils représentent une série de cerceaux superposés, au nombre de \ 6 à 20 , formant ies 2/3, les 3/4 ou les 4/5 d’un cercle, selon les sujets et le degré de distension de ce conduit, recourbés sur eux-mêmes d’avant en arrière, trpnt d’une à deux lignes de hauteur. Les intervalles qui les séparent ont à peu près la même hauteur , en sorte que la trachée présente en avant et sur les côtés un aspect noueux. Leurs extrémités regardent en arrière, et s’arrêtent toutes au même niveau, d’où il résulte que le côté postérieur de la trachée en est complètement dépourvu. Ils offrent quelques différences selon la région qu’ils occupent et quelques variétés accidentelles sur la description desquelles je crois inutile de m’arrêter.

Dans les premières bronches ces cartilages ne différent pas d’abord sensiblement de ce qu’ils sont dans la trachée; mais dans les divisions suivantes ils cessent de former des lames régulières occupant le même côté du conduit aerien ; ils deviennent oblongs, curvilignes, quadrilatères, triangulaires. Leurs angles très-alongés sont disposés de manière à ce qu’ils puissent chevaucher les unssur les autres. Ils occupent les divers points du contour des bronches. A mesure que le volume

des bronches diminue^ ils deviennent moins nombreux et plus petits et offrent une forme arrondie. Ils sont tellement tenus dans les ramifications réduites à environ un tiers de ligne de diamètre que l’on peut à peine les apercevoir. Enfinles dernières divisions n’en‘présentent plus de traces, et la couche superficielle du poumon, à la profondeur de quelques lignes, en est complètement dépourvue. J’ai recherché sur plusieurs poumons d’adulte le rapport de longueur qui existe entre la portion de bronches fournie de cartilages et celle qui en est dépourvue. J’ai reconnu que celle-ci offrait à peu près toujours là même étendue, c’est-à : dire environ deux pouces, tandis que la portion cartilagineuse variait selon la longueur totale; en sorte que, dans quelques-unes trèsrgrandes, elle offrait trois pouces et demi, tandis qu’elle était de quelques lignes dans celles d'un petit calibre. J’ai également remarqué ^ e les dernières divisions cartilagineuses sont placées sur l’éperon résultant de la bifurcation d’une bronche ; ainsi, ii'n’est pas rare de trouver de ces points cartilagineux sur la bifurcation d’une bronche qui était entièrement membraneuse à cinq ou six lignes au-dessus.

Ces cartilages sont très-souples ; on peut sans les briser rapprocher leurs deux extrémités, dans la trachée et les deux premières bronches. Us sont également très-élastiques, et c’est en vertu de cette propriété que les parois du conduit aérien se maintiennent touj ours écartées. L’aplatissement de la trachée et des deux premières bronches en arrière est dû précisément à l’absence de cartilages de ce côté. La forme circulaire

■des ramifications bronchiques tient à ce que chaque lame cartilagineuse réunie à celles qui 1 avoisinent forme un anneau complet. On comprendra aisément de quelle importance sont les cartilages en songeant que, lors de l’inspiration, la pression atmosphérique tend à rapprocher les parois des conduits aeriens et a en produire l’affaissement.

C. Fibres transversales. L’on trouve des fibres „ transversales dans la trachée et lés bronches, elles sont placées entre la membrane fibreuse et la membrane muqueuse ; elles sont par conséquent plus rapprochées de la surface intérieure des voies aériennes que les cartilages qui occupent, ainsi que nous l’avons dit, l’épaisseur de la membrane fibreuse.

Les fibres transversales ne forment pas des anneaux complets danfla trachée et l’origine des bronches, elles s’étendent, s|^la plupart des auteurs, entre les extrémités^ postérieures des cerceaux cartilagineux sur lesquelles elles s’attachent. Cependant Meckel dit qu’elles anticipent un peu sur la face interne de ces mêmes cerceaux.

Ces fibres transversales prennent une forme circulaire dans le point des voies aériennes où lés cartilages cessent de former des cerceaux réguliers. Leur nombre augmente ; quant à leur épaisseur, elle est absolument moindre que celle des fibres transversales de la trachée, mais elle est considérable proportionnellement au diamètre des bronches. Il faut armer l’œil d’instrumens grossissans, pour pouvoir les découvrir vers les extré-

mités des bronches. M. Cruveilhier a noté leur augmentation d’épaisseur dans certains catarrhes chroniques.

Quelle est la nature de ces libres transversales? Quelques personnes pensent qu’elles appartiennent au tissu fibreux élastique. Cette idée est positivement émise par Helvétius: « Je crois, dit-il, qu’on peut ranger ces fibres parmi les ligamens à ressort , par rapport à leur structure et à leurs usages. » ( Mêm . de Vacad. des sciences , an 4718, p. 24.) Les raisons qu’il en donne sont : qu’elles n’ont pas l’aspect du tissu musculaire; qu’elles conservent leur propriété rétractile long-temps après que les fibres charnues ont perdu leur irritabilité; qu’en aucun temps les bronches ne se montrent irritables. Haller a déjà mentionné ce résultat négatif dans ses expériences sur l’irritabilité. M. Trousseau, ayant ouvert la poitrine d’un cheval vivant, en retira le poumon et soumit de suite les bronches à différens irritans ; mais il ne put constater aucune apparence de contraction dans ces conduits. Malgré l’autorité des auteurs que j’ai cités et la valeur des faits qui précèdent, je pense, avec le plus grand nombre des anatomistes, que les fibres transversal es Mes voies aériennes sont de nature musculaire. Personne, en effet, ne peut méconnaître cette structure dans la trachée et dans les premières divisions des bronches; l’analogie conduit à penser qu’elles conservent la même structure dans toute l’étendue des voies aériennes, et l’inspection de ces fibres sur les grands animaux confirme cette opinion. Quant aux observations qui semblent contraires à l’ir-

ritabilité, on peut leur opposer celles de Varner, qui dit s’être assuré que les bronches sont irritables, et que cette irritabilité persiste même dans les plus petites. (Reisseisen, loc. cit. p. 9. )

Quelle que soit leur nature, ces fibres doi vent rétréci r la cavité des bronches selon leur diamètre transversal. Elastiques, le mécanisme du rétrécissement des bronches serait purement passif et réclamerait une dilatation préalable, qui aurait mis leur élasticité en jeu; charnues, elles pourront prendre une part active à l’expulsion de l’air, et, par leur contraction spasmodique , on pourra se rendre compte de quelques phénomènes morbides, tels que ceux qui s’observent dans certains accès d’asthme.

D. Fibres longitudinales. Il existe des fibres longitudinales, qui sont placées plus profondément que les circulaires. Ces fibres apparaissent déjà à travers la membrane muqueuse du larynx; elles se rassemblent de manière à former quelques colonnes épaisses, qui font saillie à l’intérieur des conduits aériens. On les trouve très-prononcées à la face postérieure de la trachée et des premières bronches, dans la portion dépourvue de cartilages; j’y en ai compté de six à huit ; les autres points de la trachée présentent également des fibres longitudinales qui sont à la fois plus petites et plus nombreuses; parvenues dans les secondes divisions bronchiques, ces colonnes occupent tous les points de leur pourtour; quelques-unes se confondent, tandis que d’autres se bifurquent au niveau de l’origine d’une bronche ; les fibres voisines de

l’éperon se contournent sur son bord libre qu'elles renforcent j et s’en détachent successivement pour descendre sur le côté de la bronche qui répond à l’éperon. J’ai compté huit à dix colonnes dans les grosses bronches. Ces colonnes apparaissent plus nombreuses et plus délicates, à mesure qu’on descend dans les canaux secondaires ; et elles peuvent être suivies à l’œil nu au-delà du point oh cessent les cartilages. L’accroissement dans le nombre des colonnes s’explique à la fois par la division des faisceaux primitifs et par l’adjonction de nouvelles fibres longitudinales.

L’on n’est point encore parfaitement fixé sur la nature du tissu qui entre dans la composition de ces fibres longitudinales : elles paraissent tenir à la fois du tissu jaune élastique et de la fibre musculaire. Reisseisen(/oc. cit. p. \ \ ) les compare à la tunique fibreuse des artères et au tissu de l’utérus. M. Cruveilhier incline vers la première opinion, qui nous semble mieux fondée.

E. Membrane muqueuse. L’intérieur de la trachée et des bronches est tapissé par une membrane muqueuse. Continue en haut avec celle qui revêt le larynx, elle se termine dans les dernières ramifications des bronches. Çette membrane a été connue des anciens anatomistes, mais il est assez curieux de voir sur quels faits ils établissent son existence. Ainsi, l’on voit Haller ( Elem. phjs.y t. III, p. 1-48 ) donner, avec ceux qui l’ont précédé, l’expulsion hors des voies aériennes de tubes membraniformes, ramifiés, en preuve de l’exi-

stence de cette membrane interne, séparée des parties sous-jacentes par une inflammation gangréneuse.

La muqueuse des voies aériennes est mince, elle présente un aspect lisse et poli, analogue a celui de la membrane qui tapisse les voies urinaires, et bien différent de celui que présente la muqueuse digestive. Dans l’état sain sa couleur est d’un blanc grisâtre : elle est exactement tendue sur les parties qu’elle double, et ne présente d’autre saillie à l’intérieur des bronches que celle qui résulte de son soulèvement par 1 ; parties sous jacentes. Elle est unie à la membrane fibreuse de la trachée, aux bandes longitudinales des bronches, et aux fibres circulaires de ces canaux par un tissu cellulaire , serré, peu abondant et dans lequel on ne rencontre pas de graisse. Ne seraient-ce pas des follicules muqueux qui auraient été pris par Hencher, cité par Haller, pour des vésicules adipeuses, placées dans le tissu cellulaire sous muqueux ?

On trouve comme dépendances de cette membrane muqueuse des glandules ou follicules mucipares. Ils sont plus abondans sur la face postérieure de la trachée artère que partout ailleurs. On les trouve placés en dehors de la membrane fibreuse, recouverts seulement par le tissu cellulaire qui sert d’enveloppe à ce canal. Ils‘sont arrondis, oblongs, un peu aplatis, ils ont à peu près le volume d’un grain de millet ; beaucoup sont isolés ; quelques-uns placés côte à côte semblent constituer un follicule beaucoup plus considérable, mais les ouvertures multiples qui leur correspondent montrent que ce sont des follicules agminés. Ces cor-

puscules, de couleur rougeâtre , sont creux à leur intérieur ; chacun d’eux donne naissance à un petit conduit ou goulot qui traverse la membrane fibreuse et s’ouvre à la surface de la membrane muqueuse, ordinairement dans les intervalles que laissent entre elles les bandes verticales de la trachée artère. On s’assure de cette communication par l’inspection directe, on la démontre encore quand, après avoir abstergé la surface interne de la trachée, on comprime les glandules; on voit alors sourdre par les petites ouvertures de cette membrane le liquide onctueux que renfermait le follicule. Ces ouvertures ont d’ailleurs été bien figurées par Morgagni, dans ses adversaria.

Des follicules, moins volumineux que les précédens, existent sur les autres points du pourtour de la trachée artère : renfermés dans l’épaisseur de la membrane fibreuse, moins superficiels par conséquent que les précédens, ils sont surtout placés au niveau des intervalles des cerceaux cartilagineux. Enfin ils deviennent si petits dans les bronches qu’on est obligé de les rechercher avec soin pour les découvrir.

Les parties communes qui entrent dans la composition des conduits aériens, c’est-à-dire les vaisseaux et les nerfs seront indiqués bientôt ; quant au tissu cellulaire, j’ai déjà fait connaître sa disposition, en parlant de la membrane muqueuse.

§ II. Vaisseaux sanguins. Lorsque l’on considère le nombre et le volume des vaisseaux qui pénètrent le poumon, on n’est point étonné de l’expression de Harvey, qui : appelle le poumon le trésor du

sang. Les vaisseaux qui entrent dans cet organe sont de deux ordres, les uns appartiennent à la circulation générale, ce sont les artères et les veines bronchiques; les autres constituent à eux seuls le cercle de la petite circulation, ce sont les artères et les veines pulmonaires.

