CHAPITRE DEUXIÈME
En composant la première partie de.ee travail, j’ai essayé de joindre les résultats de mes recherches a ceux que la science possédait sur la structure des poumons ; j’ai surtout eu recours au scalpel, dans l’espoir de faire cesser mon incertitude sur certains points qui sont encore un objet de discussion. Je n’ai pas eu les mêmes ressources pour ce qui a trait au développement des poumons. Il faut pour faire avec quelque fruit des observations sur une pareille matière un temps et des occasions qui m’ont évidemment manqué. Je ne pense pas, nonobstant cette remarque, être réduit dans cette partie de ma thèse au rôle ingrat de compilateur ; je crois qu’on peut faire quelque chose de plus utile que de copier ce qu’ont dit les auteurs classiques sur le développement des poumons, et voici sur quoi je me fonde : si on veut parcourir les recueils d’expériences faites sur le développement de l’embryon, et notamment sur les changemens qui surviennent pendant l’incubation de l’œuf, on verra que les auteurs de céS expériences, quelque préoccupés qu’ils aient été d’étudier le développement de la figure veineuse
du cœur, de Y œil ou du système nerveux , ont cependant consigné çà et là les résultats de leurs remarques sur l’évolution des autres appareils, en sorte que le poumon est assez souvent mentionné. Or, ces faits qui sont disséminés, je me propose de les rassembler, en partie au moins, pour en tirer quelques corollaires sur le développement des poumons.
L’histoire anatomique du développement des poumons est plus vaste qu’elle ne paraît au premier abord.
Il faut non-seulement signa-ler l'époque de ; son apparition, les phases de son accroissement en totalité; mais il faut encore parler des’mutations qu’il éprouve dans sa situation, sa consistance, sa couleur. Ce n’est . pas tout : Les élémens qui le constituent, comme ses principaux vaisseaux , ses canaux aérifères , ont aussi des périodes d’évolution qui doivent être décrites ;, le passage de la vie fœtale à la respiration aérienne introduit dans le poumon des modifications brusques et intéressantes à connaître pour le médecin légiste, aussi bien que pour l’anatomiste et le physiologiste; enfin, la texture intime de l’organe se modifie par les progrès de l'âge, et il n’est pas sans intérêt d’opposer sous ce rapport le poumon du nouveau-né à celui de l’adulte, et l’un et l’autre à celui du vieillard.
Je vais, en premier lieu, et comme je l’ai annoncé plus haut, rapporter les faits que je trouve disséminés dans quelques auteurs, les conclusions viendront ensuite.
Parmi les anatomistes qui ont étudié l’œuf pendant l’incubation, Haller, on le sait, n’est pas venu le pre-
mier; Fabrice d’Aquapendente, Harvey, Malpighi, Maître Jean, etc., avaient déjà fait connaître sur ce point, les résultats de leurs observations. Mais, comme je trouve incomparablement plus de matériaux pour l’histoire du développement du poumon dans le récit des expériences de l’illustre physiologiste que je viens de citer, c’est par elles que je commencerai.
Le mémoire sur la formation du cœur dans le poulet, sur l’œil, sur la rétraction du jaune, etc., a été envoyé par Haller, le 50 septembre 1757, à la société royale des sciences deGœttingue. Le premier volume renferme deux cent quatre-vingt-quatre expériences. J’en extrais presque tout ce qui a rapport au poumon. Cette première série aura donc pour objet le développement du poumon dans les oiseaux ou mieux dans le poulet.
A 96 heures ^ observation 403 e , page 162, Haller dit. Je ne trouve pas encore le poumon que Maître- Jean a vu à l’heure dont je parle. Déjà, à 96 heures, le foie comme muqueux, paraît sous le cœur ; mais on ne voit pas d’autre viscère encore.
A la 11 I e heure, observation !12 e , je cherchai l’artère pulmonaire à gauche de l’aorte, mais je n’eus garde de l’y trouver, page 176. A la même heure, le foie est encore le seul des viscères qui apparaisse. Plus loin, page! 81, toujours à la même heure, je cherchai à distinguer l’artère pulmonaire, mais je ne pus pas trouver sa sortie du cœur; on ne la trouve qu’après la rentrée du bulbe entre les chairs du cœur.
A la 117 e heure, observation 117 e , je cherchai inu-
tilement l’artère pulmonaire à la gauche de l’aorte T page 485.
A la 448 e heure, observation 448 e , le bulbe et l’arcade de l’aorte paraissent encore et je ne découvris pas d’artère pulmonaire, p. 4 86.
A la 420 e heure, observation 424 e , p. 495; l’artère pulmonaire ne paraît point encore.
A la 4 34 e heure, observation 4 30 e , le foie paraît seul de tous les viscères, p. 200.
A la 438 e heure , observation 433 , on voit le ventricule et les intestins , et peut-être le poumon ( il a parlé plus haut du foie, comme on sait, et même des reins). J’ai vu pour la première fois l’artère pulmonaire) une raie rouge la parcourt (p. 205. )
A la 444 e heure, observation 437 e , l’aorte fait toujours une arcade que deux raies rouges parcourent. Elles se terminent dans l’aorte dorsale qui est de beaucoup'plus large qu’elles. C’est l’inférieure des branches marquées par les raies que je crois être l’artère pulmonaire, p. 208 et 209.
Après 444 heures, les poumons n’ont pas une ligne entière de long , ils sont retirés vers le dos. P. 245, observation 444 e . Un autre tronc placé à gauche de l’aorte est l’artère pulmonaire, elle se rend dans l’aorte dorsale. #
A la même heure, l’artère pulmonaire est divisée en deux filets. Dans une autre observation, la même heure, les deux poumons existent, ils sont fort longs, cylindriques et trop mal terminés pour être mesurés.
p. 121 . Sur un autre à la même heure, le poumon ne paraissait pas. Observation 149 e , p- 224.
Après 16 heures, je ne découvre pas encore le poumon, p. 226, observation 151 «; même remarque, pour la 152 e observation , p. 228.
A165 heures, j’aperçus le commencement des poumons , p. 229, observation 155 e .
A167 heures, le poumon ne paraît pas encore ni l’artère pulmonaire, p. 230, observation 154 e .
A 168 heures, je vis le poumon étroit attaché à côté des vertèbres et de beaucoup plus petit que le cœur, p. 232.
Dans une autre, à la même heure, le poumon est peu apparent, p. 234.
Dans une autre, à la même heure, les poumons sont placés de côté et d’autre, le long de l’œsophage ; il est difficile de les mesurer, p. 238.
A 170 heures, les poumons ressemblent à des moules, ils commencent à paraître. Je ne pus pas découvrir la veine pulmonaire, mais les grandes artères sont dans leur perfection, p. 239 et 240.
À 186 heures, les poumons sont fort petits, ils s’étendent le long du dos; je n’ai pas pu distinguer les branches de l’artère pulmonaire.
A 187 heures, le poumon a pris quelque accroissement , mais je n’ai pas su aécouvrir les vaisseaux qui lui sont propres. - Il reste encore du bulbe de l’aorte une arcade blanche qui contient les filets rouges dont la réunion forme l’aorte dorsale. Celui qui va devenir artère pulmonaire m’a paru le plus grand, p. 244.
A -190 heures, les commencemens du poumon paraissent comme des nuages. Une seule artère à deux branches paraît sortir du cœur; je prends ces branches pour l’aorte et l’artère pulmonaire, p; 245.
À 492 heures ou huit jours complets. j’ai dé¬
veloppé les artères du cœur, ce qui jusqu’ici m’avait paru impraticable, l’artère la plus à gauche est simple, c’est la pulmonaire. On en distingue pourtant labrancbe gauche p. 247.
Sur un autre du même âge, l’artère pulmonaire n’a que deux branches dont la droite monte un peu ; ces deux artères sont environnées d’une cellulosité blanche dans laquelle sont tracées des lignes rouges ; p. 250. Les poumons n’ont que dix centièmes de longueur p. 252.
Après 494 heures, j’ai cru voir la veine pulmonaire gauche.
Après 245 heures , l’aorte, l’artère pulmonaire et les carotides forment un paquet de vaisseaux rouges; je ne pus pas découvrir les artères propres du poumon.
A 24 4 heures , la réunion de l’artère pulmonaire avec l’aorte est fort visible sous l’œsophage.—p. 257. Dans la même page, sur un eutre, j’ai commencé à découvrir l’insertion de l’artère pulmonaire dans la même aorte.
A 246 heures , le poumon est blanchâtre, il commence à se faire appercevoir des deux côtés du cœur, p. 258.
A 228 heures , les poumons commencent à paraître sur les côtés du cœur.
A 234 heures, les poumons sont presque triangulaires, avec un angle obtus du côté du cœur qui est de beaucoup plus grand qu’eux. Haller ajoute, on commence a voir Vébauche de leurs vaisseaux propres.
A 236 heures , le poumon est presque transparent quoique grandi et comme collé contre les côtes encore cartilagineuses, p. 269.
Après 237 heures , j’ai vu l’artère pulmonaire avec ses branches qui vont au poumon de chaque côté , celle du côté gauche se continuant jusque dans l’aorte
dorsale sous l’œsophage.Pourles branches qui se
ramifient dans le poumon elles sont peu visibles encore. p.270.