A. Artères pulmonaires .—Les artères pulmonaires, nommées par les anciens veines artérieuses, conservèrent ce nom jusqu au moment ou Hoffmann leur donna le nom d’artères, se fondant sur la remarque de Cœsalpin, ( quest . perip. prop. o) qui avait démontré qu’elles sont comme les autres artères , agitées de battemens. Ces vaisseaux jouent dans la circulation pulmonaire le même rôle que l’aorte dans la circulation générale ; mais ils présentent cette particularité remarquable qu’ils charrient du sang veineux.

Le volume relatif de l’artère pulmonaire et de l’aorte a été l’objet de recherches et de discussions nombreuses. Il est aujourd’hui généralement admis que chez l’adulte Fartère pulmonaire a un diamètre un peu moins considérable que l’aorte. C’est la disposition inverse que l’on observe chez le fœtus. Si l’on poursuit la comparaison de ces deux vaisseaux , on voit qu’ils diffèrent peu sous le rapport de leur organisation. Tous deux en effet nous présentent les mêmes élémens ; la différence qui existe entre eux ne paraît porter que sur l’épaisseur de la membrane moyenne qui est plus mince dans l’artère pulmonaire

et par conséquent plus faible, de sorte que celle-ci s’affaisse et se plisse sur elle-même lorsqu’on l’a divisée. Soumises à la constriction d’une ligature, les branches de l’artère pulmonaire se comportent comme celles de l’aorte. Les tuniques interne et moyenne sont coupées ; la tunique externe résiste seule. Cette expérience vient encore confirmer l’analogie de texture des deux artères. Cependant il faut reconnaître que l’étude des altérations organiques que présentent ces deux vaisseaux, semble indiquer entre eux une différence de structure que nous ne pouvons saisir par nos moyens ordinaires d’investigation.

Née du ventricule droit, l’artère pulmonaire ne tarde pas à se partager en deux troncs principaux qui se subdivisent eux-mêmes, vers la racine des poumons, en trois branches pour le poumon droit, et deux pour le poumon gauche : celles-ci, en pénétrant dans le poumon, ne m’ont pas paru affecter les mêmes rapports avec les bronches des deux côtés; car du côté droit je les ai trouvées au-devant de la bronche; et du côté gauche la bronche au-devant d’elles. Dans l’intérieur de l’organe, les artères pulmonaires, environnées d’un tissu cellulaire très-serré, sont accolées aux ra- ' mifications bronchiques qu’elles accompagnent fidèlement et dont elles partagent en général le mode de division. Parvenues à une extrême ténuité, les artères pulmonaires se terminent de deux manières différentes : quelques branches se prolongent jusqu’à la surface du poumon et entrent dans la composition du réseau vasculaire superficiel que nous décrirons en par-

lant des artères bronchiques : ce mode de terminaison peut facilement être démontré par des injections pénétrantes ; c’est ainsi qu’il a été constate par Reisseisen (loc. cit. p. \ 7); d’autres, bien plus nombreuses, se divisent sur les parois des vésicules bronchiques en une foule de petits rameaux qui s’anastomosent, entr’eux, que Willis a examinés au microscope et qu’il a comparés à des couronnes de graines de lierre ( corymbiis).

B. Veines pulmonaires. — Les veines pulmonaires font suite aux dernières ramifications des artères pulmonaires et bronchiques. Elles naissent à la surface des vésicules pulmonaires, dans le tissu cellulaire interlobulaire et sous pleural, tant du réseau vasculaire superficiel que du lacis artériel qui recouvre les bronches , les vaisseaux et les nerfs. Les radicules qui la composent ne se réunissent pas en branches successivement croissantes; mais, après avoir acquis un volume peu considérable et au bout d’un court trajet, elles vont directement se jeter dans un rameau long et volumineux; celui-ci est ordinairement placé dans un espace interlobulaire qu’il occupe seul. De la rencontre de ces rameaux résultent d’autres branches dont le volume croît graduellement. Pendant cette partie de leur trajet, les veines pulmonaires ne dépassent pas en nombre les divisions des artères pulmonaires ;'VVinslow et Sénac disent même que ce nombre est inférieur à celui des branches artérielles, disposition exceptionnelle et qu’on n’observe que rarement dans l’économie animale. Ce n’est qu’au moment de sortir du poumon

qu’elles deviennent plus nombreuses que les artères. Elles se réunissent de chaque côté en deux troncs principaux qui se rendent isolément à l’oreillette gauche.

Le volume des veines pulmonaires comparé à celui des artères a été l’objet de nombreuses recherches. Si les auteurs n’ont pas tous donné de ce problème la même solution, on peut dire cependant que le plus grand nombre s’accordeà reconnaître aux veines moins de capacité qu’aux artères; et Michelotti remarque même qu’en raison de cette disproportion le sang doit couler plus rapidement dans les veines, ce qui compense la différence dans la quantité de sang contenu dans les deux ordres de vaisseaux. ( Epist . ad Fontenelle. \ 7â4. )

Existe-t-il des valvules dans les veines pulmonaires? Les anatomistes qui les ont recherchées s’accordent à dire que ces vaisseaux en sont dépourvus. J’ai vérifié l’exactitude de cette assertion par l’inspection attentive d’un grand nombre de veines pulmonaires. Cependant , on lit dans une note de l’anatomie de Meckel que Reich a trouvé une valvule devant l’orifice d’une des veines pulmonaires droites; disposition remarquable comme répétition de ce qui a lieu d'une manière normale chez plusieurs animaux. Quant au professeur Mayer, de Bonn, il a commis une grossière erreur, lorsqu’il a décrit sous le nom de valvules des veines pulmonaires l’éperon qui résulte de la rencontre de deux de ces vaisseaux. Home, dans un travail sur lequel je reviendrai plus loin, dit avoir constaté dans les divisions terminales des veines pul-

monaires l’existence de valvules qu’il a fait représenter avec un grossissement de quatre cents diamètres. C est à la présence de ces valvules qu’il attribue la difficulté que l’on éprouve à faire refluer vers 1 artere pulmonaire les liquides injectés dans les veines du meme nom ; tandis que le passage en sens inverse est extrêmement facile.

Du reste, la structure de ces veines dans le poumon ne diffère pas de celle des veines en général, et l’on est porté à croire que Bichat s’est laissé entraîner au désir d’affermir sa théorie des systèmes vasculaires à sang rouge et à sang noir, lorsqu’il a avancé que la membrane intérne des veines pulmonaires, en contact avec du sang rouge, offre la structure de la tunique interne des artères. En effet, aucune démonstration n’a été apportée à l’appui de cette opinion.

C. Artères bronchiques . — Les artères bronchiques sont remarquables, moins par leur volume que par l’importance que les auteurs ont attachée à leur découverte. Haller (loc.cit., p. iS4), auquel nous devons cette observation, rappelle que plusieurs anciens tels qu’Erasistrate, Galien , Rhazès, Avicenne et d’autres plus modernes, Fernel, Marchetti*, etc., les ont connues. Morgagni fait les mêmes remarques, à l’occasion d un passage de Ruysch, dans lequel celui-ci s’attribue la découverte de l’artère bronchique et affirme que personne avant lui n’avait observé ce vaisseau. « Hanc » arteriam a nenune adhuc esse obseivatam intrépide ». affirma. » (Ad?., t. V, p. 4b.) Cette phrase du reste témoigne assez de l’oubli dans lequel était tombée

cette artère dont la connaissance remontait pourtant si loin. En effet , Golombus nia complètement l’existence d’artères pulsatives dans le poumon, et Nancelius (Analogies microscomii ad macrocosmon , Paris, p. 495), qui partageait son opinion à ce sujet, ajouta que cela eût été bien inutile, l’artère et la veine pulmonaires étant suffisantes pour nourrir et rafraîchir l’organe qu’elles parcourent.

Le nombre des artères bronchiques et leur origine présentent beaucoup de variétés, qui ont été bien indiquées dans les traités classiques. On regretterait de n’y pas trouver décrite avec le même soin la terminaison de ces vaisseaux dans le poumon, si Haller et surtout Sœmmering et Reisseisen n’avaient pas comblé cette lacune. Ces artères d’un petit volume se dirigent vers la racine du poumon, suivent en serpentant la surface extérieure des bronches, se subdivisent en un grand nombre de rameaux dont chacun accompagne une ramification bronchique jusqu’à ses dernières extrémités. Là, ils deviennent si ténus qu’il est difficile de les injecter et qu’il faut le secours du microscope pour les découvrir jusqu’auprès des vésicules pulmonaires. Dans ce trajet le long des bronches, ils forment des réseaux variés, dont se détachent à diverses distances des ramuscules qui traversent la membrane fibreuse, rampent quelque temps au-dessous d’elle et finissent par s’épuiser dans la membrane muqueuse, en un lacis capillaire d’une richesse admirable. En outre, les artères bronchiques fournissent des branches qui se répandent dans d’autres parties du poumon.

Ainsi, les unes alimentent les ganglions lymphatiques; d’autres se jettent sur les parois des vaisseaux pulmonaires; quelques-unes se perdent dans les cordons nerveux ; on en voit de plus considérables ramper sous la plèvre dans les intervalles qui séparent les lobules, donnant a droite et a gauche une multitude de rameaux flexueux; il en est enfin qui pénètrent le tissu cellulaire interlobulaire et viennent à la surface du poumon s’anastomoser avec les précédens, et contribuer avec eux à la formation d’un réseau vasculaire ■» logé dans le tissu cellulaire sous-pleural. Ce réseau est composé de vaisseaux si déliés que l’on ne peut l’apercevoir à l’œil nu sur des poumons sains, ni pendant la vie ni après la mort ; mais il devient visible quand on pousse avec force une injection très pénétrante, ou quand on examine des poumons enflammés. Cette description, que j’emprunte à Reisseisen (loc. cit. p.lâ), diffère de celle de Sœmmering ( Medicinisch chirurg. geitung \ 808),qui pense que nies vaisseaux bronchiques » appartiennent seulement aux conduits aérifères » cartilagineux et ne s'étendent point au tissu cellu- » laire du poumon. »

Les artères bronchiques ont avec l’artère pulmonaire des anastomoses qu’on est forcé d’admettre, malgré l’opinion contraire de Wohlfahrt; ( de bronchiis vasisque bronchialibus Hal. 4748. §. 30. )car elles ont été constatées par un grand nombre d’anatomistes. Haller et Reisseisen (loc. cit.) les ont vues de la manière la plus manifeste : le premier de ces auteurs dit même (loc. cit p. \ 55.)a voir observé des rameaux anas-

tomotiques de l’artère pulmonaire ayant un cinquième de ligne de diamètre. Ces anastomoses acquièrent un développement considérable, lorsque les artères pulmonaires sont rétrécies ou oblitérées (Meckel t. 3 p. 519 tr. fr.) Sœmmeringqui les regarde comme trèsimportantes a noté qu’elles se font de deux manières : tantôt, une branche de l’artère pulmonaire s’abouche a vec une branche de l’artère bronchique qui vient à sa rencontre ; tantôt une branche de l’artère pulmonaire gagne après un court trajet une division des bronches et s’unit aux ramifications de l’artère bronchique en se subdivisant à l’infini. Que penser du passage^ Winslow, (eocposit. anat. sect. 9. §. 116.) dans leqüéi cet auteur mentionne une anastomose immédiate de l’artère bronchique avec la veine pulmonaire ? Quant aux dernières extrémités des artères bronchiques, il paraît résulter des travaux de Wohlfarht ( loc. cit . ) qu’elles se jettent dans les radicules des veines bronchiques.

D. Veines bronchiques. — Suivant Winslow ( loc. oit. t. 3 p. 33T.) la connaissance des veines bronchiques remonte jusqu’à Galien. Haller (t. 3. p. 159.) dit qu’elles ont été connues un peu plus tard que les artères et attribue à Jac. Ravius le mérite d’avoir bien établi l’existence de la veine bronchique droite ; il paraît au reste que cette connaissance n’était point passée dans le domaine de la science, comme l’atteste cette phrase de Ruysch dans laquelle il dit ne l’avoir jamais vue. « Nec adhucdum eam sibi videre licuisse, neque autem eam, hic mugis esse necessariam quamdn hepate ,

ubi arteria hepàtica nullam quoque pecultarem sibi et sociam vindicat venam (Morgagui. I. c.). Haller (loc. cit. p. M) avoue qu’après avoir autrefois partagé l’opinion de Ruysch, il s’est convaincu par 1 inspection directe del’existence constante de ces vaisseaux. Depuis, ils ont été vus et décrits par beaucoup d’anatomistes qui ont insisté spécialement sur leur origine.

Reisseisen ( loc. cit. p . U), dans l’examen approfondi auquel il se livre à l’occasion des veines bronchiques , cherche à établir que leur véritable disposition ^été ou tout à fait négligée par les anatomistes ou ^■asidérée par eux comme une anomalie. Il partage deux ordres les veines qui rapportent le sang reçu des artères bronchiques. Le premier ordre se compose des veinules qui accompagnent les artères bronchiques dans la plus grande partie du poumon ; elles ne se rassemblent point comme celles-ci pour former des troncs, mais vont se jeter directement dans les veines « pulmonaires : au second ordre appartiennent seulement celles qui avoisinent la racine des poumons ; celles-ci qui proviennent des parois des bronches ou du réseau capillaire sanguin, partageant la distribution générale du système veineux, se réunissent en un tronc peu volumineux, qui s’abouche soit dans la veine cave inférieure soit dans quelqu’une de ses divisions principales ou secondaires. C'est ce dernier ordre que les auteurs ont spécialement décrit sous le nom de veines bronchiques. Meckel, ( t. 3. p. 318. ) qui paraît avoir emprunté la description de Reisseisen en déduit quelques réflexions sur cette curieuse dis-

position, qui établit des communications, au milieu de la substance pulmonaire, entre le système vasculaire à sang noir et le système vasculaire à sang rouge. Mais il me semble qu’en enveloppant dans une description commune ces deux ordres de vaisseaux Reisseisen et Meckel se sont exposés à confondre sous un même nom des choses tout à fait différentes. En effet, pour distraire de la veine pulmonaire les radicules de cette veine qui ont une distribution analogue à celle de l’artère bronchique, il faudrait ou avoir constaté que du sang noir circule dans ces radicules ou avoir découvert quelque différence anatomique entre elles et les radicules de la veine pulmonaire.

Les réflexions de Meckel ne s’appliquent qu’aux cas exceptionnels dont Haller a rapporté plusieurs exemples ; cas dans lesquels le tronc de la veine bronchique allait s’ouvrir dans le sinus des veines pulmonaires.

Ce qui ressort de cette discusion, c’est que la distribution de la veine bronchique n’est point complètement, calquée sur celle de l’artère , et qu’une grande partie des ramifications artérielles ont pour satellites les radicules de la veine pulmonaire.

Après avoir présenté isolément la description des conduits aériens et sanguins dans le ponrnon, il ne sera pas sans intérêt de rechercher le rapport et le mode^ de communication de ces diverses ? parties entr’elles.

Relativement aux rapports, il n’existe pas d’accord l entre les anatomistes : plusieurs se bornent à dire que

les deux ordres de canaux marchent au voisinage 1 un de l’autre , dans l’épaisseur du poumon ; d autres disent que la bronche est escortée par l’artère et plus ou moins éloignée de la veine ; quelques-uns emettent une idée diamétralement opposée. Ce n est pas tout : on voit Reisseisen dire que l’artere pulmonaire et ses branches sont placées tantôt au-dessus, tantôt audessous des bronches , Bichat les a vues au-dessus, Meckel les place au-dessus et en avant ; enfin M. Cruveilhier dit qu’il n’y a rien de régulier dans les rapports que ces parties affectent entr’elles.

Une pareille divergence d’opinions m’a conduit à tenter de nouvelles recherches, voici les résultats que j’ai obtenus. Les veines pulmonaires ont un trajet indépendant de celui des artères et des bronches ; elles sont placées dans les espaces interlobulaires et souvent séparées des autres conduits par toute l’épaisseur d’un lobule. Cette disposition s’observe surtout trèsbien à une certaine distance de la racine du poumon; car, en approchant de cette racine, les vaisseaux devenant très-volumineux et les lobules proportionnellement plus rares , les veines se rapprochent des deux autres conduits et se mettent en contact avec eux : on remarque alors qu’en général la bronche est interposée à l’artère et à la veine pulmonaire. Vers la superficie du poumon , les radicules déjà assez apparentes de la veine pulmonaire, en passant entre deux lobules, s’accollent parfois à l’artère et à la bronche; mais ce contact n’est que passager et, tandis que les deux autres conduits pénètrent dans l’épaisseur de chaque lobule,

la branche veineuse se réunit aux branches voisines et le tronc qui en résulte chemine isolément dans le tissu cellulaire interlobulaire.

Quant à la manière dont se comporte la bronche et l’artère pulmonaire, j’ai déjà dit que ces deux ordres de vaisseaux marchent toujours accollés en éprouvant une série de divisions à peu près égales. Dans tout leur trajet ils répondent à des lobules pulmonaires qui reposent sur eux, de la même façon que les veines appelées par Kiernan sublobulaires et qui sont les origines des veines sushépatiques sont environnées par la base des lobules du foie. Ces vaisseaux sont donc partout plongés au milieu de la substance pulmonaire dans laquelle ils émettent leurs ramifications , unis d’une manière intime à cette substance par un tissu cellulaire fin et serré.

Je présenterai avec circonspection le résultat de mes recherches relativement au rapport que la bronche et l’artère ont entre elles. Il m’a semblé que la bronche était plus concentrique que l’artère. Pour se former une idée nette de la distribution réciproque des deux vaisseaux, il faut imaginer des lignes qui, partant de la racine du poumon, se dirigenten dehors en traversant le centre de chaque lobe pulmonaire, de manière à en représenter l’axe ; le lobe étant supposé avoir sa base en dehors et son sommet à la racine du poumon. Eh bien, chaque paire de vaisseau, bronche et artère, est disposée de telle sorte que la bronche est plus rapprochée de la ligne centrale et l’artère plus éloignée :

ce résultat est surtout évident à la dissection du lobe supérieur. Il en résulte que les divisions qui se portent directement en avant, en arrière , en haut ou en bas , présentent la bronche en dehors et l’artère en dedans; que toutes celles qui sont obliques en dehors, et c’est le plus grand nombre , présentent, si elles sont obliques en haut et en dehors, la bronche en bas et l’artère à son côté supérieur ; obliques en bas et en dehors, la bronche en haut avec l’artère au-dessous d’elle; obliques en avant et en dehors, l’artère en avant et la bronche plus profonde; obliques en arrière et en dehors, l’artère en arrière etpa bronche en avant d’elle.

Relativement aux terminaisons des canaux vasculaires et aériens, on est porté à admettre entre elles des communications, quand on a égard au résultat d’injections poussées dans l’un ou l’autre de ces ordres de conduits. Il n’est point un anatomiste qui ignore avec quelle facilité un liquide poussé par l’artère pulmonaire revient par les veines pulmonaires et par la trachée. Dans un cas où j’avais fait la ligature préalable de la trachée et des veines pulmonaires j’ai vu l’injection refluer par les artères bronchiques. Reisseisen (loc. cit. p. 15.) a noté qne, si le poumon est frais, l’injection revient plus facilement par les veines, et qu’elle revient plus facilement par les bronches dans le cas contraire. Boerhaave pensa qu’il éviterait le retour par les bronches s’il faisait insuffler de l’air dans la trachee, afin d’imiter le mouvement respiratoire; mais l’expérience ne répondit pas à son attente.

Si l'injection est poussée par la veine pulmonaire, son retour, quoique moins facile, a lieu par l’artère pulmonaire et par la trachée ; enfin, lancé dans la trachée , le liquide revient plus difficilement encore par les vaisseaux sanguins.

Ces injections peuvent être faites avec de l’èau simple ou colorée par une substance soluble. Si on emploie un liquide tenant en suspension une matière colorante quelconque, leliquideseul revient par les vaisseaux non injectés, et la matière colorante reste dans les divisions de celui qui a reçu l’injection. Mascagni qui a relaté ce dernier résultat a fait ses expériences avec de la gélatine tenant du vermillon en suspension. Il a noté le passage de la gélatine dans les vaisseaux lymphatiques eux-mêmes et son effusion à la surface du poumon. (Mascagni, Vasor. Ijmph. historia,

De ces faits doit-on conclure qu’il y ait un abouchement réciproque entre les extrémités de ces différens vaisseaux? quoique cette conclusion ait été admise par un grand nombre d’auteurs, je suis loin de partager leur opinion. Je pense en effet que la plupart des résultats précédens peuvent être dus au phénomène de l’imbibition, qu’ils tiennent à une véritable transsudation au travers des parois des vaisseaux; et ce qui milite en faveur de cette opinion, c’est que les liquides injectés s’infiltrent en même temps, et avec autant de facilité dans le tissu cellulaire interlobulaire et sous-pleural, et qu’ils viennent même sourdre à la surface externe du poumon. Sans nier positivement

la possibilité de. la continuation de ces différer)» vaisseaux, je crois qu’on ne doit admettre comme démontrée que celle qui a été vue. Ce genre de preuve peut être invoqué en faveur des communications de l’artère avec la veine pulmonaire ; Haller ( ’loc . cit. 3, p. \ 63.) rapporte les observations de Haies, Malpigbi, Cowper, qui ont vu à l’aide du microscope cette anastomose sur les poumons d’une grenouille vivante; Cowper ajoute même que ces anastomoses sont plus larges en ce point qu’en toute autre partie du corps. Reisseisen {loc. cit. p. 46) est allé plus loin,caril a pu voir facilement sur des poumons d’enfans de deux à trois ans ,, affectés d’une légère inflammation, les dernières ramifications artérielles , anastomosées entre elles sur les parois des vésicules pulnionaires, se réunir en petites branches qui formaient l’origine des veines pulmonaires. Je me borne à rappeler ici la communication qui existe entre les vaisseaux sanguins du pou-, mon, soit bronchiques, soit pulmonaires, dans le réseau capillaire superficiel, en faisant remarquer que ce genre de communication diffère de l’abouchement direct qu’on observe entre les extrémités de l’artère et de la veine pulmonaires.

Quant à la communication des vaisseaux aériens avec les autres, on peut en contester positivement l’existence.

§ III. Système lymphatique. A Vaisseaux. — Pendant long-temps les anatomistes qui ont étudié les vaisseaux lymphatiques se sont bornés dans leurs recherches à mettre à nu les principaux organes sur

un animal sacrifié pendant le travail de la digestion; et. comme à l’aide de ce moyen d’investigation, on rn^peut voir que les lymphatiques placés à la surfÉbéles organes parenchymateux, on conçoit aisément que la connaissance des vaisseaux lymphatiques superficiels a dû précéder celle des vaisseaux profonds. Aussi trouve-t-on dans la science des planches qui représentent ces vaisseaux superficiels chez les animaux , avant de trouver la description et la représentation de ces mêmes vaisseaux chez l’homme. Rudbeck a donné le dessin du réseau superficiel du poumon chez le chien; Willis, chez le bœuf. Keill, à qui nous devons sur les vaisseaux lymphatiques des détails circonstanciés, ne dit point s’il a fait ses observations sur l’homme ou sur les animaux. Hunault paraît être le premier qui lésait démontrés sur l’homme; c’est en 4752 et 1755 qu’il montra à l’Académie des sciences de Paris les vaisseaux lympathiques du poumon de l’homme , allant se rendre dans le canal thoracique. C’est donc à tort que Montagna revendique cette découverte en faveur de Ferrein : Thistoire de l’Académie des sciences pour l’année \ 755 atteste que Yinslow et Hunault avaient découvert ces vaisseaux dans une partie du poumon et que Ferrein n’eut que le mérite de démontrer qu’ils existent à toute sa surface. Plus tard, Hewson en donna une description qui, bien que plus exacte, n’est cependant point combplète; car il passe sous silence les vaisseaux profonds. Enfin Mascagni démontra que cet ordre de vaisseaux existe dans le pou moncomme dans les autres organes.

C’est d’après cet illustre anatomiste que je vais en tracer l’histoire.