Après la 240 e heure, j’ai conduit les deux branches de l’artère pulmonaire jusque dans l’aorte (l’une est le canal artériel, dont il a été souvent question, l’autre qui est mentionnée pour la première fois, descend joindre l’aorte sous un angle des plus aigus), p. 275 et 276.
Après 246 heures , le poumon est long de deux lignes et large d’une ligne, p. 282. L’artère pulmonaire paraît transmettre plus de sang que l’aorte, ayant les membranes beaucoup plus minces.
A 264 heures, le poumon a grandi; j’ai préparé les deux branches de l’artère pulmonaire; celle du côté droit marche à sa destination derrière les branches de l’aorte; celle du côté gauche s’avance jusqu’au poumon et de là à l’aorte dorsale dont elle fait une racine principale. p. 284.
A la mèmdlieure, le poumon n’avançe pas encore à la moitié des côtes.
Après 270 heures , l’artère pulmonaire est fort grande, -sa branche qui s’unit à l’aorte est plutôt plus grande que n’est la fin de l’arcade qui sort du ventricule gauche, p. 294.
A 285 heures , les poumons sont pâles et plus petits que le foie. Sur un autre, p. 296, les poumons ne montent pas encore jusqu’aux oreillettes,
A 288 heures , ou douze jours complets, le poumon est court ; il ne quitte pas encore le dos.
A 294 heures , le poumon s’est trouvé long de trois lignes et au-delà. p. 305.
A 312 heures ., le poumon a 27 centièmes, p.
A 316 heures , l’artère du poumon droit sort de l'artère pulmonaire tout près de son origine, le poumon a grandi, il est marqué de l’impression des côtes, p. 317.
A 335 heures , les poumons commencent à s’attacher à la poitrine, p. 319.
A 356 heures, le poumon est encore pâle, p. 320. À la même heure le poumon a 31 centièmes, p. 331.
Après 555 heures , le poumon est plus rouge et plus compacte. L’artère pulmonaire est plus mince et plus rouge que l’aorte, p. 335.
Après 360 heures, le poumon prend une couleur rouge de sang, le tronc de l’artère pulmonaire m’a paru un peu plus petit que celui de l’aorte, p. 337.
A la même heure le poumon est long de 50 centièmes. j
Sur un autre, à la même heure, le poumon na que 26 centièmes, il est presque transparent, p.
A 384 heures, le poumon est cendré et un peu affaissé, il est long de 55 centièmes, p. 354.
A 408 heures. — Le poumon commence à prendre une teinte rouge, il est long de 40 centièmes, p. 365 et 364.
Après 452 heures. — Le poumon était d’une couleur de sang morte. Sa longueur s’est trouvée de 45 centièmes, p. 574.
A 438 heures. — J’ai découvert à la fin les veines pulmonaires, elles sortent du sinus gauche, elles accompagnent les bronches de chaque côté, p. 375.
A 451 heures. — Le poumon a la couleur presque rose, qui est ordinaire aux oiseaux éclos, p. 377.
Après 475 heures. — Le poumon avait le rouge vif qui lui est naturel dans les oiseaux qui ont respiré. Son bord était crénelé, p. 7 86 et 387. Les deux conduits artériels étaient encore ouverts.
Après 480 heures. — Le poumon croît plus en largeur qu’en longueur. Celle-ci est de 41 centièmes, p. 391 et 392.
Même heure, le poumon a 42 centièmes , p. 595.
Après 500 heures. — Le poumon est toujours d’un rouge de sang, p. 401.
Quatre jours après la naissance, le conduit artériel n’est plus qu’un filament sans cavité, celui de gauche
est encore ouvert et son diamètre n’a guères diminué.'
A sept jours, il les trouve fermés tous deux, mais beaucoup plus tàrd il lui est arrivé de les trouver encore un peu perméables.
Voyons maintenant à tirer quelques corollaires de cette série d’observations. La première chose qui me frappe, en considérant les expériences ainsi rapprochées les unes des autres, c’est la prétention vaniteuse de certains embryologistes, d’assigner des jours et des heures fixes, pour l’apparition et les degrés de développement des appareils organiques. Certes, cette prétention serait insoutenable relativement au poumon, tant pour ce qui concerne son apparition et son accroissement en totalité que pour ce qui regarde la couleur, le développement de ses vaisseaux, etc.
Relativement à l’apparition du poumon, voici en effet ce que nous voyons, à la 4 38 e heure : la présence du poumon est soupçonnée : « peut-être les poumons. » A la 441 e ils ne sont point mentionnés; à la 444 e ils existent; mais sur autre un produit de la même époque, il est dit que le poumon ne paraissait pas. — A4 62 heures, on ne découvre pas encore le poumon ; à la 4 65 e on en aperçoit le commencement; à la 4 67 e heure le poumon ne paraît pas encore ; on le voit à 468 heures, à 4 70, 486, 487, tandis qu’à la 490 e heure les commencemens du poumon paraissent comme des nuages.
Les mêmes variations se présentent nécessairement
en ce qui concerne l’accroissement de ces organes. En effet à la 144 e heure, les poumons n’ont pas une ligne entière de long , mais sur un autre produit de ces mêmes heures, ils sont fort longs et cylindriques / à la d65 e heure on en aperçoit le commencement; à la 168 e heure ils sont plus apparens , mais à la 170 e ils commencent a paraître ; à la 187 e le poumon a pris quelqu’accroissement, mais à la 190 e heure les commencemens du poumon paraissent comme des nuages ; après 360 heures le poumon est long de 30 centièmes, mais à la même heure il n’a que 26 centièmes, sur un autre produit, etc.
Il y a aussi quelques variations pour ce qui conr cerne l’apparition de la couleur, car à 336 heures le poumon est encore pâle, à 353 il est plus rouge, à 360 il a une rougeur de sang, mais à la même heure on le trouve presque transparent ; à 384 heures il est % cendré, à 400 heures il commence à prendre une teinte rouge; enfin après avoir offert à 451 heures et à 475 la couleur rose qui appartient aux oiseaux éclos, il présente à la 500 e heure le rouge de sang qui est le caractère <i un développement moins avancé.
Le développement des vaisseaux pourrait donner lieu à des remarques semblables, et par exemple, dans une des observations faites à la 194* heure, Haller dit : « J’ai cru voir la veine pulmonaire gauche. » Or, dans les observations qui suivent, il n’est plus fait mention des veines pulmonaires; mais à la 438 e heure seulement, H;dler dit : « J’ai découvert, à la fin, les veines pulmonaires. »
Je me crois donc autorisé, je le répète, à conclure du rapprochement et de la comparaison de cette première série de faits qu’il n’y a rien de constant touchant le moment de l’apparition du poumon et l’accroissement de cet organe. Je sais qu’on peut être induit en erreur, dans les expériences sur les oiseaux, par cette circonstance que les œufs ont quelquefois été soumis à un commencement d'incubation avant le moment où on les fait servir aux expériences; il faut noter aussi que toutes les femelles n’apportent pas la même constance dans leurs fonctions de couveuses et que leurs absences trop prolongées retardent le développement du poulet, mais je 11e .pense pas que cela puisse rendre compte de t outes les variations que nous avons signalées plus haut.
Il faudrait, je le confesse, attacher peu de prix aux recherches dont nous venons de faire l’exposé, si elles ne nous avaient conduits qu’à des résultats purement négatifs ; heureusement il n’en est pas ainsi, et nous allons déduire de ces recherches plusieurs propositions relatives au développement des poumons chez les oiseaux. Nous verrons plus tard jusqu’à quel point ces propositions s’accordent avec celles qu’on peut établir sur le développement des poumons des mammifères.
Comparés aux principaux viscères , les poumons ont un développement tardif. Ils sont devancés de long-temps par le cœur, par le foie , par l’œil, par les vésicules qui annoncent le développement d’une partie des centres nerveux ; on a vu aussi plus haut que les intestins, l’estomac, les reins existaient déjà à
une époque où le poumon n’était pas encore apparent
Nous voyons donc ici un organe qui ne sera appelé que très-tard à remplir ses fonctions, retardé dans son apparition, comme si la nature eut du hâter ie développement des parties plus prochainement necessaires ou qui demandaient plus de temps pour arriver à leur état parfait.
On pourrait peut-être chercher quelque rapport entre le développement tardif du poumon et son absence assez fréquente dans des fœtus difformes, mais en con*» sidérant que l’absence, des poumons observée sur des fœtus acéphales s’accompagne de l’absence du cœur, du foie et de l’estomac, organes dont le développement est plus précoce que celui des'poumons, on est forcé d’admettre une autre cause de l’imperfection dont il est question ici. Il n’est pas de mon sujet de rechercher quelle est cette autre, cause ; je dirai cependant que l’absence du pneumo-gastrique chez les acéphales me paraît avoir plus d’influence que l’absence des artères invoquée par quelques anatomistes comme explication des monstruosités.