Parmi les vaisseaux lymphatiques du poumon, les uns rampent à la superficie sous la plèvre, les auKjs accompagnent les vaisseaux sanguins dans leur trajet. On aperçoit parfaitement les superficiels, quand il y a de l’eau renfermée dans la cavité de la poitrine ou quand on injecte de l’eau chaude dans les bronches ou les vaisseaux sanguins. Quand on les injecte au mercure, les superficiels se remplissent rapidement du métal et présentent à l’œil le spectacle fort beau d’un réseau de forme à peu près pentagonale. Les mailles de ce réseau, lorsque les valvules n’y ont pas mis obstacle , sont elles-mêmes sillonnées par des lymphatiques, d’un diamètre plus petit, et qui affectent également une forme réticulée et pentagonale. Les branches qui composent le réseau à mailles larges présentent souvent des dilatations notables comme variqueuses, plus fréquentes ici que dans les autres points du système lymphatique. Les troncs, qui font suite au réseau superficiel, communiquent avec les lymphatiques profonds et concourent avec ces derniers à former des troncs communs. Les lymphatiques superficiels de la face convexe du poumon communiquent au niveau des bords de cet organe avec ceux de la face interne. Les troncs les plus considérables se rendent aux ganglions lymphatiques du poumon , de la manière suivante : outre ceux qui pénètrent dans i’épais<é seur de l’organe et s’anastomosent avec les profonds, il en est qui s’avancent dans les scissures du poumon

et se jettent dans les ganglions qui s’y trouvent. Ceux qui passent de la face convexe à la face concave, sur le bord postérieur, aboutissent aux ganglions qu’on obferve sur cette partie. Ceux de la partie interne vont aux ganglions placés sur les bronches et sur les vaisseaux pulmonaires.

Les lymphatiques profonds naissent de la surface interne des vésicules pulmonaires, de l’intérieur des bronches, et delà totalité de la substance pulmonaire; leurs divisions embrassent les vaisseaux sanguins et les bronches qu’elles couvrent de réseaux variés. Ils se rendent aux ganglions lymphatiques placés dans l’intérieur même du poumon, sur les bronches et les vaisseaux sanguins ; ils traversent ainsi plusieurs ganglions, dont le volume va croissant en se rapprochant de la racine du poumon ; puis se jettent enfin dans les ganglions placés sur les divisions de la trachée artère, en s’anastomosant avec ceux du poumon du côté opposé.

A partir de la bifurcation de la trachée, les vaisseaux lymphatiques, réunis en trois ou quatre troncs , traversent des ganglions dont la distribution est irrégulière et vont enfin aboutir, soit au canal thoracique, pendant son trajet dans la poitrine, soit dans ce canal à la région cervicale, soit isolément dans la veine jugulaire interne ou dans la sous-clavière de leur côté.

L’existence des valvules dans les vaisseaux lymphatiques du poumon a été niée par plusieurs anatomistes et notamment par Ferrein. Cruikshank {Anat. des vaiss. abs. y traduction de Petit Radel, p. 372J)

pense que les nombreuses communications de ces vaisseaux entre eux , permettant de les injecter dans tous les sens, ont fait naître cette opinion; il ajoute que les valvules, dans les plus petites branches, ne Ferment pas exactement le calibre du vaisseau , tandis que cela a lieu dans les branches plus considérables.

B. Ganglions lymphatiques. —- Le poumon renferme un assez grand nombre de ganglions lymphatiques. On voit dansHaller que quelques anatomistes, Verheyen en particulier, avaient voulu s’en attribuer la découverte, quoique la connaissance de ces ganglions fut établie par des auteurs plus anciens, tels qu’Eustache, M. A. Se vérin, Malpighi, Rudbeck, etc.

L’étude de leur disposition offre d’autant plus d’intérêt que ces organes ont été pris pour de véritables glandes sécrétant un liquide versé à l’intérieur des bronches. Des auteurs célèbres tels que Senac, Portai, ont soutenu cette opinion qu’ils appuyaient sur les considérations suivantes : on découvre à l’intérieur de ces corps, surtout quand ils sont malades, une cavité qui communique avec l’intérieur des bronches par un petit conduit, dans lequel on peut faire pénétrer une soie de sanglier; on peut, en les pressant, faire passer dans les bronches le liquide qu’elles renferment; il n’est pas rare de trouver un rapport parfait entre le liquide que ces glandes contiennent et celui quilubréfie l’intérieur des voies aériennes. Haller, qui avoue n’avoir jamais rencontré ces conduits, a pourtant cru devoir admettre des communications pour les cas où il y a expuition de matières noires mé-

langées avec les crachats ; mais on a complètement abandonné cette idée : l’on sait aujourd’hui que les ganglions bronchiques sont, comme les autres ganglions lymphatiques, dépourvus de conduits excréteurs et ce n’est qu’accidentellement, et dans les cas pathologiques seulement, qu’ils communiquent avec l’intérieur des bronches, après avoir perforé leurs parois.

On trouve à la racine des poumons des ganglions lymphatiques, nombreux et irrégulièrement placés autour des différens condui ts qui entrent dans le poumon. Dans celui-ci, ils sont placés le long des bronches et des vaisseaux pulmonaires; on en trouve aussi quelques-uns dans les espaces interlobulaires. Ceux de la racine sont assez volumineux : il n’est pas rare de les trouver gros comme des noisettes, de six à sept lignes d’étendue dans leur plus grand diamètre ; quelques-uns paraissent formés de plusieurs lobes réunis. Ils sont un peu aplatis du côté qui correspond aux conduits ; dans l’intéfieur du poumon, ils sont plus petits et plus arrondis. Ces ganglions sont mous, rougeâtres et pleins de sucs chez les enfans ; ils durcissent avec l’âge ; présentent une couleur grisâtre qu’altère bientôt la présence de la matière noire sur laquelle je reviendrai plus loin : il n’est pas rare de les trouver durs et rem- -y plis de concrétions calcaires ou crétacées.

§• IV. Nerfs du poumon. — Les poumons reçoivent des nerfs de deux sources; la 8 e paire et le grand sympathique. Leur nombre et leur volume ont paru peu considérables à Haller ; opinion qui n’est pas par-

tagéepar Reisseisen. Mais ce dernier ne va-t-il pas trop loin, quand il dit que les poumons sont fournis d une quantité incroyable de nerfs ? beaucoup d’organes , d’un volume ou d’un poids moins considérables, reçoivent des nerfs en aussi grande ou en plus grande quantité.

Deux plexus de chaque côté sont la source commune des nerfs pulmonaires : l’un, placé au devant de la bronche, de la veine et de l’artère pulmonaires, formé par quelques filets du nerf pneumo-gastrique et renforcé de quelques filets provenant du plexus cardiaque, est le plexus pulmonaire antérieur, peu considérable et duquel se détachent des filamens qui s’enfoncent dans l’épaisseur du poumon, en suivant les divisions artérielles et bronchiques. M. Cruveilhier a vu quelques-unes de ces branches parcourir un trajet assez long sous la plèvre, à la face interne des poumons, avant de pénétrer dans leur épaisseur.

Le plexus pulmonaire postérieur est bien plus considérable. Pour le former, chaque nerf pneumogastrique semble se décomposer et s’épanouir. Quelques branches du grand sympathique concourent aussi à sa formation, et, d’après Hildebrandt, Wrisberg aurait vu, surtout à droite, quelques filets du nerf phrénique se joindre a ce plexus ( Hildebrandt, de pulmon. diss . p. 38 ). Il est situé derrière chaque bronche, mais, ainsi que le remarque M. Cruveilhier, de grosses branches anastomotiques passent de l’un à l’autre , et rendent jusqu’à un certain point les deux plexus solidaires. Chaque plexus pulmonaire postérieur fournit

fies branches, dont les unes, moins nombreuses, accompagnent les divisions de l’artère pulmonaire, et paraissent s’épuiser dans l’épaisseur de leur membrane externe.

Les autres beaucoup plus nombreuses suivent les bronches auxquelles elles sont destinées, pénètrent çà et là, entre leurs parois qu’elles traversent obliquement; se cachent sous les cartilages, reparaissent ensuite pour se diviser en rameaux qui, en s’anastomosant entre eux ^ forment un réseau d’une extrême délicatesse. Après un trajet variable, ordinairement assez court, elles cessent de pouvoir être suivies avec le scalpel ; mais on peut, à l’aide du microscope, les distinguer très loin vers les extrémités des bronches, surtout quand on a injecté l’artère bronchique. Enfin elles se terminent dans la membrane muqueuse, et quelques-unes s’arrêtent dans les fibres circulaires ; cette dernière disposition est surtout évidente chez les animaux d’une grande stature.

§. Y. Tissu cellulaire. <— Les divers élémens qui entrent dans la composition du poumon sont unis entre e.ux par du tissu cellulaire, qui a été plus'ou moins clairement indiqué, mais dont l’exposition complète et détaillée manque dans les traités les plus récens..

Helvétius, ( loc. cit. p. 21. ) considérant la plèvre costale comme formée de deux lames superposées, pense que l’une de ces lames, qui est la plèvre proprement dite, enveloppe le poumon ; tandis que l’autre ..s’insinue dans l’intérieur de cet organe, et se propage

dans les intervalles interlobulaires en accompagnant les divisions bronchiques, artérielles et veineuses. Winslow (loc. cit. p. 332.) tient un langage à peu près semblable; suivant lui, le tissu interlobulaire se répand par tout le volume de chaque poumon , forme des gaines spongieuses ou cellulaires qui environnent les ramifications des bronches et les vaisseaux sanguins , s’épanouit ensuite sur la surface externe du poumon, et j produit une espèce de tunique cellulaire , très fine, qui s'applique et s'unit a Venveloppe générale du poumon. Les descriptions de ces deux auteurs renferment les points principaux de Phistoire de l’élément cellulaire. Il se présente en effet dans le poumon sous forme de couche plus ou moins épaisse et condensée, qui accompagne les vaisseaux, partage l’organe en une multitude de divisions secondaires et lui fournit une enveloppe commune.

Pour l’étude de ce tissu, on devra choisir de préférence des poumons d’enfans ou de fœtus; chez eux, en effet ^ la division du poumon en lobules est très marquée, les intervalles interlobulaires larges, et le tissu qui les remplit abondant et en même temps plus lâche, et par conséquent plus distinct. Plusieurs préparations pourront servir à en rendre plus évidentes encore l’existence et la structure. On pourra en effet; en poursuivant les diverses ramifications vasculaires, étudier le prolongement cellulaire qui les enveloppe. Une injection d’eau poussée avec force par l’artère pulmonaire, s’infiltre dans tou tel’épaisseur du poumon, décompose cet organe en ses lobules principaux, et

rend très apparent le tissu qui en remplit les intervalles. L’insufflation de l’air peut aussi être employée avec avantage.

Considéré au-dessous de la plèvre, le tissu cellulaire forme cette membrane, qui a été décrite par un si grand nombre d’anatomistes comme le dédoublement de la plèvre, et sur laquelle M. Stokes (arch. gén. de méd. février, 4835, p, 247.) a dans ces derniers temps rappelé l’attention. Elle enveloppe de toutes parts le poumon dontellereprésente la forme; par sa face externe, elle est en contact immédiat avec la plèvre à laquelle elle n’adhère pas assez intimement pour que la séparation des deux membranes nepuisse point être opérée. M. Stokes remarque avecraison que sa surface est lisse et polie, après que l’on a enlevé un lambeau de la membrane séreuse qui la recouvre. Sa face interne, appliquée sur le tissu propre du poumon, se continue avec les cloisons celluleuses interlobulaires. De cette disposition résulte l’impossibilité d’enlever un lambeau étendu de la membrane celluleuse. Lorsqu’elle est arrivée près de la racine du poumon, ainsi qu’au fond des scissures interlobaires , ses adhérences, tant avec le poumon qu’avec la plèvre, deviennent plus lâches, et c’est dans ces points que j’ai rencontré quelques vésicules adipeuses. Là, elle se fond insensiblement dans le tissu cellulaire qui,d’unepart recouvre le péricarde, et d’une autre se prolonge sur les vaisseaux du poumon . Il m’a été impossible de constater sa continuité avec > la lame fibreuse du péricarde ; elle en diffère d’ailleurs complètement par sa ténuité et sa transparence. C’est

dans son épaisseur que se trouvent les vaisseaux lymphatiques superficiels et le réseau capillaire sanguin que j'ai décrit.

La portion du tissu cellulaire qui occupe l’intervalle des lobules forme des cloisons, dont la disposition générale est telle , qu’elles se portent de la racine des poumons vers la membrane périphérique, en contenant dans leur épaisseur les divisions des bronches et des vaisseaux sanguins. Du reste, la structure de ce tissu cellulaire diffère suivant qu’il accompagne une veine, ou une bronche et son artère satellite. Autour des artères et des bronches, il est en effet si serré que le tissu pulmonaire semble appliqué immédiatement à leur surface ; autour des veines, au contraire, le tissu cellulaire est lâche, souple, filamenteux plutôt que lamelleux; et c’est sans doute cette disposition qui rend la dissection des veines beaucoup plus facile que celle des artères et des bronches. L’abondance de ce tissu est en rapport avec le calibre des vaisseaux qu’il accompagne ; il diminue progressivement en s’éloignant de la base, devient de plus en plus difficile à apercevoir et sa ténuité toujours croissante laissera probablement encore longtemps insoluble la question de savoir s’il existe du tissu cellulaire intervésiculaire. Cette trame celluleuse supporte, comme la membrane d’enveloppe, des vaisseaux lymphatiques et un réseau capillaire sanguin dont j’ai fait connaître les sources et la disposition. Les vésicules adipeuses, que l’on rencontre à la racine du poumon, ne se trouvent jamais dans le tissu

interlobulaire; il 11 ’est pas très rare au contraire d’y rencontrer une infiltration d’air ou- de sérosité.

§ VI. Matière noire pulmonaire .—La teintefauve ou grisâtre du parenchyme pulmonaire est interrompue par des tâches noires disposées en lignes, stries, ou pointillé, irrégulièrement disséminés à sa surface, et circonscrivant des espaces d’une étendue extrêmement variable. Le poumon peut en être maculé dans tous ses points, ou bien ce n’est que par intervalles qu’on les observe. La nuance de ces taches est si nettement marquée qu’elle tranche sur les poumons les plus engorgés, et leur délimitation, toujours exacte , empêche qu’on les confonde en aucun cas avec des congestions sanguines partielles. La configuration de ces taches est arrondie, ovale ou allongée ; d’autres fois elles semblent confluentes. Quelques-unes sont bornées évidemment à la surface; d’autres pénètrent le parenchyme à une profondeur qui varie. Suivant l’observation déjà faite par Bichat, quand on enlève la plèvre pulmonaire, le feuillet pleural, au niveau des taches, en emporte l’empreinte. Dans l’intérieur du poumon, la matière noire occupe les intervalles interlobulaires, de sorte qu’elle figure un réseau noir dans les larges mailles duquel les lobules seraient enfermés. Ce qui est bien digne de remarque, c’est que le poumon ne perd point sa souplesse, quelqu’abondante que soit la matière noire qu’il renferme ; et ce caractère peut servir, suivant la remarque des pathologistes, à faire distinguer la matière en question^ de la mélanose granulée. J’ai rencontré plusij^fëÈ fois

cette matière déposée autour des bronches et de leurs divisions, sous l’aspect de traînées noires ; enfin, l’on sait qu’il est fréquent de trouver les ganglions bronchiques salis par sa présence.

L’apparition de ces taches ne remonte point aux premiers temps delà vie. Ce n’est guère que de \ 0 à 20 ans qüe quelques points commencent à se montrer çà et là, et c’est d’abord dans le trajet des lignes lozangiques qui circonscrivent les lobules que la matière qui les constitue se dépose. Son abondance s’accroît ensuite de plus en plus avec l’âge, et dans les poumons des vieillards, elle atteint son plus hautpointde développement. La surface du parenchyme en est alors entièrement tigrée, et le fond gris-blanc sur lequel se reposent les larges taches, rappelle quelquefois l’apparence d’une pièce de marqueterie. C’est encore principalement à cette époque qu’on peut saisir' la matière noire dans le sein du parenchyme même; les glandes bronchiques sont souvent aussi teintes en totalité d’un noir d’encre.

La matière noire jÿdmonaire a peut-être moins fixé l’attention des anatomistes, que celle des pathologistes. Bichat n’a vu dans les taches du poumon que ^des corpuscules lymphatiques agglomérés; se fondant sur la coloration identique des ganglions bronchiques et sur la sensation de petits grains que le toucher fait percevoir en pressant sous le doigt les points colo rés ; d’ailleurs, il ne s’occupe en rien de la matière colorante considérée en elle-même. Il serait pourtant intéressant de rechercher si cette matière est infiltrée

dans les parties dans lesquelles on l’observe, ou si elle est simplement rassemblée en masses dans les inter- Ç 1 stices des tissus.

Quelle est la source de cette matière, et sa nature ? Je me borne à rappeler ici l’opinion de Fourcroy qui regardait la teinte noire des ganglions bronchiques comme le résultat d’une simple déposition de carbone, résidu de la combustion qui s’opérait dans l’acte de l’hématose.

Depuis cette époque, l’étude de l’anatomie pathologique , en fixant l’attention sur les altérations de coloration des organes, et spécialement sur la mélanose, a ramené les observateurs à la recherche du principe colorant des taches du poumon. Laënnec, un des premiers, s’est efforcé de faire ressortir les caractères distinctifs qui séparent ce principe colorant de celui de la matière mélanique. Il avait regardé, d’après une communication orale de M. Clarion , la composition chimique formulée par Fourcroy , comme un caractère définitif, qui séparait la matière pulmonaire de la mélanose, presque entièrement composée d’albumine , et dont le principe colorant était d’une nature spéciale; mais les analyses subséquentes de MM. Baruel ( Considérations sur une altérât, organicj., journal de Phys, eocpéri. octob. \ 821 ), Heusinger( Recherches sur la production du pigment ), Eisenhach , Foy ( Mémoire sur la mélanose , par MM. Trousseau et Leblanc, arch. L828,) sont venus démontrer que, dans la mélanose, le carbone domine également, et que, par conséquent, il n’v a point réellement, comme

l’avait cru Laënnec , de différences chimiques essentielles, entre la mélanose et la matière noire pulmonaire. Laënnec a cherché en outre à découvrir la ^ source de cette matière. Il a quelquefois soupçonné qu’elle pouvait provenir, au moins en partie, de la fumée des lampesjet des corps combustibles, dont nous nous servons pour nous chauffer et nous éclairer , et cette opinion s’appuie pour lui de l’observation que la matière noire pulmonaire manquait presque complètement chez des villageois, même âgés, qui n’avaient jamais eu l’habitude de veiller. Toutefois, il s’empresse d’avouer que la même chose peut être constatée quelquefois chez d’autres sujets qui sont dans des conditions opposées. Cette théorie pour laquelle Laënnec ne s’est prononcé qu’avec réserve, a été reprise par MM. Trousseau et Leblanc. Après avoir incontestablement établi l’influence des gaz colorans sur la teinte de ceux de nos tissus avec lesquels ils sont en contact, ils ne sont point éloignés de faire à la coloration noire du poumon l’application de ces idées générales.

On trouve dans les Archives générales de médecine (t. XXVIII, p. 149) l’observation d’un individu qui avait travaille douze ans aux mines de charbon. Les deux poumons étaient imprégnés partout d’une matière de la couleur du charbon, qui donna les produits de la distillation de la houille. Cette observation, qui se prête à plus d’une interprétation, a fourni à l’auteur, Crawford Grégory, l’occasion de reproduire les idées de Laënnec et Pearson, sur la production de la

matière noire par la fumée des lampes et autres combustibles.

D’un autre côté, la théorie de l’aberration du pigment a été invoquée par quelques personnes pour expliquer la formation de la matière noire. C’est ainsi, comme le signalent MM. Trousseau et Leblanc, qu’on ^ pourrait se rendre compte de l’abondance de cette matière chez les vieillards dont les poils se décolorent.

Enfin, dans une théorie voisine, celle de M. Heusinger, qui se rapproche en même temps de la théorie de Fourcroy et s’étaye d’ailleurs de tout ce que l’expérimentation chimique a pu constater, le pigment pulmonaire, comme toutes les autres matières colorantes de nos tissus, riche en carbone, n’est que le produit d’une sécrétion dont la prédominance est toujours en raison de celle du système veineux et du défaut d’oxidation du sang, résultat qui, suivant l’auteur, s’explique parfaitement par l’affaiblissement progressif de la respiration chez les vieillards.

En résumé, il est incontestable que la matière noire pulmonaire qui n’est décolorée ni par le chlore, ni par l’acide nitrique, doit au carbone la teinte qu’elle présente; mais quant à déterminer si elle provient de l’action propre du poumon sur le sang, ou si, existant à l’avance dans l’atmosphère, elle s’est accumulée par voie de dépôt dans le tissu du poumon, j’abandonne la solution de cette question aux physiologistes.

§ VII. Plèvre. — J’examinerai maintenant cette portion de la membrane séreuse qui, après s’être ré-

fléchie sur la racine des poumons, les enveloppe de toutes parts.

Cette membrane est-elle simple, ou composée de deux lames superposées, l’une séreuse proprement dite, et l’autre cellulaire ou fibreuse? bien que cette question ait été résolue d’une manière différente par les anatomistes, il est facile de reconnaître, en lisant leur description, que la controverse porte plutôt sur les mots que sur les choses. En effet, presque tous les auteurs qui ont écrit sur ce point d’anatomie s’accordent à décrire une couche cellulaire plus ou moins condensée, doublant le feuillet séreux. Haller lui-même (t. I, lib. 4, p. 257), qui félicite Winslow, d’avoir supprimé la description du feuillet sous-séreux, admis par Colombus, Gaspard Bartholin, etc., etc., reconnaît que la séreuse est accompagnée par une couche de tissu cellulaire. Ainsi, suivant que les auteurs ont voulu donner à leur découverte une importance plus ou moins grande, ils ont décrit une tunique fibreuse distincte ou se sont bornés à indiquer une trame cellulaire sous-séreuse. Je crois devoir rapporter à cette couche sous-séreuse la membrane décrite récemment par M. Stockes (, loc . ait., p. 247), avec des développemens qui démontrent, mieux qu’on ne l’avait fait, l’existence de cette membrane, et qui font apprécier ses dispositions et ses caractères. Suivant l’auteur, cette disposition établit une analogie de plus entre le poumon et les organes parenchymateux et glandulaires de l’abdomen qui sont revêtus d’une membrane fibreuse, et elle confirme cette loi générale

d’union constante de toute membrane séreuse avec une fibreuse.

La plèvre pulinona : re, plus mince que la plèvre costale, présente d’aiileurs les caractères communs à toutes les membranes séreuses. On a complètement oublié les prétendues glandes de la plèvre, admises par Fantoni. ( Haller , t. 3, p. -U5.) Cette (membrane n’est pas également adhérente à tous les points du poumon : au niveau de la racine de cet organe et au fond des scissures interlobaires, elle forme une sorte de pont jeté d’un lobe sur l’autre, et la laxité du tissu sousjacent permet dè lui faire subir un déplacement de plusieurs lignes. Il est difficile de n’être pas frappé de l’analogie que présente cette disposition, qui facilite l’ampliation de l’organe, avec l’arrangement du péritoine qui enveloppe l’estomac.

La surface du poumon est-elle percée d’ouvertures ou porosités, que l’air ou les liquides pourraient traverser ? C’est une question que je n’aurais point abordée, si elle n’avait été traitée parles anatomistes et les physiologistes les plus célèbres. C’était une opinion généralement admise, qu’on voit partagée par Th. Bartholin, Riolan, Willis, Wepfer, et sur laquelle on avait fondé des théories physiologiques et pathologiques (Sprengel, t. IV, p. 175). Ainsi Van-Helmont dit que les pores de la surface du poumon sont ouverts tant que l’homme jouit d’une bonne santé, que leur obstruction donne naissance aux maladies, et qu’ils se ferment après la mort. La plupart des auteurs que nous venons de citer s’accordent à

admettre l’existence de ces pores, mais sans en donner la description. Ils ont été conduits à les admettre, V. Par l’observation des épanchemens séreux dans la cavité de la plèvre ; T. par la résorption de ces liquides; 3°. par cette expérience dans laquelle on fait passer à travers la plèvre l’air ou les liquides injectés; 4°. par la dissection des oiseaux. Mais il est évident que de ces faits exacts les auteurs ont tiré des conclusions erronées ; la plèvre, comme tous les tissus, est poreuse, elle se laissa traverser par imbibition, et c’est là la véritable explication de la transsudation des liquides injectés. Quant à la formation des épanchemens et à leur résorption, ces phénomènes se rattachent à la physiologie pathologique.

section troisième. — Texture du poumon.