J’ai dit plus haut que l } apparition du poumon était tardive; il est important que je .fixe le sens que j’attache à cette expression. Haller, ce grand avocat de révolution , s’efforce de démontrer que les viscères existent déjà à une époque où nous ne les apercevons pas ; qu’ils préexistent en un mot. Si le poumon ou tout autre organe d’un embryon se dérobe à nos regards, c’est moins, suivant lui, à cause de son exiguïté qu’en raison de sa transparence et de sa fluidité.
Souvent en arrosant d’alcool ou de liquides astringens la masse gélatiniforme qui constitue l’embryon, il a pu avancer en quelque sorte le moment où certaines parties deviennent apercevables. Si nous adoptions cette manière de voir, le mot apparition que nous avons employé désignerait seulement qu’une partie auparavant invisible, mais déjà existante, est enfin devenue sensible à l’organe de la vue.
Je ne partage pas complètement, sous ce rapport, l’opinion de Haller. Les expériences si exactes et si répétées de ce grand homme me paraissent, comme celles des modernes, conduire à l’admission de l’épigénésie. Je pense donc que si le poumon paraît après le cœur, c’est que, effectivement, il n’est formé qu’après lui. Si les poumons paraissent plus tard que beaucoup d’autres viscères, ils réparent cela parla rapidité avec laquelle ils s’accroissent dans les jours qui suivent leur apparition. La remarque en a été faite par Haller, et ici, je vais prendre le résultat qu’il a consigné dans la section, très-courte d’ailleurs , où il s’est occupé spécialement du développement des poumons.
Sans tenir compte des irrégularités de développement dont il a été question plus haut, on a pu constater que les poumons n’avaient pas tout-à-fait une ligne à 4 44 heures , qu’au bout de sept jours ils ont eu onze centièmes de longueur, après huit jours ils sont allés à 40 et ài3, au neuvième à 40 et à 13, au dixième à 42 et à 49, au onzième à 49, au douzième à 27, au treizième à 27 et à 28, au quatorzième à 34 et à 34, au quinzième à 26 et à 30, au seizième à 33 , au
dix-septième à 40, au dix-huitième à 43 centièmes; ce qui fait un accroissement depuis le sixième jour qui va de 4 ,000 à 79,507. La masse du poumon est donc devenue en 42 jours 80 fois plus grande qu’elle n’était. Après ce terme, ils n’ont grandi qu a proportion du développement du poulet. Le poumon qui, pendant quelque temps , est plus petit qu’une oreillette du cœur finit par égaler cet organe et le dépasse dans son volume.
La situation des poumons ne s’est pas trouvée la même à toutes les époques de son développement ; à la 4 44 e heure, nous les voyons retirés vers le dos. C’est là que nous le montrent encore les observations faites à une époque plus avancée; ainsi, il est dit à la 468 e heure que le poumon est attaché à côté des vertèbres ; et sur un autre produit de la même heure les poumons sont placés de côté et d’autre le long de l’œsophage ; à la 4 86 e heure, ils s’étendent le long du dos. Un peu plus tard, le poumon devenant plus large semble s’être porté plus en avant ; ainsi, à la 246 e et à la 228 e heure il commence à se faire apercevoir des deux côtés du cœur. A mesure qu’ils se portent plus en avant, les poumons se prolongent sous les côtes; ils sont d’abord libres, et plus tard, ils se trouvent colles aux parois thoraciques, circonstance qui les différencie des poumons des mammifères.
Quant aux changemens dans la forme , nous voyons les poumons allongés au commencement, et presque cylindriques (144 e heure), à la A 70= heure, U les corn-
pare à des moules ; à la 234 e heure , ils sont presque triangulaires avec un angle obtus du côté du cœur. Les côtes y impriment leurs traces.
Les changemens de couleur sont plus intéressans. Lorsqu’on commence à les apercevoir , c’est comme un nuage léger, une sorte de mucus transparent, que cependant le vinaigre peut rendre plus opaque : ou bien encore, un petit corps diaphane semblable à certains champignons gélatineux : plus tard il est cendré, mais non encore coloré en rouge ; enfin, il prend une teinte rouge, et bientôt, cette teinte se trouve plus foncée que celle du poumon de l’oiseau qui a respiré. Enfin, il arrive quelquefois queles poumons d’un oiseau qui n’est pas sorti de la coque prennent la couleur rosée qui appartient aux poumons des oiseaux éclos, phénomène qui s’observe chez quelques-uns des oiseaux qui ont pipé , comme on le dit, et que l’on pourrait jusqu’à un certain point comparer à la respiration des mammifères dans le vagin, avec cette différence, que ce qui est la règle chez ces animaux n’est qu’une exception chez les mammifères.
A mesure que les changemens de volume, de situation, de forme et de couleur se manifestent, il en survient aussi dans la consistance : le poumon devient mou après avoir été diffluent, pour ainsi dire ; enfin, sa cohésion augmente en même temps qu’il change de couleur.
Telles sont les déductions que nous avons tirées des expériences précédemment citées pour ce qui con-
cerne le poumon proprement dit. Voyons ce qui se passe dans quelques-unes de ses parties composantes. (Canaux artériels et veineux.)
Les troncs vasculaires par lesquels s’effectue la circulation générale du corps, precedent de beaucoup ceux qui appartiennent au poumon. La lecture des corollaires précédens eut pu le faire deviner ; mais nous sommes en mesure de donner quelque chose de mieux que des vues à priori.
En effet, l’aorte a été aperçue dès la 48 e heure; or, à une des observations faites à la \ 44 e heure, nous lisons : « Je cherchai l’artère pulmonaire à gauche de l’aorte, mais je n’eus garde de l’y trouver. » — Puis, à la 447 e heure : « Je cherchai inutilement l’artère pulmonaire à la gauche de l’aorte. »—A. l’observation qui correspond à la 448 e heure, nous lisons : «Le bulbe et l’arcade de l’aorte paraissent encore, et je ne dé* couvre pas d’artère pulmonaire. À la 4 20 e heure, l’artère pulmonaire ne paraît pas encore. Enfin, à la 4 38 e heure il dit : « J’ai vu pour la première fois l’artère pulmonaire, une raie rouge la parcourt. »
Je désire fixer l’attention sur les considérations qui suivent : nous pouvons considérer dans l’artère pulmonaire deux parties essentiellement distinctes, l’une qui va se terminer à l’aorte, et qui se compose du tronc artériel et de deux branches qui aboutissent à l’aorte, l’autre qui se rend aux poumons. Ces diverses parties ne se développent pas à la même époque. Le tronc de l’artère pulmonaire se voit le premier, puis viennent les branches qui aboutissent à l’aorte ; et beaucoup plus
iOi
tard celles qui se rendent aux poumons. Les premières sont au nombre de deux chez les oiseaux, une gauche, qui représente le canal artériel des mammifères, et une droite qui se rend aussi à l’aorte sous un angle trèsaigu , et qui constitue un second canal artériel. Haller s’attribue la découverte de ce second conduit. Son immense érudition et son extrême modestie doivent nous faire penser qu’effectivement personne ne l’avait découvert avant lui. La branche gauche paraît longtemps avant la droite. On peut voir plus haut la preuve de ces assertions dans le détail des expériences. En effet, dès la i 70 e heure , il est arrivé de voir les grandes artères dans leur perfection , mais à la 187 e , l’expérimentateur n’a pas pu encore découvrir les vaisseaux propres du poumon. A la 213 e heure, il n’a pas été plus heureux ; à la 234® heure , on commence a voir Vébauche de leurs vaisseaux propres$ à la 237* heure, les branches qui se ramifient dans le poumon sont peu visibles encore. Si nous comparons maintenant le développement du système artériel du poumon au développement vasculaire des autres parties du corps, cet organe nous paraîtra dans une condition tout-à-fait exceptionnelle , car on croit généralement que les subdivisions vasculaires précèdent les gros troncs dans leurs développemens, tandis qu’ici, c’est le contraire. Il me paraît facile de rendre compte de cette apparente anomalie. Le tronc de l’artère pulmonaire et les canaux artériels, notamment le gauche, appartiennent à la circulation générale ; il n’est donc pas extraordinaire qu’ils soient déjà développés à une
époque où le poumon complètement inactif, et ne jouissant que d’une circulation bornee, n offre encore que des vaisseaux rudimentaires. Je reviendrai sur le développement de l’artère pulmonaire a 1 occasion des poumons des mammifères.
L’étude du développement des veines et pulmonaires va nous faire rencontrer encore une sorte d anomalie. On croit assez généralement que les veines précèdent les artères dans les organes. Au moins en est-il ainsi dans les annexes du fœtus. Dans Je poumon, si je m’en tiens à la série des faits que j’ai énumérés plus haut, on ne distingue que très tard les vaisseaux veineux. En effet, à la 494 e heure , l’expérimentateUr nous dit bien : fai cru voir la veine pulmonaire ; mais il ne l’affirme que pour la 438 e heure: « J’ai découvert à la fin les veines pulmonaires ; elles sortent du sinus gauche ; elles accompagnent la bronche de chaque côté. »
Pour épuiser toutes les déductions de la première série d’expériences qui nous occupe, je rappellerai que les deux canaux artériels s’oblitèrent après que les oiseaux sont éclos, comme le canal artériel unique des mammifères. L’époque de cette oblitération n’est pas constante. Le canal artériel droit se flétrit plus promptement que le gauche.
Avant de passer au développement du poumon des mammifères, il me parait utile de comparer les expériences de Haller à celles de quelques-uns des anatomistes qui, avant ou après lui, ont étudié les changemens produits dans l’œuf pendant l’incubation.
J’aurai toutefois peu de chose à dire de ces derniers, leurs expériences étant beaucoup moins instructives que celles de Haller , pour ce qui concerne les poumons.
Je ne vois rien d’important à emprunter à Aristote qui, dit-on, a eu les prémices de cette sorte d’expérience.
Fabrice d’Aquapendente commet une erreur relativement à l’époque de l’apparition du poumon.
« Liquet igitur ex his , in prima statim piilli généra tione,Jeçur, cor , venus, arterias, pulmones, et omnia in infimo ventre membra contenta generari. ( Hieronymi Fabrici ab Aquapendente deformatione ovi. — p. -45.) Il est évident que le célèbre maître de Harvey donne à entendre dans cette phrase que le poumon se montre en même temps que les autres viscères.
Harvey est un peu plus exact, en ce qu’il ne signale pas l’apparition du poumon avant le sixième jour; mais il commet encore la faute de montrer cet organe se développant en même temps que le foie. Il s’exprime ainsi à l’occasion de la cinquième inspection de l’œuf, qui a eu lieu au sixième jour : « Parenchyma cordis pulsanti vesiculœ obnascitur, paulo post jecoris etpulmonum cernuntur rudiment a, albissima omnia... viscera adeo obscurepatebant ut Coiterusvere affirmet, se oculos quidem , et rostrum percepisse, nullum vero viscus potuisse discernere. {De generatione animalium, p. 266 et 267.)
Je m’arrêterai un instant à Malpighi. Les observa-
4 (Mitions de ce célèbre anatomiste sont généralement plus hâtives que celle de Haller, pour les premiers jours ; je veux dire que dans ses observations il annonce avoir vu à certaines heures , et qu il peint des parties que Haller n’a pu apercevoir que quelques heures plus tard. Ainsi le poumon n’a été bien nettement aperçu par Haller qu’à la \W heure, ce qui donne six jours complets. Or, Malpighis’exprime ainsi, à l’occasion d’une observation faite à la fin du quatrième jour : « Viscera magis patebant prœcipuè pulmones rubiginosi coloris , dilutitamen » (p. 7. ) — Puis, au sixième jour accompli : « Interius jecur renes et pulmones magis patebant » , p. 8. — Faut-il attribuer cette différence à ce que Malpighi travaillait dans les plus grandes chaleurs de l’été à Bologne , tandis que Haller a fait le plus grand nombre de ses remarques en automne ? Je ne suis pas éloigné de le penser. Du reste, Malpighi ayant pris le bulbe de l’aorte pour le ventricule gauche du cœur, cela embrouille les résultats qu’il expose touchant les vaisseaux pulmonaires.
Les observations de Pander sont encore plus hâtives que celles de Malpighi ; il a vu les poumons dès le quatrième jour ; il les décrit comme de petits corps oblongs, presque cylindriques, les plus mous de tous les organes, presque transparens, et terminés inférieurement par une vésicule très déliée. ( Arch . g en. de méd tom. 4 , p. 202.) On voit que, pour ce qui regarde la forme primitive, la couleur, la consistance des poumons, les observations de Pander s’accordent avec celles de Haller ; mais nous voyons de plus indi-
tjuée ici une vésicule très déliée placée à la partie inférieure du poumon. Ces vésicules ont déjà été indiquées par Wolf, qui les aurait distinguées dès le troisième jour. Pander indique aussi un rapport que je n’ai pas vu mentionné dans Haller. Entre le cœur et le poumon, dit-il, est logé le lobe droit du foie. {Arch., p. 202, tom. 1 er .)
Je passe maintenant au développement du poumon dans les mammifères. Pour procéder ici, comme je l’ai fait à l’occasion du développement du poumon des oiseaux, je vais extraire d’une série d’observations faites par J. F. Meckel, sur des embryons et des fœtus de mammifères, tout ce qui se rapporte aux poumons et à ses parties constituantes. J’en tirerai ensuite quelques corollaires et j’examinerai jusqu’à quel point ceux-ci concordent avec ceux que les expériences de Haller m’ont permis d’établir.
i 0 Dans un embryon humain de quatre semaines environ, et long de cinq lignes, le cœur remplit toute la poitrine, l’aorte naît de la partie supérieure du cœur. Il m’a été impossible de découvrir aucune trace de l’artère et de la veine pulmonaires. Les poumons manquaient aussi tout-à-fait.
2° Dans un embryon humain un peu plus âgé , et long de six lignes, le cœur occupait toute la poitrine ; de toute la moitié droite du bord supérieur du cœur, sortait une artère unique et simple. Ce n’était pas à l’œil nu seulement que le tronc artériel paraissait simple : des tranches transversales, très minces, placées sous le microscope, ne laissaient apercevoir qu’une
ouverture unique. Il n’y avait point encore de traces des poumons.
3° Sur un fœtus humain de cinq semaines et long de sept lignes, le cœur remplit encore la poitrine tout entière ; de la partie supérieure des ventricules naît à droite une seule artère, l’aorte. On ne voit point non plus, ici, d’artère pulmonaire.
Sous le cœur et de côté, on découvre dans la partie la plus inférieure de la poitrine, un petit corps plat, triangulaire et blanchâtre, qui est le poumon. Ce corps présente à sa face antérieure de légères bosselures, séparées par des sillons peu prononcés, et qui sont peut-être inconstantes : on y remarque aussi une échancrure profonde dans l’endroit où les bords supérieur et inférieur se confondent en dehors.
<4° Sur un embryon long de sept lignes et demie, le tronc artériel simple sort des deux ventricules. Immédiatement au-dessous du cœur, et de chaque côté de l’aorte, se trouve le poumon, masse triangulaire allongée, aplatie, longue d’une ligne et large à peine d’une demie j les grandes divisions y sont déjà plus apparentes, et la séparation des deux lobes, supérieur et inférieur, est marquée par une échancrure très profonde.
3° Dans un embryon humain de neuf lignes de long, il n existait, en apparence, qu’un seul tronc artériel, l’aorte ; mais en coupant transversalement cette artère, on voyait clairement, vers la partie inférieure, sa cavité divisée en deux moitiés, par une cloison dirigée d’avant en arrière. Cette disposition indiquait l’artère
pulmonaire, qui se montrait ici pour la première fois.
Les poumons, blanchâtres, triangulaires, allongés et plats, étaient situés en grande partie sous le cœur, derrière lequel on n’apercevait qu’une très petite étendue de leur portion supérieure. Leur division en lobes était très manifeste. On y voyait aussi des bosselures indiquant les lobules, mais proportionnellement plus saillantes qu’elles ne le sont dans la suite. Examinés à la loupe ou au microscope , et dans leur coupe transversale, ils paraissaient entièrement solides.
6° Dans un embryon humain de sept semaines, long de onze lignes, et pesant quatorze grains, l’artère pulmonaire et l’aorte sont très-distinctes l’une de l’autre. La première, un peu plus grosse, monte en avant de droite à gauche à côté de l’aorte 5 et, un peu avant de communiquer avec cette dernière, elle donne de chaque côté une très-petite branche pulmonaire, après la sortie de laquelle elle ne diminue pas sensiblement de calibre; Le poumon gauche s’aperçoit seul à côté du cœur , le droit est caché tout entier derrière la moitié droite de cet organe. Cependant les poumons ont autant de hauteur que la ctivité thoracique, mais ils ne sont pas plus hauts que le cœürj ils ont environ deux lignes de long, une et demie de large, et une d’épaisseur. Ils sont moins plats qu’auparavant, et bien évidemment divisés en leurs lobes ordinaires. Les lobules sont aussi très-prononcés et rendent la surface de l’organe fort inégale parce qu’ils forment de grandes bosselures arrondies ; on en compte beaucoup plus que dans l’embryon précédent, mais ils sont
proportionnellement plus,petits que chez lui, quoiqu’ils soient, proportion gardée, plus volumineux et plus nombreux que dans les périodes subséquentes.
Les poumons, coupés en travers et examines soit a l’œil nu, soit au microscope, paraissent entièrement solides et homogènes.
Le cœur et les poumons pèsent ensemble un grain.
7° Dans un embryon humain de neuf semaines, long d’un pouce quatre lignes, et pesant deux scrupules quatre grains, le diamètre de chaque branche de l’artère pulmonaire égale à peine le quart de celui du canal artériel, qui parait, former la continuation du tronc . Les poumons débordaient le cœur de tous côtés ; ils se sont rapidement développés par rapport, soit à lui, soit au corps entier , ils, ont,trois lignes de long sur deux de largeur et d’épaisseur. Les lobes en sont trèsdistincts j le nombre des lobules qui en rendent encore la surface et les bords inégaux, est beaucoup plus considérable que dans l’embryon précédent, de sorte que chacun présente un volume absolu bien moindre. Cependant on n’en compte point encore autant qu’il y en aura par la suite.