L’arrangement des parties que nous venons de décrire constitue à proprement parler la texture des poumons. Cet arrangement n’a pas été connu des anatomistes anciens.

Les opinions disséminées dans les divers écrits attribués a Hippocrate , au sujet des vaisseaux pulmonaires, ne méritent pas d’ètre rapportées en détail. Il avait cependant une idée assez exacte de la trachée. « L’artère commence des deux côtés du gosier et se « termine à la partie supérieure du poumon ; elle « est composée d’anneaux ronds , ressemblai entre « eux, et qui se touchent par leur superficie.» (.De ana- « tome , p. 4 t. II.) Ailleurs : « ce vaisseau , en raison « de la grandeur et de la raréfaction du poumon , se

« dévie de côté et d’autre à travers ce viscère; au res- « te, il est cartilagineux. » (De ossium natur. cap. VIII. ut.' M p. 29.)» Quant au poumon lui-même dont il décrit assez bien la position , il a cinq lobes , sa couleur est cendrée , il est percé d’une infinité de petits trous qui lui donnent l’aspect caverneux d’une éponge. Son tissu est sec; de là cette opinion qu’il absorbe par l’int«|^nédiaire de la trachée une partie des boissons , opinion qui, adoptée par Platon, fut plus tard combattue par Erasistrate. ( Deanat. loc. cit. et passim. ) Aristote dit que tous les ventricules du cœur ( on sait qu’il en admettait trois ) ont communication avec le poumon par des vaisseaux qui se distribuent dans toute la substance de ce dernier viscère et qui sont différens des deux grandes veines qui émanent du cœur. (De part, animal, lib'h cap. A.) Erasistrate, admet tant avecPraxagoras que les artères contiennent de l’air, dit que ce fluide y arrive par la trachée, passant des extrémités de V âpre-artère dans celle des artères unies du poumon, d’oii le cœur l’attire en se dilatant pour le porter ensuite dans toutes les parties du corps. ( Galen. de usu resp. cap. \ . ) Il donne le nom de parenchyme à la propre substance du poumon , renfermée dans les intervalles des vaisseaux. (Oribase \5515 Parisiis, l. 2A cap. \ *5p. 299.)

Hérophile, ayant remarqué que le vaisseau qui passe du ventricule droit du cœur dans le poumon et qu’il prenait pour une veine avait sa tunique épaisse comme celle d’une artère, le nomma veine artérieuse et il appelle pour une raison contraire artère veineuse le

vaisseau qui va du poumon dans le ventricule postérieur. (JRuffus Ephesius , lib. i cap. XXXIII. p. hlO Edent. H Stephano. 1567. )

Les écrits de Galien renferment un peu plus de détails sur ce sujet.

Le poumon est tissu de plusieurs vaisseaux dont les interstices sont remplis d’une chair molle, comme une espèce de bourre qu on appelle parencfi^me, aussi bien que celle du foie et de la rate. Il a quatre lobes, plus un petit lobe par-dessus lequel passe la veine cave. Ces lobes se suppléent les uns^ les autres , de sorte que si l’un est lésé, les autres n’en continuent pas moins leurs fonctions. Le poumon est enveloppé entièrement par une membrane déliée qui reçoit quelques rameaux de nerfs qui vont au ventricule et qui, seule dans le poumon, est sensible. (De anat. vivor., p. 45, t. IV. Yenet., 1562.) Les vaisseaux du poumon sont au nombre de trois. La veine artérieuse et l’artère veineuse. Les veines, dit Galien, n’ont qu’une simple tunique; les artères en ont deux, une extérieure, assez mince, une intérieure, cinq fois plus épaisse et ayant des fibres transverses au lieu que Fautre les a droites. Il trouve la raison de cette épaisseur des artères dans la nature plus subtile du sang et des esprits qui les traversent. Si l’ordre est renversé à l’égard du poumon, c’est que la tunique de la veine qui porte la nourriture à ce viscère a dû être plus dense que celle des autres veines, pour que les mouvemens du poumon dans la respiration n’empêchent pas le libre passage du sang. L’artère veineuse, au

contraire, ayant pour usage d’apporter au cœur l’air qu’elle reçoit du poumon, et de remporter les fumées qui s’élèvent du cœur, il a fallu que sa tunique fût plus mince pour faciliter son gonflement.

La trachée artère est un canal qui, du gosier, va au poumon, et sert à rapporter l’air qui entre et qui sort dans la respiration. Ce canal est formé de cartilages , qui sont placés les uns sur les autres, et qui forment chacun un cercle ou plutôt un demi-cercle ; car, sur le derrière, du côté où l’âpre artère est contiguë à l’œsophage, elle n’est que membraneuse.... Tous ces cartilages sont liés ensemble par de forts ligamens, et, outre cela, par une membrane qui revêt intérieurement la cavité de l’âpre artère et qui a des fibres droites. L’âpre artère se divise par le bas en deux branches qui se répandent de part et d’autre dans le poumon, et dont les extrémités, qui sont toujours cartilagineuses, vont s’aboucher, comme il a été dit, avec celle de l’artère veineuse. ( De usu partium , t. I, p. 239 etsuiv.)

Galien parle enfin des artères bronchiques dont Erasistrate avait déjà fait mention, mais d’une manière obscure. (Loc. affect ., 1. Y, cap. 3, p. 29, t. II. Ven et., 1362.)

Pendant assez longtemps, les auteurs postérieurs à Galien n’ont guère fait que le copier. Nous citerons cependant une phrase d’Ârétée qui indique une assez grande connaissance du tissu du poumon. Il est, dit il, rare et percé d’une multitude de petits trous; semblable à une éponge, il supporte facilement les liqui-

des : ceux-ci ( il s’agit du pus contenu dans les abcès du poumon ) passent d’une cavité dans une autre jusqu’à leur arrivée dans la trachee artere. (Aretee de caus. etsign. diut. lib.Icap. X. p. 74. Ed. Haller. )

Oribase, reproduisant toutes les notions de Galien, dit que la tunique épaisse des arteres est recouverte a sa face externe d’une espèce depeau membraneuse semblable à de la toile d’araignée, que quelques-uns regardent comme une troisième tunique. Il fait continuer la trachée avec la veine artérieuse. La chair du poumon, dit-il, est aérée et paraît pleine d’esprits , indiquant clairement qu’elle est faite pour la coction de l’air, comme la chair du foie pour la coction des alimens. (p. 299. Parisiis 1555.)

Les médecins arabistes ne firent aucune découverte sur ce sujet j il faut arriver vers le milieu du seizième siècle pour trouver quelques faits dignes d’être mentionnés dans ce court aperçu.

D’après A. Vésale, la substance du poumon est une chair molle, fongueuse, légère, aérée, et comme formée de sang spumeux ou d’écume sanguinolente, sortie des sources nombreuses de ses vaisseaux. La trachée, dont les divisions successives forment une base au poumon, est placée dans ce viscère de telle sorte que les rameaux de la veine artérieuse sont situés sur un plan antérieur aux rameaux delà trachée, et ceux de l’artère veineuse sur un plan postérieur ; disposition qui est exactement conservée jusqu’à la superficie du poumon; tous les circuits des vaisseaux sont embrassés par ce qu’il a appelé la chair : c’est là ce qui constitue le poumon. La

tunique de ce viscère est formée par la tunique extérieure des vaisseaux, qui les quitte au moment où ils s’enfoncent dans la substance du poumon. De petits rameaux venant de la sixième paire de nerfs se distribuent à cette enveloppe. Le poumon qui ne manque pas complètement de sensibilité, n’en reçoit aucun, ou du moins ils sont très-grèles. ( A . Vesaliide human. corp. fabr. 4568. fol. p. -450. )

Fallope compare la plèvre au péritoine ; plus épaisse au niveau du thorax, elle devient ténue comme une toile d’araignée au moment où elle se réfléchit sur le poumon. Cette ténuité et cette mollesse sont nécessaires pour que Je poumon puisse facilement obéir aux dilatations et aux resserremens qu'il éprouve. Ce viscère n’a de sensibilité que par cette tunique qui reçoit des rameaux nerveux, des branches de la sixième paire qui produisent le récurrent et vont se distribuer à l’orifice du ventricule. (G. Fallopiiop. omn. Francof. \ 584 inst. anat. p. 497. ) Il reconnut encore ( p. 498) que les bronches à leur entrée dans lespoumons, perdent leur forme de cercle tronqué en arrière. Il était nécessaire que la trachée, dans les poumons, ne fût pas formée d’un seul cartilage ou de cartilages tout à fait circulaires; elle ne devait pas non plus être entièrement membraneuse; autrement, elle eût été toujours largement ouverte, ou toujours affaissée, et aurait apporté la plus grande difficulté à l’inspiration et à l’expiration.

Dans un livre publié en \ 553, et où l’on ne s’attendrait guère à trouver la découverte de la circulation

pulmonaire, Servet décrit à peu près en ces termes la communication entre les artères et les veines pulmonaires. « Cette communication n’a pas lieu par là » cloison des ventricules, comme on le croit genera- » lement,. Le sang subtil fait un long circuit par la » veine artérieuse et les artères veineuses ; il y est » mêlé à l’air inspiré, purgé de ses fuliginosités par » l’expiration, et ensuite attiré dans le ventricule » gauche par la diastole, pour devenir esprit vital. » La grandeur de la veine artérieuse n’est pas faite » pour porter seulement la nourriture aux poumons ; » dans l’embryon, ils étaient bien nourris par une » autre voie, à cause de l’ouverture du trou inter- » auriculaire. Donc, le sang est porté en abondance » aux poumons, à la naissance, pour un usage par- » ticulier. L’air qui va des poumons au ventricule » gauche par l’artère veineuse n’est pas pur ; donc, le » mélange s’en fait dans les poumons. Le sang passe » de la veine artérieuse dans le poumon et l’artère » veineuse par le même mécanisme que de la veine - » porte dans le foie et la veine cave. » Il y a là une

véritable divination , comme le dit M. Gerdy. {Art.

Circulation du Dict. de Méd. 2 e édit.)

A. Césalpin, d’Arezzo, dans un traité sur la circulation pulmonaire où l’on trouve des idées assez justes sur ce sujet déjà éclairé par les travaux de Michel Servet, dit que la trachée n’a pas de communication avec les ramifications de l’artère pulmonaire, non plus qu’avec les veines du même nom. Le sang passe du ventricule droit dans fiartère pulmonaire, et de

celle-ci par de nombreuses anastomoses dans les veines pulmonaires, qui le ramènent au ventricule gauche. C’est lui qui rejeta les noms de veine artérieuse et d’artère veineuse. — (A. Césalpin. Quœst péripat. fol. Lugd. 1588. lib. V. c. U. p. 528. )

Riolan soutient cette opinion des anciens , que la plèvre est percée de petits trous ou pores qui ne sont autre chose que les extrémités des bronches terminées à la surface et à la circonférence des poumons. On voit très-bien, dit-il, les trous de cette membrane succingente sur les chats et sur l’homme, après avoir enflé le poumon. Les poumons sont très-sensibles; leur substance est pénétrée d’un grand nombre de nerfs, venant de celui qui entoure l’œsophage. De même que Fallope, il dit que les cartilages des bronches ont perdu la forme sigmoïde qu’ils avaient à la trachée, pour prendre diverses figures à la manière des pièces de marqueterie ; les uns étant rhomboïdes , d’autres carrés, d’autres triangulaires.