Le cœur pèse un grain , et les poumons en pèsent deux. Le rapport des poumons au corps est : : \ : 25.
8 Dans deux embryons humains de dix semaines , longs d’un pouce huit lignes, et pesant un drachme , le nombre des lobules des poumons est un peu plus considérable, mais ilssont proportionnellement moins volumineux.
9° Dans des embryons humains de onze et douze
semaines, longs de deux pouces cinq lignes, et pesant deux drachme^ deux scrupules , les branches de l’artère pulmonaire sont, proportion gardée , plus considérables que par le passé; leur diamètre n’est que de moitié inférieur à celui du canal artériel.
Le cœur pèse trois grains, èt les poumons en pèsent six. Le rapport des poumons au corps est : : 1 : 27.
10° Dans un embyron humain de quatre mois ac-* complis pesant une once deux drachmes, et long dé trois pouces quatre lignes, l’artère pulmonaire était beaucoup plus ample que l’aorte, et ses branches présentaient un volume presque égal à celui du canal artériel.
Le poids du cœur était de six grains et celui des poumons de quatorze. Le rapport des poumons au corps était : : 1 : 43.
11° Dans des embryons humains de cinq mois, ayant quatre pouces depuis le sommet de la tête, jusqu’à l’extrémité du coccix, ou sept pouces six lignes, de la tête aux pieds, et pesant environ quatre onces et demie, les branches de l’artère pulmonaire ont un volume égal, ou du moins très peu inférieur, à celui du canal artériel.
Le cœur pèse dix-huit grains, et le poumon deux scrupules douze grains; le rapport du poumon au corps est : : 1 : 411/2.
Voyons de suite ce que peut nous apprendre cette précieuse série d’observations sur des embryons humains.
La première déduction qui se présente est que pour
les mammifères comme pour les oiseaux, 1 apparition du poumon est tardive. En effet dans 1 embryon de quatre semaines, alors que déjà le cœur remplit toute 'a poitrine, le poumon ne paraît pas encore ; on ne voit pas non plus cet organe dans le sujet de la deuxième observation bien qu’il soit un peu plus âge que le premier. C’est sur l’embryon de cinq semaines que le poumon a été aperçu pour la première fois ; encore peut-on considérer cette observation comme extrêmement hâtive.
On pourrait se demander si, avant l’apparition du poumon et même à l’époque où il existe, mais inactif , d’autres parties dans l’embryon et le fœtus rie sont pas chargées de remplacer cet organe. Le développement de cette question conduirait à l’examen de quelques-unes des fonctions du foie, du placenta, du thymus, etc. J’aurais aussi à m’expliquer sur les branchies dont on a voulu doter l’embryon des mammifères, mais ce serait une digression dans ma Thèse, et je me félicite de n’avoir point à m’expliquer à cette occasion sur l’opinion d’un de mes honorables compétiteurs.
L’accroissement du poumon des mammifères ne se fait pas d’une manière progressive et régulière, il y a des alternatives d’accélération et de lenteur qui ressemblent un peu à celles que nous avons mentionnée* touchant le poumon des oiseaux.
Par exemple, le volume et le poids du poumon, qui vient de paraître, sont très minimes par rapport au volume et au poids total du corps de l’embryon, mais dès la neuvième semaine le poumon a crû avec
une telle rapidité qu’il forme la vingt-cinquième partie du poids total du corps; à onze et douze semaines il en forme encore la vingt-septième partie; depuis ce moment jusqu’à la naissance, la proportion de l’accroissement est de beaucoup à l’avantage du corps du fœtus. En effet, nous voyons à quatre mois le rapport des poumons au corps être comme un à quarantetrois, et les auteurs de médecine légale nous apprennent, qu’à terme, le poids du poumon d’un fœtus qui n’a pas respiré est quelquefois comme'unà soixante-dix. (Orfila méd. lég. t. %).
On est frappé également de la marche si différente du développement dans le cœur et le poumon. Nous avons vu, dans les premières observations, le poumon très peu volumineux, par rapport au cœur qui le cache entièrement. Puis, dès la septième semaine, les poumons ont la même hauteur que le cœur ; à neuf semaines leurs poids est double de celui du cœur; à quatre mois le cœur ne pèse que six grains et les poumons quatorze.
Quant à ce qui concerne la situation des poumons des mammifères, l’observation démontre que ces organes sont d’abord situés au-dessous du cœur, et non sur les côtés; ils avoisinent l’extrémité inférieure de l’aorte pectorale. A sept semaines, le poumon gauche s’est montré sur le côté du cœur, tandis que le droit était encore tout entier caché par cet organe derrière lequel il s’était accru en remontant. Dans un embryon de neuf semaines les poumons débordaient le cœur de tous les côtés.
Les poumons des mammifères éprouvent aussi des changemens de forme dans 'ces différentes périodes de leur accroissement. Nous les voyons d abord trian* pilaires et aplatis, tandis qu’ils étaient allonges et cylindriques chez les oiseaux. Plus tard leur épaisseur augmente. La division des poumons en lobes est indiquée dès le principe, sur le bord de ces organes , mais leur surface n’offre que de légères bosselures ; bientôt des lobules se dessinent à cette surface et lui font prendre un aspect inégal. Les bosselures que forment ces lobules se divisent, avec le temps, en bosselures plus petites qui indiquent une subdivision de ces lobules dont le nombre est ainsi augmenté, tandis que leur volume et leur relief diminuent. A terme, le poumon du fœtus présente donc une multitude de lobules compactes d’apparence charnue, polyédriques , et de figure quadrilatère, pentagonale, hexagonale, lâchement unis les uns aux autres parles lames cellulaires dont j’ai donné ailleurs la description. La coupe de cês poumons offre un aspect granuleux et a été comparé à celui de la rate quand on la déchire .
Le poumon des mammifères est d^abord incolore et gelatiniforme comme celui des oiseaux, il prend une teinte rouge-brune avant la fin de la vie intrauterine. Mais il n’y a véritablement rien de positif à dire sur la couleur du poumon du fœtus à terme 1 , avant la naissance; l’état exsangue ou pléthorique du sujet faisant varier cette couleur depuis la teinte la plus pâle jusqu’au rouge le plus foncé. Chez certains sujets* les taches rouges sont circonscrites, elles ont une for-
me Üchénoïde. On voit des poumons de foetus d’un rose tendre, et se rapprochant de la couleur des poumons de veau mort d’hémorrhagie. Souvent, dit M. Orfila, on est frappé quand on ouvre la poitrine d’un enfant qui n’a pas respiré de l’analogie d’aspect du thymus et des deux poumons.
La consistance peu marquée dans les premières semaines, augmente dans les semaines suivantes. Le poumon devient compacte, mais sa cohésion devient de plus en plus considérable pendant tout le temps de la vie intra utérine. Un fait curieux est l’absence detoute cavité, ou si l’on veut l’état plein du poumon d’un embryon de six à sept semaines. Les instrumens grossissans ne montrent aucune vacuoje sur la tranche d’un poumon qu’on vient de diviser. Il est évident, d’après ce fait, que le travail formateur ne procède pas d’après un plan invariable relativement aux poumons, puisque chez les reptiles et les sangsues ces organes apparaissent d’abord sous forme de sacs vides, ainsi que le fait observer J. ¥. Meckel.
Les vaisseaux pulmonaires des embryons humains paraissent obéir à la même, loi de développement que les mêmes parties dans les oiseaux, au moins quant à l’ordre suivant lequel ils apparaissent. Dans l’embryon de quatre semaines il y a une aorte, mais point de vaisseaux pulmonaires ; il en est de même sur les petits sujets des observations suivantes, bien que déjà le poumon ait été reconnu. Quant à l’ordre suivant lequel apparaissent les diverses portions de l’artère pulmonaire, le tronc est apparent avant les bran-
ches, comme nous l’avons vu pour les oiseaux. Lorsque vers la huitième semaine les rameaux qui vont au poumon se laissent voir pour la première fois^ ils sont très-petits par rapport au canal qui se rend a l’aorte; aussi est-il dit à l’occasion de l’embryon de sept semaines que le tronc de l’artere pulmonaire ne diminue pas sensiblement de calibre après avoir fourni les rameaux qui vont au poumon. Dans les périodes suivantes, ces rameaux grossissent, et l’on voit cesser peu à peu la disproportion qui existait entre eux et le canal artériel. Dans l’embryon de neuf semaines ils n’ont encore que le quart du volume du canal artériel. Pour les embryons de onze et douze semaines, il est dit que le diamètre de ces rameaux n’est que de moitié inférieur à celui du canal artériel. Dans un embryon de quatre mois ils présentaient un volume presque égal à celui du canal artériel. Enfin, il est dit que dans des embryons humains de cinq mois les branches de l’artère pulmonaire avaient un volume égal, ou du moins très-peu inférieur à celui du canal artériel. Elles dépassent souvent de beaucoup le volume de ce canal dans les époques suivantes : cette dernière assertion est contraire à l’opinion émise par plusieurs anatomistes célébrés. La dissidence d’opinion provient probablement de ce que les uns établissent leurs mesures sur des artères injectées, les autres sur des artères vides. Aux premiers, le canal artériel qui est facilement dilatable, a pu paraître plus volumineux que les artères pulmonaires. Il n’en est plus de mêm e lorsqu’on
examine les vaisseaux non injectés, comme l’a fait J. F. Meckel.
En traitant jusqu’ici de l’époque où l’artère pulmonaire devient apparente, j’ai négligé de montrer le mécanisme de sa formation. Ce point d’embryologie est un peu embrouillé, et les anatomistes même qui ont étudié le développement de cette portion du système vasculaire, ne s’en sont pas expliqués d’une manière satisfaisante. Si l’on veut comparer la version donnée par J. F. Meckel, dans le mémoire qui a été publié en France, en 1818, avec celle que renferme son traité d’anatomie, on ne verra pas une concordance parfaite. Dans le premier travail il montre l’artère pulmonaire naissant, pour ainsi dire, d’une cloison qui s’établit dans la cavité de l’aorte. La cloison s’élève du cœur dans le vaisseau jusqu’alors simple à l’endroit où cesse la cloison, les deux vaisseaux se confondent ensemble, et c’est là, suivant lui, qu’existe par la suite l’abouchement du canal artériel dans l’aorte. Il est incontestable, d’après ce passage, que là terminaison primitive du tronc pulmonaire est dans l’aorte. Mais on lit plus loin dans le même mémoire qu’à la septième semaine l’artère pulmonaire, qui vient de paraître et qui n’a point encore de branches, semble se rendre aux poumons qui sont fort éloignés et extréme-r ment petits : elle n’est donc, dit-il, à cette époque, qu’un second tronc aortique, une aorte droite. Voici maintenant la version du Traité d’anatomie : «L’artère » pulmonaire est la dernière qui se détache, de ma- » mière à constituer un tronc distinct ; mais elle était
» déjà indiquée auparavant, le long de l’aorte. En » effet, dans les premiers temps, cette dernière qui » naît seule du cœur, se partage à quelque distance » de l’organe en deux branches au moins, qui ne tar- » dent pas à se réunir pour former sa portion descen- » dante. Peu à peu, à mesure que l’aorte se confond » avec le ventricule, la bifurcation s’abaisse aussi, et, » lorsque l’une des deux branches se sépare complè- » tement de l’autre par l’achèvement des portions de » leur circonférence qui sont placées en regard, l’ar- » tère pulmonaire paraît, formant un tronc distinct.» Je me rapproche de cette dernière explication qui eût pu être exposée d’une manière plus claire, et je fonde mon adhésion sur les résultats des expériences nombreuses et exactes de Haller, résultats dont cet habile anatomiste n’avait pas tiré la conclusion dont je me fais le défenseur. Sans reproduire ici tout ce que j’ai déjà émis précédemment, je crois donc que, dans les premiers temps de sa formation, l’artère pulmonaire va de l’aorte dans l’aorte ; que plus tard, le point où elle prend origine venant à se confondre avec le cœur, il y a alors deux artères qui partent de cet organe , savoir : l’aorte et la pulmonaire, qui plus loin convergent en un seul tronc chez les mammifères; et, qu’enfin lorsque les deux branches qui vont au poumon se sont développées, la partie du tronc primitif qui est comprise entre l’origine de ces branches et l’aorte constitue le canal artériel. Une observation de Meckel faite sur un embryon de mouton, me paraît venir à 1 appui de l’opinion que j’adopte sur la disposition
primitive de l’artère pulmonaire: «Cette artère, dit-il, » n’était qu’une seconde aorte, qu’une aorte droite ; » puisqu’elle se confondait avec l’aorte gauche en » un seul tronc, sans envoyer de franches aux pou- » mons. »
J’ai cité dans ce travail un grand nombre d’observations qui montrent le poumon déjà formé alors que ses vaisseaux propres ne sont pas apparens. Ce retard dans le développement des artères pulmonaires proprement dites a fait penser que ces vaisseaux sont remplacés, dans l’origine, par des branches venant plus bas de l’aorte, branches qui, plus tard, constitueraient les artères bronchiques, et dont l’existence serait temporaire. Je donne ceci pour une pure hypothèse, qui a toutefois en sa faveur certaines anomalies consistant dans la présence d’une grosse artère pulmonaire, provenant de l’aorte thoracique , et même de l’aorte ventrale, comme l’a vu un médecin d’Angers.
On peut, je pense, sans crainte d’erreur, appliquer aux autres mammifères les déductions que j’ai tirées dé la description des embryons humains disséqués par Meckel. Il existe d’ailleurs des faits qui prouvent que, chez les quadrupèdes comme chez l’homme et les oiseaux, l’apparition du poumon est tardive. Je citerai, entre autres, les observations de Haller et de J. F. Meckel.
J’ai complètement passé sous silençe jusqu’ici le développement d’une des parties composantes du poumon, je veux parler des voies aériennes. L’appa-
rition et l’accroissement du tuyau aérifère ont été l’objet des recherches de Fleischrnann, qui a publié deux mémoires à ce sujet. Lorsqu’elle commence a paraître, la trachée se montre sous l’apparence dun filament dans lequel on pense bien qu il est impossible de discerner aucune partie cartilagineuse ; c est à six semaines, sur les mammifères, que ce filet membraniforme se laisse apercevoir. A sept semaines tout est encore membraneux dans la trachee ; cette partie offre donc un état transitoire qui correspond à l’état permanent des reptiles. A la huitième semaine, les cerceaux cartilagineux commencent à se former ; leur développement offre les particularités suivantes : Ce n’est pas à la partie moyenne antérieure de la trachée que se manifeste en premier lieu la transformation en cartilage, c’est de chaque côté, en sorte qu’il y a pour chaque cerceau deux parties latérales séparées l’une de l’autre en arrière et en avant. La séparation est plus marquée dans le premier sens que dans le second et notamment chez les animaux qui, comme l’homme, conservent une bande membraneuse à la partie postérieure du tuyau aérifère. Les progrès de la transformation cartilagineuse réunissent bientôt en avant les demi-cerceaux cartilagineux des mammifères 5 mais, a 1 epoque meme ou l’arceau s’est trouvé complété dans ce sens,-il est encore plus mince et plus mou que les parties latérales et moyennes. Il y a des animaux chez lesquels les cerceaux de la trachée s’ossifient. On observe chez eux une sorte de répétition du premier travail, c’est-à-dire que les
noyaux osseux apparaissent dans le même ordre où se sont montrées les pièces cartilagineuses. Enfin, le travail de cartilaginification et d’ostéose ne débute pas en même temps dans tous les points de la con- ' tinuitédu tuyau aérien. Il est en général plus précoce vers la partie moyenne que vers les 'extrémités. Il est plus tardif dans les bronches que dans la trachée.
Nous avons dit plus haut que dans l’origine on ne voit aucune vacuole, aucune cavité dans la tranche d’un poumon qu’on vient de couper. Cet état ne tarde pas à disparaître ; l’appareil aérifère se développe et acquiert une assez grande perfection avant la naissance. Cela était nécessaire : les cerceaux chargés de maintenir le cmal ouvert et d’empêcher que la pression atmosphérique ne l’aplatisselorsque l’air se trouve raréfié par l’inspiration, devaient offrir à la naissance les conditions de résistance, sans lesquelles la respiration aérienne ne pourrait s’établir.
Des changemens qui surviennent dans les poumons , à la naissance et dans les jours qui la suivent. — Nul organe n’est aussi brusquement etaussi profondément modifié que le poumon , à l’époque de la naissance. Complètement inactif avant cette époque, sans influence sur les autres appareils , relégué comme un faible diverticule sur le côté de la circulation générale, il pourrait en quelque sorte être retranché de l’organisme du fœtus sans que l’existence de celui-ci fût compromise. Tout changea la naissance; le poumon va commencer ce mouvement alternatif de dilatation et de resserrement qui ne s’interrompra plus qu’au terme de
l’existence; il va devenir un des rouages obligés et prochainement nécessaires de l’économie et, placé désormais sur le chemin du torrent circulatoire, d va le recevoir tout entier dans ses innombrables capillaires où se vivifie le sang, dans son trajet des cavités droites aux cavités gauches du cœur.
Le fœtus a franchi le conduit vulvo-utérin ; le besoin impérieux de respirer s’est fait sentir; le nouveauné a contracté automatiquement les muscles dilatateurs delà poitrine ; voilà l’origine des modifications que nous allons étudier. La poitrine s est dilatée et, avec elle, le poumon qui est contigu aux parois delà cavité. Cet organe, en effet, s’est trouvé de suite en communication avec l’atmosphère par sa face interne , c’est-à-dire par la trachée et ses divisions ; il a aspiré l’air à la manière d’un soufflet dont on écarte les parois et, dans l’expiration qui a suivi, il n ? a rendu qu’incomplètement à l’atmosphère le fluide élastique qu’il y avait pompé. Les premiers changemens survenus dans le poumon tiennent en conséquence à l’introduction de l’air dans ses vésicules. Ainsi :
\° Le poumon ayant retenu une certaine quantité d’air, même après la plus forte expiration , le volume de cet organe s’est trouvé augmenté. Le poumon s’est avancé plus qu’il ne faisait auparavant, sur les côtés du péricarde. On pourrait supposer à la vérité que l’air, ayant pris la place du liquide amniotique, le volume total du poumon n’a dû éprouver aucun changement, mais cette objection n’a aucune valeur en présence de faits qui la contredisent; l’accès de l’air
dans le poumon n’est pas d’ailleurs la seule cause de l’augmentation du volume de cet organe.