Riolan rapporte ensuite un passage très-curieux de Rondelet, (//Z>. i de piscib. cap. II. ) où cet auteur s’attribue la découverte de la forme variée des cartilages et en donne une autre explication que Fallope. Aussitôt, dit Rondelet, que la trachée a commencé à se distribuer dans les poumons , elle est formée de toutes parts par des cartilages très-tenus , dont la figure diffère peu de celle d’une écaille, où plutôt d’un rhomboïde ; ces cartilages sont distribués de manière à ce que deux rhomboïdes contigus l’un à l’autre par leur partie moyenne laissent de chaque .pôté un angle rentrant où viennent s’en loger deux

autres. Ils sont réunis par des membranes ténues , comme les cerceaux supérieurs de la trachée. Par le moyen de ces membranes , ils peuvent s’écarter davantagedans la dilatation des poumons. Dans leur contraction, au contraire, ils chevauchent l’un sur l’autre, soit de haut en bas, soit d’un côté à l’autre. ( Rio/an op. anat. Par. 4649 p. 229-231.^

Plus tard (en 4624), J. Faber, médecin italien , étudia les rapports qui existent entre les ramifications de la trachée artère et celles des veines pulmonaires, et trouva qu’il ne passe pas dans le cœur la plus petite parcelle de l’air qu’on souffle dans les poumons. (Faber ad Hernandez, rerum. medicar. nov. hi'span. thés. p. 604. Rom. 4651.) Cité par Sprengel , t. IV, p. 474.

Spigel, Vesling, Yanhelmont, Bartholin, sont persuadés de la porosité de la superficie des poumons, dont ils croient encore la texture parenchymateuse. (Sprengel, loc. cit.) Yesling dit que les nerfs se distribuent non-seulement dans la tunique ambiante, mais vont surtout se répandre à la partie postérieure du poumon, où ils se joignent aux rameaux delà trachée. (Vesling. stagma anat. Patav. 4647, p. 422.) Quelques autres anatomistes ont émis sur le poumon, vers cette époque, des opinions assez peu importantes à connaître. Nous ne devons pas neanmoins passer sous silence la découverte des glandes bronchiques, par Eustache, (t.XV, f. 3), puis par M. A. Sévérin, qui les aperçut chez le chat. ( Zoot. democrit. p. 540.)

L’on croyait encore dans le dix-septième siècle que la substance des poumons était de nature char-

nue, analogue à celle du foie ou de la rate. A cette époque, Malpighi publia dans deux dissertations, adressées sous forme de lettres à Borelli, le résultat de ses travaux. Cet habile anatomiste reconnut en grande partie la structure du poumon.

D’après lui, toute la masse de cet organe résulte de l’assemblage de membranes très polies et délicates, qui s’étendent, forment différens détours et se terminent en une infinité de vésicules rondes et sinueuses, qu’il compare aux cellules d’une ruche de mouches à miel ; il semble, dit-il, que ces vésicules membraneuses sont formées par la terminaison des bronches, qui dégénèrent sur les côtés et à leurs extrémités en sinus ou afnpoulès, in sinus ampullosos. Un peu plus loin, Malpighi ajoute que le poumon est composé de petits lobes extrêmement nombreux, de figure variable, contigus, mais enveloppés chacun de membranes propres, fournis de vaisseaux communs, soutenus par dés ramifications de la trachée-artère. Il est probable, quoiqu’il ne le dise pas explicitement, que Malpighi considérait ces petits lobes comme formés par l’agglomération des vésicules terminales des bronches. Quant aux interstices, il y admet des membranes qui reçoivent de l’air.

En 1718, Helvétius, le fils, publia, dans les mémoires de l’académie des sciences,des observations sur le poumon de l’homme. Il refuse aux terminaisons des bronches la forme vésiculaire que Malpi ghi a vait décrite; il n’a pu la découvrir ni dans le poumon de l’homme, ni dans celui du cheval. Selon lui, les bronches communiquent avec des lobules, qui sont eux-mêmes com-

posés d’une multitude de cellules ouvertes les unes dans les autres et rappellent la structure de la rate; d’ailleurs, la membrane qui tapisse ces cellules ne lui paraît pas un prolongement de celle qui tapisse les conduits aériens. Il admet, du reste, comme Malpighi, des interstices interlobulaires occupes par de vastes cellules, dans lesquelles l’air peut pénétrer, après avoir traversé les cellules du premier ordre; mais il ne pense pas que ces grandes cellules interlobulaires puissent communiquer entre elles sans une déchirure de leurs parois.

Ces deux opinions sur la structure du poumon ont partagé les anatomistes et les partagent encore aujourd’hui. Peu de travaux avaieril été entrepris pour les éclaircir. Dans le but de faire cesser l’incertitude à cet égard, la faculté de Berlin proposa comme sujet de prix plusieurs questions relatives à la texture du poumon, et des solutions différentes furent données par Sœmmering et Reisseisen. Le premier obtint le prix, Reisseisen n’eut que l'accessit; mais ici, comme autrefois à l’Académie de Chirurgie, quand on couronna le mémoire de Faure, partisan des amputations consécuti ves de préférence à celui de Boucher, partisan de l’amputation immédiate et dont les préceptes sont à peu près universellement suivis maintenant ; ici, dis-je, le jugement de l’Académie semble devoir être infirmé par des travaux plus récens et qui confirment les résultats annoncés par Reisseisen. Voici au reste comment ces deux anatomistes ont répondu aux questions suivantes : comment et où se terminent les

bronches? Se perdent-elles dans le tissu cellulaire du poumon, dont elles partagent la nature, ou se terminent-elles en offrant des limites précises, sans changer de nature ? D’après Sœmmering, les canaux des bronches se changent en tissu cellulaire, lorsqu’ils ont atteint un huitième de ligne de diamètre. Cette transformation , difficile à démontrer sur l’homme, est évidente sur le poumon des tortues oh les bronches plus cartilagineuses que dans l’homme sont, dès leur entrée dans le poumon, converties en un tissu de structure cellulaire. D’après Reisseisen, les bronches se divisent en rameaux croissans en nombre et décroissans en volume, jusqu’à leur extrémité ; elles se terminent par des culs-de-sac arrondis, sans être renflés en ampoule, et conservent jusqu'au bout la texture qui leur est propre.

L’opinion de Reisseisen a été partagée par Laennec, par Chaussier et par d’autres anatomistes plus modernes; mais, avant de faire connaître le résultat de leurs travaux, je vais exposer l’opinion de sa vans distingués que leurs recherches ont conduits à des conclusions opposées.

M. Magendie ( Journal de Physiologie, t. I er , p. 78) n’admet pas la terminaison des bronches dans des cavités closes ; il pense que les vaisseaux seuls, arrivés à leurs divisions extrêmes, circonscrivent par leurs anastomoses dans tous les sens des espaces resserrés où l’air pénètre. Les parois des vaisseaux séparent seules ce fluide du sang qui les parcourt. Là où commencent les lobules, là finissent les bronches et la mein*

brane muqueuse qui les tapisse. Chaque lobule reçoit ainsi la terminaison d’une ou plusieurs bronches. L’âge apporte des modifications importantes a la forme et à la grandeur des cellules ; les capillaires diminuant à mesure qu’on s’éloigne de 1 enfance, les cavités aréolaires qui renferment l’air deviennent plus grandes.

M. Cruveilhier, qui s’est beaucoup occupé d’anatomie de texture et a enrichi la science de plusieurs découvertes importantes, a émis une opinion qui se rapproche beaucoup de celle d’Helvétius. Selon lui , chaque lobule pulmonaire représente un petit poumon ; il résulte de l’agglomération de cellules, de grandeur différente, qui communiquent toutes les unes avec les autres. Les Cloisons incomplètes qui séparent chaque cellule consistent en des lamelles ou filamens qui donnent aux cellules une disposition réticulée. Leurs parois ne présentent pas une structure musculaire; il est plus probable qu’elles sont formées par du tissu cellulaire dense ou par un tissu fibreux élastique, et que les vaisseaux se ramifient sur elles. Chaque lobule reçoit une Bronche qui offre, au moment où elle atteint le lobule, une petite ampoule et disparaît ensuite. Les cellules aboutissent toutes à ce tuyau bronchique qui leur sert de pédicule commun, ainsi qu’au lobule pulmonaire qu’elles constituent.

M. Bourgery # a présenté récemment à l’institut un travail dont voici l’analyse : « Le capillaire » aérien n’est point une cellule ou vésicule, mais » un canal. Les canaux aériens capillaires, dont

» l’agglomération forme les lobules, sont incurvés » ou légèrement sinueux, inclinés et entrelacés „ en divers sens. Ils se jettent tous les uns dans les » autres, de façon à donner l’idée d’un labyrinthe;

» ce qui me les a fait nommer, dit l’auteur, canaux » labyrinthiques. Ils naissent des plus petits canaux » bronchiques. Ces derniers sont d’abord rectilignes et )) ramifiés sous forme alterne. Devenus capillaires à » leurs derniers embranchemens, ils s’incurvent, re- » çoivent les canaux labyrinthiques qui s’ouvrent sur leurs parois, et se terminent en s’abouchant avec » l’un d’eux qui continue leur direction. Ces canaux,

» dont le diamètre n’excède que de moitié celui des » des autres, s’en distinguent surtout par la plus » grande longueur et l’excès d’épaisseur de leurs pa- » rois. Quant aux capillaires sanguins, une artériole,

» à son arrivée dans le lobule pulmonaire, représente » une tige dont les rameaux divergens se distribuent » en cône ou en arbre. Chacune des branches prin- » cipales ayant atteint les cloisons, c’est-à-dire leses- » paces intercanaliculaires, enveloppe les canaux les » plus voisins par autant d’anneaux vasculaires for- » més par un seul vaisseau. La même disposition se » répète de proche en proche; tous les canaux se » trouvant ainsi environnés de vaisseaux annulaires » interposés entre leurs cloisons et qui s’abouchent les » avec les autres dans les points tangens ou aux nœuds « d’intersection ; en sorte que, sur une coupe entre » deux rameaux nés de l’artériole d’origine ou de deux » artérioles voisines, la surface est formée par un ca-

>> nevas de ces anneaux vasculaires communiquant » entre eux, ou mieux se continuant partout sans in- » terruption et décroissant un peu en diamètre des » , rameaux vers le centre moyen de jonction. Les vei~

H nules naissent du canevas annulaire en sens inverse » des artérioles 5 ainsi c’est çe canevas lui-même qui

» constitue le système capillaire sanguin pulmonaire.» {Extrait des proces-verbaux des séances de ïInstitut.)

Je n’ai pas vu les préparations anatomiques de M. Bourgery; aussi, m’abstiendrai-je de toute critique au sujet de son travail. Cependant je ferai remarquer que les résultats qui précèdent s’éloignent tellement de tout ce qui a été vu par les auteurs dont j’ai parlé qu’ils doivent être accueillis avec circonspection ; il en est de même d’un travail antérieur aux précédens et dont il me reste à parler.

En \ 827,,M. Home a publié, dans les Philosoph. trans ., un travail où se trouvent des idées tout-à-fait nouvelles, mais un peu hasardées peut-être sur la structure des poumons; il s’était associé pour ce travail MM. Bauer et Russel ; le premier pour les observations miscroscopiques, qui ont été faites, dit-il 5 avec un instrument supérieur au microscope achromatique de M. Chevalier ; le second pour les préparations anatomiques et les injections, Il résulterait de ce travail que, dans l’état de vacuité des vésicules pulmonaires, ou au moins quand elles ne sont pas distendues, la communication est libre entre les artères et les veines pulmonaires; en sorte qu’une injection passe facilement des premières dans les secondes,

tandis que le passage n’a pas lieu si les^ vésicules sont distendues. Ce premier fait avait déjà été’annoncé en France. L’injection ne passe fias en sens contraire, des veines dans les artères ; ce que Home attribue à des valvules placées à intervalles réguliers dans les veines. Les figures montrent effectivement les veinés resserrées d’espace en espace; c’est la que sont les valvules, suivant MM. Home et Bauer. Les mêmes figures font voir, à côté des veines, des vaisseaux lymphatiques moniliformes, munis de valvules trèsrapprochées. Home et Bauer disent avoir aperçu les orifices de ces vaisseaux, dans l’intérieur d’une cellule dont on a augmenté 400 fois le diamètre. Enfin, ils admettent dans les interstices des cellules principales des cellules plus petites qui communiquent entre elles et avec les cellules plus grandes. (Philosoph. trans. vol. \\1 y p. 58 et suivantes). Quoique je fasse grand cas des auteurs que je viens de citer, je ne puis m’empêcher de faire remarquer qu’il leur est arrivé souvent de voir, dans d’autres divisions vasculaires, des valvules dont personne avant eux ni après n’a pu constater la présence.