2° L’emprisonnement d’une certaine quantité d’air dans le poumon a nécessairement diminué sa pesanteur spécifique. L’expérience apprend que la pesanteur spécifique du tissu propre d’un poumon qui ne contient pas d’air est plus considérable que celle de l’eau, en sorte que ces organes vont au fond si on les plonge dans un vase plein de ce liquide. Il n’en est plus de même des poumons d’un fœtus qui a respiré quelque temps : ces organes surnagent.
3° L’air atmosphérique introduit dans le poumon, bien que séparé du sang par l’épaisseur des parois des vaisseaux dans lesquels circule le fluide nourricier, modifie cependant la couleur de ce dernier, et par suite la couleur du poumon lui-même. Après quelques respirations bien complètes, les poumons ont pris une teinte rosée.
En ne bornant pas son inspection à ce résultat général sur la couleur du poumon après la naissance, on voit qu’elle n’est pas uniforme. Voici en effet ce qu’on observe en même temps que la couleur paraît. Chaque lobule se décompose en quatre lobules plus petits, et ceux-ci en vésicules pulmonaires, d’une couleur orangé clair, et l’on voit se dessiner dans l’épaisseur des parois de ces cellules une infinité de vaisseaux capillaires injectés de sang; de là l’aspect blanc rosé ou mieux orangé clair rosé des poumons qui ont respiré.
Tels sont les effets de l’introduction de l’air dans le poumon.Portai s’est efforcé de prouver que le poumon
droit, en raison de ce que la bronche droite est plus courte et plus large que la gauche, reçoit l’air avant le poumon gauche, on a dit aussi que tous les lobes ne se dilatent pas aussi promptement les uns que les autres; il en est peut-être ainsi dans la respiration incomplète. Mais l’auscultation de la respiration d’un grand nombre de nouveau-nés a de beaucoup diminue l’importance des observations de Portai, Petit, etc.
Il est d’autres effets qui résultent des Changemens survenus dans la circulation du sang au travers des poumons.
1° La dilatation du poumon par l’inspiration n’a pas seulement pour résultat l’aspiration de l’air atmosphérique , le sang lancé par le ventricule droit est soumis lui-même à faction aspirante du poumon, il y afflue en plus grande quantité qu’avant la naissance; il contribue ainsi à en augmenter le volume et le poids absolu, et, comme pendant les premiers jours le corps ne prend pas d’acc roif sement dans la même proportion que le poumon, le rapport du poids du poumon à celui du corps change nécessairement ^ et ce changement est encore à l’avantage du poumon.
On n’est point parvenu jusqu’ici à établir d’une manière satisfaisante le changement qui s’établit après la naissance dans le rapport du poids du poumon à celui du corps. Ce n’est pas faute d’expérience ; car il en a été tenté un grand nombre à ce sujet ; mais, bien qu il ne soit question que de chiffres ici et que pour expérimenter il suffise de prendre tiné balance, on n’est arrivé qu’à des résultats approximatifs , par le
raison très simple, que l’on ne peut pas faire servir le même fœtus aux deux épreuves qui ont pour objet de comparer successivement le poids du corps à celui du poumon qui n’a pas respiré, et à celui du poumon qui a respiré. Dans les tables de Schmitt et de Chaussier, les chiffres qui expriment le rapport du poids du poumon à celui du corps avant la naissance sont pris sur une série de fœtus, et les chiffres qui expriment le même rapport après la naissance sont empruntés à une autre série de fœtus. Il y a presque le même inconvénient que l’on a signalé dans certaines expériences sur la calorification, où un animal fournissait le calorique et l’autre produisait l’acide carbonique. Toutefois les expériences de Schmitt et de Chaussier suffisent pour établir que Ploucquet a enseigné une erreur dangereuse, lorsqu’il a proposé la formule suivante comme un critérium , dans les expertises médico-légales relatives à l’infanticide : « Le poids du poumon est à celui du corps >> comme 4 à 70 avant la naissance, et comme 2 à 70 » après que la respiration s’est établie. » Toutefois l’idée de Ploucquet n’est pas restée complètement stérile, et M. Orfila, envisageant sous un nouveau jour les tableaux de Chaussier et Schmitt et même les chiffres plus récens de M. Devergie, a tiré de cet examen cette conséquence importante à cause de ses applications, qu’en général le cadavre entier d’un fœtus qui a respiré ne pèse pas 70 fois autant que ses poumons, et que celui d’un fœtus qui n’a pas respiré pèse plus
de 35 fois autant que ces organes. ( Traité de med.
légale. ) /
2° Le sang lancé par le ventricule droit étant admis en plus grande quantité dans le poumon, après la naissance, les deux artères pulmonaires proprement dites reçoivent une plus grande quantité de ce liquide, et cela diminue d autant la portion qui traverse le canal artériel. Cette ^nouvelle distribution du liquide circulatoire élargit peu à peu les artères pulmonaires proprement dites. Elle permet au canal artériel de revenir peu à peu sur lui-même et de s’oblitérer plus tard.
Mais une autre cause à mon avis contribue à dévier le sang vers le poumon, à diminuer la quantité de ce liquide que le canal artériel admet. Pour me bien comprendre, il faut se représenter le cours du sang au travers de l’artère pulmonaire avant et après la naissance. Le flot de liquide que le ventricule droit a poussé dans le tronc de cette artère, parvenu au point où elle fournit les artères pulmonaires proprement dites et le canal artériel, ne trouve pas la même facilité à s’introduire dans ces deux voies. Il n est pas facilement admis dans le poumon encore inerte et non dilaté , mais il n’éprouve qu’une faible résistance à traverser le canal artériel ; parce que celui-ci le conduira dans l’aorte et que l’aorte a inférieurement un double canal de décharge dans les artères ombilicales. Un état inverse s’établit après la naissance; d’une part en effet, le poumon dilate aspire le sang au lieu de présenter un obs-
tacle à son cours ; d’une autre part, les artères ombilicales ayant été fermées à la circulation, l’aorte privée tout-à-coup de ce canal de décharge doit offrir une certaine résistance au sang que lui apporte le canal artériel : ce qui est une nouvelle cause d’impulsion vers le poumon. Cette théoriene vient-elle pas donner une explication satisfaisante des hémorrhagies qui ont lieu par le cordon ombilical, lorsque la respiration ne s’établit pas franchement chez le nouveau-né ? le sang, ne pouvant alors traverser le poumon librement, pénètre en plus grande quantité dans l’aorte par le canal artériel, et cette circonstance rétablissant en quelque sorte les conditions de circulation qui existent avant la naissance, le trop plein de l’aorte tend à s’écouler par les artères ombilicales.
Il n’y a rien de constant dans l’époque où s’oblitère le canal artériel. M. Billard a examiné jour par jour les progrès de l’oblitération de ce canal sur un grand nombre de fœtus. Or, sur dix-huit enfans d’un jour, il en est déjà un qui présente le canal artériel oblitéré (sans doute il avait commencé à se fermer avant la naissance ). Sur vingt-deux enfans de deux jours, trois seulement avaient le canal artériel complètement oblitéré. — Sur vingt-deux enfans de trois jours, il ne s’en trouva que deux, chez lesquels le canal ne fût plus perméable. — Sur vingt-sept enfans de quatre jours, trois avaient le canal artériel oblitéré. — Sur vingtneuf enfans de cinq jours, sept avaient une oblitération complète du canal artériel. — Sur vingt enfans de huit jours, il y en avait trois dont le canal artériel
n’était pas encore oblitéré, six chez lesquels Pocclusion était très-avancée, et onze chez lesquels elle était complète. — Enfin, on a quelquefois trouvé le canal artériel ouvert à douze, à quinze jours, et plus tard. Quant aux phases de ^oblitération du canal artériel, le D r Bernt a prétendu que ce canal prenait la forme d’un cône tronqué dont la base serait vers le tronc d’origine, lorsque la respiration a eu lieu pendant quelques instans; qu’il redevient cylindrique et beaucoup plus étroit, lorsque la vie a duré plusieurs heures ou un jour; qu’au bout de quelques jours il se plisse et n’offre plus que le diamètre d’une plume de corbeau. Les recherches de M. Qrfila à la Maternité ont montré qu’il y a tant d’exceptions à la règle posée par le D r Bernt, qu’il serait imprudent de ronder sur elle la docimasie delà circulation. Voblitération’ducanal artériel se fait par une sorte d’hypertrophie concentrique , en sorte que la cavité de ce conduit diminue sans qu’il paraisse perdre sensiblement de son volume à l’extérieur.
Telles sont les principales mutations que l’établissement de la respiration occasionne dans les poumons des mammifères. C’est après avoir constaté dans l’appareil respiratoire d’un nouveau né ces mutations, ou après avoir reconnu qu’elles n’ont pas eu lieu, que le médecin peut résoudre quelques-unes des questions relatives à l’infanticide. Il est malheureusement des circonstances qui peuvent induire en erreur, soit que le poumon d’un fœtus mort-né présente cependant quelques- unes des conditions qui appartiennent ordi*
nairement au fœtus qui a respiré, soit que l’établisse^ ment delà respiration n’ait laissé que des traces peu profondes dans le poumon du nouveau né* ou que ces traces aient été détruites. C’est au professeur de médecine légale qu’il appartient de signaler ces circonstances exceptionnelles, d’apprécier l’influence de l’insufflation de k putréfaction, de l’état de pléthore ou d’anémie, des maladies quele fœtus a éprouvées dans lesein de la mère ou après sa naissance* du temps pendant lequel il a respiré, etc.
Des changemens qui surviennent dans les poumons, depuis Ven fanee jusqu’au terme de la me. Ces changemens ne sont pas rapides , à la vérité, comme ceux qu’on observe à la naissance, mais ils n’en sont pas moins dignes de fixer l’attention.
La plus apparente des modifications que le poumon subit a été exposée par tous les auteurs classiques* je veux parler des nuances de sa coloration. Je ne m’y arrêterai pas, je n’ai rien à ajouter d’ailleurs à ce que j’en ai dit plus haut. Des changemenè plus intéressans à noter ont lieu dans sa texture intime, je les exposerai avec quelque soin.
M. Magendie, dans le mémoire cité plus haut, a signalé l’accroissement de la grandeur des aréoles du poumon et la raréfaction du tissu de cet organe pat les progrès de l’âge; De nouvelles recherchés sur ce sujet ont étéentreprises par mon beau-frère, M. Hoürmann, agrégé de la faculté , et par M; Dechambre , interne des hôpitaux. .Le travail qu’ils ont publié en commun, a été regardé*, a£ec raison, je crois, comine
un des plus importans qui aient paru dans ces derniers temps ; j’y puiserai largement, me réservant toutefois de présenter les faits dans un autre ordre que celui qu’ils ont adopté.
Les moyens employés par MM. Hourmann et Dechambre pour étudier le poumon , ont ete des plus simples. Les poumons desséchés préalablement ont été coupés, à l’aide d’un instrument bien affilé, en tranches minces, dont on a pu etudier la coupe, soit à l’œil nu , soit à l’aide d’instrumens grossissans. M. Magendie avait déjà employé le même procédé, mais il avait insufflé les poumons; MM. Hourmann et Dechambre n’ont point fait d’insufflations préalables.
Quel que soit l’âge des individus dont les poumons ont été ainsi préparés (j’excepte toutefois, pour y revenir, les poumons de certains vieillards ), on voit, en regardant à contre jour une lame mince de l’organe, qu’elle est criblée de trous exactement arrondis et rapprochés comme des mailles d’une dentelle. Le diamètre de ces trous est d’autant plus grand que l’individu est plus éloigné du moment de la naissance. Ainsi, les cellules du poumon d’un vieillard (j’entends toujours parler des poumons qui n’ont pas encore subi l’atrophie sénile dont je parlerai plus loin) ont environ un , quart de ligne de diamètre, comme on le voit ass^' bien sur la planche annexée au mémoire déjà cilé; les cellules du poumon de l’adulte n’ont présenté qu’un huitième ou au plus un sixième de ligné; les cellules du poumon sur un enfant de quat^"a six ans n’ont plus guères qu’un douziènjp cte ligne de diamètfe en-
viron, enfin chez un enfant nouveau-né à terme et qui avait respiré, les cellules du poumon ne se présentaient guère que comme les pertuis résultant des piqûres de l’aiguille la plus déliée.
Ainsi les cellules du poumon vont sans cesse augmentant de diamètre, depuis la naissance jusqu’à la vieillesse. A cette époque, elles subissent chez certains vieillards des altérations plus profondes et qui ne portent plus seulement sur le diamètre de ces cavités. Et, ce qui est digne de remarque, c’est que les divers états des cellules pulmonaires coïncident avec des formes, des types particuliers du poumon,-et qu’à chacun de ces types correspond (chez les femmes âgées) une conformation particulière de la poitrine. En sorte qu’on peut dire que la modification anatomique survenue dans les vésicules a changé la forme générale du poumon, et que celui-ci à son tour a commandé le retrait des parois thoraciques.
On peut admettre trois types pour les cellules pulmonaires des vieillards. Je vais les décrire successivement avec les états du poumon et de la poitrine qui leur correspondent.
4° Il est des poumons dont la texture n’a subi d’autre modification que l’agrandissement des cellules qui les composent. Mais ces cellules sont restées parfaitement arrondies; elles sont restées aussi parfaitement indépendantes, c’est-à-dire que la ligne membraneuse qui les circonscrit, n’est interrompue en aucun point. Les traCtus linéaires lozangiques, qui limitent les lobules dans l’épaisseur du parenchyme
sont bien apparens et réguliers; enfin, on y voit a la loupe des ramifications arborescentes, qui correspondent aux vaisseaux.
Les poumons dont les cellules offrent cette disposition ressemblent véritablement a ceux de 1 adulte, à cela près du diamètre un peu plus grand des cellules. Ils ont conservé leur forme conique, ils ne s affaisent guères quand on ouvre la poitrine, leur volume peut s’accroitre immédiatement par l’insufflation; entre eux et la plèvre costale, il n’y a pas de sérosité épanchée, les lignes noires qui dessinent les lozanges y sont régulières et nombreuses. Ils donnent à la pression la sensation de la ouate; la crépitation y est peu bruyante, bien sensible, et la rénitence du tissu trèsprononcée.
Chez les personnes dont les poumons offrent ces caractères anatomiques, les parois de la poitrine n’ont pas subi une rétraction considérable par les progrès de l’âge; le système musculaire et l’appareil de la circulation sont passablement développés et les mamelles encore volumineuses.
2° Les cellules pulmonaires, chez d’autres sujets, ont éprouvé quelque chose de plus que de la dilatation, 1 examen d’une lame obtenue par incision de ces pou mons desséchés ne montre plus cette forme arrondie des cellules qui était si marquée et si constante. Elles s’allongent ici en ellipses, de manière à offrir une série de fentes, d’une ligne d’étendue quelquefois dans leur plus grand diamètre, et que terminent deux commissures plus ou moins anguleuses. Les ar-
risations vasculaires, recherchées à la loupe, sont oins multipliées que dans l’exemple précédent.
Les poumons, dont les cellules ont les caractères que e viens d’indiquer, sont petits, légers, peu susceptibles de développement par l’insufflation la plus forcée; ils ont encore la forme conique. Les taches et lignes noires qui maculent la surface sont beaucoup plus prononcées que dans les poumons du premier type. La ' crépitation a dans ces poumons un caractère particulier , elle est moins bruyante que dans le poumon de l’adulte. Il y a'ordinaireinent de la sérosité autour de *;çes poumons.
3o Dans le dernier degré d’atrophie sénile le tissu du poumon est excessivement raréfié ; les cellules pulmonaires* n’offrent qdus-^ désormais aucune forme distincte. Le parenchyme est converti en une sorte de spongiosité dont les aréoles ne présentent aucun arrangement déterminé. La lame du poumon ne peut plus être comparée qu a un réseau déchiré dont les débris interceptent des espaces aussi variables dans leur étendue que dans leur figure. La loupe fait voir à peine quelques ramifications vasculaires, tenues et rares; les lobules ne sont plus distincts.
Les poumons où se rencontre cette raréfaction delà trame organique ont entièrement perdu la forme conique, et souvent leur sommet a plus de volume que ce qui était autrefois leur base ; ils sont livides, flasques , représentent une masse inégalement bosselée.
La division des lobes est remarquable dans ces poumons. Ils ne sont quelquefois unis que par un pédi-
cule aplati et mince, qui les laisse comme flottans. Ces poumons sont d’une extrême légèreté. Au toucher ils donnent une sensation qu’on ne peut mieux comparer qu’à celle que donne une tresse de filasse. Enfin, il y a ordinairement beaucoup de sérosité autour de ces poumons.
Ainsi, élargissement des vésicules pulmonaires, altération de forme de ces cellules qui s’allongent de manière à devenir ovales, amincissement des cellules pulmonaires, puis disparition partielle de ces cellules, conversion des poumons en une sorte de spongiosité, amoindrissement sensible de la masse de cet organe, vascularité allant toujours en diminuant, altération de la forme générale et réduction du volume des poumons, agrandissement de ses tuyaux Bronchiques; voilà les traits principaux de leur anatomie chez les vieillards décrépits, et la succession des altérations qu’ils éprouvent. Cette atrophie ne peut avoir lieu sans que le thorax ne se rétrécisse pour suivre le retrait des poumons, et comme l’affaissement du thorax a des limites, on voit fréquemment la sérosité accumulée, autour de ces poumons atrophiés remplir le vide qu’ils ont laissé autour d’eux.
L’ossification de quelques anneaux de la trachée a été observée quelquefois ; elle est mentionnée dans les Àdversaria de Morgagni, et Fleischmann prétend que la déposition du phosphate de chaux se fait, dans ce cas, suivant la même loi qui préside au développement des cartilages dans les tuyaux aériens.