J’arrive maintenant à l’exposé des travaux qui ont confirmé les résultats annoncés par Reisseisen.

MM. Hourmann et Dechambre ont publié, dans les Archives de médecine , août i 855, un mémoire dans lequel ils ont consigné le résultat de recherches entreprises dans le but d’éclairer les maladies des poumons chez les vieillards.

En examinant des lames de poumon desséché

sans insufflation préalable, ils ont vu des canaux étroits et allongés d’un quart de ligne à une demiligne de diamètre , dont une seule paroi incisée laissait voir le fond percé de trous disposes sur une même ligne. De ces canaux partaient parfois d autres canaux plus petits, qui ne tardaient pas a se perdre dans la criblure générale de la lame pulmonaire. Des pellicules translucides limitaient des cellules arrondies, dont les unes paraissaient closes de toutes parts, tandis que d’autres offraient une ouverture sur un des côtés de leur circonférence. MM. Hourmann et Dechambre pensent que les canaux aperçus sont des tuyaux bronchiques, et que les cellules arrondies forment l'ampoule terminale de l’arbre aérien.

M. Bazin, qui s’est livré depuis plusieurs années à des recherches assidues sur la texture du poumon de l’homme et de plusieurs animaux, vient aussi de présenter à l’institut le résumé de ses principaux travaux. Il a bien voulu me faire connaître ses opinions , qu’il n’a point encore livrées à l’impression, et me montrer les préparations qui leur servent de base. Ges recherches, entreprises dans le but de contrôler les résultats annoncés par Reisseisen sur le mode de terminaison des bronches, confirment pleinement les découvertes de J. anatomiste Allemand. L’on voit de la manière la p% évidente, sur ces pièces parfaitement bien injectées au mercure, les bronches divisées en branches rameuses d’un très petit diamètre se terminer en un véritable cul de sac arrondi, à peine renflé. Si l’on soumet une de ces préparations à l’inspection mi-

croscopique, avec un grossissement de deux cents diamètres, les rameaux bronchiques paraissent encore terminés par des surfaces arrondies, très régulièrement circonscrites : chaque extrémité ou cul-de-sac est distincte, sans communication avec celles qui lui sont contiguës ; cette extrémité grossie offre alors l’apparence mamelonée et l’on découvre çà et là sur le trajet des bronches terminales de petits étranglemens, d’où résulte une sorte d’aspect vésiculeux des parties distendues par le mercure. M. Bazin soupçonne que ces dépressions sont dues à la présence des vaisseaux, qui prêtent moins à la distention opérée par le mercure que la membrane des bronches. M. Bazin établit la preuve de la terminaison en cul-de-sac des bronches : d’abord, sur l’inspection directe.des parties que je viens de décrire; secondement, parce que l’on obtient toujours les mêmes figures, quand on chasse le mercure des parties injectées et qu’on l’y injecte de nouveau; troisièmement enfin, parce que, sur les poumons des animaux carnassiers qui ne sont pas divisés en lobules ( remarque d’anatomie comparée qu’aucun auteur n’avait faite avant lui), l’injection par une seule bronche devrait se répandre dans tout le poumon, tandis qu’elle se présente avec les mêmes caractères, c’est-à-dire sous forme de conduits rameux terminés en cul-de-sac.

En mettant de côté les recherches de M. Bourgery, on peut ramener à deux opinions principales tout ce qui a été écrit sur la texture du poumon, depuis Maïpighi. Dans l’une, les bronches se terminent par des

cavités closes de toutes parts ; dans l’autre , elles aboutissent à des cellules qui communiquent entre elles. Chacune de ces opinions a plusieurs variantes. Ainsi, parmi les partisans de la terminaison en cul-de-sac , les uns admettent un renflement ou une vésicule a l’extrémité de chaque division bronchique (Malpighi, MM. Hourmann et Dechambre); les autres pensent que ce cul-de-sac est arrondi, mais sans renflement vésiculeux (Reisseisen, M. Bazin). Parmi les partisans de l’épanouissement des bronches dans des cellules ouvertes les unes dans les autres;’il en est qui les regardent comme tout-à-fait différentes des bronches, comme un véritable tissu cellujaire (Helvétius, Sœmmering); d’autres pensent que les parois de ces cellules sont de la même nature que celle des dernières bronches (M. Cruveilhier); où enfin qu’elles ne sont autre chose que les membranes propres des vaisseaux (M. Magendie).

Je pourrais mé borner à jouer le rôle d’historien , sans émettre ma propre opinion sur une matière aussi délicate, avec d’autant plus de raison que des hommes du plus grand talent soutiennent l’une ou l’autre thèse. Mais je ne reculerai pas devant les difficultés de ma position, et ne craindrai point d’exprimer l’opinion que je me suis formée sur la texture du poumon.

Le poumon est formé par l’assemblage d’une multitude considérable de petits lobules, dont chacun offre une structure analogue. Ces lobules occupent la surface et la profondeur del’organe. Ceuxde la surface ont en général une forme pyramidale • la base répon-

dant à la surface du poumon, le sommet à l’intérieur, et les côtés, aux lobules voisins. Des lignes un peu déprimées indiquent leur limite à la superficie. Ges lignes circonscrivent des espaces de forme polygonale. Les lobules qui occupent l’intérieur du poumon ont une configuration très-irrégulière, selon la place qu’ils occupent entre les vaisseaux; les bronches et les lobules superficiels : chacun d’eux est uni à ceux qui l’avoisinentpar une couche de tissu cellulaire dont j’ai indiqué ailleurs la disposition. Ceux delà surface, libres par leur base, peuvent être étudiés dans ce point sans dissection : on voit alors à travers la plèvre, à l’œil nu et surtout à ia loupe, une multitude de petites cavités arrondies, séparées les unes des autres par des cloisons et qui représentent assez bien une réunipn d’enfoncemens alvéolaires, analogues à ceux qui s’observent dans les ruches de mouches à miel. Les côtés de ces lobules et la totalité des lobules profonds ne peuvent être aperçus qu’au moÿen de certaines préparations d’ailleurs assez faciles ; ainsi, l’insufflation de la trachée portée au point de faire passer l’air dans les espaces interlobulaires, l'injection d’eau dans les artères pulmonaires, après avoir lié les veines pulmonaires et les bronches, etc. ; par ces divers procédés, on arrive à démontrer que chaque lobule reçoit, par une partie plus étroite qui en est le pédicule, une bronche et une artère; tandis que de la surface interlobulaire se détachent des veines et des vaisseaux lymphatiques. Si l’on pousse plus loin l’inspection de chaque lobule, on voit la bronche qui a pénétré à son intérieur donner

naissance à des ramifications qui divergent toutes du centre du lobule à la périphérie ; elles éprouvent des divisions secondaires multipliées, et se terminent en culs-de-sac, soit dans l’épaisseur, soit a la superficie du lobule. Des étranglemens placés à peu de distance les uns des autres donnent un aspect moniliforme a chaque division bronchique terminale; des dépréssions analogues s’observent également sur le cul-de-sac arrondi des dernières subdivisions ; en sorte que l’ensemble des ramifications terminales des bronches figure assez bien des rameaux de corail. En donnant avec Malpighi le nom de vésicule à chaque cul-de-sac qui termine un tuyau bronchique, je ne veux pas dire qu’il y ait un renflement en ampoule. Ce renflement survient peut être par les progrès de l’âge ; mais dans le principe l’extrémité de la bronche est simplement arrondie.

On croirait difficilement que des anatomistes aient eu la prétention d’assigner le nombre des vésicules. D’apres Keil, il s’élève à \ ,744,'! 86,015. Qnademême voulu mesurer leur diamètre, la superficie de chacune d elles ^ce qui conduisait a la mesure de la superficie interne du poumon, les bronches exceptées, en admettant que chaque vésicule eût la même grandeur et que leur nombre fût connu. L’énorme différence entre les résultats obtenus par ceux qui se sont livrés à ces recherches en montre assez la difficulté; d’ailleurs tous les bons esprits s’accordent à reconnaître le vide de pareils calculs.

La membrane qui tapisse l’intérieur de ces vésicules

est Sa continuation de la muqueuse des bronches. Celle qui les revêt à l’extérieur est un prolongement de la membrane fibreuse de ces mêmes conduits; il est probable que leurs parois n’ont plus rien de musculaire. L’artère pulmonaire qui a pénétré avec la bronche dans l’intérieur des lobules y éprouve une série de divisions analogues à celles des rameaux bronchiques et ces divisious se répandent jusque sur les culs-de-sacs qui terminent les conduits aériens ; là, elles se continuent manifestement avec les veines pulmonaires : les origines de ces dernières peuvent donc être constatées à la surface des vésicules bronchiques. De là les rameaux se portent vers la superficie du lobule, en croisant la direction des bronches, et viennent gagner les espaces interlobulaires, où ils s’anastomosent avec les branches qui proviennent des lobules voisins. Les lymphatiques, comme les veines, trouvent leur origine à l’intérieur des lobules. Quant aux nerfs, nous avons vu qu’ils disparaissent à la surface des veines et des artères et à l’intérieur des bronches, avant que ces parties aient pénétré dans les lobules. On ne trouve pas non plus de tissu cellulaire distinct dans l’épaisseur de chaque lobule. Les artères bronchiques s’épuisent en arrivant aux lobules, et leurs ramifications deviennent si délicates qu’il faut le secours du microscope pour les suivre jusqu’auprès des vésicules. Quant aux veines bronchiques, elles n’entrent point dans la composition des lobules.

Delà réunion des parties que nous venons de décrire et de leur mode d’arrangement, résulte un or-

gane d’une couleur d’un gris rosé, d’une pesanteur spécifique peu considérable, d’une cohésion assez grande, quoique d’une mollesse telle qu’il s’affaisse sous la pression du doigt, la plus légère. En froissant le poumon entre les doigts, on perçoit une sensation particulière, à laquelle on donne le nom de crépitation.

Quelques-unes de ces propriétés sont dues à l’air que renferme le poumon. On peut se demander comment, les parois des conduits aériens étant élastiques, il se fait que l’air ne soit pas expulsé en totalité hors des vésicules d’un poumon retiré de la poitrine; voici, je crois, l’explication de ce phénomène. Les bronches tendent à revenir sur elles-mêmes, selon leur longueur et selon leur largeur. Les culs-de-sac qui les terminent tendent également à s’effacer. Si les parois des bronches se touchent avant que tout l’air n’ait été chassé des vésicules pulmonaires, ce fluide restera emprisonné dans chacune des petites loges qui le renferment. Or, cette oblitération des bronches est favorisée par la structure membraneuse de leur extrémité terminale, et par la compression qu’elles supportent de la part des lobules pulmonaires voisins. A ces causes qui sont inhérentes à la texture du poumon, il faut en joindre une autre sur laquelle M. Piorry a appelé l’attention. D’après ce laborieux investigateur, les bronches, faisant à la fois l’office de canal aérien et de conduit excréteur des mucosités, peuvent être obstruées dans les derniers momens de la vie par le produit même de leur sécrétion. La masse d’air empri-

sonnée dans les culs-de-sac des bronches sera plus considérable, et c’est alors seulement, selon M. Piorry, que se manifestera le phénomène de la crépitation. Il donne en preuve de cette assertion l’absence de crépitation observée sur les poumons d’un animal sain qu’on a fait périr d’hémorrhagie. La crépitation, ditil , loin d’être l’expression de l’état sain du poumon ainsi qu’on l’admet généralement, dénote au contraire une lésion grave de ce viscère. ( Jnhématosie par écume bronchique .)Quel que soit le jugement que l’on porte sur ces idées nouvelles, on ne peut contester le résultat physique de l’oblitération des petites bronches par du mucus, ni par conséquent l’obstacle que cette circonstance apporte après la mort à la sortie de l’air hors des vésicules pulmonaires.

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